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Publié par Gilles William Goldnadel le 30 juillet 2012

Cette semaine, Gilles-William Goldnadel revient sur l’édification d’une statue de Mao à Montpellier, les réactions qui ont suivi la discours de François Hollande sur le Vel d’Hiv, l’hypocrisie des médias face au régime syrien et la plainte de Mélenchon contre Copé face à des accusations antisémites.

Valls et l’impossibilité de dire non

Beaucoup d’explications ont été données au projet de Manuel Valls d’assouplir les conditions, pourtant déjà fort souples, de naturalisation des étrangers qui en font la demande.

On a dit que c’était pour se démarquer à nouveau des positions de Claude Guéant, et on a eu raison. D’autres ont dit, que le PS n’ayant pas d’autres moyens de se distinguer – compte tenu de l’étroitesse de ses capacités de manœuvre dans le domaine social et économique – seules les questions sociétales lui permettent de le faire. Et ils ont raison.

Certains enfin, ont fait observer que le ministre de l’intérieur se situe là dans la continuité stratégique dessinée par Terra Nova et qui considère que les immigrés constituant désormais la clientèle privilégiée de la gauche, les satisfaire, voire les multiplier, est nécessaire. Malheureusement, ils n’ont pas tort.

Mais il existe une autre explication, complémentaire à toutes les autres, et dont le ministre ici décevant, n’a peut-être même pas conscience.

L’impossibilité psychologique de dire non à l’Autre. Ce que j’appelle depuis longtemps la dilection pour l’altérité : l’impossibilité de lui dire non, tu n’entreras pas chez moi, non ceci est ma maison, non ceci est ma nation. On retrouve cette crise de tétanie métaphysique dans la difficulté post-soixante-huitarde de savoir dire non à nos enfants. L’étranger infantilisé, l’européen tétanisé : tels ressemblent aujourd’hui nos dirigeants suicidaires dans une Europe crépusculaire.

Les contradictions du procureur Courroye

Monsieur le procureur Courroye veut, parait-il, se faire avocat. Il a, en tous les cas, effectué sa première plaidoirie, pro domo, dans le Figaro de cette semaine. A dire vrai, je ne suis pas sûr que ce magistrat ait toutes les qualités requises pour devenir un excellent confrère. Certes, je ne suis pas objectif et notre inimitié est notoire. Lorsque je lis, par exemple, sous  sa plume qu’il n’aurait jamais été assez bête pour faire disparaitre une pièce d’un dossier de procédure, tel que Charles Pasqua le lui reproche aujourd’hui judiciairement, je ne peux m’empêcher de sourire en pensant à ce qu’aurait été sa réaction de magistrat instructeur si l’un de ceux qu’il soumettait à ses rudes questions s’était contenté de lui servir ce type d’argumentation. Je veux dire encore ici combien celui qui prend aujourd’hui la posture de victime aura eu jusqu’à présent à faire à une justice bonne fille. En témoigne, parmi d’autres, la décision de ne pas poursuivre pénalement le fait qu’il ait antidaté une ordonnance dans l’affaire dite de l’Angolagate.

Ayant dit cela, avec fermeté, je veux dire ici combien je trouve pénible que le journal « Le Monde », qui aura été celui qui aura montré le plus d’indulgence empathique envers le juge Courroye, se montre aujourd’hui le plus déterminé à abattre le procureur de Nanterre qui a le droit, lui aussi, à la présomption d’innocence dans les affaires en cours. J’en conclus qu’il vaut mieux en France être juge d’instruction que procureur.

