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Publié par Guy Millière le 10 décembre 2012

La fin de partie semble approcher pour le clan Assad en Syrie.

Les armes dont disposent les factions anti Assad sont plus efficaces, les combats ont lieu dans la capitale, les principales organisations internationales ont quitté le pays. Des émissaires de Bachar al Assad lui cherchent un point de chute. La Russie semble réfléchir à une solution de rechange, et Vladimir Poutine a, voici peu, rencontré Racep Tayyip Erdogan pour en parler : Poutine n’entend pas perdre la base de Tartous et voudrait préserver une zone alaouite le long de la cote méditerranéenne (il vient de faire débarquer du matériel défensif à Tartous, sous forme de missiles balistiques Iskander).

Erdogan voudrait lui aussi une solution de rechange : s’il appuie les factions anti Assad, sunnites comme lui, et s’il verrait d’un bon œil la prise de pouvoir par les Frères musulmans, la présence à leur côté de membres d’al Qaida l’inquiète, tout comme elle inquiète la Russie. Cette présence inquiète aussi le pays qui est le principal financier de la Turquie aujourd’hui, l’Arabie Saoudite, qu’une arrivée au pouvoir des Frères musulmans à Damas n’enchante pas, mais qui préfère tout de même les Frères musulmans à al Qaida. Ce qui inquiète plus encore ces divers pays que la présence d’al Qaida au sein des factions anti Assad, est l’ensemble des stocks d’armes chimiques et bactériologiques dont dispose le régime Assad finissant.

Pour l’heure, Assad a fait charger du gaz sarin dans des missiles et dans des bombes. Il est peu vraisemblable qu’il entende utiliser les missiles et les bombes en question pour tuer en masse ses ennemis : il est plus vraisemblable qu’il veut en faire un moyen de transaction.Mais tout est possible : un dictateur dans son dernier bunker peut aisément commettre des actes déraisonnables, surtout quand il a des dizaines de milliers de morts à son passif.

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Même si Assad n’utilise pas missiles et bombes au sarin, et même si une transaction a lieu, d’autres armes chimiques et bactériologiques sont dans le pays, et elles peuvent aisément passer en des mains plus déraisonnables encore que celles d’Assad. Dès lors que des interventions de troupe au sol russes ou turques ne sont pas au programme, et dès lors que l’Arabie saoudite n’a pas d’armée susceptible d’agir, on comprend l’inquiétude.

Une situation chaotique de type libyen, avec un pays déchiré entre les factions présentes, est tout à fait possible. Mais ce qui s’est passé et se passe encore en Libye est de faible importance à côté de ce qui peut se passer en Syrie.

Dans ce que je viens de décrire, un acteur est absent, et en même temps très présent : les Etats-Unis.

Les Etats-Unis financent et arment les factions anti Assad, en sachant pertinemment qu’elles incluent des gens d’al Qaida

Ceux-ci sont, en fait, au centre des choses. Si la Syrie en est là, si Erdogan et Poutine tentent de parvenir à un arrangement, si l’Arabie Saoudite tente d’utiliser l’influence qui lui reste en finançant Erdogan, c’est parce que les Etats-Unis ont laissé un pourrissement s’installer, n’ont pas agi pendant des mois, se sont appuyé sur les impuissantes Nations Unies, et, pour finir, ont financé et armé les factions anti Assad, en sachant pertinemment qu’elles incluait des gens d’al Qaida, ce qui paraîtrait étrange si nous n’étions pas dans les années Obama.

Les Etats-Unis sont aussi au centre des choses en ce que, tout en restant en retrait, ils fournissent des missiles anti-missiles à la Turquie aux fins qu’elle se protège des risques éventuels de tirs de missiles et de bombes au sarin en direction du territoire turc : ce, pendant qu’Erdogan et Poutine parlent de l’avenir, sans que les Etats-Unis se mêlent au débat.

La réalité est que l’administration Obama a une préférence pour Erdogan et les Frères musulmans, laisse agir al Qaida tant qu’al Qaida suit la stratégie Zawahiri, qui est de ne pas commettre d’attentats contre le monde occidental, mais de participer à l’instauration de dictatures islamistes dans tout le Proche-Orient.

La réalité est qu’un autre pays que je n’ai pas encore cité est lui aussi au centre des choses, le Qatar.

Comme je l’ai déjà écrit, l’Arabie Saoudite essaie d’influencer la Turquie et d’avoir un rôle modérateur sur les Frères musulmans, mais elle n’a qu’une influence limitée.

Si l’Arabie Saoudite est le principal financier de la Turquie, le principal financier des factions anti Assad en Syrie est, dans les faits, le régime Qatari, qui, lui, soutient les Frères musulmans en toute leur radicalité, et la stratégie Zawahiri au sein d’al Qaida.

