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Publié par Guy Millière le 24 août 2012

Bien que j’aie travaillé dans le cinéma et que j’aie enseigné son histoire pendant des années à l’université, je parle peu de cinéma dans mes textes. Je n’en parle en fait que lorsqu’un film est porteur d’un sujet important, ou, mieux encore, lorsqu’il s’agit d’un grand film. Les grands films étant rares, j’en traite rarement. Je pense utile d’attirer l’attention sur un grand film. Ce grand film est The Dark Knight Rises de Christopher Nolan.

Non seulement The Dark Knight Rises est, esthétiquement parlant, un chef d’œuvre, mais c’est un film dense, profond, qui donne à penser et offre des repères, et c’est un film conservateur.

Il vient achever ce qui constitue une trilogie, Et c’est en fait les trois films qu’il faudrait voir successivement pour en percevoir la cohérence et pour pleinement déchiffrer celle-ci.

Dans le premier film, Batman Begins, Nolan pose la démarcation entre le bien et le mal, souligne ce qui advient quand le relativisme et les repères éthiques s’estompent. Le droit n’est plus à sa place, la corruption monte, le crime n’est plus puni, les criminels sont traités comme des victimes et les victimes sont réduites au silence.

Le personnage central, Bruce Wayne, voyant que l’assassinat de ses parents n’est pas puni d’un châtiment à la hauteur du crime s’égare dans le relativisme et l’univers du crime jusqu’au moment où il trouve quelqu’un qui se propose de lui enseigner les moyens de rétablir l’ordre et le droit. Il reçoit l’enseignement, mais discerne que celui qui lui a enseigné ces moyens a glissé vers une vision totalitaire de l’ordre et s’est éloigné du droit, rompant ainsi le principe selon lequel ordre et droit doivent être indissociables pour qu’une société soit libre. Il décide alors de briser, partir, et utiliser les moyens qui lui ont été enseignés au service des fins pour lesquelles ils étaient initialement prévus.

Il devient une force de justice transcendante, un symbole, et il choisit délibérément cette dimension symbolique ; il n’est pas un être humain. Il doit être autre chose qu’un être humain. Il choisit la chauve-souris parce qu’il a eu dans son enfance une frayeur causée par les chauve-souris et parce que cette frayeur des chauve-souris a fait qu’il s’est considéré comme responsable de la mort de ses parents. Il doit vaincre la peur pour rejoindre la transcendance, et il doit vaincre une peur ancrée en lui. Il vainc la peur ancrée en lui et rejoint la transcendance. C’est là la thématique de Batman Begins.

Dans The Dark Knight, le personnage du Batman se trouve confronté à un criminel absolu, un homme qui est tout à la fois l’incarnation parachevée du mal et de l’esprit de destruction, un homme qui entend démontrer que rétablir l’ordre et le droit est impossible, et qui entend détruire absolument l’ordre et le droit. Cet homme, le Joker, s’appuie sur la corruption toujours prête à renaître, sur la fragilité humaine, sur la manipulation des foules. Le Batman pense trouver en un procureur un homme non corrompu qui pourrait, dans la dimension humaine et dans celle de la société, incarner le retour à l’ordre et au droit. Le Joker s’acharne dès lors sur cet homme et parvient à lui faire perdre ses repères éthiques. Le Batman parvient à vaincre le Joker. Le procureur est tué. Le Batman choisit de préserver l’image du procureur et d’endosser les crimes qu’il a commis après avoir perdu ses repères éthiques. Il entend préserver l’idée qu’il a existé un homme incarnant le retour à l’ordre et au droit, au fins que cet homme puisse servir d’exemple. Le symbole de justice transcendante peut s’effacer. Le Batman peut même devenir un bouc émissaire et prendre sur ses épaules les errements provoqués par le Joker. L’ordre et le droit semblent rétablis.

Dans The Dark Knight Rises, une nouvelle menace survient, comme pour rappeler que le mal ne cesse jamais de rôder et de faire irruption.

