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Publié par Guy Millière le 23 février 2013

world hates israel

Dans un article récent publié dans le Jerusalem Post, Martin Sherman, directeur de l’Israel Institute for Strategic Studies aborde un sujet qui est au cœur de mes réflexions depuis longtemps: après avoir gagné la guerre contre les armées du monde arabe, et après avoir, pour l’essentiel, gagné la guerre contre le terrorisme, Israël ne serait-il pas en train de perdre la guerre de la légitimité?

Tout a commencé, en fait, avec l’invention du peuple palestinien et avec la redéfinition de l’action de l’OLP qui, après s’être présenté comme bras armée de la « libération » d’un fragment du monde arabe par la destruction d’Israël s’est affirmé, à partir de 1968 comme un « mouvement de libération nationale ». Les mouvements de gauche et d’extrême gauche sur toute la planète ont disposé à partir de ce moment d’un « peuple opprimé » au nom duquel se battre et d’un « mouvement de libération » à soutenir. Des pressions ont commencé à s’exercer sur Israël. Elles n’impliquaient pas qu’Israël cède, mais Israël a cédé néanmoins.

Israël a commencé par reconnaître l’existence du « peuple palestinien », puis celle du « mouvement de libération », se plaçant ainsi sur le terrain de l’ennemi: celui sur lequel il est impossible de gagner, et Israël, de fait, n’a pas gagné. Les reculs et les attitudes défensives ont commencé à émerger et à laisser la place à d’autres reculs et attitudes défensives. Cela a commencé avant Oslo, mais cela s’est cristallisé à Oslo. Un « processus de paix » s’est dessiné qui a été jalonné des cadavres de centaines d’Israéliens, hommes, femmes, enfants. Les assassins ont été présentés peu à peu comme les vraies victimes. Des négociations ont été menées qui ont conduit à des concessions israéliennes qui ont toujours été présentées comme insuffisantes et qui ont débouché sur des cadavres encore. Les gestes de « bonne volonté » d’Israël ont été présentés comme des ruses permettant de préserver « l’oppression » censée être exercée par Israël.

Il y a eu le retrait de Gaza, puis l’abandon de la ligne de frontière entre l’Egypte et Gaza, le « gel » des « implantations » et la reconnaissance de l’OLP devenue un peu plus tard Autorité palestinienne. Il y a eu l’abandon par le Likoud du discours disant que la Jordanie était un Etat arabe palestinien, l’acceptation de Yasser Arafat comme interlocuteur, puis celle de Mahmoud Abbas, l’affirmation, enfin, par Binyamin Netanyahou en 2009 que la paix passerait par une solution à « deux Etats « , donc par la création d’un « Etat palestinien » en Judée Samarie.

Que l’OLP ait considéré possible pour elle d’aller plus loin a été, en ce contexte, on ne peut plus normal: une organisation totalitaire s’empare de ce qu’on lui concède en attendant de prendre davantage, elle est faite pour cela.

Que les dirigeants européens et les dirigeants démocrates américains aient considéré l’action de l’OLP comme légitime, de plus en plus légitime, a été on ne peut plus normal aussi: Israël ayant reconnu l’OLP, pourquoi des Occidentaux non israéliens auraient-ils dû se montrer plus fermes que des Israéliens? Pourquoi dès lors que leurs intérêts financiers et économiques à court terme coïncidaient avec l’appui apporté à l’OLP, et qu’Israël fermait les yeux, n’auraient-ils pas servi leurs intérêts financiers et économiques à court terme. Israël est aujourd’hui dans une situation paradoxale: c’est un pays prospère, dynamique, vecteur de liberté et de prospérité. Des éléments faisant obstacles à une plus grande prospérité existent (trop forte proportion de propriété des terres par l’Etat, existence de cartels, poids des religieux fondamentalistes), et s’ils étaient balayés ou réformés permettraient une plus grande prospérité encore. Mais Israël est aussi un pays détesté, diabolisé, ignominieusement caricaturé, y compris par des Israéliens qui rejoignent le discours anti-israélien tenu dans le reste du monde. Israël a une armée forte, très avancée technologiquement, mais Israël est attaqué de l’intérieur par des armées sans uniformes de militants porteurs d’une haine d’Israël qui préparent le terrain de futurs terroristes anti-israéliens, et de l’extérieur par des propagandistes, des lâches et des opportunistes qui, eux, songent à ce à quoi songent les ennemis d’Israël depuis des décennies: la destruction d’Israël. Et là où Israël devrait avoir des dirigeants politiques et des diplomates appelant un chat un chat et un ennemi un ennemi, Israël n’a que des gens qui semblent intimidés, déjà vaincus dans leur tête.

Faut-il le dire? La gauche israélienne n’est pas une gauche qui se contenterait de proposer des options socialistes ou redistributionnistes. Non, c’est une gauche collaborationniste qui, alors que le pays est en guerre, choisit le camp de l’ennemi.

