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Publié par Guy Millière le 24 novembre 2012
Les ruines du Capitole

Je me dois de répondre ici, avant que trop de temps n’aie passé, a un certain nombre de ceux qui me lisent et qui ont réagi à mes analyses récentes sur l’élection présidentielle américaine.

1. Je n’ai pas fait preuve d’un « optimisme excessif » dans les dernières semaines de la campagne électorale. Je m’attendais à ce qu’Obama l’emporte, ce depuis un an au moins. J’ai pensé, courant octobre, qu’un sursaut s’opérait, et que Romney avait une chance de l’emporter.

Et je pense toujours qu’un sursaut s’est opéré, et que Romney a eu une chance mince, mais réelle de battre Obama et de l’emporter, ce jusqu’à quarante-huit heures du scrutin. J’ai expliqué ici pourquoi. La victoire de Romney aurait été obtenue sur le fil du rasoir, mais elle était envisageable. D’autres que moi l’ont envisagée à ce moment, de Michael Barone à Charles Krauthammer, de Thomas Sowell à Karl Rove. Les enquêtes montrent que les facteurs qui ont fait glisser des voix vers Obama la veille du scrutin, voire le jour même, ont été d’une part la tempête Sandy, qui a donne à Obama l’image, usurpée, d’un rassembleur, et d’autre part l’attitude de Chris Christie, gouverneur du New Jersey, élu républicain dans un Etat démocrate qui, en un retournement spectaculaire, fait l’éloge de l’attitude d’Obama dans le cadre de la gestion des dégâts occasionnes par Sandy, ce jusqu’au jour du scrutin. Les grands média ont, bien sûr, tout fait pour que ce glissement s’opère, pour aider Obama à tirer avantage de Sandy, et pour souligner l’attitude de Christie.

Obama l’a emporté de très peu dans la plupart des Etats clés. Et ce très peu a fait toute la différence.

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2. Je pourrais tirer de cette victoire obtenue de très peu la conclusion que dans quatre ans, il n y aura plus Obama, mais un nouveau candidat démocrate, et qu’il n’y aura pas de nouveau un événement tel que Sandy. Je pourrais songer qu’il y aura un autre candidat républicain, à même de gagner en menant une campagne plus agressive que Mitt Romney (à qui certains ont reproché de vouloir s’adresser surtout aux centristes), et je pourrais rêver déjà de victoire en 2016. Je ne le fais pas.

Je ne suis pas mû en cela par le « défaitisme », comme certains m’en ont accusé. Je regarde seulement les données concrètes et les tendances de moyen terme, et les unes et les autres m’incitent à un pessimisme lucide.

A. Obama a désormais quatre ans pour agir et parachever ce qu’il a commencé, et il va agir.

– L’Obamacare va se mettre pleinement en place et transformer radicalement le système d’assurances santé et d’assurances « sociales » aux Etats-Unis, rapprochant ceux-ci d’un modèle socialiste de type européen : la dépendance d’une grande majorité de gens par rapport au gouvernement fédéral sera bientôt un fait accompli, et sans doute irréversible. Le nombre de gens vivant d’allocations gouvernementales diverses, déjà élevé, va s’élever encore, et ces gens votent pour celui qui verse les allocations. C’est ce que les économistes appellent le marché politique.

– La régularisation de millions d’immigrants illégaux par décret présidentiel va s’opérer, et ne pourra qu’avoir elle-même des conséquences électorales très lourdes. Les immigrants fraîchement régularisés votent en masse pour celui qui régularise.

– Le clientélisme économique (crony capitalism) mis en place pendant le premier mandat d’Obama va s’accentuer : le nombre des entreprises « aidées » par le gouvernement fédéral et le nombre des secteurs subventionnés vont s’accroître. Les employés des entreprises « aidées » et des secteurs subventionnés vont sans aucun doute voter dans le sens prévu par qui « aide » et subventionne. Le réflexe est déjà en place en Ohio, en Iowa et dans le Michigan.

– Un juge à la Cour suprême, peut être deux, seront nommés au cours des quatre années à venir, ce qui ancrera la Cour suprême pour longtemps dans le camp démocrate.

– L’endettement catastrophique accumulé va justifier l’augmentation des impôts et de leur progressivité dans le futur proche (ce sera le résultat vraisemblable de la « fiscal cliff » à venir), et éroder davantage l’esprit d’entreprise. Le pays sera plus pauvre, créera moins d’emplois, mais il sera plus « juste » en termes de « justice sociale » et de socialisme. Et les adeptes de la « justice sociale », qui sont aussi ceux qui vivent d’allocations voteront pour qui promet d’avancer vers la « justice sociale ».

Nombre de gens sous-estiment ce qu’Obama a pu accomplir en quatre ans, souvent par décret, sans l’aval du Congrès. Nombre de gens sous-estiment ce qu’Obama peut faire au cours des quatre années qui commencent.

