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Publié par Michel Garroté le 9 février 2013

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Michel Garroté, réd en chef – L’ancienne Secrétaire d’Etat française à la Jeunesse, Jeannette Bougrab, dans un essai intitulé « Ma République se meurt* », publié chez Grasset, s’inquiète de la montée de l’islamisme et de la frilosité des politiciens français à défendre la laïcité lorsqu’il s’agit de l’islam. Elle reprend le sujet dans un entretien avec Le Figaro Magazine (extraits adaptés ; voir lien vers source en bas de page).

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Le Figaro Magazine – Que vous inspire le président Mohamed Morsi ?

Jeannette Bougrab – L’horreur. Quand je vois la mainmise des islamistes en Egypte, je suis totalement effondrée. Je pensais que la démocratie était possible, que l’application d’un certain nombre de principes universels comme l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de penser, la liberté de conscience, y compris l’apostasie qui est interdite en droit musulman, étaient possibles. Mais les Frères musulmans et le mouvement salafiste al-Nour se sont approprié une révolution à laquelle ils n’ont pas pris part.

Le Figaro Magazine – Faut-il le recevoir comme s’apprêtait à le faire François Hollande ?

Jeannette Bougrab – Non. Je ne vois pas au nom de quoi notre République peut s’abaisser à dérouler le tapis rouge à un dirigeant qui s’apprête à instaurer un Etat islamiste. Je fais bien la distinction entre l’islam et l’islamisme. C’est pour cela que je ne crains pas de dire que l’islamisme est une sorte de fascisme et de totalitarisme. Je ne peux comprendre que la France reçoive ces tyrans. Cela me choque. Je ne me sens pas obligée de faire des compromis avec des gens qui sont l’incarnation de la négation de l’Etat de droit.

Le Figaro Magazine – En Égypte, comme en Tunisie ou en Libye, les révolutions arabes ont poussé au pouvoir des partis islamistes. La France a-t-elle fait preuve de naïveté ?

Jeannette Bougrab – Le problème, ce n’est pas la naïveté de la France, c’est le sentiment de culpabilité de ses dirigeants. Pendant des années, la France a soutenu des autocrates, des tyrans qui auraient voulu être des despotes éclairés. Aujourd’hui, en raison de cette culpabilité, elle verse dans une sorte de surenchère à l’égard de ces nouveaux gouvernements islamistes. Le 17 juillet 2012, c’est en grande pompe que le président tunisien Moncef Marzouki était reçu par le chef de l’Etat et le président de l’Assemblée sans, bien évidemment, que les questions qui fâchent ne soient abordées. Je ne peux que le regretter. Personnellement, je ne soutiendrai jamais un parti islamiste. Contrairement à Alain Juppé qui se persuade qu’il faut accompagner ces partis et félicite les dirigeants d’Ennahda en Tunisie, je refuse d’être de connivence avec des gouvernements qui portent des valeurs iniques. La diplomatie ne sert pas toujours la démocratie. Laurent Fabius ne fait guère mieux aujourd’hui. Il poursuit la même politique. Les ministres changent mais la lâcheté demeure.

Le Figaro Magazine – Mali : L’intervention française est-elle un succès à mettre au crédit de François Hollande ?

Jeannette Bougrab – Je trouve pour le moins maladroit que le Président se soit précipité au Mali pour savourer la victoire des militaires français. Il faut certes saluer le professionnalisme de nos armées et notamment celui du 2e REP, mais il convient aussi de se garder de tout triomphalisme en matière militaire. Les colonnes de blindés ne suffiront pas à mettre un terme à cette guerre contre le terrorisme islamiste. L’Algérie en sait quelque chose, qui paie encore un lourd tribut à la guerre qu’elle mène depuis le début des années 90 à l’islamisme. Cette guerre contre le terrorisme est d’une nature nouvelle. C’est une guerre à fragmentation.

Le Figaro Magazine – C’est-à-dire ?

