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Publié par Alexandre Del Valle le 5 octobre 2012

 

Depuis que le scandale autour du film islamophobe L’innocence des musulmans a éclaté à l’occasion de l’anniversaire du 11 septembre sur une chaîne islamiste égyptienne, beaucoup d’encre et de sang ont coulé. Les fanatiques salafistes ont ressuscité un film (au départ passé totalement inaperçu) attribué à un américano-égyptien, qui a lui-même tenté de le faire endosser par des « donateurs juifs sionistes ». Cette version a naturellement trouvé un écho favorable chez les islamistes, adeptes de théories conspirationnistes, qui rendent juifs et Américains responsables de tous les maux des musulmans.

La suite est connue qu’elle se soit déroulée à Benghazi (Libye), en Egypte, en Tunisie, au Yémen ou en Allemagne. Très vite, on est passé de l’antijudaïsme et de l’anti-américanisme à une haine antioccidentale généralisée. Au Pakistan, des « blancs » ont été attaqués, menacés ou insultés juste parce qu’ils avaient des faciès d’Occidentaux.

Ceci dit, et contrairement à ce qu’ont laissé croire les médias, meilleures caisses de résonance des islamistes, peu de mobilisations massives ont réellement eu lieu, excepté celles organisées au Pakistan par les partisans de la peine de mort pour le blasphème, puis au Liban, à l’appel du Hezbollah chiite. Il est vrai que la République islamique iranienne chiite, parraine de ce dernier, refuse de se faire voler la vedette dans la lutte antioccidentale et la chasse à « l’islamophobie » : un Ayatollah a donc opportunément ressuscité l’affaire Salman Rushdie en portant à 3 millions de dollars le contrat mis sur la tête de l’auteur des Versets sataniques.

Et l’Ayatollah Khomeiny inventa l’expression « d’islamophobie »

Rappelons que c’est l’Ayatollah Khomeiny qui lança en 1989 l’expression « d’islamophobie » et qui testa le premier les capacités de réaction (et de soumission) de cet Occident qu’il méprisait et jugeait lâche. A l’époque déjà, plutôt que de défendre en bloc Salman Rushdie, les responsables politiques et religieux occidentaux se désolidarisèrent des propos « blasphématoires » de l’écrivain, jugés responsables de la « colère » des fous de Dieux qui tuèrent d’ailleurs le traducteur japonais des Versets Sataniques.

Quelques années plus tard, les dirigeants occidentaux et les médias se désolidarisèrent d’une autre Voltaire du monde musulman, la Somalienne « apostat » Ayaan Hirsi Ali, devenue députée hollandaise, puis de Théo Van Gogh, qui produisit avec elle le film Submission qui « offensait les musulmans ». Ces deux « islamophobes » furent accusés d’avoir « provoqué » l’ire de leurs bourreaux, et Van Gogh fut assassiné en pleine rue par un islamiste hollandais d’origine marocaine proche d’Al-Qaïda, Mohammed Bouyeri, tandis que Hirsi Ali dut s’exiler aux Etats-Unis pour fuir les menaces de mort…

Depuis lors, intimidé par le fanatisme et tenu par ses « alliés » musulmans producteurs de pétrole (et / ou protecteurs des Talibans et d’Al-Qaïda comme le Pakistan ou l’Arabie saoudite), l’Occident a systématiquement abdiqué face aux offensives-tests des partisans de la censure islamiste désireux de répandre l’esprit de la charia et de la « dhimmitude » en Occident. Citons les déclarations officielles des dirigeants américains et européens (excepté l’Italie et le Danemark) condamnant les caricaturistes danois de Mahomet (du journal Jyllands-Posten, en 2005) et les propos mal compris du Pape Benoît XVI sur l’islam tirés du discours Foi, raison et université (septembre 2006).

Plus récemment, le film anti-islam, L’Innocence des Musulmans et les énièmes caricatures de Mahomet diffusées par Charlie Hebdo ont été officiellement condamnés par Barack Obama et Hillary Clinton, jusque dans des spots publicitaires diffusés en boucle dans les télévisions du Pakistan… Déjà en 2009, dans son discours du Caire, plutôt que de demander amicalement aux Etats musulmans de combattre les jurisprudences le plus liberticides de la charia et les persécutions des minorités, Barack Obama prononça un discours totalement déresponsabilisant et victimisant pour les Musulmans mais qui culpabilisait en revanche la supposée « islamophobie » de l’Occident et vantait les « Lumières de l’Islam » sans jamais oser parler de réciprocité dans la tolérance.

