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Publié par Guy Millière le 25 juillet 2012

Il se peut que le régime de Bachar Al Assad en Syrie s’effondre bientôt.

Pour ce qui me concerne, j’ai des doutes quant à ce point. Je pense que le régime va tomber, mais que sa chute ne sera pas nécessairement aussi rapide que certains l’imaginent.

De fait, la logique du clan Assad est simple et appliquée depuis longtemps : tenir le pays par la terreur et réduire à néant toute forme d’opposition. Cette logique a été appliquée par Assad père, comme elle a été appliquée depuis plus d’un an par Assad fils. Les massacres accomplis depuis plus d’un an par Assad fils impliquent une logique binaire ; soit Assad fils tue, soit il est tué. Il a tant massacré désormais que la haine contre lui ne pourrait se laver que dans le sang. Davantage de sang encore. Et si ce n’est le sang de Assad fils lui-même, ce sera celui de son clan. On peut s’attendre à un acharnement jusqu’au bout. L’utilisation en dernier recours d’armes chimiques et bactériologiques n’est pas à exclure : Assad l’a d’ailleurs évoquée en cas d’intervention « étrangère ».

On doit ajouter qu’Assad et son régime représentent pour l’Iran islamiste un allié essentiel, dont dépend aussi la survie du Hezbollah au Liban. L’Iran fera tout pour qu’Assad ou son clan ne tombe pas, ou pas complètement, et l’Iran actionne déjà le Hezbollah à cette fin. Il a envoyé aussi sur place des Gardiens de la Révolution.

L’attentat anti-israélien commis en Bulgarie constitue un signe sanglant de l’Iran en direction d’Israël, en quelque sorte « sommé », sur un mode barbare, de ne pas œuvrer pour la chute d’Assad ou de son régime.

Assad et son régime sont aussi un allié essentiel pour la Russie qui fera elle-même tout pour ne pas perdre sa base à Tartous.

Il faut noter, par ailleurs, que, de l’autre côté, ceux qui font face à Assad et à son régime ne sont, pour l’essentiel, pas des démocrates et des modérés, et qu’on trouve parmi eux, tel un vecteur décisif, les Frères musulmans, déjà au pouvoir au Maroc, en Tunisie et en Egypte, et financés par le Qatar.

On trouve aussi des gens venus d’al Qaida et d’autres factions islamistes.

La victoire de ceux qui font face à Assad et à son régime, je l’ai écrit dans un article précédent, serait celle d’islamistes sunnites.

Et ces islamistes sunnites sont divisés en multiples factions qui ne forment pas une armée cohérente et n’ont pas une position stratégique précise.

Outre les acteurs déjà cités, d’autres acteurs jouent un rôle dans le chaos qui prend forme.

La Turquie soutient les opposants sunnites à Assad et aimerait jouer un rôle dans la Syrie d’après Assad, mais la Russie ne veut absolument pas que la Turquie joue le moindre rôle et accroisse son importance régionale. Les tirs contre des avions turcs étaient un signe en direction de la Turquie, signe voulu sans doute par la Russie.

L’Arabie Saoudite préférerait les Frères musulmans au clan Assad, mais craint en même temps l’islamisme incarné par les Frères musulmans et, surtout, une recrudescence des actions d’al Qaida. Elle finance le régime en place au Caire aux fins que le pouvoir des Frères musulmans en Egypte ne devienne pas trop absolu, et aux fins que cela ait un effet de relative modération sur les Frères musulmans en Syrie.

Les journalistes occidentaux qui s’enthousiasment devant l’Armée syrienne libre et voient en elle des « résistants » montrent qu’ils n’ont décidément rien compris à l’offensive islamiste qui a embrasé la région.

Les dirigeants européens qui ont paru espérer une « solution négociée » ressemblent à un ensemble d’imbéciles pathétiques : on se demande s’ils n’ont rien compris ou s’ils font seulement semblant de ne rien comprendre.

Ils parlent maintenant de mise en place d’un conseil politique de transition pour gérer l’après Assad, ce qui équivaut de leur part à prendre leurs désirs pour des réalités, car Assad n’est pas tombé. Ils pensent aussi pouvoir unifier des gens qui n’ont quasiment aucun point commun entre eux : comment comptent-ils concilier les positions de ceux qui ont tout misé sur le clan Assad et l’alliance avec l’Iran et la Russie avec celles d’islamistes sunnites absolument hostiles à l’Iran ? Il n’y a pas de réponse à la question.

