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Publié par Albert Bertold le 20 mai 2013

Pierre-André Taguieff Anne Sinclair

Je ne lis pas le Huffington Post, sinon pour m’amuser. Dans sa version américaine, il incarne toute l’imbécilité des idées reçues propres à la gauche de Park Avenue. Dans sa version française, c’est à peu près la même chose. C’est la sottise du journal le Monde en plus chic. Mais le chic ne cache pas la sottise, cela la rend plus ridicule.

Les Français ont des préjugés, ils pensent que les jeunes qui brûlent des voitures sont arabes – Leila Babès

Je suis récemment tombé dans les colonnes de ce web magazine involontairement comique sur le texte d’une certaine Leila Babès, une inconnue qui mérite de le rester. Le titre m’a attiré immédiatement. Qu’est ce que l’arabophobie ? Rien qu’à le lire, je savais que le contenu ne serait pas triste. Je n ai pas été déçu. Il y aurait, dit dame Babès, une peur des Arabes en France, et cette peur remonterait au Moyen Age. Des Français insensés penseraient encore, laisse-t-elle entendre, que les Arabes constituant les armées de Mahomet au septième et au huitième siècle ont été violents: comment peuvent-ils avoir ce genre d’idées ? On se le demande. Et des Français penseraient aujourd’hui que les «  jeunes de banlieue » qui brûlent des voitures sont arabes ? C’est la preuve, dit dame Babès, que les Français ont des préjugés. Imaginer que des « jeunes de banlieue » pourraient brûler des voitures ? En regardant les images récentes des émeutes au Trocadéro, dame Babès a dû comprendre immédiatement que ce sont des jeunes d’extrême droite venus en commando des hôtels particuliers du seizième arrondissement qui étaient à l’action. Elle a même dû voir nombre de gens de type Suédois parmi les plus excités : ah ces Suédois, doit penser dame Babès…

Dame Babès note ensuite que les Français associent les mots immigration, invasion et arabes, ce qui est, suggère-telle, stupide de leur part puisqu’il saute chaque jour aux yeux que l’immigration en France vient précisément de Scandinavie, parfois du cercle polaire où des Lapons convertis au bouddhisme décident de rejoindre Paris, et qu’il y a si peu d’Arabes musulmans en France qu’il faut être fou pour songer à une invasion migratoire. Dame Babès semble suggérer que les Arabes musulmans en France sont des marginaux, quasiment les membres d’une ethnie en voie de disparition. Et elle suggère clairement que quiconque penserait le contraire et voudrait encore acheter de la viande dans une boucherie qui n’est pas hallal est un être infâme.

Elle peut passer dès lors à son morceau de bravoure.

Il y a, écrit-elle, de l’ « arabophobie » dans les milieux cultivés, et elle s’en prend alors à un auteur que je connais bien, car je le lis depuis longtemps, Guy Millière.

Dame Babes, fine mouche, a compris depuis longtemps que si Guy Millière a une épouse d’origine maghrébine, c’est la preuve indubitable qu’il déteste tous ceux qui viennent d’Afrique du Nord.

Guy Millière déteste tous les Arabes et tous les Musulmans – Leila Babès

Dame Babès a compris, bien sûr, que quand Guy Millière parle, comme Daniel Pipes, de bataille pour l’âme de l’islam, d’islam radical et d’islam modéré, c’est en réalité parce qu’il déteste tous les Arabes et tous les Musulmans en gros et en détail : dame Babès est si lucide qu’elle mérite d’être professeur d’université, et on imagine ce qu’elle enseigne en étant porteuse de tant de lucidité lumineuse.

Emportée par un élan qu’elle ne peut réprimer, et certaine qu’elle tient son sujet, dame Babès fait de Guy Millière un adepte des thèses de Samuel Huntington sur le « choc des civilisations », ce qui montre qu’elle n’a jamais lu Guy Millière, mais qu’elle a imaginé ce qu’il pensait ans avoir lu, sans avoir vu, sans avoir entendu, en confondant sans doute les textes de Guy Millière avec ceux de quelqu’un d’autre ou avec la lecture des aventures d’Iznogoud. Ceux qui ont lu Guy Millière savent les réserves qui sont les siennes concernant l’idée de « choc des civilisations » telle qu’énoncée par Huntington, et que sa pensée sur le sujet est plus complexe. Mais dame Babès, Leila pour les intimes, n’a que faire de la pensée et de la complexité.

