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Publié par Abbé Alain Arbez le 28 février 2013

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Les évêques suisses ont instauré une journée dédiée au judaïsme, de sorte que chaque 2ème dimanche de carême, les catholiques reprennent conscience de la source originelle de leur foi, qu’ils resituent Jésus dans son environnement spirituel hébraïque, mais aussi qu’ils resserrent leurs liens de fraternité avec les juifs d’aujourd’hui.

Cette année, une célébration solennelle et œcuménique a eu lieu à Genève, à l’église St Antoine de Padoue, dans un quartier populaire de la ville. Depuis une vingtaine d’années, le pasteur Bernard Buunk et moi-même animons ensemble chaque mois à la synagogue avec le grand rabbin les échanges du groupe de dialogue chrétiens et juifs de Genève. Le pasteur a pris part à l’eucharistie et a assuré la prédication après la lecture de la Genèse (l’alliance avec Abraham et le don de la terre à sa descendance).

La messe a commencé avec une superbe musique hébraïque de Ravel à l’orgue, et, après l’accueil adressé par moi-même à toutes les personnes présentes, de confession catholique, protestante et juive, j’ai entonné en hébreu le chant pénitentiel : Adoshem, be hasdekha oshenou. La première lecture biblique a été faite par le pasteur Buunk (Genèse 15, 5-12 et 17-18) suivie de la méditation suivante :

Rien n’est plus impressionnant que de lire l’histoire de la vie d’Abraham. Avec ce patriarche commence l’histoire du peuple d’Israël. Pour la Bible, l’histoire d’Abraham est le point de départ de « l’histoire du salut », l’histoire de la libération. Dieu entre dans l’histoire des hommes, dominée par le péché et la malédiction, en appelant Abraham, en lui faisant des promesses dont l’aboutissement est l’Israël de l’Alliance, ce peuple élu installé en Canaan mais qui intéresse l’humanité tout entière. « Par toi seront bénies toutes les familles de la terre (Genèse 12 : 3), dit l’Eternel. La grandeur d’Abraham est d’avoir cru au Dieu qui l’appelait, d’avoir engagé toute sa vie sur cette seule parole en dépit des apparences contraires, ce qui fait de lui le père des croyants de tous les temps.

Abraham: le premier ennemi de l’idolâtrie. Le premier jeune homme en colère. Le premier rebelle à s’insurger contre le « système », la société et l’autorité. Le premier à démystifier les tabous officiels et à lever les interdits rituels. Le premier à rejeter la civilisation pour former une minorité. Le premier croyant. Seul contre tous, il se déclare libre. Seul contre tous, il brave le feu et la foule, affirmant que Dieu est un et qu’il est présent là où on l’invoque, et que le secret du ciel rejoint celui de l’homme.

A l’appel de Dieu, Abraham ne s’est pas dérobé à sa responsabilité. Il a répondu par un « oui », « me voici ». Abraham est le premier homme qui a dit « oui » à Dieu. Dans un monde où la violence et l’injustice l’emportent, dans l’univers de Babel, Dieu « trouve » Abraham. Il l’arrache à sa terre; à son lieu natal, à la maison de son père pour l’envoyer vers un pays qu’il ne connaît pas mais que l’Eternel lui montrera.

Dieu « trouve » Abraham, Abraham « choisit » Dieu. Il sait entendre la promesse de Dieu et il sait attendre ce qui est humainement impossible, à savoir la naissance d’un fils dans sa vieillesse. « Abraham eut foi dans le Seigneur, et pour cela le Seigneur le considéra comme juste » (Genèse 15:6). Abraham accueille autrui: dans sa demeure ouverte à tous, il offre un abri à quiconque veut fuir un monde brutal et inhospitalier. Il prie pour Sodome et Gomorrhe, images de l’humanité injuste et disqualifiée.

