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Publié par Guy Millière le 28 mai 2013

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Je l’ai déjà noté, la guerre en Syrie a cessé depuis des mois d’être une guerre civile pour devenir une guerre régionale qui se déroule sur le territoire syrien. C’est ainsi qu’elle doit être vue si on veut la comprendre.

Des crimes atroces sont commis. Ils le sont de part et d’autre. Ils ne vont pas cesser.

Des actes d’épuration ethnico-religieuse sont commis de part et d’autre aussi. Ils ne vont pas cesser non plus. Ils pourraient même aisément devenir plus abominables qu’ils le sont déjà.

Des armes chimiques ont été utilisées : chaque partie utilisera les armes dont elle dispose pour éliminer l’autre.

Je l’ai noté plusieurs fois aussi : le choix est entre la peste et le choléra.

Le choix reste entre la peste et le choléra : plus que jamais.

Il fut un temps pas si lointain où il semblait que le régime Assad était poussé dans ses derniers retranchements. La situation est présentement en train de changer.

Une armée, je l’ai écrit, s’est constituée, formée de membres du Hezbollah et de Gardes Révolutionnaires iraniens. Cette armée combat les factions sunnites dans le Sud du pays tandis que l’armée du régime Assad continue à se battre ailleurs. C’est l’offensive de ces deux armées qui explique le recul général des factions sunnites.

Ni l’armée formée de membres du Hezbollah et de Gardes Révolutionnaires iraniens, ni l’armée du régime Assad, ne peuvent reprendre l’intégralité du pays, et celui-ci est dès lors scindé en trois zones, qu’il sera difficile de rassembler à nouveau en un seul pays.

L’une de ces zones est la zone côtière, qui va de la frontière turque au Liban et inclut Damas. Une autre est la zone centrale du pays, de la Turquie à la frontière jordanienne, et inclut Alep. Une troisième est constituée par les régions kurdes, au Nord, à proximité de l’Irak.

La première zone peut se consolider et pourrait abriter un régime Assad réduit, et qui serait pleinement à la solde de l’Iran et du Hezbollah. La deuxième zone pourrait constituer un pays sunnite, et la troisième un pays kurde.

La possibilité que les trois zones se stabilisent et que la situation se fige est, cela dit, très réduite.

Un régime Assad réduit, à la solde de l’Iran et du Hezbollah, ne peut pas envisager que le centre du pays soit aux mains des factions sunnites, et au vu de ce que sont celles-ci, devienne une base islamiste sunnite. Les factions sunnites, elles, ne veulent pas se résigner à ce que subsiste quoi que ce soit du régime Assad. Les factions kurdes ont intérêt à ce que l’affrontement chiites-sunnites dure, car cela leur permettrait de consolider leurs positions.

Les potentialités d’extension à d’autres pays, qui sont, de facto, d’ores et déjà partie prenante, s’accroissent de jour en jour. Les factions sunnites envisagent désormais explicitement d’attaquer le Hezbollah dans ses bases arrières en agissant au Liban : les dirigeants du mouvement Jabhat al-Nusra ont été, voici deux jours, très explicites sur ce point. L’armée formée de membres du Hezbollah et de Gardes Révolutionnaires iraniens pourrait alors (des menaces énoncées depuis Téhéran ont été claires à ce sujet) tenter de déstabiliser la Jordanie, où le régime est déjà sous la pression, sunnite, des Frères musulmans jordaniens.

La Turquie, base arrière des factions sunnites, vient de recevoir un « message » de l’armée du régime Assad, sous la forme de l’attentat commis à Reyhanli, récemment, dans la zone frontalière turco-syrienne. Le choix de Reyhanli n’a pas été fait au hasard : toute la zone qui entoure Hatay (l’ancienne Antioche) dans le Sud de la Turquie est habitée par une forte minorité alaouite, la minorité chiite à laquelle appartient le clan Assad, et se trouve revendiquée par la Syrie. Elle peut constituer une zone d’instabilité pour les dirigeants turcs, déjà très occupés par les possibilités de soulèvement en terres kurdes.

L’armée formée de membres du Hezbollah et de Gardes Révolutionnaires iraniens peut constituer une menace pour Israël, qui a déjà dû réagir, comme on sait, en procédant à un bombardement préventif et en renforçant ses défenses sur le Golan.

Les parties impliquées incluent du côté chiite, outre le régime Assad, le Hezbollah et l’Iran, la Russie, et, du côté sunnite, outre la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite.

