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3 décembre 2012 Commentaires (2) Vues: 0 Divers, Interview

Interview de Philippe Karsenty, 6 mois après les élections législatives pour les français de l’étranger

Dans une interview accordée à notre confrère JSS News, 6 mois après les élections législatives pour les français de l’étranger, Philippe Karsenty met quelques points sur les i et assène quelques vérités. Nous reproduisons intégralement l’entretien avec leur permission.

JSSNews: Six mois après l’élection législative des Français de l’étranger, dans quel état d’esprit vous trouvez-vous ?

Philippe Karsenty: Je regrette de ne pas avoir été élu car il y avait tant à faire, particulièrement ces derniers temps : beaucoup de choses auraient été possibles pour un député indépendant tel que je l’aurais été puisque j’aurais été élu sans rien devoir à un parti ou à qui que ce soit, si ce n’est à mon équipe dynamique ainsi qu’aux électeurs qui m’auraient fait confiance. En janvier 2012, interrogé sur cette élection, j’avais spécifié que je pensais la gagner, si et seulement si c’était bon pour moi, ma famille, ceux qui m’entourent et ceux que j’étais censé représenter, et surtout, si je pouvais être un bon député efficace. Il faut croire que ces conditions n’étaient pas remplies. Pour résumer, Gam Zou Le Tova !

JSSNews: Vous êtes tout de même arrivé premier en Israël, mais troisième au total. Une réflexion ?
PK: Je suis satisfait d’être arrivé premier en Israël, mais compte tenu de la faible participation locale, cela n’a pas suffi pour compenser le vote d’étiquette hors d’Israël. En Italie, en Grèce, en Turquie, à Chypre et à Malte, la plupart des électeurs ne se sont pas donné la peine d’analyser les candidatures. Ils ont voté par réflexe pour l’un des deux partis majoritaire en France, le PS ou l’UMP.
Les choses auraient été différentes si les Français d’Israel s’étaient massivement mobilisés pour peser sur cette élection législative.

A propos de Daphna Poznanski

JSSNews: Que pensez-vous de l’attitude de la députée élue ?
PK: Comme vous l’avez souligné dans un article publié récemment, Daphna Poznanski représente bien plus le Parti Socialiste en France et la gauche israélienne que la population de sa circonscription. C’est pour cela qu’on ne l’entend pas lorsque Laurent Fabius affirme qu’entre Israël et le Hamas, « les torts sont partagés ». Elle a aussi mis beaucoup de temps à réagir à la pluie de roquettes qui s’abattait sur Israël. Attendait-elle les instructions de son parti ?

JSSNews: Qu’aviez-vous négocié avec Daphna Poznanski ?
PK: Rien, je ne l’ai jamais rencontrée. Nous nous sommes simplement parlé au téléphone quand elle espérait que je la soutiendrais pour le second tour. Elle m’avait alors assuré qu’avec elle, les positions d’Israël seraient mieux entendues et mieux défendues qu’avec sa concurrente. Une fois que mon communiqué a été diffusé, je n’ai plus jamais entendu parler d’elle. J’ai même lu qu’elle se considérait comme une magicienne pour avoir été élue dans un environnement si difficile…

A propos de Valérie Hoffenberg

JSSNews: Vous devez alors regretter votre choix pour Poznanski au second tour de l’élection législative ?
PK: Non car les deux choix qui s’offraient aux électeurs n’étaient pas satisfaisants ; l’un étant pire que l’autre. On peut observer ce que fait de son mandat la députée élue, ou plutôt ce qu’elle ne fait pas… Pour sa part, la candidate de l’UMP avait fait ses « preuves » dans les années écoulées. Soudainement, Valérie Hoffenberg a radicalement changé son discours afin de tenter de gagner cette élection. N’oubliez pas son soutien actif à Charles Enderlin tout au long de l’affaire al Dura. En février 2012, elle est allée jusqu’à se réjouir de la cassation de l’arrêt qui accablait France 2 et Charles Enderlin.
N’oubliez pas non plus les propos de Valérie Hoffenberg dans Le Figaro, quelques mois avant d’être candidate. Elle y expliquait qu’un Etat palestinien en Judée et Samarie était une nécessité pour la sécurité d’Israël. L’article était même titré « L’an prochain à Bethléem ». Avec des amis comme ça, Israël n’a pas besoin d’ennemis. De plus, ma décision fut prise collectivement : mon annonce a été effectuée après consultation de mon suppléant, ancien président, en Italie, du comité de soutien à Nicolas Sarkozy en 2007.