Faut-il l’ajouter? Une bonne part des journalistes et des universitaires israéliens ne sont pas de gauche eux-mêmes, mais au service du camp de l’ennemi. Quand on est dans une démocratie menacée par des barbares, et qu’on choisit le camp des barbares, on ne fait pas preuve d’une divergence démocratique, on fait preuve de trahison. Quand on est dans une démocratie menacée par des barbares et qu’on s’aveugle de manière forcenée sur ce que sont les barbares, on choisit là encore, qu’on en ait conscience ou non le camp des barbares. Quand on a face à soi des assassins et des victimes des assassins et qu’on n’envisage pas de mettre les assassins hors d’état de nuire, on se place du côté des assassins et on s’en fait complices.

Faut-il le préciser? Les positions du Likoud aujourd’hui consistent à tenter de préserver le statu quo en entérinant les pertes déjà subies, et en considérant trop souvent que regagner du terrain est impossible. Les positions d’Israel Beitenou consistent elles-mêmes à tenter de colmater les brèches, sans plus.

Comme l’écrit Martin Sherman, la situation en termes de délégitimation d’Israël est présentement si grave qu’il est difficile pour des diplomates israéliens d’adopter des positions plus nettes, plus tranchées, plus conformes à des principes essentiels et plus conformes à la vérité. Et il est difficile pour les mêmes raisons à des dirigeants politiques d’adopter eux-mêmes des positions plus nettes.

Mais ce devrait être le travail d’intellectuels porteurs encore d’une droiture éthique de parler et d’écrire, et le gouvernement israélien devrait contribuer à ce qu’ils puissent le faire.

Nous sommes dans un contexte où une propagande massive et multiforme œuvre sans cesse sur les cinq continents à présenter Israël d’une manière si haïssable qu’il est clair que les propagandistes cherchent à légitimer le pire, et pour faire face à cette propagande, il n’y a presque rien. Des gens comme Martin Sherman, Caroline Glick, Ted Bellman, Daniel Greenfield, David Horowitz et Daniel Pipes aux Etats-Unis, moi et les gens que publie Dreuz dans le monde francophone, les dirigeants de France Israel, et ceux d’Europe Israel.

C’est d’autant plus scandaleux que nous avons l’histoire, les faits, l’éthique de notre côté alors qu’en face de nous il y a la falsification, la fourberie et le cynisme sans scrupules et au mieux, la lâcheté.

Il est deux pays sur terre, et deux seulement, qui ont été fondés sur des idéaux imprégnés d’humanisme et des principes du droit naturel es êtres humains: les Etats Unis et Israël. Et ce n’est pas un hasard si ce sont les pays les plus détestés par les gens sans droiture. Les Etats Unis sont aujourd’hui dirigés par un imposteur et gangrenés par le mensonge multiforme du « politiquement correct ». Israël est touché par la gangrène aussi et se défend très mal. Israël ne peut pas se permettre le luxe d’une phase masochiste, car Israël n’a pas les dimensions des Etats Unis.

Il serait urgent que des gens en haut lieu en Israël se préoccupent bien davantage de la nécessité de contrer la propagande, sans rien céder, sans même se résigner à concéder ce qui a déjà été concédé.

Le Hamas est une organisation criminelle, terroriste, génocidaire : cela doit pouvoir être affirmé sans périphrases ni circonlocutions.

L’Autorité palestinienne n’est-elle-même que l’OLP sous des habits neufs, et elle n’a cessé d’approuver le crime, le terrorisme et des idées génocidaires: cela doit pouvoir être affirmé de la même façon.

Les médias et les livres scolaires palestiniens endoctrinent à la haine raciale et à l’incitation au meurtre de masse: cela doit pouvoir être affirmé, toujours. Et ceux qui défendent l’endoctrinement doivent être confrontés à leur propre ignominie.

Exiger que l’Union Européenne et le gouvernement américain cessent de financer l’Autorité palestinienne devrait être la moindre des choses, vraiment la moindre.

Aucune concession ne devrait être faite dans le vocabulaire lui-même: les « implantations » devraient être appelées villages juifs en Judée Samarie. Leurs habitants sont des Israéliens vivant en Judée Samarie. Les organisations « pro-palestiniennes » devraient être appelées « organisations pro-totalitaires et pro-terroristes », ou « organisations génocidaires ».

La défense d’Israël devrait être présentée comme une défense de la liberté: car elle prône la liberté pour le peuple d’Israël et la liberté aussi pour les populations arabes qui, après avoir été otages des Nations Unies dans le cadre de l’UNWRA sont devenues otages du Hamas ou de l’OLP devenue Autorité palestinienne.

Ce ne sont là que quelques idées pour commencer. Je publie fin mars un livre que j’ai appelé L’état à l’étoile jaune » où je rentre dans bien plus de détails. Je conçois mes livres comme des armes dans le combat intellectuel.

Martin Sherman dit qu’il faut chercher à atteindre l’ennemi à la jugulaire. J’approuve ces mots. Le débat démocratique vaut avec qui accepte les règles du débat démocratique. Les assassins et leurs actes ne relèvent pas du débat démocratique.

Je dis souvent lors de mes conférences que, dans le moyen terme, l’avenir d’Israël est potentiellement fécond. La difficulté est d’arriver jusqu’au moyen terme en passant le cap du court terme.

Si Israël perd la guerre de la légitimité et continue sur la voie présente, le risque est qu’il n’y ait pas de moyen terme, ce que je me refuse à envisager.

Guy Millière

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