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Publié par Michel Gurfinkiel le 26 février 2013

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Benoît XVI et Tel-Aviv, Koestler et le « sionisme libéral » : l’univers onirique des médias français.

Quelques détails infimes, glanés dans nos meilleurs journaux. Mais le diable est dans les détails.

L’Express, numéro 3315, daté du 13 février 2013, page 70 : pour illustrer un article retraçant la vie et le règne de Benoît XVI, une photographie du pape en Israël, au milieu de rabbins. Légende : « A Tel-Aviv, en 2009… il s’applique à restaurer la voix de l’Eglise ». Or Benoît XVI n’est jamais allé à Tel-Aviv, la capitale économique d’Israël : qu’y aurait-il fait ? Et il n’a pas pu y rencontrer de rabbins, parce qu’il n’y en a pas (à part les rabbins de proximité, de quartier, de voisinage, aussi présents qu’ailleurs dans cette métropole au look laïque, mais qui ne sont pas du ressort des papes). C’est à Jérusalem, capitale politique et religieuse, qu’il s’est rendu lors de son pèlerinage en Terre Sainte, en 2009.

Pourquoi cette erreur, sous la plume – ou le clavier – du journaliste ou du secrétaire de rédaction de L’Express ? L’inculture y est sans doute pour quelque chose. Mais aussi, plus largement, « l’esprit du temps ». Les Français des années 2010 se sont forgé une certaine image d’Israël et du Moyen-Orient, et ne soupçonnent même plus qu’elle jure avec la vérité historique ou la réalité sur le terrain. Israël est à leurs yeux un « fait colonial », un « régime d’apartheid », dont le droit à l’existence, tout relatif, n’est concevable qu’en deçà des « frontières internationales » antérieures à juin 1967. Et Jérusalem ne saurait, en aucun cas, lui appartenir. C’est ce que répètent et répandent, de manière virale, les médias, le Quai d’Orsay, la classe politique et les universitaires. Comment L’Express pourrait-il aller à contre-courant ? Ce serait sa mission. Mais ne nous égarons pas.

Le Point, numéro 2109, 14 février, page 149. Un entrefilet signé Thomas Mahler, « Pour saluer Arthur Koestler ». Qui fait l’éloge de cet auteur, et salue la réédition, aux Belles Lettres, de La Corde raide, la première partie de son autobiographie. Ce dont on ne peut que se féliciter. Mais pourquoi Mahler qualifie-t-il Koestler de « sioniste libéral », et que signifie une telle qualification ? De toute évidence, il s’agit de dire, ou de laisser entendre, qu’il n’était pas, bien que sioniste, un méchant homme.

Or si Koestler fut sioniste, avant et après un flirt avec le communisme qui lui inspira son chef d’œuvre, Le Zéro et l’Infini, une analyse romancée des procès staliniens et surtout de la servilité à laquelle les accusés furent réduits, il ne fut ni sioniste « libéral » – au sens de sioniste « modéré », ou « partisan du dialogue » – ni sioniste socialiste. Il adhéra au sionisme nationaliste de Vladimir Jabotinsky (nationaliste libéral certes, au sens que ces mots avaient avant 1914, mais nationaliste d’abord) et s’en expliqua dans un second chef d’œuvre, La Tour d’Ezra (non réédité, celui-là), où un sioniste laïque anglais de mère non-juive adhère au sionisme socialiste et s’installe dans un kibboutz d’extrême-gauche, avant de rallier le nationalisme et l’Irgoun. En vertu de la « logique de l’ère glaciaire ».

Ce que Koestler entend par là, c’est que lorsque la neige tombe, et la glace recouvre la terre, et que votre survie physique ou celle de vos proches est en question, les objections fondées sur les « droits de l’homme » revêtent un caractère obscène. Ce que les Juifs, enamourés de ces droits depuis la Révolution française, découvrirent entre 1933 et 1945. Ce que le pied-noir « libéral » Albert Camus redécouvrit quand il écrivit, au plus noir de la guerre d’Algérie : « Entre la justice et ma mère, je choisis ma mère, parce qu’une justice qui ignore ma mère n’est pas la justice ». Et plus près de nous Boaz Neuman, professeur à l’université de Tel-Aviv, naguère gauchiste propalestinien, devenu patriote camusien après les attentats suicide et les pluies de missiles du Hezbollah et du Hamas.

Je ne connais pas Mahler et suis persuadé, a priori, de son honnêteté et de sa bonne volonté. Mais Koestler n’était pas « sioniste libéral » au sens du Paris de 2013. Et il avait raison, diantrement raison, de ne pas l’être.

© Michel Gurfinkiel

L’article original peut être consulté sur le blog de Michel Gurfinkiel

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