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Publié par Guy Millière le 29 janvier 2013

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La presse française continue à parler avec un triomphalisme certain des avancées de l’armée française au Mali. Tout en espérant que ce triomphalisme est justifié, je dois dire que je pense qu’il est très prématuré.

Les scènes de joie à l’accueil des troupes françaises me font penser à d’autres scènes de joie accueillant des troupes libératrices, à Bagdad par exemple.

Après s’être fixé l’objectif, démesuré, de « libérer tout le Mali », François Hollande parle maintenant de laisser des troupes africaines faire le reste.

Cela me laisse songeur.

Les trois groupes islamistes en action en Azawad aujourd’hui, que je définirai comme des fragments de la nébuleuse Al Qaida ( Al Qaida au Maghreb Islamique, MUJAO et Ansar Dine) ont quitté les villes, et, apparemment, leurs chefs ont passé les frontières. Mais le terrain de prédilection de ces groupes n’est pas les villes, mais le désert, les montagnes, les grottes. Et pour eux, les frontières n’existent pas.

Si l’armée française reste sur place, il est quasiment certain qu’elle sera harcelée. Si elle se retire, imaginer qu’une armée malienne ou des forces africaines pourront la remplacer est utopique.

Imaginer que des forces africaines seront à même de « libérer tout le Mali » est plus utopique encore.

L’Etat malien est un Etat décomposé et à reconstruire. L’armée malienne est elle-même une armée décomposée.

Les pays africains d’Afrique de l’Ouest et de toute la zone du Sahel ne sont guère en meilleur état.

La France peut-elle se lancer dans la reconstruction d’un Etat malien, dans la reconstruction de l’armée malienne, et dans la reconstruction, de surcroît, de forces africaines plus vastes ? J’en doute. Peut-elle compter sur une aide substantielle des autres pays occidentaux ? J’en doute aussi.

François Hollande a dit que les opérations seraient finies assez rapidement. J’en doute davantage encore.

Une évaluation plus lucide de la situation a été effectuée voici quelques jours par David Cameron à Londres : il a parlé de nouvel Afghanistan et d’une guerre susceptible de durer des décennies.

Je l’ai déjà écrit : il y a une dimension ethnique à la situation. Les touaregs n’entendent pas se soumettre aussi aisément au pouvoir de Bamako. Le Mouvement National de Libération de l’Azawad, chassé par les éléments de la nébuleuse al Qaida en repli, refait parler de lui.

Je l’ai déjà écrit aussi : c’est tout un arc de crise qui s’est dessiné en Afrique subsaharienne. Les éléments de la nébuleuse al Qaida agissant en Azawad sont présents en Mauritanie et au Niger, pays où ils viennent de se replier en partie, mais ils sont présents aussi au Tchad, en Libye, bien sûr, en Algérie. Le régime soudanais ne leur est pas hostile. Le régime égyptien non plus. Ils ont des alliés en Somalie.

On ne peut dissocier l’arc de crise qui s’est dessiné en Afrique subsaharienne de ce qui se passe dans le reste de l’arc de crise, qui s’étend jusqu’au Pakistan. Les zones tribales du Pakistan restent aux mains d’islamistes et constituent toujours des bases de réseaux terroristes. L’Afghanistan retourne vers les talibans. L’Iran poursuit ses activités de financement de groupes djihadistes et de course au nucléaire.

L’Arabie Saoudite et les pétromonarchies du Golfe sont très fragilisées, à l’exception du Qatar qui joue un rôle qu’on ne peut sous-estimer dans ce qui se passe. Le Qatar finance les Frères musulmans, et la nébuleuse al Qaida, présente dans tout l’arc de crise.

Un champ de bataille crucial dans l’arc de crise est la Syrie où les Frères musulmans et al Qaida, avec l’aide du Qatar tentent de s’emparer du pouvoir et où le régime Assad subsiste, grâce à l’aide massive de la Russie et de l’Iran.

Un éclatement de la Syrie, laissant à Assad, à la Russie et à l’Iran une zone côtière alaouite, tandis que s’opérerait un basculement à Damas serait à même d’entraîner un basculement en Jordanie, où le roi est sur un siège très éjectable et tente présentement de radicaliser son discours pour sauver ce qui peut l’être.

Un basculement de la Jordanie pourrait entraîner un basculement de l’Arabie Saoudite et des pétromonarchies du Golfe.

Les effets sur tout l’arc de crise seraient considérables.

Pour l’heure, le Qatar tolère l’action de la France en Azawad, mais il y a sans aucun doute des arrières pensées derrière cette tolérance : l’idée que ce n’est que le début, seulement le début, l’idée que cela va coûter cher à la France, la certitude que l’action se déroule sur trois continents, et pas seulement au Mali. Les Frères musulmans sont présents dans toute l’Afrique du Nord, où un seul pays leur échappe, l’Algérie, et leurs arrières pensées sont celles du Qatar. Les éléments de la nébuleuse Al Qaida ont les mêmes arrières pensées que le Qatar et les Frères musulmans.

Qatar, Frères musulmans et éléments de la nébuleuse al Qaida attendent la suite.

Ils savent dans quel engrenage s’est placée la France. Ils savent pourquoi l’Algérie a facilité les opérations françaises : le FLN algérien est lui-même sur un siège éjectable, et la réaction à la prise d’otage d’In Amenas, comme la prise d’otage elle-même traduisent la férocité, en même temps que la fragilité du régime. AQMI se situe dans la descendance du Front Islamique du Salut d »il y a vingt ans.