La Russie entend préserver sa base navale à Tartous et a des plans pour l’agrandir. Elle est l’alliée du clan Assad et le restera jusqu’au bout. Elle est, nul ne l’ignore, l’alliée de l’Iran. Elle accepte désormais l’idée d’un régime Assad réduit et à la solde de l’Iran et du Hezbollah, dans la mesure où Poutine pense pouvoir tenir l’Iran et le Hezbollah d’une main ferme. La Russie veut d’autant moins une victoire sunnite qu’elle fait face à une agitation islamiste sunnite sur ses frontières Sud.

C’est en raison de l’implication de la Russie que la Turquie, tout en appuyant les factions sunnites, reste dans un relatif retrait.

Erdogan avait misé initialement sur le renversement d’Assad et sur l’installation au pouvoir des Frères musulmans syriens, comptant sur une victoire assez rapide de ceux-ci pour éviter un soulèvement kurde. Il pensait que l’appui de la Russie à Assad serait compensé par un appui américain au soulèvement sunnite. Cet appui américain n’est pas venu. Erdogan pensait qu’Obama appuierait les Frères musulmans syriens, comme il a appuyé les Frères musulmans en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yemen, mais l’appui n’est pas venu, car Obama n’a pas voulu affronter la Russie : la récente visite d’Erdogan à la Maison Blanche n’a rien changé. Le Qatar avait misé lui aussi sur le renversement d’Assad et comptait aussi sur un appui américain. L’Arabie Saoudite s’était peu impliquée parce qu’elle est hostile, en général, aux Frères musulmans. Elle tentait de faire survivre les factions les plus modérées au sein des factions sunnites. L’attitude des Etats Unis et d’Obama a conduit l’Arabie Saoudite, inquiète de voir émerger en Syrie un régime à la solde de l’Iran et du Hezbollah, à se rapprocher des Frères musulmans syriens.

La situation est en train de changer, disais-je. Elle va rester inextricable. J’ai noté récemment que le nœud gordien était à Téhéran. Aujourd’hui, c’est plus compliqué.

On se trouve, pour être bref, face à un régime Assad résiduel pris en main par l’Iran et le Hezbollah, eux-mêmes sous pression de la Russie, qui n’a pas intérêt à ce que la guerre se porte au Liban, mais qui n’aurait rien contre un prolongement de la guerre en Jordanie, en cas d’attaques sunnites au Liban : la Russie entend sanctuariser ce régime. La Russie entend soutenir la continuation de la guerre contre les factions sunnites.

On se trouve face à une région centrale qui n’a aucun grand protecteur international, et qui est appuyée, sans insistance, par la Turquie, qui ne veut pas froisser la Russie et doit assumer l’attitude d’Obama, et de manière plus nette par le Qatar, et désormais, par l’Arabie Saoudite. Outre les Frères musulmans syriens, et Jabhat al-Nusra, qui est une organisation de la mouvance al Qaida, cette région voit agir d’autres groupes djihadistes sunnites. Les factions sunnites considèrent être dans une lutte à mort contre leurs adversaire chiites. La Turquie ne veut pas d’une victoire du camp Assad-Hezbollah-Iran-Russie parce qu’elle sait que l’Iran en profiterait pour affaiblir la Turquie en appuyant, sans doute, les factions kurdes. Le Qatar et l’Arabie Saoudite ne veulent à aucun prix d’une victoire du camp Assad-Hezbollah-Iran-Russie parce qu’ils savent que l’Iran en sortirait renforcé.

On se trouve face à des régions kurdes aux mains de factions kurdes qui, disais-je, ont intérêt à ce que l’affrontement chiites-sunnites dure, qui peuvent à tout instant déstabiliser davantage la Turquie si l’Iran les y incite.

Le conflit a des répercussions jusqu’en Irak où des groupes sunnites font des attentats contre les chiites, qui ont pris en main le pays et en ont fait un satellite de l’Iran. En combattant les factions chiites en Irak, les factions sunnites irakiennes entendent non seulement affaiblir le pouvoir chiite en Irak, mais aussi combattre l’appui que des factions chiites irakiennes peuvent apporter à l’implication de l’Iran en Syrie.

Au début des soulèvements, les Etats Unis auraient pu appuyer les factions sunnites modérées et imposer au régime Assad un partage du pouvoir, tout en garantissant à la Russie la sauvegarde de ses intérêts à Tartous. En échange de la garantie apportée à la Russie concernant Tartous les Etats-Unis auraient aussi pu demander à la Russie de faire pression sur le régime iranien. L’administration Obama ne l’a pas fait.

La logique de la doctrine Obama aurait impliqué un appui aux Frères musulmans syriens, ce qu’attendaient Erdogan et le Qatar, Obama ne l’a pas fait, car il craignait, ai-je dit, l’affrontement, même verbal, avec la Russie. Obama ne voulait pas non plus affronter l’Iran.

Le résultat est le nœud de vipères qu’est devenu la Syrie.

