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Publié par Guy Millière le 11 mars 2013

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Ce qui s’est passé samedi soir dans l’émission de Laurent Ruquier n’est pas différent de ce qui s’y passe toutes les semaines.

Au temps où les chroniqueurs étaient Eric Naulleau et Eric Zemmour, le principe était que les invités soient soumis à un tir nourri de questions incisives, mais Naulleau incarnait une gauche ouverte et Zemmour une droite française, et il existait un équilibre relatif. Qui plus est Naulleau et Zemmour étaient (et sont) des gens cultivés, et les débats avaient une teneur intellectuelle.

Cela s’est dégradé quand Naulleau et Zemmour ont été licenciés et remplacés par Natacha Polony, journaliste de gauche passée de Marianne au Figaro, et Audrey Pulvar, plus à gauche encore que Polony : l’équilibre a été rompu, la teneur intellectuelle a disparu.

Caron, un hurluberlu gauchiste aux accents de Fouquier-Tinville

Désormais Polony est assise à côté d’un hurluberlu gauchiste aux accents de Fouquier-Tinville au temps du tribunal révolutionnaire, et l’émission, dès qu’un invité semble « politiquement incorrect », donc légèrement plus modéré que Jean-Luc Mélenchon, devient un équivalent des deux minutes de haine décrites par George Orwell dans 1984, sauf que les deux minutes en durent trente. L’invité ne s’appelle pas Emmanuel Goldstein, comme dans 1984, et il n’est pas juif en général, car les deux minutes de haine qui en durent trente ne doivent pas être antisémite, non, juste antisionistes dès que l’occasion se présente.

Sans doute que la réalité est d’ « extrême-droite »

La semaine dernière, il s’appelait Laurent Obertone, auteur d’un ouvrage décrivant la montée de la violence en France, et si dans d’autres émissions, Obertone avait pu venir en compagnie de représentants de la police corroborant les chiffres et les données présents dans le livre, rien de cela chez Ruquier : juste des aboiements et des invectives. Caron n’a pas frappé Obertone, mais à certains moments, on pouvait avoir l’impression qu’il avait de la peine à se retenir. La réalité de la violence en France ? Elle n’avait pas sa place, visiblement. La réalité tout court n’avait pas sa place. Sans doute que la réalité elle-même est d’ « extrême-droite », invective préférée de Caron, et que seuls les fantasmes d’extrême gauche échappent à l’emprise de l’ « extrême droite ».
Cette semaine, l’invité était Véronique Genest.

Celle-ci s’était visiblement peu préparée aux deux minutes de haine et a été plusieurs fois approximative, ce qui est dommage. Elle ne semblait pas s’attendre à être lâchée aux chiens : on aurait dû lui parler du principe même de l’émission désormais, et lui fournir quelques moyens de traiter les morsures. Cela ne s’est pas fait, c’est dommage encore.

Elle s’est placée plusieurs fois dans la position qu’il ne faut jamais adopter face à certaines gens : la position défensive, celle dans laquelle on se fait dévorer.

Elle s’est battue, et parfois bien battue

Elle s’est néanmoins battue, et parfois bien battue, et elle a fait front. Parce qu’elle a osé accepter d’être la suppléante de Jonathan-Simon Sellem, candidat au poste de député dans la huitième circonscription, il s’agissait de lui montrer ce que cela allait lui coûter. Polony et Caron ont, comme à leur habitude, étalé sectarisme, malveillance, inculture, et intimidation.

Caron est passé en position d’attaque.

Véronique Genest savait-elle qui est Jonathan-Simon Sellem ?

L’auteur d’un vague blog d’ « extrême droite » (« l’extrême droite », bien sûr !) : un type qui ose employer le vocabulaire exact des résolutions des Nations Unies depuis la Guerre des Six jours, et appeler la « Cisjordanie » territoire disputé, alors qu’il devrait dire « territoire occupé », comme dans les communiqués du Hamas.

Un type qui dit que le peuple palestinien a été inventé : ce que savent tous les historiens non falsificateurs, mais ce que ne sait pas Caron, qui semble connaître l’histoire de la région aussi bien que je connais la fabrication des spaghetti dans une usine de pâtes (Natacha Polony a semblé se souvenir à un moment donné que l’invention avait eu lieu dans les années 1960 : c’était aussi faux que ce que disait Caron, puisque l’invention est de 1973, mais c’était un pas dans une bonne direction, qui a du lui valoir des réprimandes ultérieures).

Caron a continué en disant que tous les Israéliens ne pensaient pas comme Jonathan : non, effectivement, les électeurs du Meretz, les membres de Shalom Arshav, ceux du parti Balad pensent plutôt comme Caron. Ils sont très minoritaires : ne le dites pas à Caron. Et Caron semble penser que Jonathan est très à droite, alors qu’il n’emploierait jamais ces mots pour parler de gens qui citent élogieusement Amin Al Husseini, qui était juste un ami d’Adolf Hitler.

