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Publié par Michel Garroté le 20 juin 2013

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Michel Garroté, réd en chef  –-  En France, les mythes antisémites, judéophobes, israélophobes et antisionistes allèguent que les Juifs contrôleraient, soi-disant, les médias de ce pays. Cette allégation mensongère est d’autant plus ridicule que l’écrasante majorité des journalistes français utilisent – à l’égard du peuple juif israélien – le même langage négationniste et génocidaire que les activistes et les terroristes du Fatah et du Hamas ainsi que le langage l’Organisation de la Coopération Islamique, dont les Etats-membres (milliardaires en pétrodollars) constituent de puissants lobbies en France.

La vérité, c’est que les Juifs ne contrôlent pas les médias français. Certains journalistes français ont peut-être un nom de famille présumé d’origine juive. Mais ils sont athées de gauche. Ils ne défendent ni le judaïsme en général, ni Israël en particulier. En plus, les médias communautaires spécifiquement juifs français sont tout sauf unis et solidaires entre eux.

A ce propos, la journaliste Véronique Chemla a récemment publié une version actualisée de son étude intitulée « Un paysage médiatique français Juif contrasté » (voir source en bas de page). Au long de sa carrière, Véronique Chemla a écrit des articles pour Pajamas Media, American Thinker, Ami, FrontPage Mag, Guysen International News, Haaretz et L’Arche. Ci-dessous, des extraits adaptés de son étude intitulée « Un paysage médiatique français Juif contrasté ».

Véronique Chemla écrit (extraits adaptés ; voir source en bas de page) : Journaux, radios, télévision, sites, blogs et groupes sur internet. Les médias Juifs français sont variés, mais certains s’avèrent problématiques en raison de leur manque de professionnalisme – lectures ou paraphrases fréquentes de dépêches d’agences, rares couvertures physiques d’évènements, non-journalistes comme directeurs de publication ou rédacteurs d’articles, étroite proximité avec la communauté française Juive institutionnalisée, contenus parfois non attrayants, registre lexical biaisé, conflits d’intérêts, etc. -, de leur mode de management, de leur recours tardif et piètre aux nouvelles technologies de l’information et de leur audience essentiellement communautaire et souvent déclinante. Des témoignages de vitalité intellectuelle sont devenus des indicateurs de faiblesse. Des signes inquiétants pour les Français Juifs et leurs organisations, et ce, en pleine recrudescence du nombre d’actes antisémites et de guerre médiatique et idéologique contre Israël. La communauté Juive française est en voie de perdre la guerre de la communication et a laissé la narratif palestinien imprégner profondément et durablement la doxa, et ce, au détriment de la vérité historique.

Véronique Chemla : Et ce aussi, malgré ses médias – journaux, etc. – qui traversent des crises. Crise de positionnement : équilibre délicat entre spécificité Juive et ouverture au monde, entre contre-pouvoir, flagornerie et indépendance bridée. Crise liée à une adaptation tardive et insuffisante à Internet. Crise liée au management : oppositions idéologiques et parfois personnelles entre médias, opacités décisionnelle et financière, absence d’adaptations aux mutations technologiques et manque d’anticipations des mutations de lectorats, prises de décisions sans concertation avec des experts, appui d’organisations communautaires à feu « Proche-Orient.info » au lieu du soutien à l’agence de presse Guysen qui a développé un groupe médiatique sous la direction de Guy Senbel et Dominique Fitoussi. Perception erronée d’Internet : loin de réduire les coûts de production, la toile requiert des financements lourds, des spécialistes excellents, une actualisation rapide des informations, des stratégies ciblées fragmentant les publics et conjuguant site, blogs de journalistes et réseaux sociaux, etc. Crise de lectorat : faible écho et rare influence de ces médias au-delà des Juifs français, évolution des modes de consommation culturelle au détriment de la presse imprimée payante, baisse de l’audience et de la crédibilité de médias, inadaptation des contenus à l’intérêt des lecteurs. Crise financière : nombre réduit et réticences d’annonceurs, en terme d’image, à intégrer dans leur campagne publicitaire des médias Juifs ou politiquement orientés en faveur d’Israël. Crise liée à l’absence généralisée d’institutions représentatives du personnel, notamment les syndicats. Crise de qualité par des licenciements injustifiés de journalistes talentueux, par l’absence d’analyse d’évènements communautaires majeurs tels le diner annuel du CRIF. « Pipolisation communautaire » : textes flattant l’ego de dirigeants communautaires, articles inintéressants sur des « filles de », etc.

Véronique Chemla : Ce qui ne manque pas d’inquiéter des institutions communautaires : si la presse Juive au lectorat essentiellement Juif disparaît et se fragmente en éclatant les lectorats en micro-cibles et en limitant le périmètre des sujets traités, comment ces associations vont-elles communiquer en direction des Juifs français ? Comment les autorités politiques françaises vont-elles considérer la communauté Juive française ? Ces médias recourent à des journalistes souvent Juifs, partageant généralement leurs sensibilités politiques. Des médias français Juifs non-institutionnels entretiennent des relations complexes avec la communauté juive institutionnalisée. Ils dépendent largement de cette dernière en termes publicitaires. Voici quelques années, le directeur d’un média important Juif a déploré les mesures de rétorsion d’annonceurs furieux d’un numéro désagréable à leur égard : plus de publicités payantes dans ce média ! Et ce directeur de ce média a sollicité le président d’une organisation Juive française majeure afin qu’il plaide sa cause auprès de ces annonceurs. Et ceux-ci sont revenus.