La réalité est qu’un autre pays encore, que je n’ai pas cité non plus, regarde l’évolution de près : l’Iran.

Tout en ayant tenté longtemps de sauver le régime Assad, le régime iranien est présentement en train de parler, lui aussi, avec Erdogan et Poutine, tout comme il est en train de parler avec l’administration Obama.

Le régime iranien entretient des liens économiques de plus en plus étroits avec la Turquie, et n’a jamais rompu ses liens stratégiques avec la Russie. Une Syrie après Assad ne sera pas nécessairement, et même sans doute pas, une Syrie perdue pour l’Iran, qui, au nom de l’islam radical, peut s’entendre transitoirement, avec les Frères musulmans, comme elle s’entend avec Erdogan. Le régime iranien a, qui plus est, un moyen de pression sur Erdogan : il peut apporter un soutien aux Kurdes de Turquie et renforcer une alliance entre eux et les Kurdes de Syrie et d’Irak, tout en réprimant les Kurdes iraniens, bien moins nombreux, ou en les incitant à se tenir tranquilles.

  • L’intérêt de la Russie désormais, est de sauver Tartous et la zone alaouite, tout en évitant une dispersion incontrôlée des armes de destruction massive.
  • L’intérêt de la Turquie est de faire son possible pour stabiliser une Syrie post Assad, pour éviter le chaos et pour éviter aussi une dispersion incontrôlée des armes de destruction massive.
  • L’intérêt de l’Arabie Saoudite est tout juste d’éviter le pire : à savoir une victoire d’éléments trop radicaux en Syrie.
  • L’intérêt du Qatar est au contraire d’assurer la victoire de ces éléments radicaux : si des armes de destruction massive tombent aux mains d’al Qaida, le Qatar s’en accommodera, car il a les moyens de contrôler al Qaida
  • L’intérêt de l’Iran est de préserver sa position hégémonique sur la région : la Turquie accepte cette préservation, et promet à l’Arabie Saoudite ce qu’elle doit lui promettre pour toucher l’argent dont elle a besoin. La Russie accepte cette préservation. Le Qatar entend être partenaire prioritaire de cette préservation. L’Arabie Saoudite, essentiellement, subit.

L’intérêt des Etats-Unis dans tout cela ? On ne le voit pas. Obama semble considérer qu’un Proche-Orient plus sûr pour l’islam radical, avec l’Iran en position hégémonique, la Turquie en allié de l’Iran, et la Russie pour superviser tout cela, sera un Proche-Orient plus stable.

J’ai noté que le régime iranien est en train de parler avec l’administration Obama (au Qatar) : ce qu’espère Obama, je l’ai écrit voici quelques jours, c’est la signature d’un traité « historique » avec l’Iran, après l’élection d’un nouveau Président iranien.

Dans la perspective d’un Proche-Orient plus sûr pour l’islam radical, les émeutes présentes en Egypte sont un obstacle sur la route : Obama espère que Morsi parviendra à rétablir l’ordre et à finir d’assoir sa dictature, et il est prêt à aider Morsi. Les Etats-Unis ont, la semaine dernière, livré encore deux cents chars de combat supplémentaires à l’armée égyptienne, désormais tenue solidement par Morsi. Les derniers naïfs, s’il en reste, pourront remarquer qu’Obama, si prompt à demander le départ de Moubarak, adopte vis-à-vis des émeutes égyptiennes une attitude semblable à celle qu’il avait adoptée lors des émeutes à Téhéran en juin 2009.

Dans la perspective d’un Proche-Orient plus sûr pour l’islam radical, il existe un autre obstacle pour l’administration Obama : Israël.

L’administration Obama n’a pas voté en faveur de l’admission de la « Palestine » à l’ONU en tant qu’ « Etat associé » : elle ne pouvait pas, au vu de l’opinion publique américaine telle qu’elle est encore, et elle ne voulait pas, de toute façon, parce qu’Obama est celui qui veut faire la « paix » dans la région et entend que si quelqu’un doit faire la « paix », ce soit lui. Mais il est désormais avéré qu’Obama a montré beaucoup de bienveillance concernant le vote quasiment unanime des pays européens en faveur de la « Palestine ». Tout comme il est avéré qu’Obama a poussé les divers gouvernements européens qui ont convoqué l’ambassadeur d’Israël après les décisions du gouvernement israélien concernant la construction projetée de trois mille logements en périphérie de Jérusalem.

D’autres décisions et gestes anti-israéliens sont à prévoir.

L’assemblée générale des Nations Unies vient de voter une motion exigeant l’inspection des sites nucléaires israéliens par des agents de l’ONU. Le gouvernement de « Palestine » a laissé entendre qu’il envisageait de saisir la Cour pénale internationale aux fins de faire inculper pour « crimes » des dirigeants israéliens. Ce n’est qu’un début.