L’alliance élective avec Abraham et avec sa descendance est signifiée par une marque dans la chair, la circoncision. Mon alliance, dit l’Eternel, deviendra dans votre chair une alliance éternelle. Les Juifs jusqu’à aujourd’hui bénéficient en priorité de la bienveillance et de la fidélité de l’Eternel. Pendant des siècles, les chrétiens ont affirmé à tort que les juifs ont perdu les promesses de l’Eternel lors de la chute de Jérusalem en l’an 70 après Jésus Christ. Les promesses garanties par l’alliance avec Abraham seraient transférées aux chrétiens. Les Juifs pourraient récupérer les bénédictions et promesses de l’Eternel en devenant chrétiens. Le vrai Israël serait désormais l’Eglise. Or, depuis la dernière guerre mondiale et à cause de la Shoah, des théologiens de l’Eglise catholique romaine et des Eglises protestantes ont reconnu et dénoncé cette erreur fondamentale. L’Eternel n’a jamais dénoncé l’Alliance avec Abraham ni l’Alliance du Sinaï. Cette Alliance garde son caractère irrévocable.

L’apôtre Paul lui-même atteste la permanence de cette alliance dans l’Epître aux Romains chapitre 9 : « Car je souhaiterais être moi-même anathème et séparé du Christ pour mes frères, mes parents selon la chair, qui sont les Israélites, à qui appartiennent l’adoption, la gloire, les alliances, la loi, le culte, les promesses, les patriarches, et de qui est issu le Christ selon la chair. »

Cela signifie que les membres du peuple d’Israël sont et restent les héritiers de la promesse, de l’Alliance avec Abraham et de l’Alliance du Sinaï. Nous, les chrétiens sommes les cohéritiers de cette Alliance grâce à Jésus Christ. Il s’ensuit que les chrétiens sont appelés à respecter les membres du peuple d’Israël et leur héritage spirituel et biblique. Nous n’avons pas le droit de nous glorifier au détriment du peuple d’Israël d’autant plus que l’Eternel s’est totalement impliqué dans l’Alliance avec Abraham et ses descendants. Les membres du peuple d’Israël sont spirituellement parlant nos frères aînés. Ils méritent notre estime. Le prophète Zacharie entend dans une vision la parole de l’Eternel adressée aux Juifs exilés: « Oui, quiconque vous touche, touche à la prunelle de mon œil. »

Sophie Ellen Frank, animatrice de chant à la synagogue a ensuite chanté Adon olam, puis j’ai lu moi-même l’évangile de la transfiguration du Christ en compagnie de Moïse et Elie (Luc 9, 28-36) suivie de ma prédication :

Quelle transfiguration avons-nous vécu, quelle transfiguration pouvons-nous encore vivre aujourd’hui ?

En effet, on peut imaginer que pour les disciples, voir Jésus transfiguré en lien avec Moïse et Elie était plus une confirmation qu’une surprise, alors que pour nous, cette indication majeure nous remet en question, ce n’est pas un message anodin !

Car cette réflexion nous fait prendre conscience d’une distance entre nous et les témoins mentionnés dans l’évangile. Cela nous amène à considérer le changement de cap vécu par l’Eglise chrétienne, lorsqu’elle a redécouvert combien – depuis le 3ème ou 4ème s. – elle avait tragiquement dérivé de l’essentiel de sa réalité, c.a.d. son enracinement dans le judaïsme. Et cela avait un impact considérable sur le sens de sa mission et sur sa coexistence avec les juifs.

Pourtant, au sortir de la 2ème guerre mondiale, après la shoah, un événement eu lieu après des siècles interminables d’amnésie antisémite chez les chrétiens, et avec les conséquences terribles de ce fléau pour les membres du peuple juif. C’était en 1947, la conférence de Seelisberg, en Suisse, qui rassemblait des personnalités juives, catholiques et protestantes pour faire le point et proposer des perspectives d’avenir.