B. La réélection d’Obama a eu lieu sur un fond de mutation profonde des Etats-Unis, qui deviennent un pays plus multiethnique, multiculturel, travaillé au sein de l’école et de l’université, ainsi que depuis les grands medias, par le politiquement correct. Et les quatre années qui viennent vont voir s’accentuer cette mutation. Très fortement.

Les enquêtes d’opinion montrent une séduction croissante du socialisme le plus explicite au sein de la population américaine, un recul de l’adhésion au capitalisme, un retour puissant à l’adhésion au redistributionnisme, et à la nécessité de faire payer les « riches ». Obama joue sur tout cela. Et il va continuer à jouer.

Le poids des minorités ethniques va s’accroître encore, tant par la régularisation des immigrants illégaux susdite que par la natalité, et les minorités ethniques votent massivement démocrate. L’école et l’université vont continuer à modeler les cerveaux, avec, face à elles, moins de contre-pouvoirs encore, et elles vont déverser dans la société un nombre croissant de gens au cerveau modelé. Les grands médias vont continuer à faire leur œuvre : ce sont désormais des officines de propagande démocrate, et ils n’ont aucune raison de cesser d’être des officines de propagande démocrate.

La mutation était en cours voici douze ans déjà. George Walker Bush avait, on l’oublie, en 2000, perdu le vote populaire, et avait été réélu de justesse en 2004, grâce à un sursaut de l’Amérique profonde. En 2008, McCain n’a suscité aucun sursaut et a été balayé par la vague qui a porté Obama.

Cette année, la même vague a fini par balayer Romney, dans l’ultime ligne droite. L’Amérique profonde, qui avait suscité l ‘élan des tea parties en 2009, n’a pu faire la différence. Essentiellement parce qu’en raison de la mutation, elle est en perte de vitesse.

Le pays change. Et il va continuer à changer. Point très grave : les valeurs éthiques elles-mêmes sont touchées.

Il y a trente ans, un acte de trahison comme celui survenu à Benghazi aurait été un scandale absolu et aurait conduit à l’empêchement du Président. Aujourd’hui, un tel acte peut aller de pair avec la réélection de l’auteur de l’acte. Et bien que les faits soient plus graves que le Watergate, il n’y aura pas d’empêchement.

Il y a une quinzaine d’années, un homme au passé aussi chargé que celui d’Obama aurait eu des difficultés à devenir sénateur. Aujourd’hui, cet homme peut passer pour un nouveau messie.

Il y a une quinzaine d’années, un homme convaincu d’avoir trempé dans un réseau de prostitution, tel que Bob Menendez, n’aurait pas pu se représenter. Aujourd’hui, il est réélu triomphalement.

Je pourrais ajouter d’autres exemples. Tout aussi accablants. Il existe des contres exemples, ainsi Jesse Jackson Jr. ces derniers jours, mais ils sont rares.

La « longue marche » décrite par Roger Kimball et dont j’ai parlé récemment est une réalité, hélas.

3. J’ai écrit que le courant conservateur était mort dans ces conditions. Je persiste et je signe. Je dois, cela dit, ajouter des nuances.

Ce que je veux dire par là est que le courant conservateur est désormais minoritaire, diabolisé, et n’a pour l’heure aucune chance de l’emporter à nouveau.

C’est terrible, mais c’est ainsi.

Il ne suffira pas de pratiquer un volontarisme de façade pour que le conservatisme retrouve sa force.

Il faudra trouver le moyen de reconquérir le terrain perdu, avec opiniâtreté, en sachant que les semailles seront âpres, et les moissons seulement dans le moyen terme.

Il faudra que le courant conservateur renaisse de ses cendres.

Et il faudra compter pour cela sur les décombres que vont laisser les années qui viennent. Car c’est ce qui en restera : juste des décombres.

Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui aux Etats-unis, on pourra lire utilement Joseph Schumpeter, qui, dans Capitalisme, socialisme, démocratie, avait expliqué l’essentiel. On pourra lire aussi Friedrich Hayek qui, dans un petit livre appelé Intellectuals and Socialism, lui-même dit presque tout ce qu’il y a à dire.

Ronald Reagan est arrivé au pouvoir porté par trente années de retour aux sources et de reconstruction du courant conservateur.

En parallèle, la gauche américaine a commencé son travail de prise de pouvoir, l’enclenchement se situant dans les années 1960. Elle s’est employée à mener un travail d’infiltration et un travail de sape. Elle a diabolisé George Walker Bush pendant huit ans, puis a pris en main les leviers qui lui manquaient avec Barack Obama. Celui-ci en est l’émanation directe et la quintessence.

Bill Clinton était lui-même l’émanation de cette gauche, mais à l’époque, le travail d’infiltration et le travail de sape étaient moins aboutis, et Bill Clinton avait accepté de se recentrer. Aujourd’hui, il n’est plus question de recentrement.

Obama a dit vouloir œuvrer pour la « transformation radicale » du pays : il disait la vérité, ce qui lui arrive rarement.

