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Publié par Guy Millière le 7 avril 2013

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J’ai analysé ici voici peu les propos de Barack Obama lors de son voyage en Israël. Il me reste, pour tenter d’être complet, à les mettre en perspective. C’est ce que je vais faire dans les lignes qui vont suivre.

Qu’est-ce que Barack Obama a cherché à accomplir au Proche-Orient depuis janvier 2009 ? L’avancée vers un monde sunnite dominé par les Frères musulmans. La préservation du régime islamique iranien. Et de son avancée vers l’arme nucléaire. L’isolement et la précarisation de la position d’Israël.

Sur les trois points, les résultats sont au rendez-vous.

Sur aucun des trois points, le voyage d’Obama en Israël n’a modifié la donne, au contraire.

Commençons par le premier point.

A la veille du séjour de Barack Obama en Israël, les « rebelles » syriens se sont dotés d’un nouveau dirigeant et sont passés pleinement sous la coupe de la confrérie des Frères musulmans : ce dirigeant s’appelle Ghassan Hitto. Il a été désigné à Istanbul par un vote effectué sous pression de l’administration Obama. Comme Mohamed Morsi, Ghassan Hitto a vécu aux Etats-Unis où il a travaillé pour le Council on American Islamic Relations, branche américaine de la confrérie. Il a été l’un des fondateurs et le principal dirigeant du Muslim Legal Fund of America, organisation créée pour apporter un soutien juridique aux musulmans impliqués dans les attentats du onze septembre 2001.

Il a été secrétaire et trésorier de l’Islamic Association of Palestine, organisation incriminée sous la présidence de George W. Bush pour avoir contribué au financement du Hamas depuis les Etats-Unis.

Au même moment, Mohamed Morsi, qui assoit la dictature des Frères musulmans sur l’Egypte, rencontrait Ayman Al Zawahiri, chef d’al Qaida dans un lieu tenu secret : la rencontre a fait l’objet de comptes rendus dans la presse pakistanaise et dans la presse égyptienne. Cette rencontre a reçu l’aval des services secrets du Pakistan, où réside Zawahiri, semble-t-il, mais aussi du gouvernement Erdogan en Turquie, sous l’égide duquel s’est opérée la nomination de Ghassan Hitto. Recep Tayyip Erdogan n’a pas du tout renoncé à devenir le chef de file de l’islam sunnite version Frères musulmans, et ses récentes déclarations n’en font pas mystère. C’est non seulement sous pression de Barack Obama, mais en présence de Barack Obama, et après que celui-ci ait eu une conversation téléphonique avec Erdogan que Binyamin Netanyahou a présenté les excuses d’Israël à ce dernier, faisant face semble-t-il, à une offre qu’on ne peut pas refuser. Quelles que soient les explications que Netanyahou peut tenter de trouver, ces excuses ont été exploitées au maximum par Erdogan dans tout le monde sunnite, où il s’est présenté et se trouve présenté comme l’homme qui a poussé Israël à l’humiliation, avec l’aide de son ami Obama. Erdogan devrait se rendre dans les semaines à venir à Gaza, pour rendre visite à ses amis du Hamas. Obama s’est rendu à la fin de son séjour à Amman en Jordanie, et il a, selon toute apparence, fait comprendre au roi Abdallah que celui-ci devrait composer avec les Frères musulmans, ou céder la place. Pendant la visite d’Obama, l’avancée vers un monde sunnite dominé par les Frères musulmans s’est poursuivie à un rythme soutenu.

Passons au deuxième point.

Ce qui pourrait encore faire obstacle à l’accès du régime iranien à l’arme nucléaire, et ce qui pourrait déstabiliser celui-ci, serait une intervention militaire. Obama n’a aucune intention de procéder à cette intervention. Il ne veut pas qu’Israël intervienne non plus. Etre allé en Israël pour réaffirmer que « toutes les options sont sur la table », que les Etats Unis soutiennent fermement Israël, mais que l’option diplomatique reste préférable et est à même de produire toutes les avancées nécessaires est apparu à l’administration Obama comme une excellente façon de rassurer la population israélienne, de la pousser à attendre sans s’inquiéter outre mesure, et, tout en disant qu’Israël a toute légitimité à envisager de réagir, d’inciter le gouvernement israélien à ne pas agir sous peine d’apparaitre comme ayant saboté les options diplomatiques. Les propos des conseillers de Barack Obama avant la visite en Israël sont très clairs à ce sujet : il s’agissait a) de rassurer les Israéliens, b) d’expliquer que les options diplomatiques étaient à même de porter leurs fruits, c) qu’une action israélienne contre l’Iran serait inutile, voire néfaste. Les propos les plus explicites ont été ceux de Ben Rhodes, conseiller à la Sécurité Nationale en charge du dossier. Ils ont été rapportés par Yitzhak Behorin dans le Yediot Aharonot.

