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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 19 mai 2013

Protesters carrying Turkish flags shout slogans as they wait for the arrival of Turkey's Prime Minister Tayyip Erdogan at Ataturk Airport in Istanbul

En 2004, Roger Akl, secrétaire général de l’Institut Tchobanian (dont Alexandre Del Valle est membre d’honneur), rédacteur en Chef de la Revue Europe & Orient, écrivait cette mise en garde, qui m’a été signalée par un de nos lecteurs, que je remercie :

Les chrétiens originaires de Turquie étaient encore au début du XXème siècle 25% de la population. Ils sont aujourd’hui moins de 1%.

Combien d’églises ou de cathédrales ont été transformées par les Ottomans ou par les Turcs, en mosquées ou en musées ? La liste est longue, de Trabzon à Izmir, de Nicée à Istanbul.

La démocratie occidentale et l’islamisme ne sont pas compatibles. Ce n’est pas un jugement de valeurs mais un constat. Car l’islam est une religion de « pouvoir » terrestre qui a sa constitution et ses lois politiques, éthiques, sociales, civiles, etc., qui seraient peut-être meilleures que celles occidentales (du moins aux yeux des musulmans), mais dont certaines sont contradictoires avec les lois des démocraties occidentales. Par exemple, suivant la loi islamique, il n’y a pas d’égalité entre les croyants musulmans et ceux des autres religions ou les non croyants. Les droits de l’homme supposés universels ne sont pas les mêmes, comme l’égalité entre l’homme et la femme.

L’entrée de la Turquie en Europe aura une incidence néfaste à la fois sur la Turquie et sur l’Europe :

Les peuplades islamiques turcophones d’Asie (200 millions), auraient des facilités pour la double nationalité turque. Elles afflueront en Europe avec leurs consoeurs turques. Elles réclameront, avec les populations musulmanes européennes, le droit à la différence, à commencer par le voile. Elles exigeront ensuite l’application aux musulmans des lois musulmanes, arguant du droit à la liberté de croyance et faisant entrer l’Europe dans le communautarisme. Les populations européennes affolées se précipiteront dans les bras des mouvements populistes européens. Commencera alors une balkanisation de l’Europe.

Avec un regard non-musulman, on s’aperçoit vite que la Turquie n’est pas celle qu’on nous montre. La tolérance, le pragmatisme, l’ouverture, ce ne sont que façade pour berner l’Occident et le touriste. Car la Turquie, quand on soulève un peu le voile, c’est ça1 :

