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Publié par Guy Millière le 6 septembre 2012

Dois-je l’écrire ? Je ne suis pas la convention démocrate avec le même élan de sympathie que celui que je pouvais avoir envers la convention républicaine.

Il y a, parmi les démocrates, de braves gens qui espèrent le meilleur. Il y a aussi des gens beaucoup plus radicaux qui m’inquiètent profondément. Et puis, il y a les quatre années de la présidence Obama. Il y a les huit années précédentes au cours desquelles la diabolisation de George Walker Bush a été parfois frénétique et a eu de lourdes conséquences.

Si le parti démocrate était encore ce qu’il était au début des années 1960, sans doute raisonnerais-je autrement. Mais c’est un fait, le parti démocrate a beaucoup changé et a connu une dérive vers la gauche extrême. Ce n’est plus le parti du temps de John Kennedy. Et, quand bien même Bill Clinton y prononce un discours mercredi soir, ce n’est plus, d’une même façon, le parti que Bill Clinton s’était efforcé de recentrer. C’est le parti de Barack Obama. Et derrière lui, c’est le parti de groupes radicaux, d’une nomenklatura d’adeptes du capitalisme d’accointances (crony capitalism), des syndicats du secteur public et de quelques autres secteurs, tels l’industrie automobile. C’est le parti de la distribution des allocations sociales en échange de promesses de vote et de mouvements d’agitation sociale.

La première journée de la Convention démocrate à Charlotte a reflété cet état de choses. A l’extérieur, après une préfiguration, le week end dernier, sous la forme d’une réunion islamique (Jumah at the Democratic National Convention), désavouée à la dernière minute par les dirigeants du parti, on a pu voir ce mardi divers mouvements organiser des rassemblements : anarchistes « pacifistes » clamant des slogans « anti-impérialistes » et anti-israéliens, féministes gauchistes du mouvement Women in Pink, revenues de Tampa sans avoir oublié leurs costumes en formes de vagins géants et béants, et proclamant « We are sluts, and we vote » : « nous sommes des salopes et nous votons ». Convaincant ? Cela dépend pour qui.

On a pu voir ensuite dans le hall de la convention lui-même, un film de présentation générale appelant au rassemblement, et dont la phrase essentielle était : « Le gouvernement est la seule chose à laquelle nous appartenons tous ». La campagne Romney ayant aussitôt répliqué, « Non, le gouvernement appartient aux citoyens, ce ne sont pas les citoyens qui appartiennent au gouvernement », le parti démocrate a déclaré que c’était un film venant du comité local de Charlotte, pas un film de la campagne nationale. Dont acte.

Il y eut ensuite un hommage à Ted Kennedy, pour moitié consacré à montrer des images de Ted Kennedy traitant Mitt Romney d’idiot ou d’imbécile, ce qui m’a semblé être une curieuse façon de rendre hommage à un homme disparu et une manière inélégante de faire parler un mort, mais ce n’est que mon avis.

Le thème central a ensuite été l’avortement, et encore l’avortement. Une façon d’illustrer le fait que les démocrates entendent démontrer que les républicains sont en guerre contre les femmes. On pourrait penser que la seule question qui préoccupe les femmes aux yeux des démocrates est de savoir où et quand elles pourront avorter, et que toutes les autres questions, emploi, éducation, futur du pays, futur de leur famille et de leurs enfants sont absolument secondaires. Les républicains répondront que les femmes ne sont pas que des organes reproducteurs, mais des êtres humains à part entière avec des problèmes d’êtres humains. Et je ne leur donnerai pas tort. L’objectif des démocrates est d’attirer les voix des femmes : il n’est pas certain qu’ils s’y prennent bien. Et les sondages de Barack Obama chez les femmes montrent un net fléchissement. L’avortement libre et gratuit, surtout l’avortement tardif au troisième trimestre, n’est soutenu que par une minorité de l’électorat féminin aujourd’hui aux Etats–Unis.

Un autre thème est revenu très régulièrement : le libre choix de se marier, autrement dit, le mariage homosexuel, qui, là non plus ne semble pas une préoccupation majeure pour le peuple américain aujourd’hui. Avec le mariage homosexuel, les allusions au risque de voir les républicains rétablir la loi dite Don’t ask don’t tell ont été fréquentes : la loi en question impliquait que les militaires n’affichent pas leurs orientations sexuelles. Les démocrates sont favorables à ce que les militaires affichent ouvertement leurs orientations sexuelles, et qu’un militaire gay puisse proclamer haut et fort qu’il est gay. Pour beaucoup d’Américains, un soldat doit défendre le pays, et c’est davantage son rôle que de participer à la gay pride, et je ne suis pas certain que ce soit un thème porteur pour les démocrates.