Véronique Chemla : Les relations entre ces médias communautaires et leurs lecteurs/auditeurs/Internautes ? Un aperçu est donné lors des forums des auditeurs, lors des courriers des lecteurs, et sur les réseaux sociaux. Ainsi, le 19 mai 2013, le journaliste Méir Ben-Hayoun s’est indigné sur Facebook de la reprise par RCJ (radio soutenue par le Fonds Social Juif Unifié) d’une dépêche de l’AFP (Agence France Presse) critiquée pour sa couverture partiale des évènements au Proche-Orient. Trente-deux Internautes ont aimé son message. Quant aux commentaires, ils étaient peu amènes à l’égard de médias communautaires français. Ce débat sur Facebook révèle de vives critiques de médias communautaires qui en semblent inconscients ou refusent toute remarque non flatteuse à leur égard.

Véronique Chemla : Des sujets tabous ? Oui. En avril 2013, des médias communautaires français ont affiché la stupeur quand a été révélée la « non-agrégation » du Grand rabbin Gilles Bernheim, alors que la rumeur de non-obtention de cette agrégation circulait déjà lors de la campagne pour l’élection du Grand rabbin de France au printemps 2008 – Philippe Karsenty, directeur de Media-Ratings, l’avait publiée le 22 mai 2006 – et m’était alors parvenue. En outre, aucun média communautaire n’a relaté le refus de l’ayant-droit d’Andrée Salomon, résistante française Juive, de voir le nom de celle-ci associé, par un plaque apposée au printemps 2013 sur le mur d’une maison d’enfants de l’OSE (Œuvre de secours aux enfants) à Eugène Schueller, »fondateur de L’Oréal [ayant] honteusement collaboré avec l’Occupant pendant la Deuxième Guerre mondiale ». Par ailleurs, aucun média communautaire n’a relayé l’information relative à la signature par Roger Fajnzylberg, actuel délégué général de la Fondation OSE-MES (Mémoire Enfance Solidarité) abritée par la Fondation du judaïsme français, d’un appel de Confluences publié dans Le Monde (7 novembre 1996) « grâce aux contributions des signataires ». Promu par les Amis de La Paix Maintenant, cet appel s’indigne des « déclarations d’intransigeance de M. Netanyahou et son souhait affiché d’imposer la paix dans l’annexion ou la judaïsation de JérusalemEst« . Enfin, pourquoi n’existe-t-il aucune autre étude des médias français Juifs, hormis la mienne ?

La presse communautaire

Véronique Chemla : Parmi les rares revues Juives savantes ayant survécu depuis le XIXe siècle : la Revue des études juives fondée en 1880. Certaines ont rapidement disparu : La Revue Juive dirigée par Albert Cohen (1925), la Revue de la pensée Juive (1949-1951). Une presse Juive savante qui rencontre des difficultés financières. En quelques années, le nombre de médias français Juifs imprimés s’est réduit en peau de chagrin. Et ce n’est pas faute d’un manque de lecteurs potentiels : avec environ 500’000 âmes, voire 600’000 âmes, cette communauté est la première numériquement en Europe. Depuis 1981, Actualité juive hebdo (appelé aussi Actu J) couvre l’actualité communautaire en France et dans le monde, et se prévaut d’une bonne vitrine sur Internet (site, page Facebook). Il tire à 17’500 exemplaires – « le plus fort tirage de la presse juive en France » – et avance 80’000 lecteurs par semaine. Il privilégie les ventes par abonnements et par numéro dans des magasins d’alimentation casher. Le « numéro en cours et les archives » sont disponibles en « version numérique sur PC/Mac/Tablettes/Smartphone » grâce à une application à télécharger. Le mercredi soir, Bernard Abouaf, directeur de la rédaction de Radio Chalom et membre du comité de rédaction d’Actualité juive hebdo, donne la parole à une journaliste de cet hebdomadaire afin qu’elle présente le sommaire et le dossier du numéro de la semaine de ce journal. A partir du 9 janvier 2013, Actualité juive hebdo est disponible en classe Affaires dans les vols vers/de Tel-Aviv et de/vers Paris, Marseille, Genève et Bruxelles, ainsi que dans les salons VIP d’El Al à l’aéroport Charles de Gaulle et de Ben Gourion.

Véronique Chemla : Michael Blum est le correspondant en Israël de ce journal et de l’AFP (Agence France Presse). Celle-ci est très critiquée pour sa couverture biaisée, en particulier son registre lexical partial : « colonies » au lieu de localités, etc. Le 25 avril 2013, l’article de Michael Blum Quelques questions aux candidats de la 8e circonscription a suscité une polémique sur Internet. Un des candidats, Jonathan Simon-Sellem, lui a vivement répondu.

Véronique Chemla : Autre  correspondante en Israël d’Actualité juive hebdo : Caroll Azoulay. En 2012 et en 2013, elle a été la « conseillère en communication et en presse » (« Communication and press advisor) de Valérie Hoffenberg, candidate UMP lors des élections législatives françaises dans la 8e circonscription des Français établis hors de France en 2012 et en 2013. Dans son n° 1 212 (31 mai 2012), Actualité juive hebdo a publié les interviews des dix candidats : les interviews de Daphna Poznanski et de Valérie Hoffenberg, ainsi que les portraits de quatre autres candidats, n’étaient pas signés. Dans son n° 1 252 (25 avril 2013), Actualité juive hebdo a publié l’article de Caroll Azoulay titré « J.F. Copé et C. Goasguen en Israël », illustré par une photographie de ces politiciens entourant Valérie Hoffenberg, et publié sur un fond coloré pour bien le distinguer des autres articles.