Des pressions pour la création concrète d’un « Etat de Palestine » dans les « frontières » de 1967, avec Jérusalem « Est » pour capitale vont revenir bientôt sur la scène. Des ouvertures en direction du Hamas vont sans doute se faire, et l’Autorité palestinienne devrait bientôt se rapprocher du Hamas (financé conjointement par le Qatar et l’Iran). Le nucléaire israélien va sans doute se trouver pointé du doigt d’une manière plus nette.

Nous allons vers un Proche-Orient post-américain, et il est à craindre que les Etats-Unis évoluent dans une direction post-américaine eux aussi, au sens où ils ne seront plus les Etats-Unis que nous avons connu, et ce pendant un temps indéterminé.

L’Europe s’effondre doucement et est en position de soumission préventive à l’islam radical et à la Russie. Elle n’est pas l’amie d’Israël et a perdu le sens de la liberté et de la dignité.

Obama fait glisser les Etats-Unis vers la soumission préventive aussi, et distend les liens qui liaient le pays avec Israël. Il reste des Américains qui ont le sens de la liberté et de la dignité, mais ils sont aujourd’hui en position difficile.

Israël doit tenir, face à un orage qui s’intensifie. Ce ne sera pas facile. Israël doit se trouver de nouveaux alliés, car l’alliance avec les Etats-Unis est très fragilisée.

L’Arabie Saoudite est le grand « vaincu » de la vague islamique présente. Ses dirigeants, discernant ce qui se passe aux Etats-Unis, se tournent vers la Chine, pays vers lequel Mohammed Morsi se tourne aussi.

La Chine est silencieuse par rapport à ce qui se passe, mais elle pose ses pions sur l’échiquier. Elle a des accords stratégiques avec la Russie et avec l’Iran. Tout en nouant des accords avec l’Egypte et avec l’Arabie Saoudite, elle peut discerner que son intérêt bien compris est de préserver Israël et de nouer des liens technologiques avec les pôles technologiques israéliens. Ces liens sont déjà noués.

La Chine n’est pas un pays aux dirigeants humanistes, très loin de là, mais c’est un pays qui sait discerner ses intérêts.

La Russie entend affaiblir les Etats-Unis et a joué la carte de la realpolitik avec la Turquie et l’Iran. Elle est en train de jouer la carte de la realpolitik avec la Syrie.

Son intérêt ai-je écrit, est, en Syrie, de sauver Tartous et la zone alaouite, et d’éviter une dispersion incontrôlée des armes de destruction massive. Son intérêt est aussi (d’où sa crainte d’une dispersion incontrôlée des armes de destruction massive) d’endiguer la vague islamique et de la circonscrire, car la périphérie Sud de la Russie est touchée par des poussées islamiques.

Son intérêt bien compris, pour ce qui concerne Israël, peut être de voir en Israël un pôle de stabilité, et la puissance militaire israélienne est, là, un atout pour Israël. Faut-il le dire ? Israël n’a pas intérêt non plus à la dispersion d’armes de destruction massive syriennes, et le savoir faire israélien pourrait se révéler très utile. Erdogan dépend énergétiquement de la Russie, et peut se voir demander par la Russie de tempérer ses ardeurs. La Russie peut aussi demander à l’Iran, conjointement avec la Chine, de tempérer ses propres ardeurs.

Le Proche-Orient post-américain qui se dessine fait partie d’un monde post-américain qui prend forme, et qui pourrait bien être l’un des sinistres héritages que laissera Obama.

La Russie, la Chine seront, dans le court terme, des acteurs majeurs de ce monde post-américain. L’Asie est, d’une manière générale, en train de se réorganiser sans les Etats-Unis, relégués en périphérie, et sans l’Europe, en périphérie depuis plus longtemps que les Etats-Unis, et d’une façon, je le crains, plus définitive.

Les Etats-Unis se redresseront sans doute, mais ce ne sera pas dans l’immédiat.

Voici peu, Barack Obama était en Asie, et son voyage a été commenté, sans que la dimension majeure de ce voyage soit soulignée : Obama entendait nouer un partenariat trans-Pacifique endiguant la Chine, tout au moins c’est ce qu’il laissait entendre. Les pays d’Asie, voyant bien qu’Obama a placé les Etats-Unis dans une spirale descendante, ont choisi plutôt de nouer un partenariat avec la Chine, excluant les Etats-Unis. Un partenariat constitué de quinze pays a été créé à Phnom Penh, le 20 novembre dernier. Il inclut outre la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, la Nouvelle Zélande et les pays de l’ASEAN (Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Viet Nam). Israël se doit de prêter à ce partenariat tout l’intérêt qu’il mérite.

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