L’idée d’une conférence internationale de paix pour la Syrie est une plaisanterie. Poutine a fait, voici peu, attendre John Kerry plusieurs heures à Moscou et a montré ostensiblement qu’il ne s’intéressait pas à ce que Kerry disait. Il sait que les Etats-Unis d’Obama se sont éliminés eux-mêmes de la région.

Israël dans tout cela ? Israël voit l’armée formée de membres du Hezbollah et de Gardes Révolutionnaires iraniens comme une menace, ai-je noté, et Israël voit dans cette armée une menace à juste titre. Israël renforce ses défenses sur le Golan. Israël voit que procéder à un nouveau bombardement préventif éventuel contre le Gardes révolutionnaires iraniens et le Hezbollah sera plus difficile : la Russie entend, de fait, sanctuariser le régime Assad-Hezbollah-Gardes révolutionnaires iraniens qui prend forme. Poutine l’a fait comprendre à Israël, et a dit aux dirigeants israéliens que la Russie tiendrait ce régime d’une main ferme. Je pense que les dirigeants israéliens ont des doutes : ils ne prendront pas le risque de s’en prendre aux intérêts russes, mais sauront faire comprendre au régime Assad-Hezbollah-Gardes révolutionnaires iraniens jusqu’où ne pas aller trop loin. La Russie entend préserver le régime iranien, et Poutine a dit également, semble-t-il, aux dirigeants israéliens, qu’il réfrénerait les ardeurs de Téhéran en matière nucléaire. Je pense que les dirigeants israéliens ont des doutes là encore : ils ne prendront pas de risque inconsidérés, mais sauront faire comprendre au régime iranien lui-même jusqu’où ne pas aller trop loin. Je pense qu’en cas d’absolue nécessité, Israël fera, le cas échéant, le nécessaire.

Israël doit-il se mêler davantage de la situation ? Je ne pense pas. L’Iran et le Hezbollah détestent Israël. Mais la Russie n’a strictement aucun intérêt à ce que le régime Assad-Hezbollah-Gardes révolutionnaires iraniens aille trop loin. Elle n’a pas intérêt à ce que l’Iran aille trop loin non plus.

Les factions sunnites en Syrie détestent Israël aussi, mais elles sont trop occupées par le combat en Syrie pour s’intéresser présentement à Israël. La Turquie, malgré la haine d’Erdogan envers Israël, est trop occupée elle aussi par le combat en Syrie. Le Qatar et l’Arabie Saoudite sont dans le même cas.

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Israël doit maintenir ses moyens de défense et de dissuasion, constater qu’Obama a largement contribué à créer le navrant nœud de vipères noué aujourd’hui autour de Damas, regarder avec tristesse les morts civils s’ajouter aux morts civils dans ce qui fut la Syrie, constater que quand des islamistes combattent des islamistes, ils ne combattent personne d’autre, et constater en outre qu’en arrière fonds, si, en Syrie, la peste combat le choléra, c’est parce que le monde arabe, et au delà une bonne part du monde musulman, est malade et se décompose.

Les dirigeants israéliens voient que la Russie vient occuper la position de grande puissance laissée vacante par les Etats-Unis et, tout en ayant les alliés qu’elle a, discerne la maladie et la décomposition, et discerne aussi qu’Israël est un ilot de stabilité au milieu du tumulte.

Ils voient que la Chine observe et place ses pions, patiemment : elle garde des liens avec l’Iran, mais, tout en se rapprochant de l’Arabie Saoudite, s’est beaucoup rapprochée d’Israël ces derniers temps, parce qu’elle voit elle aussi en Israël un ilot de stabilité.

Ils maintiennent et renforcent les moyens de défense et de dissuasion d’Israël, constatent qu’Obama a largement contribué à créer le navrant nœud de vipères et voient qu’en Syrie s’opère l’un des épisodes de la maladie et de la décomposition du monde arabe.

Ils voient le jeu de la Russie et de la Chine, n’ignorent pas ce que sont les Etats-Unis sous Obama, et assument la position d’Israël, ilot de stabilité.

John Kerry est venu récemment en Israël parler du « processus de paix » israélo-arabe. Les dirigeants israéliens l’ont reçu poliment, plus poliment que Poutine lorsqu’il l’a reçu récemment. Je veux penser qu’en recevant John Kerry, ils songeaient à autre chose que ce dont John Kerry parlait.

L’Europe dans tout cela ? Dois-je poser la question ? Est-ce que cela existe encore, l’Europe ? La France et le Royaume Uni voudraient armer les factions sunnites en Syrie pour faire plaisir au Qatar. L’Allemagne n’a aucune envie de faire plaisir au Qatar. La décision européenne sera de ne pas prendre de décision.

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