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Publié par Gilles William Goldnadel le 25 décembre 2012

Goldnadel

Monsieur Torreton de Savonarole, si soucieux du bien public, ne serait pas apparu au Conseil de Paris, auquel il est élu PS, depuis le 9 février… 2010 ! Il toucherait 4 807 euros pour cette « activité ».

Le lecteur voudra bien m’excuser de m’exprimer comme Alain Badiou, mais en France, il faut au moins avoir été maoïste ou communiste de la plus stricte obédience, c’est-à-dire s’être grossièrement trompé, pour avoir forcément raison. De quoi donc, pour le dire autrement, l’article venimeux publié cette semaine dans Libé par un comédien de second ordre à propos du plus grand acteur français est-il le symptôme ?

Tout d’abord, il y a fort à parier que l’histrion qui s’est essayé à écrire comme on aboie en meute, s’est imaginé faire un tabac à bon marché en criant haro sur un baudet nommé Depardieu. En lui intimant, en hurlant, l’ordre de se taire, Torreton a voulu, pour le même prix modique, et comme beaucoup avant lui, se parer de la plume de Voltaire. Il aura fini en père Duchêne. Il y a aussi, sous l’injure baveuse, la marque de la jubilation du lilliputien à railler sur un tréteau, Gulliver ficelé, terrassé, humilié. Las, le petit homme qui s’attendait sans doute à des ah ! des oh ! des bravos !, des bis !, des encore ! n’aura reçu que tomates et tubercules.

L’optimiste pourrait voir dans ce retournement de l’opinion en faveur de l’exilé volontaire, dans la déconfiture de son contempteur, le signe de ce que le peuple de ce pays est fatigué des farceurs et des bonimenteurs. Le pessimiste qui signe continuera de redouter la hargne des Salieri pour Mozart et de craindre le parti des jaloux et des médiocres. C’est le premier parti de France.

Le premier ministre a bien de la chance, car la charge de la brigade lourdingue du comédien aura fait passer au second plan son minable « minable ». Certains avant moi avaient fait remarquer que Jean-Marc Ayrault, en désignant à la vindicte un grand comédien français, s’était bien gardé d’utiliser le même attribut disqualifiant à des joueurs de tennis ou à des artistes itinérants ayant par le passé fait montre de la grande générosité verbeuse et gratuite propre à son camp.

J’observais dans une précédente chronique, qu’à gauche, discours généreux valait quittance, mais c’est pitié de constater que dans ce monde virtuel où le verbe est empereur, beaucoup d’excellentes personnes s’y laissent encore prendre. Il n’est jusqu’au gentil maire de Paris d’avoir mêlé sa voix à la meute vociférant. Il est vrai que Gérard Depardieu a eu le grand tort de ne pas enfreindre la loi. Sans cela, nul doute qu’il aurait été fait citoyen d’honneur de la Ville de Paris, comme jadis un dénommé Battisti.

Pour en revenir à Philippe Torreton, tout en restant à Paris et à cette générosité qui ne coûte pas cher mais qui peut rapporter gros, je me permets de signaler que dans un article du Monde daté du 29 mai 2010, l’acteur, élu au Conseil de Paris sur une liste socialiste, était accusé d’être un « champion de la chaise vide » avec 23 absences sur 44 séances du Conseil à mi-mandat.Comme le fait remarquer le «dailyneuvième », un élu au conseil de Paris touche 4 807 euros par mois et la dernière apparition de Monsieur Torreton de Savonarole, si soucieux du bien public, daterait du 9 février… 2010.

Sur le fond, beaucoup d’artistes qui ont eu l’élégance de vouloir sauver le soldat Depardieu, se sont crus en devoir de l’admonester confraternellement pour son départ. Je ne les suivrai pas sur ce sentier trop battu.

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D’abord, parce que les opposants au pouvoir actuel avaient prévenu de ce que les mesures fiscales extrêmes, confiscatoires autant que vexatoires, adoptées par pure démagogie, feraient fuir le talent. Ensuite, parce qu’il faut briser ce non-dit que partagent en silence des millions de français qui s’interrogent sur le sens d’une redistribution imposée, dans un contexte de gabegie et d’assistanat déresponsabilisant. Enfin, car le beau mot de « patriotisme », galvaudé, rabâché, dans une crise de psittacisme, par ceux mêmes qui ont transformé l’État, la nation, le pays en une société à irresponsabilité illimitée, ouverte à tous les vents, est la plus grande des injures qu’on puisse faire à la patrie. Patriotisme de qui ? De Madame Duflot dont le compagnon se targue de se ficher de la France !

Ou, peut-être, celui de ces extatiques devant les drapeaux étrangers agités le soir de l’intronisation de leur champion ? À moins qu’il ne s’agisse de ce patriotisme européen, que je n’ai jamais vu, mais dont tous se réclament à l’unisson. Dans ce cas, la Belgique, que je sache, n’est pas située dans cette lointaine Californie où nombre d’artistes ou de sportifs, tous généreux, tous patriotes, sont partis prestement se réchauffer. Monsieur Torreton aurait voulu, lui aussi, jouer Danton, las pour lui : Neichin ne sera pas Coblence.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles William Goldnadel. L’article original peut être consulté sur le Blognadel

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