Deux jours avant le commencement de la visite d’Obama. John Bolton, ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, et très bien informé a déclaré qu’Obama était venu « dire à Netanyahou que si Israël attaquait, les Etats-Unis ne le soutiendraient pas, ne fourniraient aucun matériel militaire à Israël, et n’interviendraient pas en cas d’attaque du Hezbollah et du Hamas contre Israël en riposte  à une attaque contre l’Iran». Le gouvernement israélien peut-il agir en ce contexte ? Je dois dire que j’en doute. Le régime iranien n’est pas pà l’abri d’une déstabilisation, mais Obama a tout fait pour qu’il le soit, tout comme il a tout fait pour que soit préservée son avancée vers l’arme atomique. Ce fut un exercice de subtilité. Comme l’a dit un commentateur américain, Ronald Reagan était un comédien accompli avant d’entrer à la Maison Blanche, Barack Obama, lui, est un comédien accompli alors qu’il est à la Maison Blanche. La Corée du Nord, dont j’ai traité dans un article récent, n’a pas interrompu sa coopération atomique avec le régime iranien, dois-je le rappeler ?

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Venons en au troisième point.

Israël est-il moins isolé qu’avant le voyage d’Obama ? La réponse est non. La position d’Israël est-elle moins précaire sur la scène internationale ? La réponse est non encore. Au contraire : tout en disant que les « implantation » ne sont pas un préalable et disparaitront lors de la création d’une « Palestine viable », et tout en disant que l’Autorité Palestinienne doit reconnaître Israël en tant qu’Etat juif, Obama a fait reposer tous les torts de la non avancée de « négociations » sur Israël, a attribué à Israël de manière redoublée la délégitimation présentement subie par Israël, et a dit très explicitement qu’Israël devait avancer vers la paix sous peine de subir un isolement exacerbée, et quelle paix ? Celle du plan de paix saoudien, et celle des « frontières de 1967 ».

Les dirigeants de la Ligue arabe réunis à Doha viennent de réaffirmer leur soutien au plan de paix saoudien et leur acceptation des « frontières de 1967 ». Ils n’ont pas reconnu Israël en tant qu’Etat juif. Mais c’est le seul point sur lequel ils divergent, car sur les « implantations » , ils sont sur la même longueur d’onde qu’Obama. On peut penser qu’Obama ne prendra pas d’initiative de « paix » dans le futur proche : et encore ne peut-on avoir aucune certitude sur ce plan (que vient faire John Kerry dans la région pendant les jours qui viennent ?). Mais on peut penser qu’il pense que le temps fera son œuvre et que l’avancée de l’islam radical, l’hégémonie des Frères musulmans, le poids accordé à Erdogan, la nucléarisation de l’Iran contraindront le gouvernement israélien à des concessions majeures.

Ce serait plus que jamais au gouvernement israélien de résister. Il faut pour cela que des gestes tels que les excuses présentées à Erdogan ne se répètent pas. Il faut pour cela que le peuple israélien garde les yeux ouverts et voie la situation en face.

Le moment n’est pas celui des concessions pour Israël. Le moment n’est pas pour Israël de prendre des « risques ». Le moment est de ne pas baisser les yeux face au danger iranien, et de voir que si l’islam radical monte en puissance dans le monde sunnite et représente un péril majeur dans le court terme, dans le moyen terme, l’avenir d’Israël est infiniment plus fécond que celui du monde musulman.

Andrew McCarthy, l’un des meilleurs analystes américains de l’islam radical, écrivait récemment que le voyage d’Obama en Israël avait signifié une victoire d’Erdogan, du Hamas et des Frères musulmans. Son analyse est, hélas, exacte. Mais c’est une victoire du court terme. Dans le moyen terme, Israël doit impérativement se donner les moyens de surmonter cette victoire du court terme.

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