L’historien Jules Isaac a plus tard rencontré le pape Jean XXIII pour lui demander de stopper l’engrenage mortifère du mépris envers les juifs. Cet appel a été entendu et s’est concrétisé par la suppression de l’horrible « judeis perfidis » du vendredi saint. Puis la thématique a été reprise dès le début du concile convoqué en 1962. La déclaration Nostra Aetate a ainsi pu voir le jour, en 1965, à travers bien des difficultés. Mais un tournant radical et irréversible était enfin pris : il rendait caduques les anciennes positions pseudo-théologiques qui avaient prévalu et causé tant de dégâts : l’Eglise clarifiait sa relation au peuple juif en annulant l’accusation de déicide, et en rappelant que l’Eglise ne s’est jamais substituée à Israël.

Après la mise en œuvre de cette nouvelle dynamique essentiellement basée sur l’Ecriture sainte, il y eut encore bien des approfondissements menés par le magistère du pape Jean Paul II, lui qui déclarait que les juifs sont les « frères préférés » des chrétiens, les « frères aînés », et que l’alliance de Dieu avec Israël n’est pas rendue périmée par l’acte du Christ ; il ajoutait qu’on ne peut rien comprendre à l’eucharistie si on ne connaît pas le récit de l’alliance vécue au Sinaï avec Moïse dans le Premier Testament ! Puis il y eut à sa suite Benoît XVI qui amplifiait à sa manière ce mouvement de fond de retour aux sources.

Depuis cinquante ans, des théologiens, des spécialistes des Ecritures ont travaillé sur la judéité de Jésus, son appartenance au peuple d’Israël ; des chercheurs juifs se sont également intéressés à la littérature néo-testamentaire si proche de celle des cercles pharisiens. Ainsi Jésus a pu être rapatrié sur son terrain biblique originel, ce qui a permis par là-même à nos Eglises de faire des progrès convergents dans la compréhension œcuménique de ce mouvement spirituel judaïque qui autour du rabbi Yeshua avait fondé le christianisme.

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Durant les décennies de l’après-concile, il y eut la mise en route des groupes de dialogue, un peu partout, – comme celui de Genève, où catholiques, protestants et juifs approfondissent ensemble les richesses de leurs traditions respectives afin de mieux se connaître et de s’apprécier dans l’amitié.

N’est-ce pas une magnifique illustration de l’évangile de la transfiguration de Jésus sur la montagne devant ses disciples ? Jésus qui se manifeste en discussion avec Moïse, le médiateur de la torah, et avec Elie, le représentant du prophétisme hébreu.

Du fait qu’ils étaient les témoins directs du comportement quotidien de Jésus, les disciples se posaient certainement beaucoup de questions sur le sens de sa mission. En le voyant si attentif aux blessés de la vie, si compatissant envers les éloignés de Dieu, ils devaient se demander d’où lui venait cette étonnante liberté, une liberté cependant focalisée sur l’essentiel, dans une entière fidélité à la tradition d’Israël.

C’est sur la montagne, comme au Sinaï, que se produisit l’événement de la Transfiguration. La montagne, dans la tradition biblique, c’est un lieu plus spirituel que géographique: c’est cet espace où la terre et le ciel se rejoignent, dans le mystère de la Présence, la Shekhinah.

C’est pourquoi les disciples réalisaient soudain que leur rabbi porte, dans sa personne même, une incarnation particulière de la Torah, ils percevaient Jésus comme une Torah vivante. Car la Torah était souvent appelée par les sages d’Israël « le chemin, la vérité et la vie », expression reprise par St Jean pour qualifier la lumière qui émane de Jésus.

C’est bien pour cette raison que figuraient à ses côtés Moïse et Elie, la loi et les prophètes, on pourrait dire « toute l’israélité » de Jésus et de son message, qui se manifestait de ce fait dans la continuité de la révélation biblique.

Complètement transporté de joie, Pierre proposa alors de mettre en place trois tentes pour faire durer ce moment privilégié. Pourquoi trois tentes? Etait-ce une réminiscence du temps de l’Exode et de la fête de Soukkôt lorsque le peuple cheminait vers la Terre promise et que même l’arche d’alliance était itinérante avec le mishkân, comme pour rappeler aux croyants le fait que nous sommes tous des pèlerins en marche vers le Royaume de Dieu, était-ce le signe de l’hospitalité et de l’accueil si importants en Orient ?