Le point de vue manichéen de la presse sur le dossier syrien

Je ne voudrais surtout pas comparer Monsieur Courroye avec Monsieur Assad, mais j’observe que s’agissant de ce dernier, la presse française, ici encore est passée d’un excès l’autre. Ici encore, je suis difficilement soupçonnable de tendresse envers le régime syrien. Je le suis d’autant moins que mon opposition radicale à ce régime mortifère me valait au contraire le soupçon d’être peut-être arabophobe. Mais j’observe néanmoins que lorsque Hafez El Assad massacrait au moins 20 000 de ses opposants à Hama, lorsqu’il finançait le terrorisme du Hezbollah, la presse hexagonale s’est montrée particulièrement discrète. Il y a un peu plus d’un an, Paris Match ne craignait pas de faire un reportage attendri sur la visite du couple des tourtereaux Assad à Paris. Nul n’a été dans la presse française particulièrement choqué ni par la photo ni par la légèreté des mots. Aujourd’hui, le même hebdomadaire publie, sous la plume de Patrick Forestier, un reportage dénué de toute aménité. La même presse française, par hostilité au régime en place, perd tout esprit critique à l’égard d’une opposition sur le terrain largement dominée par les islamistes. Question : les journalistes sont-ils vraiment obligés de choisir un camp ? Par exemple, étaient-ils obligés de laisser à penser que leur confrère Jaquier avait été victime des milices gouvernementales, alors que tout, semble-t-il, laisse à penser aujourd’hui que le malheureux est tombé sous les balles des insurgés. N’est-ce pas une preuve particulière de puérilité que de penser que contre un méchant, il y a, forcément, en face un gentil ?

Gloire à Mao !

Le Figaro du 29 juillet relate que l’édification d’une statue de Mao suscite la polémique à Montpellier. Cette statue commandée par Georges Frêche, installée mardi dernier sur la place du XXe siècle dite des « Grands Hommes », est critiquée par Arnaud Julien, conseiller municipal UMP, qui a déclaré : « Mao est un dictateur et un criminel, responsable de millions de morts, lui ériger une statue revient à l’honorer, c’est une provocation ! ». Et l’opposition de surenchérir : « Si on suit cette logique politique, le fascisme a été aussi une idéologie majeure du siècle précédent, Mussolini et Hitler devraient-ils aussi avoir leur statues ? »

Jean-Pierre Moure, président PS de la communauté des agglomérations, droit dans ses bottes, a cru devoir leur répliquer : « Les idéologies représentées sur la place sont toutes des idéologies de libération, de conquête des droits, malgré leurs parts d’ombre.  Le fascisme et le nazisme sont la négation même de liberté. Mao a effectivement causé des millions de morts mais il a aussi joué un grand rôle dans la montée en puissance de la Chine au XXe siècle. »

On retrouve, cette faiblesse socialiste pour les crimes du communisme dans le débat que le même journal le même jour ouvre au sujet du rappel de la publication par mon ami Stéphane Courtois du « Livre noir du communisme » en 1997.

L’ancien maoïste converti à l’anticommunisme écrivait en ouverture de son opus : « Nombres d’historiens renommés n’hésitent pas à utiliser l’expression « crime contre l’humanité » pour qualifier les crimes nazis. Il nous semble donc qu’il n’est pas illégitime d’utiliser ces notions pour caractériser certains des crimes commis dans les régimes communistes. »

Cette vision lui attira les foudres du Monde et le plongea dans un ghetto dont il est heureusement sorti aujourd’hui. Il n’empêche : Lionel Jospin, monta à l’époque au créneau, à l’instar du président Jean-Pierre Moure aujourd’hui, et déclara noblement à l’Assemblée nationale : «  La révolution de 1917 a été un des grands évènements du siècle et si le PCF a tant tardé à dénoncer le stalinisme, il a tiré les leçons de son histoire. Il est représenté dans mon gouvernement et j’en suis fier. »

C’est Laurent Joffrin qui finalement sauva l’honneur de la gauche dans un article intitulé : « Sauver Lénine ? » et publié dans Libération, il écrivait que la contestation des chiffres autour du « Livre noir » était dérisoire : « A 50 ou 60 millions de morts au lieu de 80, le communisme deviendrait-il présentable ? » en ajoutant : « Le crime est bien au cœur même du projet communiste, non à cause de l’intention maléfique de son promoteur mais parce que sans le crime leur plan de réorganisation totale de la société est impossible à mettre en œuvre. »

Pour ceux qui en doutent encore, je  ne saurai trop recommander la lecture du dernier et formidable ouvrage de Francois Kersaudy « Staline* » aux éditions Perrin.