Dorénavant, les grands médias et responsables occidentaux renvoient dos à dos les caricaturistes pacifiques et les islamistes terroristes, comme si les premiers étaient comparables à des fanatiques qui trouvent toujours un prétexte pour étancher leur soif de sang et atteindre leurs objectifs liberticides. Dans le pays de Voltaire, où le droit au blasphème s’exerce contre l’Eglise catholique sans jamais être dénoncé officiellement, le Premier ministre Jean Marc Ayrault et le Quai d’Orsay ont fait une exception pour l’islam en désavouant les caricaturistes. Renouant avec l’esprit munichois, les Occidentaux vont souvent encore plus loin que certains officiels et médias arabo-musulmans qui ont parfois bien plus clairement que leurs confrères occidentaux refusé d’analyser les violences obscurantistes comme des « réactions à l’offense » (voir les éditos courageux d’Al Sharq al Awsat, de L’Orient le Jour, ou de Tahar Ben Jelloun et du tunisien Abdelwahhab Medeb).

Pétris de mauvaise conscience d’ex-colonisateurs, les médias, clergés et politiques européens sont tombés dans le double piège tendu par les islamistes : celui des fanatiques qui intimident en tuant ; et celui des interlocuteurs islamiques officiels, qui assortissent le rejet des violences à une exigence de pénalisation de « l’islamophobie ».

Le « jihad juridique » de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI) et des Frères musulmans

Ainsi, pour calmer la « colère » des uns et satisfaire les requêtes liberticides des autres, les responsables occidentaux s’excusent collectivement pour des actes « islamophobes » commis par quelques uns, alors que ni les gouvernements ni les masses d’Occident n’en sont d’aucune façon justiciables. En reculant de la sorte, ils reconnaissent de facto la nécessité de limiter la liberté d’expression. Erreur stratégique majeure, car en condamnant les journalistes ou scénaristes qui « provoquent » la colère des islamistes, ils incitent ces nouveaux censeurs à exiger toujours plus.

C’est ainsi que Mahmoud Gozlan, porte-parole des Frères musulmans, tout en saluant les critiques du gouvernement français envers Charlie Hebdo, a immédiatement invité la France à adopter des lois pour pénaliser l’islamophobie, osant même dresser un parallèle avec les lois mémorielles condamnant le négationnisme et l’antisémitisme : « Quiconque doute de l’existence de l’Holocauste est emprisonné, mais si quelqu’un insulte le Prophète, ses compagnons ou l’Islam, le maximum que fasse (la France) est de présenter ses excuses en deux mots. Ce n’est ni juste ni logique », a lancé Mahmoud Gozlan. « Nous rejetons et condamnons les caricatures françaises qui déshonorent le Prophète et nous condamnons toute action qui diffame le sacré », a déclaré quant à lui, Essam al Erian, haut responsable du Parti liberté et justice (PJD, Frère musulman) au pouvoir en Egypte, exigeant que la justice française « s’attaque au problème avec autant de fermeté que pour les photos seins nus de la duchesse de Cambridge, Kate Middleton », publiées dans Closer.

Dans ce processus de renversement des responsabilités à des fins liberticides, l’organisation de la Coopération islamique (OCI), plus grande organisation intergouvernementale après l’ONU, regroupant 57 pays musulmans et dont l’Arabie saoudite, le Pakistan, la Turquie et l’Egypte sont les leaders, joue un rôle capital à l’échelle mondiale. Sous couvert de « défense des minorités musulmanes menacées », l’OCI use de son influence pour empêcher l’intégration des immigrés musulmans d’Occident, pris en otage par les barbus et abandonnés par nos gouvernements capitulards qui les confient depuis des années aux prédicateurs étrangers et aux Etats islamiques « alliés » qui combattent tout prosélytisme chrétien chez eux et refusent toute réciprocité mais répandent la « vraie foi » en Europe et ailleurs…

Pour entériner cette absence totale de réciprocité et imposer la suprématie de la charia sur la conception laïque et universelle des droits de l’homme, en 1981 et en 1990, l’OCI a proclamé deux « Déclarations islamiques universelles des droits de l’homme » faisant prévaloir l’esprit de la Charia et limitant la liberté religieuse (condamnation du blasphème et du droit à choisir sa religion). Et depuis 1999, l’OCI a tenté de faire transcrire dans le droit international, notamment au sein des Nation Unies, les concepts de « diffamation des religions » et d’ « islamophobie », véritables armes de guerre juridiques contre la liberté d’expression et pour promouvoir la Charia dans le monde.