Ce récit de la transfiguration nous est aujourd’hui donné en méditation, pour nous inviter surtout à transfigurer notre vision du message judéo-chrétien et pour nous laisser transfigurer dans nos perceptions les uns des autres, entre chrétiens et juifs… Le dies judaïcus invite les chrétiens à découvrir le judaïsme et à se rapprocher des membres du peuple juif. C’est à nous de poursuivre cette démarche, à trouver des chemins de réconciliation et à témoigner ensemble des valeurs inestimables des 10 commandements dans un monde tourmenté qui aspire à la paix.

Après le credo (symbole des apôtres), la prière universelle fut exprimée par des catholiques, juifs et protestants. Accompagné par la chorale, j’ai chanté le sanctus en v.o. : Kadosh, kadosh, kadosh ! Elohim tsevaoth… et après le canon eucharistique, la doxologie Al yado, ito, ouvo, amen ! Lekha Adonaï haav hakolyakhol be ahdout ha rouah ha kodesh, amen ! kol ha yeqar ve ha kavod le olmeï olamim, amen !

Le chant de l’agneau de Dieu a été repris par la chorale : Seh ha Elohim, hanoseh khatat ha olam, ya asse shalom kol ba aretz !

Et le geste de paix, le shalom, a été échangé entre les 300 personnes présentes – de toutes confessions – alors que Sophie Ellen Frank entonnait le mélodieux Shalom alekhem du shabbat.

Pendant le long défilé du partage de l’eucharistie, Thierry à l’orgue et Elisabeth au violoncelle ont interprété le kol nidré, donnant une profondeur exceptionnelle à ce moment de communion à la Présence du Ressuscité dans l’attente du Royaume à venir (olam haba)

L’oraison finale a été dite par le pasteur Buunk comme une prière adressée non seulement à D.ieu, mais aussi aux nombreux participants afin qu’ils modifient leur vision :

PRIERE POUR LES JUIFS ET LES CHRETIENS

Je prie pour le peuple juif, porteur de l’alliance avec le vrai Dieu.

Je ne prie pas pour que les juifs se convertissent au christianisme.

Je prie pour que les juifs approfondissent leur judaïsme.

Je ne prie pas pour que les juifs se convertissent à Jésus,

Je prie pour qu’ils se convertissent au D. d’Israël, père du peuple juif d’hier et d’aujourd’hui, et père de Jésus qui était juif.

Je prie pour les chrétiens, associés à l’alliance de Dieu avec Israël.

Je ne prie pas pour qu’ils s’approprient le judaïsme, d’où est issue leur foi.

Je prie pour qu’ils respectent et honorent le judaïsme qui leur a donné Jésus, Marie, les apôtres et les premiers martyrs, tous juifs.

Je prie pour que les chrétiens rejettent tout antijudaïsme, tout antisémitisme et tout antisionisme, ou tout autre prétexte à la haine des « frères aînés ».

Je prie pour que les juifs et les chrétiens se reconnaissent avec amour comme d’une même famille, qu’ils s’accueillent fraternellement comme semblables et différents.

Semblables par leur lien à l’alliance que D. a établie avec son peuple choisi, en vue d’éclairer toutes les nations,

différents par les voies de salut et d’accomplissement voulues par Dieu et qui sont celles de leurs traditions,

mais qui toutes s’alimentent à la même source de vérité pour faire advenir le même règne de Dieu. (Abbé Arbez)

Et après la bénédiction donnée par les deux ministres protestant et catholique que nous étions, l’assemblée a clôt cette célébration en chantant avec une vivacité joyeuse Osse shalom bimromav : « Que Celui qui établit la paix dans les hauteurs célestes la fasse régner sur nous et sur tout Israël, et dites : amen ! »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pour www.Dreuz.info

Relations avec le Judaïsme, Genève

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