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Publié par Abbé Alain Arbez le 24 mars 2013

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Nous avons tous à l’esprit l’image des deux papes – François et Benoît – se serrant la main aujourd’hui à Castelgandolfo…mais cela évoque aussi une aventure beaucoup plus ancienne, mais non dénuée d’intérêt.

L’appellation « pape » attribuée à l’évêque de Rome ne date que de la période du Concile de Nicée (325 ap. JC). C’est un terme grec à consonance affectueuse, d’abord en usage à Alexandrie, et qui reconnaît en l’évêque le « papa » de la communauté. Ce sens a été ensuite conféré plus exclusivement au successeur de Pierre en charge du ministère de l’unité.

Le souci du lien fraternel et doctrinal entre les Eglises est contemporain de la période apostolique, puisque l’évêque Ignace d’Antioche écrit déjà en l’an 109 (date de la rédaction finale du 4ème évangile) « Là où est le Messie, là est l’Eglise catholique »… La légitime diversité culturelle ne doit pas être l’ennemie de l’unité, au cœur d’une foi judéo-chrétienne appelée à rencontrer toutes les nations.

Appelons papes – en raison de leur responsabilité – deux personnages du 3ème siècle : il s’agit d’Hippolyte de Rome, grec originaire d’Alexandrie, disciple d’Irénée de Lyon (dont l’équipe évangélisa Lyon) et de Pontien. Leur destin va étrangement les rapprocher.

Hippolyte vient d’une classe sociale privilégiée qui lui a permis de développer ses connaissances intellectuelles. Il écrit abondamment dans le domaine des commentaires bibliques, de la liturgie surtout, puisque le canon II des célébrations eucharistiques provient essentiellement de lui. Son anaphore est une des plus anciennes et des plus belles.

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Cette érudition l’oppose vers 215 à deux évêques issus des couches populaires, les papes Zéphyrin et Calixte 1er. Ce dernier, désirant répondre aux attentes du petit peuple de Rome, décide de faire passer au latin la liturgie jusqu’ici en grec. Il veut également assouplir les règles concernant les mariages entre gens modestes et patriciens. Hippolyte se fâche et regroupe des partisans autour de son point de vue. Il se retrouve malgré lui en position de sécession lorsqu’il est élu « anti-pape » en 217 par ses sympathisants.

Sous les pontificats d’Urbain et de Pontien, il maintient sa dissidence par souci de préserver les traditions antérieures. Mais parallèlement, le latin gagne du terrain, non seulement à Rome, mais dans toute l’Afrique du Nord (à l’époque entièrement en voie de christianisation).

Lorsque l’empereur Maximin 1er déclenche les persécutions contre les chrétiens, Pontien et Hippolyte, pape et antipape, se retrouvent côte à côte aux travaux forcés dans l’île de Sardaigne. Ils vont y mourir en martyrs, victimes de la même haine antichrétienne, non sans s’être réconciliés à temps autour de l’essentiel, la foi au Ressuscité, et le témoignage commun pour l’évangile.

C’est le pape Fabien qui fait rapatrier les deux corps à Rome, et il les fait inhumer ensemble dans la même crypte, aux catacombes de St Callixte. Leur martyre se retrouve ainsi honoré équitablement, et Hippolyte est donc le seul « antipape » dont la mémoire est vénérée officiellement dans l’Eglise catholique.

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