Comble du paradoxe : les principaux Etats partisans de la pénalisation de l’islamophobie au sein de l’OCI sont les plus christianophobes ou les plus intolérants : Arabie saoudite, Soudan, Pakistan ou Turquie (candidate à l’entrée dans l’UE mais niant toujours le génocide d’un million et demi de chrétiens arméniens et araméens…) Rappelons qu’à l’intérieur de l’OCI et du Conseil de Droits de l’Homme de l’ONU (CDH), le plus virulent promoteur de la pénalisation de l’islamophobie, le Pakistan, persécute officiellement ses minorités à travers un Code pénal qui condamne à mort les « blasphémateurs » ou les prosélytes chrétiens qui « insultent l’islam ». Rappelons qu’en 2011, l’ancien ministre pakistanais des minorités, chrétien, Shahbaz Bhatti, puis l’ancien gouverneur du Penjab, musulman, furent tués pour avoir proposé l’abolition de la loi sur le blasphème et demandé la libération de la célèbre mère de famille chrétienne condamnée à mort pour blasphème, Asia Bibi. C’est ce même Etat qui, en 1999, présenta au CDH une résolution sur la « diffamation de l’islam » (édulcorée ensuite en « diffamation des religions »).

Même « deux poids, deux mesures » au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, où l’ « islamophobie » de l’Occident est officiellement condamnée, alors que les persécutions des chrétiens et des autres minorités au Pakistan, en Arabie saoudite, au Soudan, au Nigeria ou en Egypte sont systématiquement niées avec la complicité des pays occidentaux qui n’interviennent dans ces instances que pour sanctionner les pays (en général pro-Russes et pro-Chinois ou pro-Iraniens) qui menacent leurs intérêts stratégiques et pétroliers, et qui épargnent toujours les monarchies esclavagistes sunnites « alliées » du Golfe ou du Pakistan qui persécutent les chrétiens et les chiites…

Grâce à cette inversion des responsabilités, on observe que depuis le 11 septembre 2001, non seulement les Etats islamiques les plus liés aux Talibans et à Al-Qaïda (Arabie saoudite, Egypte, Afghanistan et Pakistan) n’ont toujours pas entrepris leur nécessaire autocritique, mais ils ont été auto-exonérés de combattre les racines idéologico-théologiques du totalitarisme islamiste (qu’ils favorisent dans leurs chancelleries et madrasas) en accusant Occidentaux et « sionistes » de « persécuter » les musulmans et de soi-disant « salir l’islam ».

Ainsi, en mars 2008, après trois années de violences islamistes en « réaction » aux « caricatures » de Mahomet ou au discours « islamophobe » de Benoît XVI, l’ONU adopta une résolution de l’OCI condamnant la « diffamation des religions » (en fait de l’islam). L’Assemblée générale se déclara « profondément blessée par la diffamation de la religion et de l’islam dans le monde entier et en particulier dans les démocraties occidentales », en prétextant que les guerres d’Irak et d’Afghanistan étaient des « génocides » de musulmans, mais elle passa totalement sous silence les massacres de chrétiens dans le sud Soudan ou ailleurs…

L’OCI exigea que les démocraties occidentales pénalisent l’ »islamophobie ». En 2010, une autre Résolution fut adoptée par le CDH condamnant l’initiative populaire suisse interdisant les minarets. En juin 2011, un Comité du Conseil des droits de l’homme décida d’abandonner le concept de « diffamation des religions », en rappelant que les lois anti-blasphème comme celles en vigueur en Égypte, en Arabie Saoudite ou au Pakistan violent les Droits de l’homme.

Mais ce concept liberticide fut reformulé par l’OCI avec la Résolution “16/18″ adoptée le 19 décembre 2011 au Conseil des Droits de l’homme, résolution qui combattait « l’intolérance, les stéréotypes négatifs, la stigmatisation, la discrimination, l’incitation à la violence contre des personnes en raison de leur religion ou de leur croyance ».

Le « Processus d’Istanbul »à l’assaut de la liberté d’expression

La nouvelle stratégie pour appliquer la ‘’Résolution 16/18’’ fut conçue par le Secrétaire général de l’OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu (diplomate turc nommé par le parti islamiste AKP au pouvoir à Ankara), lors d’une réunion internationale de l’OCI organisée à Istanbul en juillet 2011. Cette « Conférence d’Istanbul » appelait à interdire toute critique de l’islam sous le prétexte de combattre « l’intolérance contre les religions ». Elle permit de faire avancer de façon nouvelle la notion de « diffamation des religions » appliquée aux Droits de l’homme.