La France dure avec elle-même ?

La semaine dernière, j’ai rendu hommage au discours de François Hollande concernant le Vel d’Hiv et la déportation des juifs de France. J’ai lu certaines réserves concernant la mise en cause de la France en tant que telle, et je les comprends. Il n’empêche : si on juge un pays à l’aune de l’attitude de ses élites politiques, judiciaires, médiatiques, policières, ce pays s’est largement déconsidéré en dépit d’une admirable minorité à laquelle mon ami Serge Klarsfeld a toujours su rendre justice. Je veux également dire ici que les hommes étant des hommes, ceux de France, contrairement à ce qui a été dit et écrit, se sont plutôt mieux comportés que des hollandais ou des norvégiens envers lesquelles l’histoire s’est montrée plus clémente.

La semaine dernière encore, je disais aussi que je connaissais les limites de l’exercice de repentance désormais obligé. Lorsque je vois un François Hollande se dire désormais déterminé à poursuivre l’antisémitisme où qu’il se trouve mais que je ne vois pas les nouvelles autorités avoir agi ni en faveur de l’inscription du Hezbollah – responsable de l’attentat contre des israéliens en Bulgarie la semaine dernière – sur la liste des organisations terroristes, ni en faveur d’une minute de silence lors de la séance d’ouverture des Jeux olympiques de Londres en hommage aux athlètes israéliens assassinés il y a 40 ans lors des olympiades de Munich par un commando de Septembre noir, agissant en complicité avec des néo-nazis allemands, je me dis que l’on est loin encore d’être sortir de la condamnation symbolique, pour ne pas dire platonique.

Et à dire le vrai, à scruter l’apathie générale à l’égard de ces deux évènements, je ne suis pas sûr que l’élite d’aujourd’hui soit, en dépit de ses obsessions antiracistes, en posture de donner des leçons de morale aux élites démissionnaires d’hier.

A ce sujet, je recommande la lecture de l’article d’Alexandra Schwarsbrodt dans Libération, dans lequel celle-ci relate l’attitude exemplaire d’un Boualem Sansal, écrivain algérien, boycotté par le jury des ambassadeurs arabes à Paris pour avoir osé se rendre en Israël, défendu par Olivier Poivre d’Arvor, président de France Culture, et qui vient refuser la dotation de 10 000 euros qui lui a été offerte pour l’offrir à l’association « Un cœur pour la paix », chargée d’apporter un secours médical aux enfants d’Israël et de Palestine.

Ici, l’élite, le Juste, est un Arabe.

Mélenchon et l’antisémitisme

A ce qu’il parait, Monsieur Mélenchon veut poursuivre Jean-François Copé devant le tribunal pour avoir osé lui reprocher d’entretenir des intelligences coupables avec l’antisémite déclaré Mikis Théodorakis. D’après ce que je crois comprendre, Mélenchon n’était pas au courant des déclarations du musicien grec, il ne saurait se les voir reprocher. Mais je crois savoir également que Monsieur Mélenchon est allé visiter son ami Chavez, sans que d’ailleurs la presse française ne s’en émeuve particulièrement. Je doute que Monsieur Mélenchon n’ait pas été tenu au courant des déclarations anti-juives, nombreuses et anciennes du timonier bolivarien. Il y a une dizaine d’année, à la suite d’Annette Lévy-Villard, je commettais un article dans Libération dans lesquelles je rappelais que Chavez avait la grande habitude de reprocher aux Juifs leur amour de l’argent ou leur détestation du Christ. Ce que Copé reproche justement à Mélenchon, ce n’est certainement pas son antisémitisme, c’est un accommodement dont il n’a pas le monopole à gauche pour la  judéophobie radicale.

Il est piquant de constater à quel point ceux qui ont l’injure antifasciste généreuse ont le cuir sensible lorsqu’on les place devant les contradictions de leur antiracisme vétilleux.

© Gilles William Goldnadel

L’article original peut être consulté sur le Blognadel

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