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Publié par Guy Millière le 10 août 2012

Le vocabulaire soigneusement aseptisé qui prévaut dans la plupart des médias français ne permettant guère de comprendre l’évolution de la situation au Proche-Orient, je me dois de tenter une fois de plus.

1. La guerre civile en Syrie est d’une extrême complexité (j’en ai traité voici peu), et son issue ne peut en aucun cas se réduire à un face à face entre le régime Assad et des « rebelles ». Il y a, d’un côté le régime Assad, mais aussi, essentiellement l’Iran, qui appuiera Assad jusqu’au bout, car les dirigeants iraniens savent que la chute d’Assad impliquerait une offensive islamiste sunnite en Irak, des troubles dans les régions kurdes d’Iran, avec l’appui du Kurdistan irakien, des Kurdes syriens, ainsi que des difficultés graves au Liban. Le régime Assad sera aussi appuyé jusqu’au bout par la Russie, non seulement parce qu’elle tient à garder le port de Tartous, mais aussi parce qu’une victoire des islamistes sunnites entraînerait une recrudescence djihadiste sunnite dans les périphéries musulmanes de la Russie. La Chine soutient le régime Assad pour les mêmes raisons, car la Chine a aussi des populations musulmanes à même de se soulever dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Assad est prêt à aller jusqu’au bout et à rayer la ville d’Alep de la carte du monde si nécessaire, car il sait que si Alep tombe, ce sera pour lui une défaite majeure.

Les « rebelles » sont constitués en fait de plusieurs factions aucunement unifiées, dominées par les Frères musulmans, mais de plus en plus infiltrées par des gens d’al Qaida et d’autres organisations radicales. L’objectif des Frères musulmans est d’installer un gouvernement islamiste sunnite, celui d’al Qaida et des autres organisations radicales est d’enflammer toute la région et d’en finir avec les groupes qui soutiennent Assad, en l’occurrence les alaouites et, secondairement, les chrétiens, qui craignent qu’une victoire des factions anti-Assad se solde par une épuration et des massacres d’alaouites et de chrétiens. L’Arabie Saoudite et le Qatar financent les factions anti Assad, l’Arabie Saoudite dans le but de modérer le poids d’al Qaida et des radicaux.

Une situation de compromis semble très improbable, pour ne pas dire utopique. Le Conseil National Syrien est débordé par les événements et ne contrôle pas grand chose. Il a l’appui de l’Arabie Saoudite, pour les raisons susdites, et celui de la Turquie, qui craint une autonomie des régions kurdes et des troubles dans les régions kurdes de Turquie autant que l’Iran craint des troubles dans ses régions kurdes et dans celles de l’Irak.

Une intervention internationale semble elle-même très improbable. L’Europe ne peut rien, moins encore la France (et Nicolas Sarkozy aurait mieux fait, en ces conditions, de se taire sur ce dossier). Le seul pays qui aurait pu avoir un poids aurait été les Etats Unis, mais Obama ne voulait ni fâcher l’Iran (avec qui il pratique l’apaisement), ni faire preuve de fermeté face à la Russie (vis a vis de laquelle il pratique une forme de « détente »), ni se refuser à soutenir les Frères musulmans. Il n’a donc pas soutenu les modérés, qui ont été écrasés d’emblée. Obama est non seulement un gauchiste islamophile, c’est aussi un Président nul. Infiniment pire que Carter. Obama entend tenter d’éviter le pire : le transfert d’armes chimiques et bactériologiques aux mains d’al Qaida et du Hezbollah, c’est ce qui se dit à Washington. Ce type de transfert avant le 6 novembre serait désastreux pour Obama. Et ce qui compte pour Obama est sa réélection : après ?

Nul ne peut, dès lors, prévoir l’évolution en Syrie. Le scénario qui me semble le plus probable au moment présent est une prolongation très sanglante du conflit, et un éclatement du pays en plusieurs fragments (dont un fragment alaouite le long de la Méditerranée), avec effets de déstabilisation sur le Liban, l’Irak, sans doute la Jordanie.

2. L’Iran est en position précaire en ces conditions, et le régime tient un discours de radicalisation qui répond à cette précarité. Les programmes nucléaires du pays se trouvent accélérés. L’Iran ne cherche pas à se doter de l’arme atomique pour attaquer Israël, mais pour se sanctuariser. Et depuis cette sanctuarisation, continuer à financer le terrorisme international. Il a besoin de cette sanctuarisation aussi pour répondre à l’éventuelle chute d’Assad et aux conséquences prévisibles au Liban. Je doute, cela dit, qu’Obama décide d’intervenir contre l’Iran avant novembre. Je pense même qu’il n’interviendra pas avant novembre, et attend au contraire que l’Iran soit aux portes de l’arme nucléaire pour proposer à l’ONU une dénucléarisation de la région, qui impliquerait au premier chef Israël. Une défaite d’Assad pourrait inciter l’Iran à demander au Hezbollah d’agir contre Israël. Le Hezbollah dépend financièrement de l’Iran : il peut obéir. Il peut aussi se replier sur le Liban, où, comme je l’ai déjà écrit, son emprise pourrait se trouver ébranlée si Assad perd.