La « transformation radicale » va détraquer l’économie, la société, la culture américaines bien davantage que c’est déjà le cas aujourd’hui. Elle va provoquer des drames sur le reste de la planète : bien davantage que c’est déjà le cas aujourd’hui là encore.

Au bout, il y aura l’effondrement et la stérilité. C’est pourquoi j’ai parlé de décombres.

Nul ne peut savoir quand viendra le moment des décombres.

On peut juste dire que ce temps viendra.

Il faut, en attendant, tenir la lampe allumée. C’est la tâche de ceux qui n’ont pas perdu tout espoir et qui savent que, selon, l’expression d’Abraham Lincoln, les Etats-unis restent le « dernier meilleur espoir sur terre ».

Je pose un diagnostic, mais je n’ai pas renoncé. La tâche des dirigeants politiques conservateurs du temps présent est immensément difficile. Celle des intellectuels est tout aussi difficile.

4. Quelques éléments, pour finir, aux fins de bien montrer où nous en sommes.

– En regardant une carte des Etats-unis colorée en fonction des résultats, on voit immédiatement que le rouge républicain est, présentement, en érosion rapide. Voici une dizaine d’années, les démocrates tenaient la cote Ouest et le Nord Est, avec, en supplément, Chicago et l’Illinois. Des Etats de l’Amérique républicaine passent rapidement du rouge au bleu démocrate. Cela a été le cas, au cours de la décennie écoulée, du Nevada, du Colorado, de la Virginie, du Nouveau Mexique, de la Floride. Et la liste risque fort de s’allonger vite, et de compter même bientôt le Texas.

– Les minorités ethniques votent massivement démocrate, disais-je. Les résultats électoraux montrent que les Hispaniques, les Noirs, les Asiatiques, les Juifs américains votent démocrate à plus de soixante-dix pour cent. Reconduire les Hispaniques vers le conservatisme sera complexe, quoi qu’on dise ici ou là : si les Hispaniques sont hostiles au mariage gay et à l’avortement, ils sont favorables à la régularisation massive des clandestins et fortement adonnés au welfare state. Les Asiatiques sont favorables eux-mêmes au welfare state, malgré l’éthique confucéenne censée les imprégner. Bien qu’Obama soit le président le plus hostile à Israël depuis 1948, les Juifs américains ont à nouveau massivement voté pour lui, et, comme l’a écrit Norman Podhoretz, sont désormais davantage « progressistes » que Juifs. Les Noirs restent enfermés dans la « plantation démocrate » décrite par Herman Cain et quelques autres.

-L’électorat féminin lui aussi vote très majoritairement démocrate, et j’ai vu jusque dans les commentaires de mes articles que l’avortement libre et gratuit semblait infiniment plus important à nombre de femmes que le plein emploi et la croissance. Les femmes célibataires votent plus massivement démocrate encore que les femmes mariées. Or, le mariage est en recul complet aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde occidental. Bientôt, seuls les homosexuels voudront se marier. Et les homosexuels votent massivement démocrate.

La seule catégorie de population à voter encore majoritairement républicain est constituée des hommes blancs.

– Une déculturation, analysée par David Gelernter dans son livre America Lite, est à l’oeuvre, et peut seule expliquer des votes qui relèvent de l’absurde. Quinze pour cent des gens qui se disent résolument hostiles à l’Obamacare ont voté pour Obama. Plus de vingt pour cent des gens pensant que le pays va dans la mauvaise direction ont voté pour Obama eux aussi. Il en va de même de près de vingt pour cent des gens hostiles à toute hausse d’impôts. D’autres chiffres sont plus navrants encore. Trente pour cent de ceux qu’inquiète une baisse des revenus et du niveau de vie aux Etats-Unis ont voté pour Obama, le Président sous lequel le revenu et le niveau de vie moyen ont le plus baissé depuis la Deuxième guerre mondiale.

Le désastre Obama va s’accentuer, je l’ai écrit. Je persiste et je signe. Mon dernier livre n’est pas l’épitaphe de la présidence Obama, comme j’ai pu un temps le souhaiter. Il reste tragiquement d’actualité.

Il s’achèvera dans la ruine et dans les ruines.

Ceux qui auront tenu la lampe allumée pourront alors rappeler la sagesse des founding fathers et des penseurs du conservatisme.

Ils ne le pourront pas avant.

La nomenklatura européenne et ses idiots utiles souhaitent la chute de l’Amérique, et ils adulent Obama, car ils voient, à juste titre, en lui celui qui est à même de provoquer cette chute. Ils ont apporté la peste à l’Europe, et ils souhaitent que la peste gagne l’Amérique : c’est ce qui se passe.

L’Amérique va vers des années très rudes, qui seront des années de violence et de douleur pour elle et pour le monde, mais l’Amérique se relèvera, j’en suis sûr.

Simplement, il faudra du temps.

Le monde va connaître des turbulences immenses. Dans le moyen terme, il y aura le moment d’après les turbulences.

Il faudra tenir la lampe allumée, disais je.

Et il faudra se garder de croire aux miracles, et éviter de se faire des illusions sur le court terme.

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