Quand le moment du prime time est arrivé, on a entendu quelques mots de Jimmy Carter, qui a déclaré que jamais un Président avant Obama n’avait fait face à une telle hostilité et n’avait eu tant de mal à faire avancer ses projets (Carter devait être en séjour prolongé à Gaza pendant la présidence George W. Bush, puisqu’il n’a pas vu du tout la diabolisation dont celui-ci a été victime, et il n’a pas remarqué que pendant deux ans Obama a eu un Congrès démocrate prêt à voter tous ses projets). On a entendu Cory Booker, maire de Newark, déclaré que ce qu’il fallait à l’Amérique, c’étaient des emplois : on ne peut que lui donner raison et regarder avec tristesse les chiffres du chômage aujourd’hui. Lorsque Cory Booker a dit qu’avec Obama il y aurait des emplois, je ne suis pas certain qu’il ait été convaincant. Les vingt trois millions de chômeurs américains pourraient lui demander où Obama a favorisé la création d’emplois.

Deval Patrick, gouverneur du Massachusetts, impliqué dans diverses affaires de corruption, mais présent quand même, s’est chargé d’une attaque féroce contre Mitt Romney, qui l’a précédé au même poste : je ne l’accuserai pas de mensonge (être accusé de corruption est déjà bien assez pour un seul homme), mais si on devait lui rappeler les chiffres, on devrait lui dire que Mitt Romney avait laissé un budget en équilibre sans augmenter les impôts et des chiffres de chômage équivalents au plein emploi, alors qu’aujourd’hui, dans le Massachusetts, le budget est en lourd déficit, les impôts ont augmenté, et le chômage est à la hausse.

A suivi Rahm Emanuel, ancien Chief of staff de Barack Obama, qui a souligné la tâche dantesque de Barack Obama dans les premiers mois de sa présidence : un pays en « chute libre » qui s’effondrait de toutes parts. Et Superman Obama a, bien sûr, commencé à tout redresser, à commencer par l’industrie automobile (Rahm aurait pu dire que cela a coûté vingt milliards de dollars au contribuable américain, que les actions de General Motors sont passées en grande partie aux mains des syndicats, qui ont touché une somme importante au passage, que General Motors est toujours en déficit et au bord de la faillite, vu que Barack Obama lui a imposé de fabriquer en priorité un modèle électrique qui ne se vend pas et prend facilement feu, la Volt, et que Chrysler a été cédé pour presque rien à Fiat, mais Rahm n’a rien dit de tout cela, c’est un garçon pudique).

Est venu ensuite le tour de Julian Castro, maire de San Antonio, placé dans cette position pour tenir le rôle d’un Marco Rubio démocrate et montrer que les démocrates aussi ont des étoiles montantes hispaniques. Le discours de Julian Castro semblait d’ailleurs calqué sur celui de Rubio : même histoire d’ascension sociale, même référence émue à ses parents qui ont travaillé dur pour qu’il parvienne au sommet, même référence à l’amour de l’Amérique. Une différence cependant : quand il a évoqué la réussite aux Etats Unis, Marco Rubio a parlé de l’esprit d’entreprise. Julian Castro, lui, a parlé du gouvernement. On a vu ainsi deux visions de l’Amérique. La vision républicaine est celle d’une Amérique basée sur l’esprit d’entreprise et le capitalisme. La vision démocrate est basée sur le rôle du gouvernement. Julian Castro a, d’ailleurs, insisté sur une expression d’Obama qu’on a, elle aussi, beaucoup entendu : chacun doit payer sa part équitable (fair share), autrement dit, la progressivité fiscale doit être accentuée, les riches capitalistes doivent payer plus. Il a aussi employé le mot « investissements » comme l’emploient les socialistes : un investissement chez les démocrates, ce n’est pas un investissement dans une entreprise privée, c’est de l’argent public dépensé pour construire des routes, des bâtiments, ou pour donner davantage d’argent à divers secteurs publics, tels l’éducation. C’est de l’argent destiné à donner des subventions ou des allocations.