JSSNews Vous qui êtes maire-adjoint de Neuilly, votre prise de position a dû vous fâcher avec bon nombre de membres de l’UMP ?
PK: Ce n’est pas le sentiment que j’ai eu. J’ai plutôt ressenti une sorte de reconnaissance. D’ailleurs, je note qu’à la suite de sa défaite, Valérie Hoffenberg n’est pas la déléguée de cette circonscription… mais passons à autre chose, il y a de nombreux sujets dont nous devrions parler. UMP, PLD, etc…

JSSNews: Comment analysez-vous la situation politique française après les soubresauts de l’élection du président de l’UMP ?
PK: Je vous renvoie simplement à ce que j’avais déclaré au magazine Meteor en août 2011, il y a plus de 16 mois : « Je crois, et je le regrette, que la gauche sera aux commandes en 2012… La question qui se pose, selon moi, est de savoir si l’UMP résistera à cette défaite à venir. Quel sera le sort réservé aux artisans de cette débâcle annoncée ? Il sera alors essentiel d’être au cœur du débat politique de notre pays, à l’Assemblée Nationale, pour participer à la recomposition de la droite française autour de nos valeurs et de nos convictions. »

Tout était prévu. Nous y sommes maintenant, sauf que moi, je ne suis pas à l’Assemblée… Néanmoins, je contribue à donner des couleurs à la droite libérale en ayant pris la responsabilité de la politique étrangère au sein du Parti Libéral Démocrate.

JSSNews; Vous appartenez en effet au Parti Libéral Démocrate qui s’est fait remarquer récemment en diffusant un communiqué très juste. Pouvez-vous nous en dire plus ?
PK: Le PLD, dirigé par Aurélien Véron, est un parti qui a repris le flambeau d’Alain Madelin. Nous y défendons les principes des grands penseurs libéraux si décriés en France. Pour mémoire, à la présidentielle de 2002, Alain Madelin avait fait son meilleur score en Israël. Je suis donc en phase avec les gens que je côtoie dans ce parti.

A propos des élections américaines

John McCain et Philippe Karsenty

JSSNews: Lors des élections américaines, vous avez apporté votre soutien à Mitt Romney. Pourquoi ?
PK: J’ai soutenu Mitt Romney ainsi que certains candidats républicains au congrès américain car je pense que sur les dossiers essentiels – l’économie et la politique étrangère – qui nous affectent nous, non Américains, ils offrent de meilleurs diagnostics et de meilleures solutions aux problèmes.

JSSNews: Vous êtes allé à la convention républicaine de Tampa. Qui y avez-vous rencontré ?
PK: En effet, je suis allé à cette convention qui a intronisé Mitt Romney. C’était très impressionnant. Pas forcément pour ces grands shows que l’on peut voir beaucoup mieux à la télévision mais surtout pour les gens que l’on est amené à rencontrer dans les réunions des différents lobbies. Pouvoir échanger avec des gens comme John Mc Cain (candidat malheureux à l’élection présidentielle face à Obama en 2008), Karl Rove (conseiller de George Bush et de Mitt Romney) ou Bill Kristol du Weekly Standard, ce sont des expériences enrichissantes.

A propos de Gil Taïeb

JSSNews: J’aimerais revenir sur l’élection législative tout de même. Y a-t-il des leçons à tirer de cette première élection législative des Français de l’étranger ?
PK: J’ai tiré deux grandes leçons politiques de cette élection.
La puissance des grands partis est quasiment imbattable sur ce type d’élection. En effet, si je ne suis pas parvenu à atteindre le second tour, c’est notamment parce que je ne disposais pas de la « marque » rassurante d’un parti de premier plan. Je suis arrivé premier en Israël car mes contacts avec la population étaient nombreux et anciens. En revanche, dans les autres pays, malgré mes voyages répétés, je n’ai pas pu entrer en relation avec assez de monde.
L’autre grande leçon à retenir est que la politique, ça ne s’improvise pas. En effet, certains ont soutenu Gil Taïeb qui s’est illustré dans le caritatif. Mais malgré toutes ses actions sociales, il n’est arrivé que 5ème à cette élection, juste derrière le candidat des écologistes. L’activité communautaire est éminemment respectable mais elle n’a rien à voir avec la politique. Je pense que cette élection a bien remis les choses à leur place, et que, certains dirigeants communautaires qui auraient pu être tentés par la politique, locale ou nationale, ont compris qu’il s’agit là de deux mondes éloignés.