L’administration Obama, qui a espéré une « solution négociée » aussi, ou tout au moins l’a proclamé, fait face à une situation délicate : après avoir abandonné l’Irak à l’Iran et être en voie d’abandonner l’Afghanistan aux talibans, après avoir permis l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans au Maroc, en Libye et en Egypte, après avoir soutenu le régime Assad, pour apaiser l’Iran, et après avoir voulu soutenir discrètement les factions sunnites en paraissant espérer stupidement un compromis avec la Russie (un régime Assad sans Assad avec participation de factions sunnites), après avoir semblé se résigner à un repli du clan Assad sur les régions alaouites incluant Lattaquié et Tartous, préservant ainsi la Russie et l’Iran tout en donnant satisfaction aux sunnites ailleurs dans le pays, après avoir misé sur le plan Annan, n’a plus guère de solution de rechange. Parier sur un conseil politique, comme les Européens ? Assortir celui-ci d’un conseil militaire où se retrouveraient généraux « rebelles » et généraux fidèles au régime (a-t-on le droit de sourire ?). Donner des armes aux opposants à Assad, mais pas trop, car ce sont aussi des armes données à des djihadistes ? Intervenir pour que les armes chimiques et bactériologiques soient séparées d’Assad comme de ses ennemis ? Comment ?

C’est peu dire que l’administration Obama patauge et se trouve face à une réalité inextricable qu’elle a laissé se créer, et où elle ne maîtrise rien.

Pour peu qu’on ajoute à l’équation la complexité religieuse et ethnique syrienne, la réalité présente apparaît plus inextricable encore.

Le pays comprend tout à la fois la minorité alaouite chiite qui s’appuie sur le clan Assad majoritaire dans la région côtière de Lattaquié, détentrice des principaux leviers de commande du pays jusque voici dix-huit mois, et exposée aux pires représailles en cas de chute du régime, une majorité arabe sunnite largement acquise aux Frères musulmans, mais aussi des minorités chrétiennes qui ont tout à craindre d’une victoire des sunnites, car elles étaient « protégées » par le régime, une minorité Druze au sud Ouest, qui a elle aussi tout à craindre d’une victoire sunnite, pour les mêmes raisons que les Chrétiens, une minorité kurde au Nord Est, enfin, qui se sent plus proche des kurdes irakiens, iraniens et turcs que du gouvernement de Damas et des islamistes sunnites, et qui elle-même a tout à craindre d’une victoire sunnite.

Des ramifications régionales peuvent survenir. L’armée turque, tout en ayant renoncé à intervenir directement en Syrie après l’ « avertissement » russe est prête à réprimer un soulèvement kurde, et des troupes sont massées à la frontière turco-syrienne. Un écrasement des alaouites pourrait entraîner un soulèvement des chiites libanais, tentés déjà, se dit-il, par une révolte contre le Hezbollah, qui serait tenté alors d’écraser cette révolte dans le sang. Une victoire des Frères musulmans en Syrie aurait certainement des répercussions en Jordanie, où les Frères musulmans ont déjà montré qu’ils entendaient prendre le pouvoir.

Que peut envisager l’Iran s’il se trouve confronté à la chute d’Assad ? Pas des attaques directes contre Israël, non. Mais des attentats ou des tentatives d’attentats anti-israéliens, sans aucun doute. Et une accélération de ses programmes nucléaires.

L’activation du Hezbollah contre Israël ? Je ne le pense pas non plus, mais a-t-on affaire à des acteurs rationnels ?

Les armes bactériologiques et chimiques peuvent-elles tomber entre les mains du Hezbollah et d’al Qaida ? Cela ne peut être totalement exclu. Israël surveille étroitement ces armes, mais la moindre faille de surveillance peut se révéler fatale.

Comment limiter les dégâts ? Quiconque appellerait la Maison Blanche se verrait répondre : « il n’y a pas d’abonné au numéro que vous avez demandé ».

A mes yeux, c’était mieux quand il y avait un Président des Etats-Unis à la Maison Blanche. Mais ce n’est que mon avis.

S’il y avait un Président des Etats-Unis à la Maison Blanche, nous n’en serions, de toute façon, pas là. Ce n’est, là encore, que mon avis.

Le seul point positif, si l’on peut dire, dans cette sordide et sanglante affaire, est qu’on diabolise un peu moins Israël en Europe, et qu’on ne parle plus guère du « processus de paix » et de la nécessité de créer un « Etat palestinien ». On ne doit, pour autant, pas s’y tromper : à la moindre opportunité, la diabolisation d’Israël reprendra, le « processus de paix » reviendra, l’ « Etat palestinien » sera à nouveau évoqué. Le 8 juillet dernier, Jose Manuel Barroso, Président de la Commission Européenne était à Ramallah et a déclaré que « le processus de paix et l’Etat palestinien ne devaient pas devenir les orphelins du printemps arabe ».

Alors que des carnages avaient lieu un peu plus au Nord, il osait parler encore de « printemps », de « processus de paix » et d’ « Etat palestinien ». Des hommes de cette carrure méritent de passer à la postérité, et s’il y avait un livre des records pour l’infamie et la stupidité, il y aurait toute sa place, au tout premier rang.

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© Guy Millière pour www.Dreuz.info

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