Dame Babès reproche à Guy Millière d’avoir dit que l’islam n’a rien apporté à la culture française. Et je pense sur ce seul point qu’elle a raison : Guy Millière aurait dû dire au moins que l’islam a apporté le couscous et la couscoussière. Dame Babès souhaiterait peut-être qu’on cite d’autres apports. Vue la rigueur intellectuelle dont elle fait preuve, elle écrira sans doute un prochain texte dans lequel elle révélera que ce sont des Arabes musulmans installés en France qui ont construits les plus belles cathédrales du pays et qu’il faut être islamophobe et arabophobe pour ne pas voir que ce sont des mosquées, que Victor Hugo s’était converti à l’islam, voulait à la fin de sa vie qu’on l’appelle Ali, et que Maurice Ravel était né d’une famille maghrébine installée secrètement dans les Pyrénées, s’appelait en réalité Mohamed, et avait intitulé son œuvre majeure non pas le Boléro, mais le Baladi, avant que des Français arabophobes, en un geste atroce de racisme, le trahissent, et remplacent la darbouka par cymbales et timbales.

Leila Babès, c’est l’islamiquement correct contre toute critique de l’islam

Dame Babès sort pour la circonstance de la poubelle où il aurait dû rester un rapport du MRAP, rédigé à la grande époque où celui-ci était dirigé par le militant communiste Mouloud Aounit et qui, comme tous les rapports rédigés sous la responsabilité de militants communistes, était aussi honnête qu’un réquisitoire rédigé par Andréi Vychinski sous Joseph Staline au temps des procès de Moscou.

Leila Babès fait partie de ces intellectuels musulmans installés en France qui écrivent peu, publient des textes approximatifs et assez vides, mais font carrière parce qu’ils permettent aux adeptes du « politiquement correct » de montrer qu’ils sont éclairés. Ces intellectuels se font en général les chiens de garde de l’islamiquement correct, complément obligatoire du politiquement correct de nos jours, et, bien qu’ils aient des mâchoires de roquet édenté, s’essaient à mordre comme des pittbulls dès que quiconque ose la moindre critique concernant l’islam. Ils sortent alors l’invective qui est censée tuer celui à qui elle est envoyée : racisme. Ils reçoivent alors le soutien des organisations « antiracistes » de gauche et d’extrême gauche, pour qui est « raciste », « fasciste » ou d’« extrême droite » quiconque ne pense pas exactement comme eux. Ils se montrent particulièrement excités lorsque ceux qu’ils ciblent sont non seulement critiques vis-à-vis de l’islam, mais aussi défenseurs d’Israël. Ils ne sont pas du tout antisémites, ils ont des amis juifs tels que Shlomo Sand. Et ils ont aussi, souvent, de l’affection pour les Juifs morts.

En finissant de lire le texte de Leila Babès, j’ai découvert que celui-ci figurait dans une sorte de « dictionnaire du racisme » censé servir de référence. Et je me suis dit que si on confiait la rédaction d’articles de dictionnaires en France aujourd’hui à des gens comme Leila Babès, c’est que la situation était vraiment grave. J’ai songé qu’au train où vont les choses, un dictionnaire du judaïsme confié à Tariq Ramadan pourrait devenir envisageable dans quelques années.

En regardant de près, j’ai vu que le dictionnaire en question était publié sous la direction de Pierre André Taguieff. Et j’ai trouvé cela intéressant.

Donc Pierre André Taguieff, auteur, jusque voici peu, de textes dénonçant ce qu’il appelle la « judéophobie », ennemi officiel de la calomnie, adepte proclamé de la précision intellectuelle, victime lui-même de calomnies, publie aujourd’hui des gens comme Leila Babès, qui ne sont pas très éloignés de la « judéophobie », qui flirtent avec la calomnie, et qui recourent à l’imprécision fielleuse en matière intellectuelle. Et Pierre André Taguieff entérine la calomnie contre des gens qui l’ont défendu quand il était attaqué : car Guy Millière a défendu Pierre André Taguieff quand il a été attaqué. C’est très intéressant, incontestablement.

Ce genre d’attitude doit avoir un nom. Il ne me vient pas en tête immédiatement.

Pierre André Taguieff aurait-il choisi de s’offrir des vêtements réversibles ?

En tout cas, il a d’un seul coup pris l’apparence pour moi du personnage prêt à manger à tous les râteliers pourvu qu’il mange, du type prêt à laisser poignarder ses amis par des seconds couteaux commandités par lui, et de l’opportuniste qui, comme dans une chanson de Jacques Dutronc, sait retourner sa veste, toujours du bon côté.

Je ne sais s’il gagnera des amis dans les cercles que fréquente Leila Babès, mais j’ai des doutes, et je pense que ses nouveaux amis éventuels devraient se demander sérieusement qui ils ont choisi de fréquenter.

Leur dira-t-il que ses livres sur Israël et la « judéophobie » sont des erreurs passagères ?

Dira-t-il en parallèle à des hommes comme Shmuel Trigano ou Jacques Tarnero que c’est le fait d’avoir publié Leila Babès qui est une grave erreur de sa part ?