Véronique Chemla : Dans son n°1 256 (30 mai 2013), ce journal a publié la longue interview de Claude Brightman, qui dirige le Collège académique de Netanya ayant remis, lors de la campagne électorale pour ces élections partielles, un « diplôme honoris causa » à cet ancien Président de la République. Claude Brightman a déclaré : « En octobre dernier, j’ai transmis cette invitation relayée par la vice-présidente des Amis français du campus francophone, Valérie Hoffenberg ». Or, cet article « oublie » d’indiquer que Claude Brightman soutient la candidate Valérie Hoffenberg et est une des responsables de sa campagne électorale en 2013. N’y-a-t-il pas là un grave conflit d’intérêts pour Caroll Azoulay, journaliste et « conseillère en communication et en presse » de Valérie Hoffenberg ? Actualité juive hebdo en était-il informé ? En tout cas, les lecteurs ne l’ont pas été. Ne serait-il pas temps que ce journal leur donne enfin cette information et veille avec plus de rigueur au respect de la déontologie journalistique, gage de crédibilité ? Devant ce cumul problématique de casquettes professionnelles par Caroll Azoulay, on peine à distinguer qui a payé ces articles : Actualité juive hebdo ou/et Valérie Hoffenberg ? Les comptes de campagne de cette candidate UMP retracent-ils toutes les prestations de sa « conseillère en communication et en presse » Caroll Azoulay ? Dans son n°1 258 (13 juin 2013), Actualité juive hebdo a publié l’article Meyer Habib élu député signé par Caroll Azoulay. Le lecteur découvrait moultes informations intéressantes sur la campagne électorale de ce candidat. Quel dommage que ces informations aient été portées à la connaissance des lecteurs de cet hebdomadaire … après l’élection de Meyer Habib, député UDI (Union des démocrates et indépendants).

Véronique Chemla : Preuves de l’importance d’Actualité juive hebdo : entre les deux tours de l’élection présidentielle, ce journal populaire a obtenu les interviews des candidats Nicolas Sarkozy – celui-ci a affirmé le caractère Juif de l’Etat d’Israël, alors qu’il l’avait contesté lors d’une précédente interview sur la fréquence Juive francilienne – et François Hollande ; il offre une tribune régulière aux dirigeants des principales organisations communautaires, ce qui peut susciter des questionnements déontologiques.

Véronique Chemla : Depuis le décès de son fondateur, directeur et rédacteur en chef Juif orthodoxe, Serge Bénattar en juillet 2012, Actualité juive hebdo, qui a « traversé différentes épreuves qui ont échoué à » le déstabiliser (Actualité juive, 24 mai 2012), a pour rédactrice en chef, Lydia Bénattar, veuve de Serge Bénattar, et pour conseiller à la rédaction Bernard Abouaf. Signé auparavant par Serge Bénattar, l’éditorial de l’hebdomadaire a disparu. Est alors apparu un « Billet », à la périodicité irrégulière et confié à des personnalités extérieures à la publication : le grand rabbin de France Gilles Bernheim, Me Gilles-William Goldnadel, président de l’association France-Israël, etc. Ce qui ne manque pas de susciter des interrogations : absence de journaliste dans la rédaction susceptible d’éditorialiser ? Refus de recruter un éditorialiste par fidélité à la mémoire du défunt rédacteur en chef ? Crainte de l’émergence d’un pouvoir éditorial interne au sein d’une entreprise familiale ? Cette carence révèle une fragilité essentielle tant l’éditorial occupe une place privilégiée dans un journal : il fixe un cap, renforce le lien avec le lectorat en le fidélisant par ce rendez-vous régulier et une voix devenue familière, il se fait souvent le porte-parole de citoyens anonymes, etc.

Véronique Chemla : Ce journal a été au centre d’une controverse grave révélant des carences informatives ou un parti pris idéologique, l’absence de contrôle par une personnalité compétente, etc. Dans le n°1201 (8 mars 2012) d’Actualité juive, Eric Keslassy a écrit : « Le droit international n’est pas favorable à Israël. Jérusalem-Est est considéré comme un « territoire palestinien occupé » par l’ONU – s’appuyant notamment sur la résolution 242 qui réclame « le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés « suite à la guerre des Six-jours ». Le n°1202 (15 mars 2012) d’Actualité juive a publié une « Mise au point » de Meyer Dadi, vice-président de SIONA, puis la réponse d’Eric Keslassy. Meyer David rappelait : « La traduction est volontairement tendancieuse, alors que la version anglaise qui est celle qui a été votée et qui dit : « Withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict » parle de « retrait de territoires »… Il est inapproprié de parler de droit international concernant Jérusalem puisque pour le droit international, toutes les frontières supposées ne sont que des lignes d’armistice, donc provisoires en attendant un règlement définitif. Par ailleurs, cette résolution parle de retrait des forces armées israéliennes et non de céder la souveraineté des territoires ». Eric Keslassy lui a répondu : « Le français est l’une des six langues officielles utilisées par l’ONU ».