3. Le grave incident survenu à la frontière entre Israël et le Sinaï révèle plusieurs points importants. D’une part, Israël dispose de moyens de renseignement et de défense efficaces, ce qui est un point très positif : la riposte israélienne a été efficace, claire, nette et dissuasive. D’autre part, des factions djihadistes agissent assez librement dans le Sinaï, se forment, s’organisent et s’arment. Une attaque menée par trente-cinq terroristes ne s’improvise pas. Les armes utilisées venaient, pour l’essentiel de Libye (allo, Nicolas ? allo Bernard Henri ?). Enfin, l’armée égyptienne s’est montrée très déficiente, ce qui est à la fois rassurant (ce n’est pas une armée à même de mener une guerre efficace) et inquiétant (c’est une armée peu à même de contrer les djihadistes).

On doit ajouter, point crucial, que le Président égyptien, Mohamad Morsi a accusé Israël d’être derrière l’incident. Dès lors que des incidents de ce genre peuvent se reproduire, il n’est pas impossible que Morsi et les Frères musulmans en tirent prétexte pour revenir en force dans le Sinaï et pour aller vers la confrontation avec Israël. L’armée égyptienne fera tout pour éviter la confrontation, cela dit. La stratégie des djihadistes du Sinaï, parmi lesquels al Qaida, est de provoquer une guerre entre Israël et l’Egypte. Elle est de provoquer une guerre régionale avec pour perspective lointaine la volonté de rétablir le califat sunnite. Les Frères musulmans sont aussi en faveur de cette perspective, mais sur un mode plus gradualiste.

4. La situation d’Israël à proprement parler est, en ce contexte, difficile. Si une intervention contre l’Iran doit avoir lieu, c’est avant le 6 novembre : nul ne sait si Obama sera battu ou non, et si Obama est réélu, il sera trop tard. Le danger constitué par les armes bactériologiques et chimiques en Syrie est grand, et Israël ne peut se permettre de voir ces armes tomber aux mains de factions radicales, d’al Qaida ou du Hezbollah. Une intervention israélienne en Syrie est quasiment inenvisageable.

Un Président des Etats Unis digne de ce nom ferait le nécessaire en faisant pression sur la Russie, mais il y a Obama à la Maison Blanche. La situation dans le Sinaï est périlleuse : permettre à l’armée égyptienne de se réinstaller pleinement dans le Sinaï ferait courir le risque, en cas, probable, de nouvel incident, de mettre le feu aux poudres. Israël ne peut intervenir dans le Sinaï que ponctuellement, par frappes ciblées et en se dotant de renseignements optimaux. Le mur de séparation avec le Sinaï est en bonne voie, il est impératif qu’il soit vite achevé.

5. Je n’ai rien dit des « Palestiniens ». Le Hamas est le perdant de l’incident de frontière. Morsi et les Frères musulmans tiennent le Hamas pour responsable d’avoir laissé agir des factions djihadistes. L’Autorité palestinienne est plus que jamais marginalisée, tenue à bout de bras par l’Union Européenne et l’administration Obama. Elle compte sur la réélection d’Obama pour faire avancer sa cause. Ce sera, je pense, l’intention d’Obama s’il est réélu. Obama, cela dit, ne pourra pas imposer un retour aux « frontières de 1967 » , et le gouvernement israélien aura tous les arguments possibles pour, le cas échéant, répondre à Obama : vue la situation dans le Sinaï et en Syrie, qui pourrait être assez insensé pour donner le pouvoir à des terroristes aux portes de Jérusalem ? Obama ? Les Européens ? Sans doute, mais aucun dirigeant politique israélien sensé. La question « palestinienne » est dans la marge désormais, d’autant plus que, comme je l’ai dit, la situation en Syrie pourrait fort bien avoir des retombées en Jordanie, pays qui est l’Etat arabe palestinien, et qui pourrait bien tomber aux mains des Frères musulmans dans un avenir pas très lointain.

6. Si je voulais en ajouter à la complexité, je dirais que la situation en Egypte est très volatile. L’armée sait que l’argent qui rentre dans les caisses vient des Etats-Unis et d’Arabie Saoudite, et n’entend pas se faire déborder par les Frères musulmans, qui, eux, seraient tentés par la volonté de déborder l’armée, mais l’Arabie Saoudite a fait comprendre à Morsi que s’il touchait à l’armée, l’Arabie Saoudite couperait les vivres. Il semblerait aussi que l’Iran, s’il n’a pas l’intention d’attaquer Israël dans l’immédiat, pourrait envisager des frappes contre l’Arabie Saoudite et le Qatar si Assad était davantage en difficulté. Toute la région ressemble à un baril de poudre aux multiples mèches, et prêt à exploser.

6. Dois-je l’ajouter une fois de plus : un mandat d’Obama a produit des résultats mirifiques au Proche-Orient. Je n’ose imaginer ce que serait un deuxième mandat d’Obama. Je publie en fin de mois un nouveau livre, appelé Le désastre Obama, et j’y expose le bilan de quatre années d’Obama, et les projets d’Obama en cas de réélection. A l’heure actuelle, je donne, hélas, à Obama au moins une chance sur deux d’être réélu. Je répète le mot : hélas.

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© Guy Millière pour www.Dreuz.info

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