Le texte de l’OCI invitait à « créer l’environnement nécessaire favorable à l’interdiction de la diffamation des religions et l’incitation à la haine, à la violence et à la discrimination pour des motifs religieux (…) soulignant l’importance des limites au droit à la liberté d’opinion et d’expression, dans un cadre structuré multilatéral et à la lumière des événements comme le brûlage du Coran, selon le test des conséquences ».

Or ce concept très dangereux, qui nous ramène à l’actualité des caricatures de Mahomet et du film anti-islam, repose sur une formidable inversion des responsabilités : il ne rend pas les fanatiques responsables des violences mais les caricaturistes eux-mêmes, accusés de « provoquer » les réactions violentes des islamistes, simples « conséquences » de l’islamophobie, d’où l’impératif de la punir légalement. La « Déclaration d’Istanbul » alerte le monde à propos « des implications (conséquences) dangereuses de la montée de l’islamophobie sur la paix et la sécurité mondiales. Nous insistons sur la nécessité de développer à l’ONU, y compris au Conseil des Droits de l’homme, un instrument institutionnel juridiquement contraignant afin de promouvoir le respect de toutes les religions et les valeurs culturelles et de prévenir l’intolérance, la discrimination et l’incitation à la haine contre un groupe ou les adeptes d’une religion ». Après la première réunion d’Istanbul du 12 au 14 décembre 2011, l’OCI rencontra à Washington l’Administration Obama afin de convaincre le Président américain d’adhérer au « Processus d’Istanbul  » et de mettre en oeuvre la Résolution 16/18 de 2011.

Avec l’approbation officielle d’Hillary Clinton, l’OCI marqua un coup diplomatique majeur. Désormais, c’est l’Union européenne qui envisage d’accueillir la prochaine réunion du « Processus d’Istanbul ».

Les démocraties du monde entier doivent refuser toute forme de limitation ou de pénalisation du droit d’expression, y compris celui de critiquer les religions, même les plus « susceptibles ». Car certains principes universels ne sont ni négociables ni « adaptables » en fonction des cultures religieuses, ou alors il faudrait admettre le sacrifice humain, l’esclavagisme ou l’infériorité des sous-castes sous prétexte qu’ils sont permis dans certaines religions. Il convient donc de retourner contre les fanatiques les mêmes armes redoutables qu’ils utilisent pour accabler les démocraties laïques, en rappelant notamment que nombre de pays de l’OCI persécutent ou tuent les non-musulmans, les musulmans libéraux et les incroyants en toute impunité. Les démocraties occidentales, de culture judéo-chrétienne, doivent agir elles-aussi au sein des Nations unies afin de dénoncer l’accusation-miroir de l’OCI qui reproche « l’islamophobie » de l’Occident mais cautionne la christianophobie islamique légitimée par les « lois anti-blasphème » ou « anti-prosélytisme ».

La triste réalité est que l’islamisme radical antioccidental, tel que conçu et diffusé jusque dans les banlieues européennes par les prédicateurs salafistes formés dans des pays soi-disant « alliés »(Pakistan, Arabie saoudite, etc), est le système de haine globale le plus combattif et efficace, l’idéologie totalitaire antisémite et christianophobe la plus en vogue. Partout, ce « fascisme vert » anti-occidental progresse grâce à la peur qu’il suscite et à la violence qu’il déploie. Et ceci doit hélas beaucoup aux médias occidentaux qui font plus d’audimat avec les barbus fanatiques qu’avec des musulmans libéraux… Or, d’évidence, les premières victimes de ce « fascisme religieux » sont les minorités et les musulmans modérés, qui vivent sous la menace et la terreur permanentes. Un phénomène croissant que le « Printemps arabe » (vite devenu un « hiver islamiste ») n’a pas endigué, mais plutôt accéléré. Car de Rabat à Sanaa, en passant par Tunis, Damas ou Bagdad, la source de légitimité du pouvoir est la Charià, qui, lorsqu’elle est appliquée dans sa version orthodoxe ou radicale, n’est jamais une bonne chose pour les minorités et les adeptes de la liberté…

© Alexandre Del Valle. L’article original peut être consulté ici

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