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Publié par Abbé Alain Arbez le 20 décembre 2012

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Le fait d’avoir dans sa famille plusieurs appartenances religieuses incite non pas à tout niveler superficiellement, mais à approfondir et à distinguer pour mieux unir, en respectant les spécificités. J’ai en tant que Genevois plusieurs amis pasteurs avec lesquels une profonde amitié et des convictions bibliques communes me lient, sans parler des connections fortes avec les orthodoxes.

L’œcuménisme n’est pas un gentil fourre-tout, il a un sens bien précis

Il apparaît clairement que, contrairement à ce que pensent beaucoup de gens et à ce qu’écrivent les journalistes, l’œcuménisme n’est pas un gentil fourre-tout, il a un sens bien précis. L’œcuménisme au sens strict ne concerne que les relations entre les chrétiens : catholiques, orthodoxes et protestants. Il est donc inapproprié de qualifier d’œcuménisme des rencontres avec les musulmans ou avec les bouddhistes tibétains, car ce sont des religions non bibliques.

Le christianisme procède du judaïsme et en accueille les Saintes Ecritures

En revanche, l’œcuménisme préserve une part essentielle de sa signification avec les juifs, puisque le christianisme procède du judaïsme, se fonde sur l’alliance avec Israël et en accueille les Saintes Ecritures. Ainsi au Vatican, il n’est pas anodin de constater que c’est le même dicastère qui gère à la fois les liens entre chrétiens, et les relations avec les juifs ; tandis que les religions non bibliques se regroupent dans le dialogue interreligieux, un autre type de structure correspondant à une autre perspective.

Lorsqu’on parle œcuménisme à Genève, on considère habituellement les relations entre protestants et catholiques. Mais aujourd’hui, la présence orthodoxe compte et apporte une tonalité particulière dans les échanges interchrétiens. En effet, d’une part, catholiques et protestants partagent la même culture mais divergent sur des questions théologiques et éthiques. D’autre part, catholiques et orthodoxes partagent la même foi, les mêmes sacrements, mais sont souvent éloignés au plan de la culture.

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Il n’existe pratiquement plus aujourd’hui à Genève de « groupes œcuméniques », tels que ces cercles de réflexion de l’après Concile, constitués vers les années 70, surtout à partir des nombreux foyers mixtes bi-confessionnels. A cette époque, ce genre de dynamique était réel, on était dans une phase de détente et d’apprivoisement mutuel. Aujourd’hui, le mot « œcuménisme » ne dit pas grand-chose aux jeunes adultes de 25-40 ans dans la frange des Eglises, ils ont déjà bien de la peine à situer ce qu’est le christianisme !

Dans les dernières décennies sont apparus en fin de compte deux sortes d’œcuménisme : un œcuménisme sociologique et épidermique, redevable des appréciations approximatives et fragiles du grand public pour lequel toutes les vérités se valent, et un œcuménisme théologique, plus complexe à formuler et surtout plus exigeant, dans la mesure où il prend en compte les paramètres historiques et les concepts doctrinaux réciproques. Ce dernier est réservé aux théologiens et aux chrétiens pratiquants, motivés par le souci urgent d’un témoignage s’exprimant d’une même voix dans la société actuelle aux prises avec des défis déterminants.

Une empathie qui ne résout pas les problèmes de fond

La difficulté quand on parle œcuménisme, c’est que les présupposés ne sont pas forcément les mêmes chez les catholiques et chez les protestants. On raisonne à partir de critères d’Eglise différents, tributaires des controverses du passé et inévitablement, ce qui est important aux yeux des premiers peut en toute bonne foi apparaître accessoire à ceux des seconds. Si nous sommes unanimes pour travailler à des relations cordiales entre ministres et entre communautés, cette empathie ne résout pas pour autant les problèmes de fond et ne permet pas n’importe quoi dans le domaine liturgique.

Il existe de facto un œcuménisme se voulant prophétique, qui entend agir comme si l’unité était déjà réalisée… Cette impatience sincère de communion – respectable dans l’intention – porte en elle un fort désir de relativiser les orientations et les directives considérées comme essentielles par l’Eglise catholique.

S’il est vrai que le contre-témoignage de nos désaccords reste cruel dans ce monde en quête de spiritualité, nous disposons les uns et les autres de clés de compréhension et d’action pour y remédier. Mais il faut dissiper les malentendus récurrents, et prendre appui ensemble sur l’anthropologie biblique, fruit de recherches fiables, au confluent de l’histoire et de la théologie.

L’Eglise catholique devrait-elle renoncer à sa théologie de la succession apostolique

Or l’œcuménisme, pour progresser, a besoin d’une colonne vertébrale, il ne peut faire de propositions à partir d’un nivellement minimaliste ou d’entités ecclésiales déstructurées. Certains courants font pression vers un plus petit dénominateur commun de manière illusoire ; car, pour sembler plus fraternelle avec les amis protestants, l’Eglise catholique devrait-elle renoncer à sa théologie de la succession apostolique et à l’importance des ministères ordonnés pour la validité des sacrements, en particulier, de l’eucharistie ?

L’Eglise catholique devrait-elle abandonner sa conviction (évangélique) et bénir les unions de même sexe ?

Pour montrer une vitrine plus œcuménique, l’Eglise catholique devrait-elle abandonner sa conviction (évangélique) du mariage indissoluble et même en arriver à bénir les unions de même sexe ? Devrait-elle aussi admettre les avortements, l’homoparentalité, l’euthanasie active, les manipulations génétiques ?

Questions sensibles sur lesquelles le Magistère catholique tient fermement le cap, malgré les humeurs évolutives des opinions publiques, et débats sur lesquels les protestants eux-mêmes ne sont pas d’accord entre eux, mais où les synergies avec les orthodoxes sont réelles.

Faisons donc entre chrétiens de diverses confessions tout ce qu’il est possible de réaliser ensemble, tout ce qui valorise notre riche patrimoine spirituel commun, en relation avec la tradition hébraïque, notre commun ressourcement dans une Parole de Dieu vivante. Du point de vue catholique, l’avancée vers l’unité doit se faire de manière visible, et non pas se contenter d’être une confédération romantique d’églises et de communautés ayant un lien plus ou moins consistant avec Jésus Christ. C’est une condition sine qua non de rapprochement dans les profondeurs et non en surface.

L’œcuménisme est trop sérieux pour ressembler à la période des soldes !

Car l’oecuménisme vrai – s’il veut échapper à la démagogie ou à la braderie, restera aussi exigeant qu’il est enthousiasmant, et il nous faut bien admettre, dans l’esprit même de l’épître aux Romains, que la réalisation finale et tangible de l’unité autour de son alliance indéfectible adviendra quand Dieu lui-même jugera que les esprits et les cœurs sont prêts !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pour www.Dreuz.info

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