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Publié par Abbé Alain Arbez le 24 mai 2013

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Les instances officielles persistent dans le déni

L’affreux attentat de Londres commis par des musulmans nigérians relance la question hypersensible de l’immigration en général et de l’accueil des réfugiés en particulier. Alors que les agressions islamistes anti-occidentales et/ou anti-chrétiennes se déplacent de plus en plus sur le continent européen, les instances officielles civiles et religieuses persistent à se positionner dans le déni. Si la libre circulation des personnes et des biens est admise – dans les démocraties occidentales, mais en revanche assez peu ailleurs – une problématique lourde s’est imposée à nous depuis trente ou quarante ans.

Car il est clair que, de plus en plus, la coexistence entre groupes humains de cultures et de religions différentes pose des problèmes dans la vie quotidienne de nos pays démocratiques historiquement issus de la tradition judéo-chrétienne. Chaque jour apporte son lot aggravé de faits divers préoccupants en France, en Grande Bretagne, en Allemagne, aux Pays Bas, dans les pays scandinaves, en Italie, en Espagne. Attentats, petite et grande délinquance, réseaux étrangers mafieux, agressions, zones de non droit en extension, revendications envahissantes, nul ne peut plus nier que ces phénomènes ont un lien direct ou indirect avec ce que recouvre l’immigration.

Concernant la question sensible des demandeurs d’asile et des immigrés légaux ou illégaux – évidemment sujette à récupérations politiciennes diverses – le fait est que ce sujet controversé ne peut plus être abordé sous le seul angle politiquement correct des « droits de l’homme ».

Certes, les consciences humanistes sont interpellées à juste titre par les recommandations des instances internationales qui reconnaissent la détresse des réfugiés, lorsqu’ils sont chassés de leur pays par la guerre civile, les violences ou la discrimination. En 2012, ce sont les chrétiens qui ont été le plus persécutés et maltraités dans le monde. Pensons entre autres aux chrétiens persécutés en Irak, en Egypte, au Pakistan, en Afghanistan et ailleurs.

Les obligations éthiques d’accueil dans des pays disposant de ressources vont de soi, dans ces cas dramatiques. Mais lorsque certains discours, (logique de gauche ou angélisme ecclésiastique) tendent à globaliser par avance les problématiques migratoires dans un registre victimaire et compassionnel, à écarter d’emblée tout discernement des situations, et donc toute maîtrise des flux incessants, il y a de quoi s’interroger. Sous le vocable de réfugiés et d’immigrés se cachent des réalités bien différentes.

En effet, année après année, des personnes ou des familles arrivent en masse dans les pays d’Europe. Il devient urgemment impératif de ne plus offrir systématiquement cet accueil sans analyse. S’il est vrai qu’une proportion significative d’individus et de groupes fuient des conjonctures de misère, de guerre, de persécution, d’autres – les plus nombreux – viennent simplement tenter leur chance dans des économies plus généreuses où les aides sociales sont – encore pour un temps – automatiques et généreuses. D’autres ont ouvertement la prétention d’islamiser les territoires occidentaux appartenant selon la logique antagoniste du coran au Dar al harb (domaine de la guerre).

Car depuis environ une quarantaine d’années, des millions d’individus venant majoritairement de pays musulmans ont migré et se sont installés dans les cités des nations européennes de civilisation judéo-chrétienne. Un tel transfert de peuplement allogène en si peu de temps ne s’était jamais produit auparavant sur le vieux continent. Les conséquences de ces colonies massives de peuplement en période de dénatalité occidentale n’ont pas su être prises en considération par les dirigeants auxquels les citoyens ont confié la défense de leurs personnes et de leurs biens. Il apparaît par ailleurs que nos pays occidentaux – en temps de crise et de resserrement des budgets – n’ont pas les moyens d’accueillir « toute la misère du tiers-monde » selon la célèbre formule rocardienne.