Véronique Chemla : C’est le texte de la résolution 58/292 adoptée par l’Assemblée générales des Nations unies le 14 mai 2004 qui fait état de Jérusalem-Est comme un « territoire palestinien occupé ». Or, Le droit international, notamment la conférence de San Remo (1920), soutient les revendications territoriales de l’Etat Juif. En outre, les rédacteurs et promoteurs – de cette résolution (22 novembre 1967) ont clairement indiqué que « Withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict » signifiait le retrait « de territoires », et non « des » ou « de tous les territoires ». La version en anglais fait donc seule foi. De plus, pour Arthur Goldberg, ambassadeur américain aux Nations Unies, la résolution 242 ne fait pas obstacle à la réunification israélienne de Jérusalem. Par ailleurs, composée de pays arabes alliés à des Etats du bloc des non-alignés, la majorité automatique anti-israélienne sévit à l’ONU, notamment à son Assemblée générale. Enfin, « Jérusalem-Est » est repris de la propagande palestinienne. « ‘Jérusalem-Est’ n’existe pas en tant qu’entité administrative. Ce terme regroupe l’ensemble des quartiers et espaces de Jérusalem situés à l’est de la « ligne verte », l’ancienne ligne de cessez-le-feu israélo-jordanienne en vigueur de 1949 à 1967. Rattachés à la Jérusalem israélienne (« Jérusalem-Ouest») en juin 1967, au lendemain de la guerre des Six Jours, ils se situent en fait au nord, à l’est et au sud de celle-ci.

Véronique Chemla : Les relations avec l’ambassade d’Israël ? Un exemple récent les illustre. L’ambassade d’Israël en France organise une réception annuelle pour l’anniversaire de la refondation de l’Etat Juif (Yom Haatsmaout, 5 Iyar 5708). Le 17 avril 2013, quelques numéros d’Actualité juive, avaient été amenés par Lydie Bénattar et Sandrine Szwarc, respectivement directrice et responsable des pages Culture de cet hebdomadaire, et déposés gracieusement dans la Salle Wagram accueillant l’évènement. Dans son article laudateur publié par Actualité juive du 26 avril 2013 et immédiatement promu par Nosnondits, « blog non officiel du service de presse de l’ambassade d’Israël en France« , Sandrine Szwarc évoque des « personnalités politiques de tout bord » parmi l’assistance. Or, publiée par CoolIsrael sous le titre tonitruant Le Tout-Paris présent à la soirée de l’indépendance d’Israël, une vidéo dément ces allégations : au fil des ans, cette soirée s’est « communautarisée ». Pourquoi ne pas l’écrire ?

Véronique Chemla : Actualité juive hebdo n’a pas été détrônée par la déclinaison française depuis 2007  d’Hamodia, hebdomadaire Juif orthodoxe, familial, sérieux, centré sur l’actualité israélienne et le judaïsme, adapté à tous les âges, bénéficiant de bons journalistes, dont Daniel Haïk, ainsi que d’un éditorialiste et essayiste célèbre, Michel Gurfinkiel, et ayant opté pour un mode de ventes identique.

Véronique Chemla : Lancé en novembre 1986 par de jeunes rabbins, Kountrass Famille est un mensuel Juif orthodoxe qui contient des enseignements de la Torah et traite de l’actualité internationale et israélienne.

Véronique Chemla : En 2011 : le mensuel L’Arche, magazine créé en 1957 par le Fonds social juif unifié (FSJU), se transforme en trimestriel ; après plusieurs changements de propriétaires, s’opère la mutation du mensuel imprimé Tribune juive, magazine créé sous le titre de Bulletin de nos communautés d’Alsace et de Lorraine par le rabbin Jacquot Grünewald voici environ cinquante ans, en une version numérique. TJ Presse a été mise en liquidation judiciaire au printemps 2011. « Les derniers mois, nous avions 3’600 abonnés alors qu’il y en avait 20’000 auparavant », a déclaré Michaël Abizdid, directeur de la publication, à Actualité juive (14 avril 2012). Il se définit plus comme un « mécène pour la communauté pour l’aider à garder un média juif » que comme un « repreneur » dans cette « opération ». Il évoque la crise de 2009 difficile « sur le plan des annonces publicitaires ». Le déficit s’élevait « à 350’000 euros par an ». Tribune Juive aurait dû prendre le virage Internet « parce qu’il faut resserrer les coûts », « mais n’en a pas eu le temps ». Il a été le directeur de la campagne de l’ancien grand rabbin de France Joseph Sitruk. Depuis septembre 2012, Tribune Juive diffuse une newsletter hebdomadaire. A noter que Tribune Juive et Actualité juive ont publié des critiques élogieuses ou sans esprit critique de l’exposition collective, souvent biaisée et plus politique qu’artistique, Pluriel. Regards sur l’art contemporain israélien 2012.

Véronique Chemla : Information juive, le journal des communautés ? Ce mensuel du Consistoire israélite de France a une audience limitée et souffre d’une insuffisante modernisation. Il n’est pas non plus suffisamment intégré dans la communication globale de l’institution qui privilégie sa newsletter, les interventions du président Joël Mergui et des grands rabbins de Paris et de France sur la fréquence Juive ainsi que dans Actualité juive hebdo, et de manière faible son site Internet. Philippe Meyer, directeur d’Information juive a réagi à mes remarques.

Véronique Chemla : A noter, le lancement d’un magazine trimestriel, sur support papier et sur Internet, destiné aux enfants de 7 à 12 ans, LAMALO (Pourquoi pas, en hébreu) soutenu notamment par le FSJU, et l’apparition de magazines liés à des établissements scolaires Juifs, tel Chné-or & vous.

Véronique Chemla : Le risque serait d’une presse Juive française dominée par un, voire deux hebdomadaires à diffusion quasi-nationale et au lectorat déclinant, et constituée de périodiques aux micro-cibles : fidèles d’une communauté (trimestriel Tribu 12), élèves et parents d’élèves d’un groupe éducatif, etc.

