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Publié par Michel Garroté le 10 octobre 2012

Mgr Joseph Roduit

Michel Garroté, réd en chef – Je reproduis ci-dessous, tel quel, un entretien à propos du Concile Vatican II, entretien mené par Christine Talos, du quotidien Le Matin, avec Mgr Joseph Roduit, Père-Abbé de l’Abbaye de Saint-Maurice (Valais, Suisse). Mgr Roduit est également actif parmi les Pèlerins de l’Eau Vive, via la Maison St-Joseph des Béatitudes, et, avec les Foyers des Rives du Rhône (voir en bas de page les quatre liens vers les sources).

Le 11 octobre 1962, débutait le Concile Vatican II qui allait moderniser le monde catholique. Mgr Joseph Roduit, Père-Abbé de Saint-Maurice, évoque à cette occasion cet événement et le rôle futur de l’Eglise. Il y a 50 ans exactement, l’Eglise entamait sa révolution culturelle avec le Concile Vatican II. Quelque 2500 responsables religieux du monde entier débattaient du rôle de l’Eglise dans le monde moderne. Monseigneur Joseph Roduit, Père-Abbé de l’Abbaye de St-Maurice, en Valais, se souvient bien de ce sommet, considéré comme l’événement religieux le plus important du XXe siècle (voir en bas de page le lien vers la source).

Le Matin – Mgr Roduit, vous étiez un jeune étudiant en théologie au moment du Concile. Comment avez-vous vécu cet événement ?

Mgr Roduit – J’étais à Rome pour mes études de 1964 à 1966, donc j’ai vécu la deuxième partie de Vatican II. Je me rappelle parfaitement avoir été sur la Place Saint-Pierre le 8 décembre 1965, à la clôture du Concile. C’était un tout grand moment! Tout le monde vivait alors une grande espérance. En tant qu’étudiant, nous ne participions évidemment pas aux séances du Concile mais des évêques connus y débattaient. Et chaque jour un de nos experts nous racontait ce qu’il s’y passait. Parfois le soir, nous allions nous faufiler au milieu des évêques pour écouter des théologiens d’avant-garde qui tenaient des conférences.

Quel souvenir en gardez-vous aujourd’hui ?

Le souvenir d’un printemps, le printemps de l’Eglise. Le pape Jean XXIII avait ouvert les fenêtres et, dans un grand courant d’air, avait dépoussiéré pas mal de choses. Cela a été une respiration pour les jeunes étudiants dont je faisais partie à l’époque. Nous n’étions plus obligés d’étudier des textes anciens uniquement. Nous pouvions aussi nous pencher sur des choses actuelles.

Quelle est la principale réforme qu’a amenée le Concile pour le monde catholique ?

Sans conteste, celle de la liturgie. Le Concile a proposé sa refonte complète. Greffée de gestes et de paroles supplémentaires qui s’étaient additionnés au cours des siècles, elle était devenue très lourde. Et surtout elle ne concernait que les prêtres qui disaient la messe d’un côté et les fidèles qui égrenaient le chapelet ou faisaient tout autre chose de l’autre. Vatican II a redonné la parole au peuple de Dieu, soit les fidèles, et a lancé le mot-clé de « participation active ». Les gens ne devaient plus assister à la messe. Ils étaient invités à y participer.

La raison pour laquelle la messe en latin a été supprimée…

Elle n’a pas été supprimée mais exprimée en une langue compréhensible pour tous. Avant la liturgie était entièrement en latin. Et ceux qui ne connaissaient pas cette langue ne comprenaient plus la liturgie et sa signification. Certes, les messes étaient belles, avec des chants bien connus que tout le monde chantait. Mais c’était toujours les mêmes formules et tout cela n’avait rien à voir avec ce que vivaient les gens dans leur vie quotidienne. Ils avaient donc l’impression que l’Eglise ne savait leur parler que du passé.