Le mal, cette fois, prend l’apparence d’un terroriste nihiliste et fanatique, un être qui est tout à la fois vecteur d’une destruction absolue et du fonctionnement totalitaire qui conduit vers cette destruction absolue. Ce terroriste nihiliste prend pour cible primordiale la finance et le capitalisme, et vient occuper Wall Street. Il libère les criminels et incite la population à vivre dans l’instant, sans règles, parce qu’il n’y a pas d’avenir sinon un néant apocalyptique. Il obtient le renoncement de la plupart de ceux censés incarner l’ordre et le droit. Il organise un tribunal révolutionnaire semblable à celui qui existait au temps de la Révolution Française sous la terreur. Il dispose de complices parmi des capitalistes sans éthique qui s’imaginent pouvoir utiliser le mal pour parvenir à leurs fins, et il élimine ces capitalistes, qui n’ont été que des idiots utiles au mal. Il dispose de compagnons de route que séduit l’idée de dissoudre l’ordre et le droit et de s’en prendre à la finance et au capitalisme, mais les compagnons de route discernent à quel engrenage effroyable ils ont contribué : l’incarnation de ces compagnons de route est une voleuse aux allures de Catwoman.

Il se révèle que le terroriste nihiliste est au service de la fille de celui qui a enseigné au Batman les moyens de rétablir l’ordre et le droit, et a glissé vers une vision totalitaire. Le Batman revient. Il discerne que, comme le dit le policier qui s’est tenu à son côté depuis le commencement, la ville a besoin du Batman. Il vainc le terroriste nihiliste et la vision totalitaire qui a failli anéantir la ville. Il s’efface et disparaît. Il laisse l’image d’un sacrifice ultime et de la transcendance inhérente à ce sacrifice ultime. Il laisse l’idée que l’ordre et le droit impliquent qu’on regarde vers la transcendance et qu’on se batte pour qu’existent l’ordre et le droit. D’autres que lui pourront regarder vers la transcendance. Il se trouvera, si le mal revient, et il reviendra, des hommes pour se battre, et pour répondre, si nécessaire, à l’impératif que le Batman revienne.

Il y a dans The Dark Knight Rises, et dans la trilogie en son ensemble, une tonalité burkéenne. L’idée que l’ordre et le droit constituant une société conforme à ce que John Locke définit dans son Second Traité de gouvernement comme la règle du droit (rule of Law) ne peut fonctionner et assurer les droits naturels des êtres humains et la liberté qui en découle que si une référence à des valeurs plus élevées vient fonder la règle de droit et légitimer les droits naturels.

Il y a l’idée que l’ordre et le droit ne durent et n’assurent la liberté que si une vigilance constante est exercée pour que vivent la règle du droit et les droits naturels, que si non seulement les idées de bien et de mal sont présentes, mais que l’on doit parfois se battre pour que le bien triomphe du mal.

Il y a l’idée qu’il existe, dans le contrat social qui relie les membres d’une société entre eux un grand contrat qui renvoie aux valeurs plus élevées.

Il y a l’idée que les hommes de bien doivent se donner les moyens de combattre le mal, de préserver le grand contrat et les valeurs plus élevées, et de rappeler la transcendance.

Il y a le rappel de ce qu’est l’état de droit lockéen, de ce qu’Edmund Burke souligne dans ses Réflexions sur la Révolution de France, de ce qui constitue l’essence du conservatisme américain.

Ce qui doit être conservé dans le conservatisme américain, c’est tout cela, le grand contrat et les valeurs plus élevées inscrites dans la Déclaration d’indépendance, la Constitution et le Bill of Rights.

Ce qui doit être conservé c’est la liberté et le capitalisme dans le cadre constitué par le grand contrat et les valeurs plus élevées. Le personnage du Batman est l’incarnation de l’éthique du capitalisme, car c’est un capitaliste, un entrepreneur issu d’une famille d’entrepreneurs.

Ce qui ne doit jamais être oublié, c’est la persistance du mal, qu’il vienne par le relativisme, la corruption, le crime, le terrorisme, les tentations totalitaires.

Dans The Dark Knight, les références au 11 septembre étaient très claires. Dans The Dark Knight Rises, les allusions à Occupy Wall Street sont très claires aussi.
Dans une époque où, aux Etats-Unis, gouverne un homme qui défait peu à peu les repères du bien et du mal, qui use de la corruption et du relativisme, et qui incarne tout ce contre quoi le conservatisme américain n’a cessé de mettre en garde, la trilogie de Christopher Nolan (et en elle The Dark Knight Rises) viennent constituer un rappel.

Une phrase souvent citée, et trop peu comprise d’Edmund Burke est : « Pour que le Mal triomphe, il suffit que les hommes de Bien ne fassent rien ».

Des films comme The Dark Knight Rises montrent que le conservatisme américain vit. Des hommes de bien feront-ils quelque chose ? Je le souhaite. L’Amérique et le monde ont besoin de l’esprit du Batman.

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