Des radios trentenaires

Véronique Chemla : Apparues vers 1980, quatre radios franciliennes – RCJ (radio de la communauté juive soutenue par le Fonds social juif unifié), Radio Shalom, Radio J et Judaïques FM – se partagent la fréquence Juive (94.8 FM). Une preuve de faiblesse pour la première communauté Juive européenne. A titre de comparaison : la communauté musulmane ou/et arabe, qui est la plus importante en Europe, dispose de plusieurs fréquences pour ses diverses radios : Beur FM, Radio Orient, Radio Salam, Radio Soleil, etc.

Véronique Chemla : Le shabbat et lors des fêtes religieuses juives, cette fréquence Juive diffuse un programme enregistré. Exception : lors de la guerre contre le Hezbollah au Liban (2006), Radio J a ouvert son antenne pour des programmes originaux en direct d’Israël.

Véronique Chemla : La grille des programmes de ces radios Juives révèle un large positionnement : des émissions sur la religion juive, voire le judéo-espagnol ou le yiddish, voisinent d’autres sans thématique Juive. La programmation musicale lasse tant elle est monotone, répétitive. A noter, la diffusion en 2002 et en exclusivité par RCJ de la chanson Le Sable et le soldat écrite par Serge Gainsbourg à la demande du conseiller culturel de l’ambassade d’Israël en France lors de la Guerre des Six-Jours (juin 1967). RCJ a aussi diffusé la version en hébreu par la chorale de Tsahal de cette chanson lyrique et sobre (1’40 ») qui était détenue par Kol Israël : « Quitte à mourir pour le sable d’Israël, la terre d’Israël, les enfants d’Israël / Je défendrai contre tout ennemi / Le sable et la terre qui m’étaient promis / Quitte à mourir pour le sable d’Israël, les villes d’Israël, le pays d’Israël / Tous les Goliath venus des pyramides / Reculeront devant l’étoile de David ».

Véronique Chemla : Au début de l’Intifada II, les chroniques du philosophe Alain Finkielkraut lors de l’émission ‘Qui vive ?’ de RCJ animée par Ilana Cicurel faisaient l’objet d’une écoute particulièrement attentive des auditeurs, au-delà de la communauté française Juive. Les réflexions d’Alain Finkielkraut sur l’actualité nationale et internationale lui ont valu plusieurs procès, qu’il a gagnés, notamment contre le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) et Eyal Sivan, réalisateur du controversé Route 181. Depuis le 6 janvier 2013, Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy, directrice de la rédaction de Causeur, commentent l’actualité dans l’émission dominicale L’esprit d’escalier.

Véronique Chemla : Depuis environ un an, RCJ s’oriente vers le multimédia : articles, vidéos, émissions radiophoniques en direct et en différé, photos. Ainsi, RCJ diffuse les vidéos de ses Grands entretiens avec des politiciens sur son site Internet et sur les réseaux sociaux (Youtube). Les Forums en direct des auditeurs de Radio Shalom et de Radio J permettent de sentir battre le pouls de la communauté juive. Dans ces espaces, s’infiltrent parfois des antisionistes. Certaines de ces radios sont présentes aussi par un site web où elles publient les enregistrements de certaines émissions (RCJ, Judaïques FM) -, un blog, une page Facebook, et exceptionnellement un compte Twitter de journaliste.

Véronique Chemla : Deux radios – RCJ et Judaïques FM – ont transformé leur site Internet en site multimédia. La métamorphose du site de RCJ est cependant plus achevée. A l’automne 2012, Judaïques FM, présidée par Vladimir Spiro et Gérard Akoun, a modifié son site Internet pour y associer en plus des archives de ses émissions, des vidéos, mais renvoie vers d’autres sites de médias imprimés : The New York Times, Le Monde et Ynet (Yediot Aharonot). Cette « radio du judaïsme français soutient un juste compromis dans le conflit Israélo-palestinien ». Si Radio Shalom et Judaïques FM se sont positionnés sur la gauche des échiquiers politiques, français et israélien, Radio J affiche sa proximité avec les partisans de la Judée et de la Samarie, et organise des diners de collectes de fonds afin de financer le passage au numérique. Le 15 novembre 2011, pour fêter ses 30 ans, Serge Hajdenberg a organisé un dîner dont le principal invité d’honneur était le ministre français de l’Intérieur et chargé des Cultes, alors Claude Guéant.

Véronique Chemla : En octobre 2010, Radio J a créé le blog Justice pour Ilan Halimi pour élargir sa couverture exceptionnelle des audiences du procès en appel du gang des Barbares qui se sont déroulées à publicité restreinte. A la différence du procès en première instance, les Internautes ont pu bénéficier, outre les articles d’Elsa Vigoureux, journaliste au Nouvel Observateur, d’interviews et de reportages radiophoniques par le journaliste Eric Haddad.

Véronique Chemla : Une des rares émissions de radios françaises Juives à avoir atteint une dimension nationale est le Forum dominical de Radio J animé notamment par Frédéric Haziza. En mars 2011, l’invitation de Marine Le Pen, présidente du Front national (FN), a suscité l’indignation de responsables communautaires et la division au sein de la direction de la radio. Radio J a rapidement décidé de ne pas l’accueillir dans son Forum.

Véronique Chemla : Lors de la semaine du 21 mai 2012, les auditeurs de Radio J et de Radio Chalom ont eu la surprise d’entendre un texte révélant le règlement amiable ayant résolu le grave différend entre Guy Rozanowicz, secrétaire général de Radio J, et Robert Assaraf, président de Radio Shalom.