Il vient de donner un entretien au magazine Marianne dans lequel il parle d’« un pluralisme conscient et assumé, laissant toute liberté de traitement aux rédacteurs d’articles, ainsi que dans la volonté de fournir des informations vérifiées ». Si Taguieff vérifie toutes les informations avec l’esprit de Leila Babès, on peut être assuré que les informations sont vérifiées ! Si son pluralisme « conscient et assumé » consiste à accepter que soit écrit tout et le contraire de tout sans le moindre scrupule, la moindre rigueur et la moindre épine dorsale, ce n’est plus de pluralisme qu’il s’agit, mais de galimatias. Donc, selon les définitions en usage, d’un « ensemble embrouillé et confus qui semble dire quelque chose et ne dit rien ».

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Taguieff compte-t-il vraiment garder des liens avec les milieux qui luttent contre l’antisémitisme et qui défendent Israël sans concessions tout en nouant des liens avec des gens dont les positions sont très différentes, voire très très différentes ?

Entend-il plutôt rompre avec ceux qui lui ont, à tort, fait confiance pendant des années, pour nouer avec des gens à qui il dirait maintenant qu’il a changé ?

Ceux qui s’y fieraient seraient, en ce cas, fort peu regardants.

Les éventuels nouveaux amis de Taguieff savent-ils ce que celui-ci a écrit sur Stéphane Hessel ?

Un soir au fond du Sahel, un serpent piqua le vieil Hessel, que croyez-vous qu’il arriva, ce fut le serpent qui creva – Taguieff

A l’époque, j’avais moi-même trouvé que Taguieff allait trop loin, et je n’ai pourtant jamais eu aucune sympathie pour Stéphane Hessel. Que pensent les éventuels nouveaux amis de Taguieff en lisant cette phrase : « Quand un serpent venimeux est doté de bonne conscience, comme le nommé Hessel, il est compréhensible qu’on ait envie de lui écraser la tête ».

Que pensent-ils de cette paraphrase de Voltaire, signée Taguieff, encore : « un soir au fond du Sahel, un serpent piqua le vieil Hessel, que croyez-vous qu’il arriva, ce fut le serpent qui creva » ?

Je connais des gens qui ont défendu Taguieff quand il a commis ces écarts de langage et qui, tout en défendant Taguieff, n’en étaient pas moins gênés par une telle intempérance verbale, signe à leurs yeux d’une instabilité psychologique préoccupante.

Les éventuels nouveaux amis de Taguieff savent-ils que le même Taguieff proclamait voici peu encore lutter sans merci contre des « décennies de propagande palestinienne et pro-palestinienne », dénonçait « l’antisionisme » comme un antisémitisme, et faisait cela avec l’ardeur fébrile du nouveau converti ?

Le pluralisme acceptant que soit écrit tout et le contraire de tout sans le moindre scrupule, la moindre rigueur et la moindre épine dorsale semble être celui qui habite la personne de Taguieff lui-même.

Un homme qui passe d’une position à une position quasiment inverse en quelques mois, voire beaucoup moins, n’est, en tout cas, pas un homme fiable.

Ce n’est pas un homme fiable pour ceux qui, comme moi, bien qu’inquiets et gênés parfois par ses écarts et ardeurs, se sont laissés tromper.

Je ne pense pas que ce soit un homme fiable pour ceux vers qui l’homme se tourne aujourd’hui. C’est une piètre recrue pour le camp « politiquement correct ».

De notre côté, nous n’en voulons plus. Nous savons qu’une trahison peut en annoncer d’autres. Si nos adversaires se contentent de ce dont nous ne voulons plus, cela les regarde, mais ils auront été prévenus.

Pour l’heure, je décide d’appeler ce texte « l’honneur perdu de Pierre André Taguieff ».

Je publie ce texte sur Dreuz où Pierre André Taguieff a publié. Sa photo figurait récemment encore sur l’en tête de Dreuz. Elle n’y est plus. Va-t-elle faire son apparition ailleurs : dans des publications modérément « antisionistes », par exemple ? Ce serait seyant. Il est dans Marianne, c’est prometteur. Il a ses entrées au Ministère de la Culture. Une grande carrière l’attend.

Woody Allen a réalisé en 1983 un film appelé Selig, décrivant un personnage qui s’attire le surnom de « caméléon humain », car il change de convictions, d’idées et de certitudes selon le sens du vent, les gens qu’il rencontre et la pièce où il se trouve. Doit-on considérer qu’à force de regarder le film, Taguieff s’est identifié au personnage au point de se prendre pour lui ? Doit-on penser qu’il est allé là où l’« antiracisme » façon SOS Racisme le guidait ? Doit-on songer qu’il est atteint d’un désordre bipolaire ? Je n’ai pas la réponse à ces questions.

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