Jeannette Bougrab – C’est simple. Trois jours après l’intervention de la France au Mali, le conflit s’était déporté en Algérie. Tant qu’on n’aura pas asséché les sources de financement de ces mouvements terroristes, ils seront partout à travers le monde. Nous vivons dans un monde globalisé. Le djihad se délocalise, s’exporte, s’importe. Un jour l’Afghanistan, puis le Mali, demain, l’Algérie, la France et l’Europe.

Le Figaro Magazine – Il faut se battre en France sur le terrain de la laïcité ?

Jeannette Bougrab – Le combat doit avoir lieu également en France contre l’intégrisme et le fondamentalisme. Il faut arrêter de céder à la première revendication communautaire ou anticiper des revendications qui ne sont même pas demandées. On ne peut tolérer dans notre pays qu’un dessinateur soit protégé par cinq officiers de sécurité pour avoir caricaturé le prophète, qu’un philosophe comme Robert Redeker vive caché sans pouvoir enseigner parce que des fondamentalistes en veulent à sa vie, qu’un petit commerçant d’origine égyptienne se fasse tabasser à Marseille pendant le ramadan. En ne réaffirmant pas avec force nos principes, nous allons de défaite en défaite. Quand le communautarisme triomphe, la république régresse. Nous devons nous montrer intransigeants. A cet égard, je trouve dommage que Jean-François Copé soit allé présenter ses excuses au CFCM (après ses propos sur les « pains au chocolat »).

Le Figaro Magazine – Le Conseil français du culte musulman n’a-t-il pas un rôle à jouer ?

Jeannette Bougrab – Je n’attends rien du CFCM. Quand on est laïc, on n’a pas à s’immiscer dans l’organisation d’une religion. Pour appliquer le principe de laïcité, il ne faut pas compter sur une organisation plus ou moins représentative des mosquées de France. Je suis très hostile à ces organisations qui viennent nous expliquer comment interpréter l’islam. Le politique n’est pas là pour interpréter l’islam, mais pour appliquer le principe de laïcité. Le principe de laïcité est un principe constitutionnel, pas un principe religieux.

Le Figaro Magazine – De quoi se meurt la République, selon vous ?

Jeannette Bougrab – La France se meurt de ne plus affirmer ses principes. Voyez ce qui se passe aux Pays-Bas, pays que l’on érige en modèle de société communautariste. Le réalisateur Theo van Gogh est mort assassiné par un islamiste. La députée Ayaan Hirsi Ali a été contrainte à l’exil. Ils sont même parvenus à construire un hôpital «charia compatible» où les hommes sont soignés par les hommes et les femmes par les femmes. Je ne veux pas de ce modèle pour la France. Il existe malheureusement déjà partiellement. Certains territoires de la république sont déjà perdus. Il faut les regagner en n’acceptant plus les revendications communautaires. Lorsque j’ai présidé la Halde, j’ai constaté les ravages du communautarisme et du différentialisme dans l’esprit de gens pétris par une culpabilité postcoloniale. Il faut que cela cesse.

Le Figaro Magazine – A qui la faute ?

Jeannette Bougrab – La gauche est la première responsable. Elle a été la première à abdiquer. Quand en 1989 Lionel Jospin, alors ministre de l’Education nationale, demande l’avis du Conseil d’Etat, dans le cadre des premières affaires de voile à Creil, il fuit sa responsabilité politique. Je me souviens qu’à l’époque Elisabeth Badinter avait dénoncé l’attitude de Lionel Jospin. On l’avait accusée de faire le jeu du FN. Idem pour Gisèle Halimi, qui avait rendu sa carte de SOS Racisme. Aujourd’hui encore, lorsque vous défendez la laïcité, on vous accuse de faire le jeu de Marine Le Pen. C’est dramatique. La laïcité est un principe constitutionnel. Je n’accepte pas qu’en demandant l’application de la Constitution, on puisse nous accuser de faire le jeu du FN (fin des extraits adaptés ; voir ci-dessous lien vers source).

Reproduction autorisée

Avec mention www.dreuz.info

Et source :

http://www.lefigaro.fr/politique/2013/02/08/01002-20130208ARTFIG00542-bougrab-la-politique-est-la-pour-appliquer-la-laicite.php

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