Véronique Chemla : Fin juin 2012, Serge Hajdenberg a lu sur Radio J une tribune critiquant de manière virulente Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), l’accusant de s’être prononcé pour un des deux candidats à l’élection présidentielle, et s’achevant par « Dégage ! » Le 30 juin 2012, Richard Prasquier niait tout soutien à un candidat et qualifiait Serge Hajdenberg d' »individu isolé qui utilise sa radio pour exhaler ses haines et ses frustrations« . Lors de l’assemblée générale du CRIF du 1er juillet 2012, un vote de confiance à son président et à son bureau exécutif a recueilli 98% des suffrages exprimés à main levée. Le 5 juillet 2012, sur Radio J, Serge Hajdenberg a relaté le déroulement de ce vote, et a réitéré ses questions, notamment pourquoi l’absence de convocation d’assemblée générale (AG) extraordinaire après la tuerie antisémite à Toulouse ? Il a conclu en espérant une réflexion sur le travail en profondeur à entamer concernant la communauté française Juive, dont la future direction du CRIF, et l’espoir que les candidats à la présidence du CRIF présentent rapidement leurs programmes afin qu’ils soient critiqués. Le 9 juillet 2012, lors de sa chronique hebdomadaire sur Judaïques FM, Roger Cukierman a stigmatisé l’absence de courtoisie du directeur de Radio J ainsi que les « attaques vulgaires » et autres « invectives ». Le 11 juillet 2012, la polémique rebondit avec l’interview de Serge Hajdenberg par Guy Rozanowicz. Serge Hajdenberg maintient ses dires – « conflits personnels [Nda : de Richard Prasquier] avec des responsables communautaires : Sammy Ghozlan, SIONA », « les AG du CRIF ne servent à rien sinon à approuver les comptes », « haine [Nda : de Richard Prasquier] pour des médias Juifs » car il aurait « peur de la critique » -, et leur forme. Et affirme avoir le soutien d’autres dirigeants communautaires.

Véronique Chemla : Scoop de Radio J. Le 9 septembre 2012, cette radio a diffusé l’interview en français de Reza Pahlavi, fils de l’ancien Shah d’Iran et de l’impératrice Farah Pahlavi, par Michel Zerbib et Guy Rozanowicz. Et c’est Dominique Lunel qui a tweeté à 15 h 18, en direct, pour signaler cette interview. Le 11 septembre 2012, l’UPJF (Union des patrons Juifs de France), dont le président Claude Barouch a assisté à l’interview, a posté la vidéo de cette interview sur YouTube. A partir du printemps 2013, Radio J est diffusée sur les vols d’El Al.

Véronique Chemla : De plus, l’affaire al-Dura a opéré un clivage entre ces médias. Radio J l’a couverte dès l’origine en laissant la parole aux parties tout en soutenant la thèse de la mise en scène, dont Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Metula News Agency, et Philippe Karsenty, directeur de Media-Ratings. Les autres radios ont hésité, voire souvent évité d’interviewer ceux qui ont douté de l’authenticité du reportage de Charles Enderlin et de Talal Abu Rahma diffusé sur France 2 le 30 septembre 2000. Lors de la conférence de presse du 18 novembre 2004 organisée par Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, au siège de France Télévisions, le directeur de la rédaction d’une de ces radios juives a assuré Mme Chabot que, s’il recevait les articles de la Mena (Metula News Agency, agence de presse ayant effectué les premières enquêtes en français), il se gardait bien de les lire et ne croyait pas en la thèse de la mise en scène.

Véronique Chemla : Lors de la convention du CRIF du 13 janvier 2013, Philippe Karsenty, directeur de Media-Ratings, a notamment indiqué que la seule radio de la fréquence Juive francilienne à l’avoir interviewé sur l’affaire al-Dura est Radio J. Lors de l’audience du 16 janvier 2013 devant la Cour d’appel de Paris dans la procédure pour diffamation intentée par Charles Enderlin et France 2 contre M. Karsenty, aucun journaliste de ces médias communautaires n’y a assisté. Alléluia ! Après la publication le 19 mai 2013 du rapport du gouvernement israélien sur l’incident al-Dura, Shlomo Malka a interviewé Philippe Karsenty lors du journal de RCJ à 12 h 30. RCJ l’a présenté à tort comme « avocat« , et comme l’a relevé le journaliste Méir Ben-Hayoun, RCJ a annoncé ce rapport par une dépêche de l’AFP. Le 11 juin 2013, sur Radio Shalom, Bernard Abouaf a enfin interviewé Philippe Karsenty afin que celui-ci réponde à la question d’un auditeur posée la veille.

Véronique Chemla : Curieusement, Philippe Karsenty n’a été interviewé par aucune de ces radios en tant que candidat indépendant dans la 8e circonscription incluant l’Etat d’Israël en juin 2012. Quand Bernard Abouaf, directeur de la rédaction de Radio Shalom, a interviewé « l’ensemble des candidats les plus crédibles, qui ont une chance d’accéder à cette élection » dans cette circonscription, il a omis Philippe Karsenty : il a interviewé Valérie Hoffenberg (UMP) le 30 mai 2012 (environ 15 minutes) et Gil Taieb, loué par le socialiste Jack Lang, le 31 mai 2012 (environ 11 minutes) – deux personnalités souvent invitées par cette radio. Bernard Abouaf a alors annoncé qu’il allait interviewer la socialiste le 1er juin 2012 Daphna Poznansky – celle-ci sera interviewée le 5 juin 2012 sur Radio Shalom. Soit quelques jours avant le premier tour de scrutin du 3 juin 2012. Philippe Karsenty est arrivé en tête des votes en Israël en y incluant Jérusalem non pris en compte par le ministère des Affaires étrangères, suivi par Gil Taieb, Daphna Poznansky puis Valérie Hoffenberg.

