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Publié par Michel Gurfinkiel le 29 janvier 2013

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Dans la dernière livraison du Point (17 janvier 2013) (1), Bernard-Henri Levy approuve l’intervention française au Mali. Pour cinq raisons :

1 – « Elle donne un coup d’arrêt à l’instauration d’un Etat terroriste au cœur de l’Afrique ».

2 – « Elle met en échec… le vrai but de guerre d’Ansar Dine : renforcer les cellules islamistes opérant… en Mauritanie… au Niger… au Nigeria… cisailler la sous-région par un axe du crime qu’il eût été… presque impossible de briser… »

3 – « Elle confirme, sur le plan des principes, ce devoir de protection qu’avait déjà établi l’intervention en Libye ».

4 – « Elle réaffirme l’antique théorie de la guerre juste déjà ressuscitée, elle aussi, par la guerre de Libye… François Hollande ne s’est résolu à l’emploi de la force qu’en dernière extrémité… en plein accord avec la légalité internationale telle que formulée par la résolution du 12 décembre du Conseil de sécurité… C’est la théorie de Grotius, c’est celle de saint Thomas… »

5 – « Elle redit, enfin, le rôle éminent de la France, en première ligne de la lutte pour la démocratie : Hollande dans les pas de Sarkozy ? comme si c’était le problème… La France… est en train d’inventer, tous régimes confondus, une doctrine stratégique et éthique prenant également à revers ces deux fléaux jumeaux que sont, d’une part, le néoconservatisme, et de l’autre, le souverainisme… » 

On notera que BHL n’a pas peur de la redondance : les raisons 1 et 2, sur la portée stratégique de l’opération, se recoupent largement ; de même que les raisons 3 et 4, sur sa portée morale et juridique. On notera aussi qu’il invoque de manière subliminale, à travers de brèves allusions insérées dans les raisons 3, 4 et 5, mais aussi par le titre de son « bloc-notes », un sixième argument : la guerre du Mali n’est que la continuation de la guerre de Libye, et la justifie rétroactivement.

Cette sixième raison, de toute évidence, est la plus importante à ses yeux. En 2011, BHL avait fait campagne – de connivence ou non avec le gouvernement français de l’époque – pour l’intervention franco-britannique en Libye. Puis laissé entendre, dans un film sorti en 2012, intitulé Le Serment de Tobrouk, qu’il en avait été le véritable inspirateur. Mais le « printemps arabe » s’est soldé, en Libye comme ailleurs, par le chaos et la montée des islamistes. Et les relations étroites que l’écrivain a pu entretenir à ce sujet avec Nicolas Sarkozy le desservent aujourd’hui, dans l’atmosphère binaire, pour ne pas dire « épuratrice », de la présidence Hollande.

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La guerre du Mali vient donc à point nommé : la plus grande partie des Français ne parvenant guère à faire de différence avec la guerre de Libye, BHL peut lier les deux conflits, retrouver, par là même, quelque crédit dans les médias, et tenter de gagner, à travers un éloge dithyrambique, les faveurs du nouveau prince.

Mais que vaut, sur le fond, l’analyse de l’écrivain ?

Sur les conséquences d’une éventuelle victoire islamiste au Mali, et la nécessité de l’empêcher, l’écrivain a raison. Mais il ne voit pas, ou se refuse à considérer, que « sa » guerre libyenne a facilité le redéploiement et l’expansion de l’islamisme en Afrique du Nord, au Sahara, dans le Sahel et en Afrique équatoriale.

Sur les motivations de Hollande, BHL se moque de nous.

La France se prépare depuis plusieurs années à des guerres majeures dans les régions subsahariennes, en liaison avec l’Emocog, une Communauté africaine de défense qui va du Sénégal à la Tanzanie. Et avec les Etats-Unis, qui ont mis en place en 2008 un commandement militaire local, l’Africom. Les Français, les Africains et les Américains ont passé presque toute l’année 2012 à s’entraîner ensemble dans ce but. L’un de leurs exercices se déroulait près de Bamako, la capitale du Mali, au moment même où les islamistes s’emparaient du nord de ce pays. Ils ne les ont pas interrompus : le long terme passant, en bonne stratégie, avant le court terme.

Hollande agi dans le cadre d’une planification multinationale préexistante

Hollande a sans doute décidé – dans une « fenêtre d’opportunité » climatique, la saison sèche « douce » allant d’octobre à février, propice aux blindés, à l’aviation, et aux personnels européens – du moment exact des opérations, en tant que chef d’Etat et chef des armées du pays qui en assumerait la plus grande part sur le terrain. Et vraisemblablement tenu compte, ce faisant, de la politique intérieure française. Mais il agi dans le cadre d’une planification multinationale préexistante. En définitive, son seul choix véritable aura été de ne pas remettre en question celle-ci quand il a accédé au pouvoir, en mai 2012.

Sur le « droit d’ingérence », BHL divague, et de vilaine façon.

Sur le « droit d’ingérence », BHL divague, et de vilaine façon. Surtout quand il trouve bon de se distancier d’un « néoconservatisme » qu’il qualifie de « fléau ».

Faut-il lui rappeler qu’il a déboulé sur la scène intellectuelle française, dans les années 1970, comme l’équivalent exact des premiers néoconservateurs américains (selon la formule d’Irving Kristol : « Un néoconservateur est un libéral de gauche qui a été bastonné par le monde réel »). La société française n’est pas favorable au néoconservatisme, c’est un fait. Ni à la réussite sociale de ceux qui, a priori, y auraient adhéré. Mais quant au fond, en quoi l’interventionnisme humanitaire que prônent BHL et quelques autres se différencie-il, jusque dans ses ambiguïtés et ses effets pervers, des croisades pour les droits de l’homme et la démocratie prêchées par les néoconservateurs reaganiens ou bushiens ?

Un peu de pudeur, SVP. Un peu de rigueur. Un peu de bonne foi.

© Michel Gurfinkiel. L’article original peut être consulté sur le blog de Michel Gurfinkiel

(1) http://www.lepoint.fr/editos-du-point/bernard-henri-levy/rss.xml

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