Ne faudrait-t-il pas plutôt augmenter significativement les aides européennes, avec contrôle sur place, dans les pays qui cherchent réellement à se doter de structures productives pour assurer un avenir décent à leur jeunesse? Ne faut-il pas multiplier d’urgence les expériences de commerce équitable, afin de donner de nouvelles opportunités aux paysans des pays pauvres et d’en consolider le développement durable? Des partenariats de solidarité efficaces nord-sud ne devraient-ils pas remplacer ces déplacements de populations qui déstabilisent les sociétés occidentales ?

Il s’agit par conséquent de préciser quels paramètres humains, économiques et culturels on doit aujourd’hui sélectionner pour répondre au défi éthique de « l’accueil de l’étranger ». On se doit d’apporter des réponses adéquates en prise avec la réalité et dont le coût économique soit soutenable pour les contributeurs des pays d’accueil concernés.

Assez fréquemment, surtout au moment des votations, les Eglises répercutent avec plus ou moins de pertinence les directives que l’Ecriture sainte nous adresse en ce qui concerne « l’accueil de l’étranger ». On fait appel à de grands principes, mais dans un langage souvent en déconnection avec les réalités concrètes du terrain. Or, si l’on regarde à la manière d’un slogan idéologique et affectif ce que recommande la Tradition judéo-chrétienne en matière d’accueil de l’étranger, le risque est grand de perdre de vue les critères appropriés à l’actualité et à ses enjeux. Car la maîtrise des flux d’immigration est un devoir pour des pays qui se veulent souverains.

Les textes bibliques sont une ressource incomparable pour nous éclairer, certes, mais on doit aussi les contextualiser ! Hospitalité, accueil, solidarité, les hommes et les femmes de la Bible savent de quoi ils parlent. Dans un tout autre environnement que celui de nos nations modernes, ils ont migré il y a quatre mille ans du Croissant fertile vers les terres de Canaan. Ces régions d’Orient ont longtemps connu toutes sortes de mouvements de peuples dans de grands espaces où sédentarité et itinérance ne correspondaient pas à ce qu’il en est aujourd’hui dans le cadre moderne d’états-nations référencés par l’ONU et marqués par des cultures religieuses ou politiques particulières.

Dans l’histoire d’Israël, on sait qu’à certaines périodes de vaches maigres, des tribus sont parties travailler en Egypte. L’épisode fondateur de l’Exode est issu de cette situation d’un peuple aux prises avec les conditions de vie du pays d’accueil devenues insupportables et captatrices de son avenir.

Avec compassion, rapporte l’Ecriture, le Dieu d’Abraham et de Moïse a pris parti pour les Hébreux devenus esclaves, et il les a aidés, non pas à s’assimiler en devenant comme des Egyptiens, mais à conquérir leur propre destin en regagnant librement leur terre, une terre de promesses, dont ils prendraient en mains le développement sur des bases éthiques.

A partir d’un pacte, Dieu encourageait ce peuple à s’approprier son histoire et à préserver son identité spirituelle dans son espace civilisationnel. Ce qui a été encore confirmé lors du retour d’exil de Babylone vers Jérusalem et la reconstruction du Temple.

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Dans la foi biblique, l’être humain est « image de Dieu », par conséquent le respect de la dignité humaine est à la base même de la charte de l’alliance. On saisit pourquoi la qualité d’accueil de l’immigré en terre d’Israël est si fortement soulignée dans les Ecritures:

« Tu ne maltraiteras pas l’étranger, et tu ne l’opprimeras pas, car vous avez vous-mêmes été étrangers au pays d’Egypte ». (Ex 22/21)

Et encore :

« Cet étranger qui vit chez vous, vous le traiterez comme un natif du pays, comme l’un de vous. Tu l’aimeras comme toi-même ». (Lv 19/33)

Faut-il préciser, pour éclairer les débats d’aujourd’hui, qu’un étranger était accueilli et respecté dans le cadre obligatoire d’une réciprocité qui fait défaut de nos jours. On lit en Ex 12/49 : « La même loi existera pour l’indigène et pour l’étranger en séjour au milieu de vous ! »