Mais le Concile, en simplifiant la messe, ne l’a-t-il pas appauvrie, contribuant ainsi à ce que les gens se détournent de l’Eglise ?

Il est vrai que l’on a touché à des traditions très ancrées dans le cœur des gens. Et je me rappelle qu’il avait fallu expliquer longuement aux fidèles les changements induits par Vatican II. Je pense que les personnes qui regrettent l’ancienne messe sont celles à qui l’on n’a pas suffisamment expliqué ce qu’était le Concile. Elles n’ont pas compris que la nouvelle liturgie était plus authentique, car bien plus ancienne que celle qu’elles regrettent, apparue seulement à l’époque baroque.

Mis à part la liturgie, qu’a encore apporté Vatican II ?

Un texte remarquable, sans doute le plus beau que l’on ait écrit sur l’Eglise: le «Lumen Gentium», soit la lumière des Nations. Avec lui, on est passé d’une vision pyramidale de l’Eglise, avec le pape tout en haut et le peuple en guise de socle, à un peuple qui marche, «le peuple de Dieu», une expression qui a été créée lors du Concile. Ce texte signifie que tous les fidèles doivent avancer ensemble, à leur échelle, contrairement à ce qui se faisait alors, où toutes les décisions passaient par le pape et les évêques.

Aujourd’hui l’Eglise est éclaboussée par les scandales, de Vatileaks à la pédophilie, et les paroisses se vident. Elle souffre de crédibilité alors qu’il y a 50 ans, grâce au Concile, elle présentait un visage novateur et plein d’espoir. Comment en est-on arrivé là ?

Avec Vatican II, l’Eglise s’est réformée en profondeur pour s’adapter à un monde en pleine croissance en raison de la reconstruction de l’Europe après la guerre de 39-45. Elle l’a fait 6 ans avant Mai 68. Le problème c’est que les gens ont assimilé les deux événements alors qu’ils n’ont rien à voir. Le changement des mœurs n’est pas attribuable à l’Eglise mais à Mai 68. C’est devant les restrictions de la société d’alors, qui n’avait pas su se réformer elle, que les étudiants ont décrété qu’il était interdit d’interdire. L’Eglise a alors été emportée par ce mouvement et n’a pas su retenir ses fidèles avec ses valeurs. En outre, nous avons assisté à la montée du matérialisme dans le monde occidental et à une perte de valeurs due à l’aisance. Or, quand on vit dans l’aisance, il n’y a plus rien qui vous retient et c’est ainsi que les valeurs craquent.

La raison pour laquelle l’Eglise vit aussi une crise des vocations ?

Oui. Car dans un monde où ne parle plus que de croissance, on fait croire aux gens que plus ils auront de biens, mieux ils se porteront. Les engagements sont donc plus durs aujourd’hui, et le célibat des prêtres n’est pas seul en cause, même si c’est un choix difficile pour les jeunes. Le renouveau de la foi existe, mais il se situe désormais plus en Amérique du Sud, en Afrique ou en Inde.

Faut-il donc un Concile Vatican III pour remettre l’Eglise au milieu du village ?

Oui. Mais il faut qu’il se prépare soigneusement. Il ne faut pas aller trop vite dans l’analyse des problèmes, ce qui est un peu le cas aujourd’hui avec le synode sur la nouvelle évangélisation qui se tient en ce moment à Rome. On y entend tous les discours, parfois controversés, de la part des évêques. Je crois qu’il faut d’abord être d’accord sur ces questions, et ensuite poser les bases d’un nouveau concile.

Reproduction autorisée

Avec mention www.dreuz.info

Et sources citées :

http://www.lematin.ch/monde/europe/Le-Concile-Vatican-II-etait-le-printemps-de-l-Eglise/story/19863015

http://www.abbaye-stmaurice.ch/

http://www.beatitudes.ch/

http://www.pelerinsdeleauvive.org/

http://www.rivesdurhone.ch/

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