La soirée s’est achevée avec Michelle Obama. Et elle a tenu le rôle qui était le sien, de manière assez brillante. Si je ne connaissais pas Barack Obama, j’aurais pu me laisser prendre. On a assisté à une réinvention de Barack Obama en saint laïc. Michelle Obama, comme Ann Romney l’avait fait pour son propre mari la semaine dernière, a dépeint Barack Obama comme un homme exemplaire, un mari aimant, un père attentionné, un homme rassembleur entièrement voué à la défense du peuple américain, un pragmatique empli de compassion envers les plus humbles. Elle l’a même décrit comme prêt à travailler avec les démocrates comme avec les républicains.

Le portrait était touchant. Il est juste regrettable qu’il ne corresponde pas à celui de l’homme qui est à la Maison Blanche depuis quatre ans. Obama est sans doute le mari et le père décrit, je veux bien le penser, mais ce n’est pas un homme prêt à travailler avec les démocrates comme avec les républicains : tout ce qu’il a fait montre le contraire, et Paul Ryan serait prêt à en parler abondamment. Ce n’est pas un rassembleur, mais un homme qui s’est conduit de manière sectaire. Ce n’est pas un pragmatique, mais un idéologue, qui n’a, jusqu’à ces jours derniers, pas infléchi d’un millimètre ses orientations.

Si Barack Obama avait un déficit de sympathie, Michelle Obama l’aurait comblé, mais Obama n’a pas eu jusqu’à ces derniers temps, de déficit de sympathie. Il a commencé à en avoir un en raison de la campagne sordide qu’il a mené contre Romney ces derniers mois. La réinvention de Barack Obama par Michelle Obama permettra peut être d’arrêter l’érosion de la cote de sympathie de Barack Obama. Parviendra-t-elle à convaincre, contre toute évidence, que politiquement, Barack Obama est l’homme qu’elle a décrit ? On le verra bientôt. Si c’est le cas, ce sera l’un des tours de prestidigitation les plus magistraux de ces dernières années. Et ce sera un très mauvais signe, car, au fond, je ne pense pas du tout que Barack Obama ait changé. Je pense qu’il est l’homme que je dépeins dans Le désastre Obama. Je pense que son deuxième mandat éventuel serait plus effroyable que le premier.

D’ailleurs, en vantant les bienfaits de saint homme (laïc, bien sûr), Michelle Obama, comme Julian Castro avant elle, n’a évoqué que le gouvernement, uniquement le gouvernement, jamais l’entreprise : sait-elle, et Barack sait-il, ce que seraient les Etats-Unis sans le capitalisme et le secteur privé ?

Une dernière remarque : les démocrates ne défendent pas le bilan des quatre années d’Obama. Et ils ne proposent explicitement pour le moment rien de précis pour les années à venir.

Leur narration est claire : tous les problèmes du pays sont de la faute de George W. Bush. Barack Obama a hérité d’un cataclysme absolu. Il a entamé un redressement, mais sortir d’un cataclysme absolu est une tâche de titan. Il lui faut encore au moins quatre ans pour redresser la situation. Et en ce cas là, le pays retrouvera l’équivalent des heureuses années de la présidence Bill Clinton. A moins qu’elle ne devienne un pays paradisiaque où le secteur privé aura disparu.

L’envers de la narration est clair aussi : l’élection de Romney serait un retour aux abominables politiques des années George W. Bush, voire à des politiques bien pires encore et antédiluviennes.

Autrement dit : le bilan n’est pas présentable donc nous n’en parlons pas (ou alors en le toilettant très sérieusement, j’y reviendrai), mais ce n’est pas notre faute, c’est celle de l’abominable Bush. Et voter pour Romney serait l’équivalent du retour de Lucifer. Cela marchera-t-il ?

Clinton va parler ce soir. Il sera précédé, entre autres, de Sandra Fluke, l’étudiante qui a besoin de beaucoup de pilules, de beaucoup d’avortements et de beaucoup de mariages gay. La suite demain.

Reproduction autorisée, et même vivement encouragée, avec la mention suivante et impérativement le lien html ci dessous :
© Guy Millière pour www.Dreuz.info

PS Je viens de voir un titre de journal français : « Michelle Obama a su recréer la magie ». Je savais que Michelle leur plairait. Michelle Obama est magique : elle coûte très cher au contribuable, mais pense que l’argent tombe du ciel en quantité illimitée, et ceux qui l’écoutent le croient avec elle.

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