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Publié par Guy Millière le 16 octobre 2012

Rien n’est joué.

Si le débat de ce soir ne débouche pas sur une victoire nette d’Obama, victoire que j’ai beaucoup de mal à imaginer, si une « surprise d’octobre » ne prend pas forme (opération militaire en Libye ou en Iran), les tendances qui se dessinent montrent qu’une vague Mitt Romney a pris forme et pourrait bien porter celui-ci vers la Maison Blanche, déjouant ainsi de nombreux pronostics, y compris les miens. Je me suis dit pessimiste, ajoutant que si des bonnes nouvelles arrivaient, ce seraient tant mieux. Les bonnes nouvelles sont là.

Il existe dans les campagnes électorales des dynamiques qui aboutissent à une accentuation des tendances. Il existe actuellement une dynamique et une accentuation des tendances.

Partout où Mitt Romney passe, des foules de plus en plus nombreuses et de plus en plus enthousiastes se déplacent. Porté par le nombre et l’enthousiasme, Mitt Romney se fait plus charismatique, plus puissant, plus convaincant. Il incarne désormais l’attitude mentale positive face aux difficultés qui fait l’esprit américain depuis deux siècles. Un commentateur faisait remarquer récemment qu’il y avait des tonalités reaganiennes dans son discours, et je partage cette analyse : il y a effectivement aujourd’hui chez Romney un optimisme, un appel aux valeurs américaines, une réaffirmation de ce qui a fait des Etats-Unis un pays exceptionnel auquel la liberté sur terre doit tant.

Mitt Romney tient le discours dont les Etats-Unis ont besoin pour envisager de tourner la page du désastre Obama, et si la dynamique se poursuit, la page du désastre Obama sera effectivement tournée le 6 novembre prochain.

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Ce qui accentue les tendances présentes n’est pas seulement la campagne de Mitt Romney, ce n’est pas seulement non plus la cohérence du discours de Mitt Romney, qui mêle économie de l’offre (supply side economics) sur un plan intérieur, et réaffirmation du rôle des Etats-Unis à l’étranger, grâce à un remarquable discours de politique étrangère la semaine dernière (j’ai pu entendre en filigrane les paroles de Ronald Reagan, « nous avons tous les droits de rêver des rêves héroïques »), c’est aussi ce qui vient plomber la campagne Obama.

Faute d’avoir un bilan présentable, celui-ci a utilisé jusqu’à la corde l’évocation de la « crise exceptionnelle » dont il a hérité et de l’héritage laissé par George W. Bush ; or, outre que la crise n’a rien d’exceptionnel (elle est, de fait, minime par rapport à la crise de 1929 : en 1929, il y a eu une contraction du PIB quatre fois plus importante qu’en 2008), l’héritage n’est pas si mauvais, la crise des subprime ne devait rien à Bush, et quatre ans après, tout cela est un argument extrêmement faible.

Faute de pouvoir présenter son bilan tel qu’il est, Obama l’a présenté maquillé : or, rien n’a été plus facile jusqu’à présent pour Romney et Ryan que d’enlever le fard et de montrer le bilan tel qu’il est : multiplication des pauvres et des emplois à temps très partiel, baisse du nombre d’emplois occupés, déficits abyssaux.

Faute de pouvoir présenter un programme crédible, Obama a mené une campagne de diabolisation caricaturale de Mitt Romney et de Paul Ryan : or, cette campagne a explosé en vol dès que le vrai Romney, très différent des publicités odieuses du camp Obama, est apparu.

On doit ajouter à cela un premier débat Obama Romney catastrophique pour Obama et un débat Biden-Ryan qui se révèle tout aussi catastrophique pour Obama : si Obama est apparu sourd à ce que disait son adversaire, répétant des fragments de discours falsificateurs appris par cœur, absent et, finalement, arrogant, Biden est apparu tout aussi sourd, répétant lui aussi des fragments de discours falsificateurs appris par cœur, et hyper-présent, hyper-arrogant, comme dopé aux amphétamines.

On doit ajouter une campagne Obama lamentable et parfois grotesque depuis le 3 octobre : après avoir obsessionnellement traité Romney de « menteur », sur un mode mussolinien, Obama s’est présenté comme voulant sauver le gros oiseau jaune de Sesame Street.

On doit ajouter, enfin, le scandale du Benghazi Gate qui va sans doute s’amplifier dans les jours qui viennent, et qui empêche définitivement Obama de continuer à dire qu’al Qaida est mort avec Ben Laden, tout en jetant une ombre forte sur ses discours incriminant une vidéo de treize minutes sur Youtube, et une manifestation spontanée pour expliquer l’assassinat de l’ambassadeur Stevens.

Il se dit à Washington que c’est la panique dans le camp Obama. Je comprends aisément que ce soit la panique. Dois-je le dire ? La panique est souvent mauvaise conseillère.

Je ne sais sur quoi Obama compte pour tenter de rebondir. On va le voir très vite.

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