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Publié par Gilles William Goldnadel le 22 octobre 2012

Christian Jacob, le chef de file des députés UMP a été pris à partie par la presse après avoir critiqué la reconnaissance de la responsabilité française par François Hollande dans la répression sanglante de la manifestation interdite du FLN en 1961.

Je suis en mesure de livrer la recette du cocktail dont la gauche garde le secret pour disqualifier ses adversaires : un tiers de moralisme outragé, un tiers d’indignation injurieuse, un tiers d’approximation bêtifiante. Sans oublier le soupçon d’arrogance intellectuelle de ceux qui ont eu la constance de se tromper toujours impunément.

La victime du cocktail Mondain de la semaine s’appelle Christian Jacob, chef de l’UMP à l’Assemblée, et qui a fait les frais de l’éditorial du samedi 20 octobre pour avoir osé critiquer la reconnaissance de la responsabilité française par le président Hollande dans la répression sanglante de la manifestation interdite du FLN, le 17 octobre 1961 à Paris.

À en croire le journal vespéral, ce serait une réaction « basse et pathétique ». Pour faire bonne mesure, Le Monde ne craint pas d’écrire : « M. Hollande se situe dans le droit-fil d’un président Jacques Chirac assumant la responsabilité de l’Etat dans la déportation des juifs de France ». Deux questions, sans doute, très basses et très pathétiques : n’aurait-il pas été plus honnête de rappeler que ce qui chagrine l’UMP (et pas seulement M. Jacob) c’est l’absence de réciprocité de la partie algérienne qui continue non seulement d’occulter la responsabilité du FLN dans les massacres d’occidentaux, mais encore d’exalter largement son combat, tout comme le silence de la France concernant d’autres errements, de la fusillade de la rue d’Isly à la passivité de l’armée française lors des massacres d’européens à Oran en 1962.

Peut-on suggérer, sans être taxé d’esprit de concurrence victimaire, que la question algérienne est autrement plus complexe, avec ses exactions croisées, que la collaboration pétainiste au génocide ? À moins que l’on m’explique que les juifs avaient pris l’habitude d’accrocher gendarmes, miliciens et autres SS à des crocs de bouchers après les avoir émasculés.

Les journaux de la semaine continuent, avec quelques raisons, de s’émerveiller d’une popularité de Manuel Valls, à faire pâlir d’envie certains Président, Premier ministre et autre chargé très théoriquement du redressement productif. Pourtant, à l’aune de ses déclarations sans fioritures excessives, sur la délinquance des Roms, sur la nécessité civique de dénoncer les menées islamistes (« l’ennemi intérieur »), sur la réalité de l’antisémitisme issu du monde islamique, le ministre de l’intérieur est en train de faire passer son prédécesseur Claude Guéant, à qui il serra mollement la main lors de son intronisation de peur de se compromettre, pour le chantre du politiquement correct.

Quel est donc le mystérieux grigri, l’efficace passe-droit, l’imparable talisman, la gousse d’ail souveraine qui lui permettent de ne pas être cloué au pilori par le vampire médiatique dont on sait la vigilance ? : Il est de gauche, et il le proclame. J’ai souvent décrit ce système de prêt-à-penser, ou plutôt à ressentir, d’essence quasi religieuse, qui fait qu’alors que certains font l’objet d’une excommunication, les autres, pour les mêmes actes ou pour bien pire, sont, par avance, acquittés. Jadis, la Sainte Eglise, ne procédait pas très différemment avec sa pieuse pratique du rachat des indulgences. Aujourd’hui, proclamez votre foi en la gauche éternelle, témoignez avec humilité de votre croyance en sa sainte générosité, et il vous sera beaucoup pardonné.

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Quelques petits exemples anecdotiques : Richard Descoing a été canonisé, alors que l’on savait déjà les libertés qu’il avait prises avec les finances de Sciences-po, mais il était dans le bon camp, celui du Bien. Stéphane Hessel (je sais ça agace) a pu, comme je l’ai établi, rendre hommage à la modération de l’occupation allemande, que mes critiques glissent sur les plumes de ses ailes d’archange. Mélenchon peut faire l’apologie du caudillo vénézuélien, qu’il restera fréquentable, parce que le gros rouge efface tout. Jusqu’à Lörant Deutsch, en cours d’ostracisation rapide pour cause de sensibilité monarchiste, qui s’est senti dans l’obligation futée de se dire « de gauche », pour tenter d’empêcher son entrée au purgatoire.