C’est avec cet éclairage volontariste qu’il faut comprendre l’appel d’ouverture lancé par Jésus à ses disciples : « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ! » (Mt 25/35)

Si tout étranger s’attendait à être traité dignement, il devait en retour respecter les lois et coutumes d’Israël, pays d’accueil, c’est-à-dire renoncer à imposer à ses hôtes ses propres coutumes. Les prophètes étaient certainement les premiers à dénoncer l’égoïsme des fils d’Israël quand il le fallait, mais ils refusaient aussi vigoureusement l’importation de coutumes allogènes dangereuses pour la cohésion spirituelle des habitants légitimes du pays.

Les multiples croyances issues du paganisme étaient en effet incompatibles avec les valeurs de la Tradition biblique, où sagesse et prophétie excluent que soient idolâtrés le pouvoir, l’argent, le sexe. Ainsi furent interdites toutes formes de magie et superstition, néfastes pour l’être humain, seul le Dieu des pères étant le garant de la justice et de l’harmonie sociale. Même si des règles de vie en commun instauraient des limites préventives, l’hospitalité envers l’hôte de passage prévalait et il n’y eu pas de xénophobie dans la tradition d’Israël. Pensons aux épisodes de Naaman le Syrien ou d’Elie chez la veuve de Sarepta.

On le constate, le recours à l’asile existe déjà dans la Bible : Moïse l’a institué en établissant six cités-refuge afin de permettre par exemple à un homme poursuivi pour un crime involontaire d’échapper aux châtiments expéditifs. Il parlait par expérience! Le livre d’Isaïe nous donne également une belle illustration de ce droit, lorsqu’il est question d’accueillir les rescapés des massacres du royaume voisin de Moab. (Is 16/3)

Très tôt, l’Eglise chrétienne a confirmé et recadré ce recours biblique à l’asile dans son droit canonique et le code de Théodose en garantit les modalités, même si à partir du Concile de Tolède (7ème siècle) des restrictions y sont apportées pour lutter contre certains abus.

Concernant l’accueil des étrangers, migrants et réfugiés, au 21ème siècle, l’enseignement de l’Eglise offre un éclairage équilibré. Contrairement à certains discours politiciens et démagogiques, le Magistère manifeste le souci de faire coexister les droits et les devoirs, afin d’éviter les dérives à sens unique.

Relisons à ce sujet le § 2241 du catéchisme de l’Eglise catholique :

« Les nations les mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine.

Mais n’oublions pas les lignes qui suivent :

Les autorités politiques peuvent, en vue du bien commun, subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption.

L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges. »

La prééminence gauchie, dans ce qui subsiste de nos états-providence, d’une prétention idéologiquement « multiculturelle » prédisposée à tout accepter, suscite de graves questions pour l’avenir. Car si l’identité culturelle et spirituelle du pays d’accueil s’efface peu à peu au profit d’un relativisme flou à géométrie variable avec un déferlement de coutumes ingérables, l’idée même d’intégration des étrangers perd tout sens. S’intégrer à quoi lorsque les références ancestrales ont été diluées par des apports extérieurs?

Elles sont nombreuses les banlieues de France, d’Angleterre, d’Allemagne, d’Italie où ce sont les autochtones qui doivent maintenant se faire « intégrer » par les nouveaux habitants venus d’ailleurs et occupant tout le terrain sans ménagement. Des autochtones qui doivent – chez eux – se faire accepter par des étrangers ayant imposé leur loi et leurs coutumes et abusant de revendications sans limites…

Autant il est intolérable que soient méprisées par préjugé les personnes appartenant à d’autres cultures, autant il est inacceptable que les autochtones soient continuellement culpabilisés et pressurés. Les moyens d’expression démocratiques sont là pour que le peuple formule ses exigences aux dirigeants qu’il a portés au pouvoir.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pour www.Dreuz.info

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