Il a accusé Véronique Genest d’avoir dit que Mein Kampf était un best seller dans le monde musulman : si Véronique Genest avaient eu les chiffres de vente des pays pour lesquels des chiffres de vente existent, la Turquie, ou le Qatar, elle aurait pu le prouver, mais Caron savait qu’elle n’avait pas les chiffres de vente et a pu avoir le triomphe facile.

Polony a débité les niaiseries habituelles sur la légende parlant d’ « une terre sans peuple pour un peuple sans terre », montrant qu’elle a n’a pas lu Chateaubriand et Mark Twain, qui, venant au Proche-Orient n’ont pas trouvé de peuple sur le territoire qui est celui d’Israël. Je n’en déduis pas qu’elle préfère lire les œuvres complètes de Mahmoud Abbas, ou celles de Stéphane Hessel, qui tiennent sur un quart de confetti, et sont donc plus faciles à lire, mais je pourrais avoir la tentation de le penser, et considérer que l’ignorance est un grand avantage dont certaines gens savent jouer.

Polony a cité l’antisémite Garaudy sans le savoir

Polony a aussi parlé des mythes fondateurs de l’Etat d’Israël, pour montrer qu’au moins elle avait lu Shlomo Sand, qui est autant historien que je suis bonne sœur : elle ne savait pas que les mots qu’elle employait étaient le titre d’un livre de l’antisémite Roger Garaudy, ou tout au moins, je veux penser qu’elle ne le savait pas. Mais comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, elle a en ce cas, cité du Roger Garaudy sans le savoir.

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L’objectif n’était pas d’envoyer Véronique Genest à la guillotine, ou pas tout de suite, pas trop vite.

L’idée qu’une femme puisse penser seule sans l’influence d’un homme est impensable

Caron lui suggéra avec un sourire qu’elle avait peut-être été manipulée par son mari ou Jonathan-Simon Sellem. Chez certaines gens, l’idée qu’une femme puisse penser seule sans l’influence d’un homme est impensable, semble-t-il. Et l’idée qu’il faut être manipulé par des Juifs (car, oui, inutile d’aller chercher sur un site antisémite ou de chercher chez Caron, le mari de Véronique Genest est juif) pour défendre Israël n’est pas très loin sous la surface du discours.

Discréditer Jonathan-Simon Sellem sans lui donner la parole

L’objectif était de discréditer Jonathan-Simon Sellem, sans lui donner la parole : il est étonnant qu’on lui ait même permis d’entrer dans les coulisses. Les deux minutes de haine qui en ont duré trente étaient destinées à un Emmanuel Goldstein appelé Jonathan-Simon Sellem (et, ajouterai-je, à un certain Jean-Pierre Grimbert, cité par Caron, qui semblait avoir trop mal aux lèvres pour dire : Jean Patrick Grumberg).

Ce qui s’est passé dans l’émission de Laurent Ruquier se passe tous les jours, dans quasiment toutes les émissions de radio et de télévision.

Polony et Caron, il leur faut des proies non préparées

Véronique Genest s’était visiblement peu préparée aux deux minutes de haine qui en ont duré trente : c’est sans doute ce que voulaient Polony et Caron. Il leur faut, si possible, des proies non préparées.

Leur discours ne tiendrait pas dix secondes face à un homme tel que Jonathan-Simon Sellem ou face à une personne ayant une connaissance précise des faits et des dossiers et à même de donner un coup d’épingle dans la boursouflure vide de leurs propos. C’est pour cela qu’ils n’inviteront jamais un homme tel que Jonathan-Simon Sellem ou une personne ayant une connaissance précise des faits et des dossiers.

C’est la même chose tous les jours, dans quasiment toutes les émissions de radio et de télévision.

Il en résulte une propagation d’une sous culture sans consistance ni cohérence qui nourrit l’anomie ambiante.

Il en résulte, pour ce qui concerne Israël, que c’est toute la société israélienne qui subit non pas deux ou trente minutes de haine, mais des jets de haine vingt quatre heures sur vingt quatre. Et la haine paraît dès lors banale, et ce sont ceux qui dénoncent la haine qui apparaissent comme des monstres.

Il en résulte que c’est désormais tout israël qui se trouve traité comme un Emmanuel Goldstein collectif.

Et si des gens voulaient traiter Israël comme six millions d’Emmanuel Goldstein ont été traités au temps d’Auschwitz, il m’arrive de penser que des gens qui ne seraient pas Caron (oh que non, bien sûr) diraient que c’était fatal : Israël Emmanuel Goldstein était, comment dites-vous déjà, d’ « extrême droite ». Evident, non ?

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour www.Dreuz.info

PS: Je n’ai, car j’ai l’esprit charitable, pas relevé d’autres énormités proférées par le duo Polony Caron, « douze millions d’Indiens américains tués par les Chrétiens », par exemple. La vieille chanson disant « c’est en Normandie que coule la Moselle » ne ferait plus sourire aujourd’hui : de doctes chroniqueurs de télévision pourront bientôt dire avec sérieux que c’est en Normandie que coule la Moselle, ceux qui écouteront en seront persuadés, et il n’y aura plus personne pour rectifier.

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