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  • C’est le génocide des Arméniens toujours aussi tabou, que personne n’a le droit d’évoquer, presque 100 ans après.
  • C’est le génocide de la population Assyrienne2, soit environ 700.000 Chrétiens, largement éclipsé par le génocide arménien lui-même nié
  • C’est l’assassinat le 19 janvier 2007 à Istanbul, de Firat Hrant Dink, journaliste et écrivain turc d’origine arménienne, devant les locaux de son journal.
  • C’est son fils, Arat Dink et Serkis Seropyan, journalistes eux aussi, reconnus coupables d’avoir “insulté l’identité turque” et condamnés à un an de prison avec sursis pour avoir reproduit une partie des propos de Hrant Dink.
  • C’est Orhan Pamuk, un écrivain turc qui reçoit des menaces de mort pour avoir admis le génocide arménien et qui dut s’exiler aux Etats-Unis suite à l’assassinat de Hrant Dink.
  • C’est la députée UMP Valérie Boyer qui a reçu des menaces de mort et de viol pour avoir défendu la proposition de loi française sur la pénalisation de la négation des génocides, dont celui arménien. Sa famille aussi a été visée par les menaces.
  • C’est le 1er Ministre Recep Tayyip Erdogan qui menace Paris de “sanctions” pour avoir voté cette loi.
  • Erdogan toujours, qui déclare: “Les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles sont nos casques, les mosquées sont nos casernes et les croyants, notre armée”.
  • Encore Erdogan : “Nous vous conquerrons par vos valeurs démocratiques, nous vous dominerons par nos valeurs musulmanes.”
  • Toujours Erdogan : “On ne peut pas être musulman et laïc à la fois.”
  • L’actuel président de la République turque, Abdullah Gül : “On changera définitivement le système laïc. La République vit ses derniers temps.”
  • C’est en 2005 la condamnation pour violation de l’article 3 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, qui interdit aux États de “pratiquer la torture ou de soumettre une personne relevant de sa juridiction à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants”. Sans aucun effet.
  • C’est en 2008 la condamnation pour violation de l’article 6 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, pour ne pas avoir accordé un avocat à un mineur accusé de “terrorisme” sur le simple fait qu’il soit Kurde. Toujours sans effet.
  • C’est la torture systématique dans les commissariats de police et dans les sections antiterroristes.
  • Ce sont les défenseurs des Droits de l’Homme victimes de menaces de mort, de harcèlement et de torture.
  • C’est le nombre d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions qui ne cesse d’augmenter, particulièrement des Kurdes et des personnes qui s’opposent à la politique envers la population kurde.
  • C’est le déni des droits élémentaires du peuple kurde, dont les aspirations sont démocratiques et laïques. Les seuls de la région à avoir ces prétentions.
  • C’est le maintien de la minorité kurde dans un système basé sur la terreur d’Etat, la misère, l’oppression, les détentions arbitraires et la violation des principes édictés par la Convention des Droits de l’Homme.
  • C’est l’absence de loi concernant l’enregistrement des personnes placées en garde à vue, l’absence d’obligation de notification à la famille de la détention d’un proche.
  • Ce sont des dizaines de personnes “disparues”, dont on n’a plus aucune nouvelle depuis des mois ou des années.
  • Ce sont les familles des “disparus” qui ne peuvent rien faire face à l’indifférence des autorités lorsqu’elles demandent simplement des renseignements sur leurs disparus. Ce sont ces familles à leur tour victimes de menaces, ou placées en garde à vue, arbitrairement.
  • C’est l’homosexualité non reconnue. Elle n’est pas illégale mais reste un sujet tabou. Il n’existe aucune loi pour protéger les homosexuels contre les vexations, violences et discriminations qu’ils subissent. Tant à l’embauche, qu’au logement, à l’éducation, aux soins, aux services publics, au crédit, etc.
  • Ce sont les procédures de restitutions des biens et propriétés confisqués aux minorités religieuses de Turquie qui sont au point mort, malgré les injonctions européennes. Maisons, églises, hôpitaux, orphelinats, cimetières et autres propriétés, maisons, commerces, etc, qui furent saisis par l’Etat turc, notamment durant le génocide arménien de 1915.
  • C’est la communauté chrétienne turque d’environ 100 000 personnes qui rase les murs, elle qui est passée de 25 % à 1% en un siècle.
  • C’est Luigi Padovese, chef de l’Eglise catholique de Turquie, assassiné à l’arme blanche.
  • C’est, avant lui, un prêtre catholique, Adriano Franchini, blessé au ventre par un jeune homme au sortir de la messe.
  • C’est encore un autre prêtre catholique, Andréa Santoro, assassiné par balles dans la ville de Trabzon.
  • C’est un commando musulman qui fait irruption dans une maison d’édition où on imprime des Bibles et qui tue 3 chrétiens.
  • C’est, encore plus horrible, l’assassinat des 3 missionnaires chrétiens, morts dans des conditions odieuses : l’un d’eux, Tilman, a reçu 156 coups de couteaux, un autre, Necati, 99 coups, et pour le 3ème, Ugur, les coups étaient trop nombreux pour être comptés. Ensuite, leurs gorges ont été tranchées d’une oreille à l’autre.
  • C’est, un mois après, dans la même ville, un homme armé qui tente d’abattre l’ancien plus haut dignitaire religieux de Tchétchénie réfugié en Turquie.
  • Ce sont les meurtres de femmes en augmentation de 1400 % entre 2002 et 2009, selon les données fournies par le ministère de la Justice.
  • C’est plus de 1000 “crimes d’honneur” entre 2003 et 2008, selon un rapport présenté par Tahsin Fendoglu, président de la Direction des droits de l’Homme du bureau du Premier Ministre.
  • C’est Medine Memi, une jeune fille de 16 ans enterrée vivante par ses proches pour “laver l’honneur de la famille”, car soupçonnée de relations sexuelles.
  • C’est Nuran Halitoglu, autre jeune fille, 14 ans, enlevée par un homme qui la viole pendant quatre jours. Elle réussit à s’enfuir, son violeur est arrêté. Mais son calvaire se poursuit car sa famille décide que l’honneur de la famille ne peut être racheté que par sa mort. Ses bourreaux seront son père, Mehmet et son frère de 17 ans, Alaattin.
  • C’est le massacre de 35 villageois kurdes du village de Ortasu (Roboski en kurde) en décembre 2011, lors d’un raid aérien. Un acte de guerre perpétré contre des civils, que deux associations des Droits de l’Homme qualifient de “massacre collectif” et “exécution extrajudiciaire”.
  • C’est l’occupation illégale, depuis trente ans, d’une partie du territoire d’un Etat de l’UE, Chypre, et de l’exode forcé de ses habitants grecs, remplacés par des colons turcs.
  • C’est l’oppression systématique des minorités religieuses et ethniques, Arméniens, Grecs, Assyriens, Chaldéens, Juifs, Kurdes, Alaouites, Zoroastriens…

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour www.Dreuz.info et sources citées :

1http://apostat-kabyle.blogspot.co.il/2012/08/violences-en-asie-4eme-partie-la-turquie.html
2http://www.dreuz.info/2013/04/un-autre-genocide-meconnu-celui-des-700-000-chretiens-syriaques-par-oui-les-musulmans/

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