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Publié par Guy Millière le 17 février 2013

 Obama Union Speech 2013

Je viens de faire un bref voyage dans l’Ouest des Etats-Unis. J’en reviens un peu moins pessimiste que j’ai pu l’être. La présidence Obama est un désastre fort loin d’être achevé, hélas, et l’économie américaine continue à aller mal.

J’aurai amplement l’occasion de revenir sur ces points puisque le principal intéressé est à la Maison Blanche pour quatre années encore, et ne compte visiblement pas s’arrêter sur sa lancée.

Il n’en reste pas moins au sein du peuple américaine une capacité de résistance et une opiniâtreté qui ne seront pas si aisément détruites. Nombre de gens ont conscience des difficultés auxquelles le pays est confronté et sont prêts à affronter ces difficultés. Nombre de gens ne sont pas du tout prêts à abandonner la liberté et l’esprit d’entreprise, ainsi que les valeurs essentielles sur lesquelles reposent les Etats-Unis. En somme, l’Amérique n’est pas morte. Je dois ajouter que nombre de gens ne se font aucune illusion sur Obama et pensent que c’est un charlatan. Ce qui explique la réélection d’Obama, ce sont les facteurs dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans des articles antécédents, mais ce sont aussi deux facteurs qu’il ne faut pas sous-estimer.

Le premier est qu’Obama est le premier Président noir. Et tout comme des centaines de milliers de gens ont voté pour lui en 2008, irrationnellement, parce qu’il constituait une sorte de symbole, des centaines de milliers de gens ont voté pour lui cette fois parce qu’ils ne voulaient pas que les Etats-Unis soient considérés comme un pays raciste qui, après avoir élu un Président noir, le renverraient chez lui au bout d’un seul mandat : c’est effroyable d’avoir à constater qu’une élection peut se jouer aussi sur ce type de facteur, mais c’est un fait. Une élection peut aussi se jouer sur ce type de facteur.

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Le deuxième est que Mitt Romney n’a pas sur soulever l’enthousiasme, et le troisième débat, qui portait sur la politique étrangère, lui a, semble-t-il coûté très cher. Mitt Romney était un homme de qualité. Mais il a suivi des conseils de communicants qui lui ont dit de modérer son discours et de s’adresser à des gens qui avaient voté Obama en 2008, et qui pouvaient être déçus en 2012.  J’ai tenté, à l’époque, de me convaincre que cette stratégie avait une valeur. J’en suis beaucoup moins persuadé aujourd’hui. Nombre de gens des tea parties sont restés chez eux et se sont abstenus en novembre dernier : simplement parce que Romney ne les a pas enthousiasmés.

Le parti républicain est aujourd’hui dans une crise très profonde et en plein désarroi. Des hommes tels que Karl Rove attribuent la défaite et la réélection d’Obama aux tea parties et considèrent que le parti doit affirmer plus nettement une ligne modérée pour l’emporter à nouveau. D’autres, les gens des tea parties précisément, pensent que c’est au contraire la modération inculquée à Romney qui a conduit à la situation présente. J’aurais tendance à donner raison aux gens des tea parties. L’élan de 2009 – 2010 ne s’est pas retrouvé en 2012, c’est un fait. Le président républicain qui a marqué la deuxième moitié du vingtième siècle, Ronald Reagan, n’était en rien un modéré, un tiède et un homme acceptant d’écouter des communicants. Ce sont des hommes comme Ronald Reagan qui, seuls, peuvent marquer l’histoire.

Le parti républicain se redressera-t-il au cours des années à venir, et parviendra-t-il à la victoire en 2016 ? Nul ne peut le dire. Il faut le souhaiter, car les Etats-Unis restent plus que jamais, selon l’expression d’Abraham Lincoln, « the last best hope », le dernier meilleur espoir ». Pour l’heure, il n’y a aucun Ronald Reagan sur l’horizon, c’est un fait.

En attendant 2016, Obama va continuer sur sa lancée. Le traditionnel « discours sur l’état de l’union » qu’il a prononcé mardi soir était, sur ce plan très clair, et aurait pu être risible s’il n’avait été si tragique. C’était un discours arrogant et interminable (plus d’une heure). C’était un discours délirant décrivant une Amérique et un monde qui n’ont aucun rapport avec la réalité. C’était un discours d’idéologue dogmatique dans lequel figuraient les figures de style malhonnêtes utilisées par les socialistes du monde entier : à la diabolisation des profits  et à la description des dépenses gouvernementales comme des « investissements » s’ajoutaient des propos grotesques et indécents parlant d’une économie américaine qui redémarre sainement et crée des emplois,  à l’évocation d’une organisation terroriste appelée al Qaida qui serait « en voie de disparition » et à celle d’un printemps arabe portant de beaux fruits, s’accolait la description d’un dérèglement climatique auquel il faudrait remédier en brassant du vent à l’aide de milliers d’éoliennes. Ce discours était un programme détaillé et, de fait, un programme prometteur, au sens le plus noir du terme. Je reviendrai sur ce discours dans les jours qui viennent : il indique ce qu’Obama veut faire.

Ce discours était aussi un aveu d’impuissance : bien qu’ayant employé le mot « je » quarante quatre fois, et bien qu’ayant évoqué une volonté quasiment dictatoriale de gouverner par décrets (executive orders), Obama a aussi beaucoup parlé au conditionnel, comme s’il avait implicité que les idées qu’il porte auraient des difficultés à être davantage mises en oeuvre. Pas tant par opposition du Congrès, mais parce que les limites de l’endettement américain vont se trouver atteintes, et que les dépenses promises ne pourront se faire sans argent.

Si j’avais du trouver une preuve que la France va infiniment plus mal que les Etats-Unis, je l’ai trouvée à mon retour. Pas un seul commentaire que j’ai pu trouver dans la presse française concernant le discours d’Obama n’était porteur du moindre regard critique ou ironique. Pour les Etats-Unis, Obama est un radical, un gauchiste dangereux. En France, il serait un membre de l’aile modérée du Parti socialiste, peut-être même serait-il membre de l’UMP. C’est dire où nous en sommes.

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