JSSNews: Il ne s’agit que d’une rumeur mais on dit que Gil Taïeb vous en veut beaucoup personnellement, qu’il serait prêt à s’en prendre à vous physiquement. Info ou intox ?
PK: Eh bien au moins, comme cela, s’il passe à l’acte, on pourra prouver que l’acte était prémédité (rires). Plus sérieusement, il n’a aucune raison de m’en vouloir. Ce n’est pas moi qui suis allé voter mais les électeurs.
J’entends dire que Gil Taïeb souhaite se présenter à la présidence du CRIF en 2013.

JSSNews: Allez-vous le soutenir pour la présidence du CRIF ?
PK: Je ne suis pas électeur dans cette institution.

A propos des futures élections françaises

JSSNews: Comme vous avez obtenu le meilleur score en Israël, on peut imaginer que l’on peut l’extrapoler au reste de la communauté juive française. N’est-ce pas ?
PK: Certains élus et futurs candidats le pensent puisqu’ils m’ont demandé, en vue des prochaines élections, de les soutenir. Je ne le ferai qu’en fonction de mes convictions, de la qualité de ceux qui se présenteront, mais aussi de leurs actes passés et de leurs engagements sur les sujets qui me sont chers.

JSSNews: Au cours de l’année 2013, les Français d’Israël retourneront aux urnes pour des élections françaises, pour élire leurs représentants à l’Assemblée des Français de l’Etranger. Etes-vous candidat ?
PK: Non, cela n’est pas au programme même si cela m’a été demandé. En revanche, je soutiendrai activement les candidats avec lesquels je partage des valeurs et une sensibilité politique. Je ferai connaitre mes choix et je viendrai activement soutenir ces candidats.

A propos de l’affaire al Dura

JSSNews: Vous avez rappelé plus haut que l’arrêt de la cour d’appel qui vous avait relaxé a été cassé par la cour de cassation en février 2012. Où en sommes-nous maintenant ?
PK: Nous retournerons à la cour d’appel de Paris le 16 janvier 2013.

JSSNews: Pensez-vous gagner ?
PK: Je n’en sais rien, la justice française réserve parfois des surprises. Mais ce que je sais, c’est qu’un jour, la mise en scène al Dura sera reconnue comme une évidence. Il faut attendre de trouver des gens courageux au plus haut niveau pour le faire acter.

JSSNews: On rapporte dans certains milieux qu’un diplomate israélien se serait réjoui de votre défaite aux élections législatives. Est-ce lié à l’Affaire al Dura ?
PK: Cela fait des années qu’Yigal Palmor a un problème avec la révélation de la vérité de l’Affaire al Dura. Alors, il s’est réjoui que je ne sois pas élu. Il faudra un jour se demander pourquoi certains diplomates israéliens semblent préférer défendre leur ami Enderlin, entre autres, plutôt que l’Etat qu’ils sont censés servir… Récemment, Palmor a encore tenu des propos désobligeants à mon encontre dans un article de la Jewish Telegraphic Agency. Pourquoi le fait-il ? C’est à lui qu’il faut le demander.

A propos de la future chaîne de TV israélienne

JSSNews: Vous avez peut-être observé qu’une chaîne de télévision israélienne à vocation internationale allait être lancée. Qu’en pensez-vous ?
PK: C’est certainement une bonne idée de lancer une sorte d’Al Jazeera de sensibilité israélienne. Espérons qu’il y ait un marché pour ce type de « produit ».

JSSNews: Que pensez-vous de la nomination de Frank Melloul à la tête de cette chaîne ?
PK: C’est un professionnel reconnu de la télévision puisqu’il a occupé d’éminentes fonctions chez France 24.
Certains font circuler des rumeurs le concernant qui laisseraient penser qu’il n’aurait pas toujours été du « bon côté » dans la défense d’Israël. Ces informations sont à vérifier car ce n’est pas bien d’accuser sans preuves. Il faut donc observer son parcours et voir s’il est compatible avec les fonctions qui lui sont confiées. Il y a notamment un point sur lequel il faudra avoir une réponse claire et nette : est-il, comme certains le laissent entendre, un ami de Charles Enderlin ? Le défend-il dans le cadre de l’Affaire al Dura ? Ces questions doivent lui être posées franchement pour éviter les suspicions que cette éventuelle amitié ferait planer sur le projet ambitieux auquel il participe.

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