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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 17 mars 2013

Michel Onfray Tel Aviv

J’étais à mon bureau de Tel Aviv : le café de la plage Metsitsim, en train de travailler dur, dans des conditions difficiles : face à la mer, au soleil, par 28°. J’ai remarqué, distraitement parce que mes pensées étaient ailleurs, une personne dont le visage ne m’était pas inconnu …

Michel Onfray, merci de m’accorder cet entretien.

Que se passe-t-il en France, jadis le pays de la douceur de vivre et de la qualité de vie ? Les gens sont malheureux – ils arrivent 44e, derniers en Europe, sur l’indice Gallup des pays les plus heureux, tandis que les israéliens sont 8e, ex-aequo avec la Suisse et le Canada (1) ?

La France fait partie d’une configuration, l’Europe, qui a fait son temps… Nous ne pouvons dire que nous savons ce que Valéry nous a appris, à savoir : les civilisations sont mortelles, et croire que la nôtre ne le serait pas ! L’Europe est morte, c’est pour ça que des politiciens essaient de la construire… Ils réagissent comme toujours comme on le fait quand on se trouve en présence d’un cadavre : on le veut vivant, on dénie la mort et l’on pratique l’acharnement thérapeutique même sur un cadavre.

Cette haine de soi ne peut pas être nouvelle, à quand remonte t-elle ?

L’Europe naît avec le judéo-christianisme devenu religion impériale avec l’empereur Constantin au début du IV° siècle. Elle a un moment de grande santé au XII°, le point d’acmé, elle commence ensuite à se défaire avec la Renaissance, elle continue avec les Lumières. Enfin, lors de la révolution française, la décapitation de Louis XVI prouve concrètement que la théocratie est une impasse : le représentant de Dieu sur terre est guillotiné, et le monde continue sans que Dieu manifeste sa vengeance ! Dès lors, on ne va pas tarder à annoncer la mort de Dieu. Nous vivons depuis dans un tombeau vide…

La société française devient plus violente, Obertone parle même d’une France Orange Mécanique, vous êtes d’accord je suppose. Mais est-ce une cause ou une conséquence de cet anamour ?

Cette violence est le signe visible du nihilisme. Nous vivons dans une perpétuelle atmosphère de guerre civile qui se manifeste dans l’incapacité à débattre, parler, échanger. La France intellectuelle et politique vit sur le logiciel de la terreur de 1793. Elle ignore l’invitation à « l’agir communicationnel » à laquelle invite Habermas.

Vous n’êtes pas très politiquement correct, les médias vous détestent-ils ? Lorsqu’ils vous insultent, en souffrez-vous ?

Jadis, oui. Aujourd’hui, les attaques sont devenues tellement grosses et grossières, systématiques et hystériques, démesurées et régulières, que je sais que le système s’exhibe quand il me salit et qu’il montre moins ce que je suis que ce qu’il est… Chaque jour que ne fait pas Dieu, ce système confirme mes hypothèses ! Comment ne pas s’en réjouir…

Vous êtes de passage en Israël pour une série de conférences. Vous avez vu le sourire accroché au visage des israéliens, la bonne humeur, l’énergie créatrice, l’absence d’agressivité profonde. Avez-vous trouvé, en si peu de temps, assez de pistes pour vous l’expliquer, et pensez-vous que ce soit relié à la menace extérieure et l’instabilité de la région ou un trait culturel plus profond ?

Soyons prudent : je ne peux confesser qu’une première impression… Et nous sommes sur le bord de la plage sous un soleil radieux alors qu’il fait huit degrés en dessous de zéro à l’instant où je vous parle dans ma Normandie… Osons tout de même l’exercice : je crois qu’Israël montre ce qu’est un Occident découplé de l’Europe. Je suis un farouche défenseur des valeurs de l’occident – liberté, égalité, fraternité, laïcité, féminisme. On voit donc, à Tel-Aviv, mais pas à Jérusalem que je n’ai guère plus et mieux vu, un Occident non européen avec ce que Nietzsche nommerait une « grande santé », une vitalité – des corps montrés sans complexes, une jeunesse radieuse, un nombre incroyable de femmes enceintes, de couples avec des enfants ou des poussettes. Le versant solaire de la méditerranée se manifeste sur les plages de Tel-Aviv alors que le versant nocturne des trois monothéismes fait la loi à Jérusalem.

Vous avez créé une université populaire, en Normandie à Caen. Vous êtes culotté : comment avez-vous osé ne pas offrir à Paris votre savoir-faire et le garder pour une vulgaire petite ville qui n’est même pas sur le trajet Paris-Deauville ? Quel but poursuiviez-vous en créant cette université ? Celle de Caen Basse Normandie ne suffisait pas ? Pourquoi aucun média ne parle jamais de votre université ?