Véronique Chemla : Le 22 avril 2013, Paule-Henriette Lévy sur RCJ et Eva Soto sur Judaïques FM, journalistes présentant les flashes d’informations, ont parlé de « deux jeunes hommes », au lieu de deux terroristes ayant causé les attentats islamistes à Boston, « berceau de la révolution américaine » (André Kaspi), le 15 avril 2013.

Véronique Chemla : Certaines émissions de ces radios sont rediffusées par leurs homologues en province, voire parfois sur une radio israélienne francophone. Les communautés Juives de province se sont aussi dotées de radios, présentes aussi sur Internet, telle la dynamique Radio Chalom Nitsan (RCN) sur la Côte d’Azur.

Véronique Chemla : Après huit ans d’émissions sur le câble et le satellite, TFJ (Télévision française Juive) a disparu en 2006 lors d’une procédure judiciaire. Elle avait notamment interviewé des membres de la famille du DJ Sébastien Selam.

Véronique Chemla : La récente Khoutspa TV « la TV qui ose tout » a retenu un mode de diffusion original : publication de ses reportages filmés dans sa page Facebook et sur les réseaux de partages de vidéos (YouTube, DailyMotion). Elle a révélé l’antisémitisme et l’anti-israélisme d’individus brandissant des drapeaux palestiniens, place de la Bastille (Paris), le 6 mai 2012 (La Palestine à Paris).

Véronique Chemla : Reste la chaine israélienne francophone Guysen TV pour les Internautes et les abonnés au câble ou au satellite. Fondée par Guy Senbel et Dominique Fitoussi, Guysen TV a été rachetée à l’été 2012 par Patrick Drahi et Haïm Slutzky qui ont confié la direction de la nouvelle chaine trilingue à Frank Melloul.

Blogs et groupes

Véronique Chemla : L’essor d’Internet a bousculé les Français Juifs, leurs institutions et médias : propagandes haineuses antisémites, antijuives ou anti-israéliennes, réinformation en faveur de l’Etat d’Israël et du judaïsme, articles à la lecture gratuite en plusieurs langues, etc. Si les Français Juifs se sont adaptés à la toile qui leur fournit, tous les médias Juifs n’ont pas opéré avec succès la mutation. D’autant qu’il a coïncidé avec le déclenchement de l’Intifada II, de désinformations par des médias nationaux. Soutenu par des organisations communautaires et des investisseurs privés, le site Proche-Orient.info a été lancé en 2002, quasi en même temps que l’agence de presse Guysen. Dirigé par la journaliste Elisabeth Schemla, il a disparu à l’automne 2006 en raison de « difficultés économiques ».

Véronique Chemla : Se sont développés depuis une dizaine d’années des groupes Yahoo (créé le 23 octobre 2000, le groupe Réponses-Israël aux 5’600 membres est particulièrement actif vers 2001 et 2002 et des sites Internet (Desinfos.com, Col.fr, JForum) ainsi que des blogs français qui publient gracieusement des articles originaux ou traduits en français, et assurent une présence active sur le front de l’information : Europe-Israël, Israël-Infos, le culturel Jewpop. A ceux-ci s’ajoutent les groupes (Belsef, Desintox-be) ou blogs francophones, tels JSSNews, Debriefing et Philosémitisme et bien d’autres. (Nda : l’agence de presse Mena est israélienne). Et j’oublie d’autres initiatives. Ces médias ont permis aux Juifs francophones de desserrer l’étau de leur marginalisation, de se sentir moins isolés lors de l’Intifada II, de combattre dans la guerre médiatique contre Israël, et de gagner des batailles. Ce sont des blogs ou des mailings lists d’Internautes Juifs qui ont diffusé des argumentaires précis sur l’abattage rituel juif (che’ita). Ils ont ainsi pallié les carences informatives des Consistoires israélites français. Une partie du combat contre la désinformation incombe donc aussi à des individus dévoués, rarement des professionnels de l’information, qui publient des articles originaux ou traduits de sources généralement anglophones et occultées par le « politiquement correct ».

Communications institutionnelles

Véronique Chemla : Les institutions françaises juives ont perçu l’utilité de se doter de médias considérés comme vecteurs de communication externe et interne : Mila, revue trimestrielle de l’organisation des femmes sionistes WIZO France « distribuée auprès de 5’000 femmes actives », Osmose, magazine longtemps trimestriel de l’OSE (Œuvre de Secours aux enfants) au tirage de « 14’500 exemplaires » au printemps 2012, Jamif, journal mensuel de l’AMIF (Association des médecins israélites de France), etc. Des journaux aux formats variés, souvent celui d’un newsmagazine et dotés aussi d’une version électronique, temporaire ou permanente. On ne peut que déplorer la reproduction par des magazines, adossés ou non à des organisations françaises Juives dont certaines lancent des appels publics aux donateurs, d’articles et de photographies sans solliciter l’autorisation de leur auteur, sans les créditer et sans les rémunérer. Ce qui certes valorise ces périodiques sans bourse délier, mais n’est ni respectueux ni conforme au droit et à ces auteurs. Et ce qui occasionne des condamnations judiciaires non mentionnées aux donateurs ou abonnés.