La suite se déroulera en Syrie, en Jordanie, dans les pétromonarchies, en Arabie Saoudite aussi bien que dans le Sahel, dans toute l’Afrique du Nord.

Le Qatar et les Frères musulmans veulent régner sur le monde sunnite. Le Qatar est un petit pays avec beaucoup de moyens, et son monarque utilise ces moyens pour servir une cause plus vaste que son pays, et pour assurer son emprise. Les Frères musulmans ont toujours eu pour objectif de régner sur le monde sunnite et le Qatar leur en donne les moyens.

La nébuleuse al Qaida est un instrument qu’utilisent le Qatar et les Frères musulmans, sans le dire. La nébuleuse al Qaida utilise les opportunités que lui donnent le Qatar et les Frères musulmans. Tant que le Qatar tient les finances, il a peu à craindre.

L’Iran peut sembler le danger majeur, mais il n’est, présentement, qu’un acteur. Il finance des groupes djihadistes tels le Hezbollah, mais aussi des éléments de la nébuleuse al Qaida. Il avance vers l’arme nucléaire aux fins de se sanctuariser et d’avoir un supplément à offrir aux groupes djihadistes. La situation présente dans tout l’arc de crise l’intéresse. Il veut tenter de sauver le régime Assad, mais a tissé des passerelles vers le Qatar et les Frères musulmans, comme il en a tissé depuis longtemps avec les groupes djihadistes et avec des éléments de la nébuleuse al Qaida. Comme je l’ai expliqué, avec Daniel Pipes, dans Face à l’islam radical, le clivage essentiel n’est pas celui qui sépare chiites et sunnites aujourd’hui, mais celui qui sépare l’islam radical et les adeptes du statu quo. Ces derniers sont sur la défensive aujourd’hui.

Comme l’a expliqué Bat Ye’or, ce qui est à l’ordre du jour pour le Qatar, les Frères musulmans, la nébuleuse al Qaida, c’est une forme de retour du califat. L’Iran peut être allié, sanctuarisé, dans le cadre du retour du Califat, et ses ennemis sont surtout le Grand et le Petit Satan et les adeptes du statu quo.

Ce qui se passe en Azawad fait partie de l’embrasement du monde musulman par l’islam radical, et ne peut en être dissocié. J’insiste sur ce point.

L’armée française peut avancer. Ce n’est très vraisemblablement qu’un début.

Les questions essentielles vont bientôt se poser : rester ou ne pas rester  en Azawad ? Reconstruire l’Etat malien, ou pas ? Reconstruire l’armée malienne, et comment ? Reconstruire des forces africaines plus vastes, et comment ?

Le fait que ce qui se passe en Azawad n’est qu’une petite partie de ce qui se passe dans tout l’arc de crise devra se trouver regardé en face.

Savoir quelle sera l’aide des autres pays occidentaux et quelle sera leur implication est une question majeure.

Divers pays d’Europe fourniront des moyens, et un peu de logistique, mais ils ne pourront fournir ce qu’ils n’ont pas. Les Etats-Unis fourniront peut-être un peu plus, ils le font déjà, mais ils ne fourniront pas beaucoup plus : nous sommes dans l’ère Obama, cela ne doit pas être oublié. L’Africom, conçue sous George W. Bush, existe toujours, mais subit les coupes budgétaires et les effets de la doctrine Obama. Quelques-uns des principaux officiers qu’elle a formé ont fait défection du côté de la nébuleuse al Qaida en avril 2012. D’autres, en tête desquels le capitaine Amadou Sanogo, ont fait le coup d’Etat survenu au même moment à Bamako.

Imaginer qu’une armée malienne sera opérationnelle par elle-même assez vite en ces conditions, ou que la guerre est quasiment finie serait absurde.

Imaginer que des forces africaines seront à même de « libérer tout le Mali » serait plus absurde encore.

François Hollande a dit que les opérations seraient finies assez rapidement ?

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L’évaluation effectuée voici quelques jours par David Cameron à Londres me semble plus lucide, beaucoup plus lucide.

Et encore, David Cameron, tout en évoquant un nouvel Afghanistan et une guerre susceptible de durer des décennies, n’a pas dit ce dont il s’agit : la suite de l’affrontement entre le monde occidental et l’islam radical.

Dès lors que la principale armée occidentale est l’armée américaine et que son commandant en chef s’appelle Barack Hussein Obama Jr, le monde occidental n’est plus, dans cet affrontement, ce qu’il était au temps de George W. Bush. Les Français ont passionnément détesté George W. Bush, comme les autres Européens d’ailleurs. Ils ont l’Amérique dont ils rêvaient. Il leur faut assumer. Ont-ils le monde dont ils rêvaient ? Je n’en suis pas certain.

Un dernier point pour conclure : les intérêts impliqués dans la zone du Sahel, et donc en Azawad, ne sont pas seulement ceux de l’islam radical, ce sont aussi ceux des narco-trafiquants d’Amérique du Sud et des Etats impliqués dans le narco-trafic. Des avions chargés de cocaïne arrivaient en Azawad ces derniers mois.

Un tout dernier point : le Haut Conseil Islamique du Mali, pays musulman, est d’obédience wahhabite, comme la monarchie saoudienne et, même si son chef, Mahmoud Dicko, critique aujourd’hui le Qatar, comme l’émir du Qatar.

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