Je voulais montrer que la logique jacobine, parisienne, mondaine, centralisée et centralisatrice n’est pas la seule et qu’on peut lui préférer une logique girondine, provinciale, populaire, décentralisée. J’ai démissionné de l’éducation nationale en 2002, renoncé au statut de fonctionnaire et au salaire afférent pour créer et animer bénévolement cette université populaire qui propose une vingtaine de séminaires – philosophie, art contemporain, cinéma, littérature, philosophie pour enfants, etc. Je reçois chaque semaine entre 800 et 1000 personnes à mon cours de contre histoire de philosophie. Comment la presse parisienne pourrait-elle parler positivement d’une entreprise qui fonctionne loin des combines de la capitale ? Leur silence est le signe que je suis dans la bonne direction !

Nous parlions de création française, vous aviez des mots sévères non pas sur la création mais sur ses blocages et ses vieux réflexes, enviez-vous le modèle américain, dont la constance montre que liberté d’entreprendre et argent, absence d’intervention de l’Etat (ils n’ont pas de ministère de la culture) et profit ne sont pas forcément diaboliques ? 

Des amis m’ont dit, lors d’une série de conférences aux Etats-Unis, qu’une fondation viendrait vers moi pour rendre possible mon projet d’université populaire si je m’installais outre-Atlantique. En France, notre bénévolat coûte et il faut payer pour travailler gratuitement : la seule instance qui nous donne la seule subvention dont nous disposions (le Conseil Régional nous alloue 50.000 euros pour 250 séances dispensées gratuitement dans une année) a récemment diligenté une inspection dans la comptabilité des dix dernières années et nous a reproché notre gestion… Je ne gagne pas un centime et la vingtaine d’amis qui donnent des cours non plus. Nous avons envoyé près de 500 lettres pour obtenir des subventions nous avons obtenu quatre réponses, toutes négatives. Pour l’instant, je paie de ma poche pour travailler gratuitement.

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Dans votre article de l’année dernière dans le Point sur « Qui est Dieu ? » de Jean Soler (2), vous frottez entre elles des idées comme si vous frappiez deux silex l’un contre l’autre pour « tuer quelques idées reçues » sur le judaïsme, sur la bible, la religion, la Shoah et Hitler. Vos propos ont fait du mal à des braves gens, des gens qui vivent leur religion sans rien demander à personne et sans jamais faire d’histoire, méritaient-ils cela ? Qui vouliez-vous dégommer et pourquoi ?

Je ne veux rien d’autre que faire mon travail de philosophe et dire qu’on doit pouvoir lire les livres dont certains nous disent qu’ils sont saints et sacrés, comme des livres d’histoire – ce que fait Jean Soler avec le corpus juif. On doit pouvoir lire la Torah, la Bible et le Coran comme on lit La république de Platon ou La métaphysique d’Aristote. Cette revendication n’est un péché que chez ceux qui n’aiment ni la liberté, ni l’exercice de la raison, ni l’intelligence laïque. Nulle envie, donc, de dégommer qui que ce soit, mais juste le désir de relever les gens qui s’agenouillent et se prosternent en leur disant qu’on pense mieux debout. Tant pis s’il faut en payer le prix fort. La liberté est à ce prix…

Vos propos développés dans cet article ont-ils permis le travail des idées ? Ont-ils fait l’objet de débats factuels et documentés, et quelle synthèse, quelle connaissance en avez-vous tiré ?

Cet article de presse paru dans Le Point rendait compte d’un livre de Jean Soler, Qui est Dieu ? Quelques-uns qui me pourchassent de leur vindicte depuis mon Traité d’athéologie et surtout depuis mon livre qui raconte quel imposteur était Freud (Le crépuscule d’une idole), ont déclenché une campagne contre moi dans la presse française en m’accusant d’antisémitisme. Pas un seul journal n’a donné la parole à l’auteur du livre ni n’a fait un compte-rendu, même contradictoire, de cet ouvrage. La presse invite à ne pas penser : elle ne fonctionne qu’au scandale. L’incapacité à lire les livres et la polarisation sur la lecture de la presse qui prétend avoir lu les livres est un autre signe du nihilisme de notre époque.

Dans votre carrière professionnelle, que considérez-vous comme vos meilleurs accomplissements et vos pires échecs, de quoi êtes-vous très fier et de quoi avez-vous le plus honte ?

Ma fierté : être resté fidèle aux promesses que je m’étais faites quand j’étais adolescent et que je m’étais dit que je n’oublierais jamais les gens sans voix, les pauvres, les oubliés, les sans-grade parce que mon père était ouvrier agricole et ma mère femme de ménage et que je sais ce qu’est avoir faim. Ma honte ? Ne pas avoir été objecteur de conscience.

Dans une civilisation en fin de vie, à quoi sert la connaissance, quelle est la fonction de ce que vous faites ? Vous posez-vous la question, quand vous écrivez, où n’avez vous tout simplement pas le choix ?

Elle sert à partir dans l’élégance : le Titanic coule, mais, au moins, sur le pont du navire, continuons à jouer de la musique et tenons haut notre coupe de champagne…

Merci Michel Onfray de nous avoir accordé un peu de votre temps.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour www.Dreuz.info

(1)http://www.forbes.com/world-happiest-countries

(2)http://www.lepoint.fr/grands-entretiens/michel-onfray-jean-soler

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