Dans un ordre d’idées assez voisin, on a appris cette semaine (Le Monde, le Figaro) que Fidel Castro avait, lors de sa prise de pouvoir, demandé à d’anciens cadres nazis de l’assister dans sa lutte contre l’oncle Sam. Aussitôt, de nombreux internautes de voler à son secours, certains pour expliquer benoîtement, qu’après tout, hormis le génocide, Hitler avait un programme socialiste. C’est dans ce contexte, un brin rouge-brun, qu’Olivier Besancenot était invité la semaine précédente sur la chaîne LCP pour débattre avec les excellents mais placides Jacobo Machover et Alain Gérard Slama de la personnalité d’un Che Guevara dont l’auréole commence à s’estomper lentement.

Il n’est plus à présent tout à fait interdit de révéler que l’icône christique, obligatoire dans toutes les chambres et sur tous les T-shirt des étudiants bien- comme- il- faut des années 70- 80, avait dirigé dès 1959 la sinistre prison de la Cabaña, où il avait acquis le tendre sobriquet de « carnicerito » (petit boucher). Selon Stéphane Courtois, auteur du livre noir du communisme, et Marie-Laure Buisson, ladite prison était un lieu où la torture et les mutilations étaient quotidiennes. (Voir mes « Réflexions sur la question blanche » pages 136 -137). On sait également que pendant sa période cubaine, le Che avait fait fusiller par centaines les anticommunistes, sans état d’âme petit-bourgeois. Pendant le débat, Besancenot, entre deux insultes de classe, s’est interrogé sur le bien-fondé de la suppression de la peine de mort en période révolutionnaire.Notre gentil fonctionnaire n’évoquait pas cette peine de mort qu’il abomine aujourd’hui concernant les tueurs d’enfants ou les terroristes. Non, il s’agissait des opposants politiques au régime de Castro, de Lénine ou de Trotsky. On croyait avoir affaire à Tintin chez les soviets. C’était Georges Marchais et son bilan globalement positif du totalitarisme marxiste qui pérorait. Impunément.

En France, il est des doctes commentateurs qui soutiennent qu’il existerait « un islamisme modéré » qui n’aurait rien d’un oxymore. Bernard Guetta est de ceux-là qui se plaisent à donner en exemple un régime turc qui pourrait bientôt servir de modèle attrayant aux pays du « printemps arabe », quand ils se seront bientôt débarrassés de la menace salafiste. Je conseille à notre chroniqueur optimiste de politique étrangère de la radio d’État de prendre connaissance du sort que le parti « islamo-conservateur » de l’AKP réserve au pianiste classique, Fazil Say, fervent défenseur des valeurs laïques (voir la presse et notamment le Figaro du 19 octobre). L’artiste est poursuivi pour « atteinte aux valeurs religieuses de l’islam » Pour quel motif ? Plusieurs déclarations lapidaires de l’artiste sur son compte Twitter. L’une moquait un chant quelque peu frénétique du muezzin et suggérait que le religieux devait être occupé par une affaire amoureuse urgente ou un repas arrosé au raki. Ses problèmes ne datent pas d’hier. Il s’était également attiré les foudres du ministère de la culture en écrivant un oratorio sur un poète tué lors du massacre de 33 intellectuels alévis par des islamistes radicaux.

Il y a peu, un autre artiste turc, un ami musulman kémaliste, le grand peintre Bedri Baykam, a été poignardé dans sa ville d’Istanbul par un islamiste un peu irascible. Il a fini par sortir du coma. Son agression a peu ému les admirateurs du régime d’Ankara. Pas davantage le fait que la Turquie détienne le record du nombre de journalistes détenus dans des prisons dont la réputation n’est plus à faire.

Le Qatar vient de faire son entrée au sein de la francophonie. J’aimerais connaître le nombre de citoyens de cet émirat parlant le français. Cette nouvelle aurait dû esbaudir la France entière. Bizarrement, personne n’a ri. Ni dans les médias, ni parmi les politiques de la majorité ou de l’opposition. Ce ne doit pas être si drôle que cela.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles William Goldnadel. L’article original peut être consulté sur le Blognadel

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