Véronique Chemla : Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) demeure actif en lançant son site web, une newsletter en français et anglais, un compte Twitter, une page Facebook. A la différence du Consistoire, le CRIF hésite sur le positionnement de son site Internet : espace institutionnel – vecteur de sa communication externe, publication d’éditoriaux de son président, etc. – ou plate-forme accueillant les opinions les plus diverses, et parfois controversées ? En outre, la newsletter du CRIF souffre aussi d’une hiérarchisation parfois aberrante des sujets évoqués : par exemple, est placée en première place, avant un article sur l’actualité internationale ou politique, l’annonce de telle ou telle décoration républicaine remise à un dirigeant communautaire français. Le 29 octobre 2012, le CRIF a publié une revue de presse de l’actualité culturelle de novembre, d’environ 28 pages, établie par Marc Knobel, chercheur au CRIF. Celui-ci mentionne l’exposition du designer Guillaume Bardet à Montélimar, et non celle sur Soutine au musée de l’Orangerie. Curieusement, la newsletter et le site Internet du CRIF n’ont publié aucun article sur l’audience du 16 janvier 2013, alors que Richard Prasquier y avait assisté, alors qu’ils ont informé sur l’appel du SNJ (Syndicat national des journalistes) à manifester par solidarité avec Charles Enderlin, etc. Le reste est à l’avenant.

Véronique Chemla : Vers la mi-février 2013, le CRIF a annoncé, dans la revue de presse de sa newsletter et sur son site, et sous le titre Juifs d’Europe en danger : un documentaire israélien édifiant le documentaire Alla Islam, sur les traces de la conquête de l’Europe par l’islamisme, réalisé par deux journalistes israéliens, Zvi Yehezkeli et David Deryi. Dans sa tribune Le CRIF publie sur son site un documentaire plus que douteux du 20 février 2013 sur Rue 89, Guillaume Weill-Raynal a cité quelques passages de ce documentaire qui a « été dénoncé par de nombreuses voix » lors de sa diffusion en Israël à l’automne 2012. Le 22 février 2013, Richard Prasquier a déclaré : « On n’est pas allé au bout de la procédure de contrôle ». Après avoir visionné ce film, il a estimé que ce documentaire, qui dramatise inutilement la situation des Juifs européens, « n’avait pas sa place sur le site du CRIF ». Ce film a été diffusé en Israël et demeure visible notamment sur Youtube, mais il a disparu du site Internet du CRIF « islamiquement correct ». Cette décision de retrait a été qualifiée de « bonne chose » par l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi. Il est surprenant qu’une seule voix française soit parvenue à cette autocensure affligeante. Doit-on rappeler qu’une revue de presse présente les actualités et que casser un thermomètre ne favorise pas la guérison du malade ? De plus, le 11 octobre 2011, Arte a diffusé le reportage sur La vie juive en Europe qui décrivait un « antisémitisme qui est surtout le fait de musulmans« , notamment marocains, à Malmö (Suède). Ce qui n’a pas suscité l’ire de M. Weill-Raynal ni d’aucune autorité musulmane en Europe. Une polémique déclenchée alors que le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) a publié un rapport alarmant sur l’antisémitisme en 2012. Le 21 février 2013, sur Radio J, Ron Rafaeli indiquait que les victimes de ces violences antisémites décrivaient majoritairement leurs agresseurs comme de type maghrébin. Plus que son prédécesseur Roger Cukierman, Richard Prasquier multiplie sur le site du CRIF les tribunes, très argumentées, en réaction à l’actualité. Depuis le début des années 2000, le CRIF a créé une collection d’essais, Etudes du CRIF, signés d’historiens renommés – Françoise S. Ouzan -, publiés en versions papier et électronique, et parfois distribués aux invités du diner annuel du CRIF. Celui-ci s’est distancié d’une de ces études portant sur un sujet sensible, Les détours du rapprochement judéo-arabe et judéo-musulman à travers le monde, écrite par Dov Maimon, Franck Bonneveau et Dina Lahlou.

Véronique Chemla : Les Consistoires israélites recourent au mensuel Information juive. La grande synagogue de Paris dispose de La Lettre de la Victoire. Le Mouvement Juif libéral de France (MJLF) a lancé Tenou’a. Quant à l’Union libérale israélite de France (ULIF), elle s’est dotée du trimestriel Le Messager-Hamevasser. Des communautés juives locales bénéficient de médias imprimés – Neuilly -ou simplement électroniques (La e-letter de Beth Moshé, newsletter de la communauté juive d’Aulnay-sous-Bois). Conscience du lectorat réduit de leurs journaux ? Volonté d’élargir leur audience en touchant des franges plus larges, voire périphériques ? Des responsables d’organisations Juives françaises ont choisi de s’exprimer dans les principaux médias communautaires : tribunes dans Actualité juive hebdo, émission Un rabbin vous parle de feu le grand rabbin de Paris David Messas sur RCJ, chroniques hebdomadaire de Joseph Haïm Sitruk, grand rabbin de France (1987-2008) et de Joël Mergui, président des Consistoires, sur Radio J, émission Torah et Société du grand rabbin de France Gilles Bernheim sur Radio Shalom sous la forme d’une interview par Pierre Gandus, etc. C’est dans le cadre de cette émission radiophonique que le grand rabbin de France Gilles Bernheim s’est expliqué le 9 avril 2013, vers 19 h 30, sur les plagiats qu’il a commis et l’agrégation de philosophie non obtenue.

Véronique Chemla : Des organisations – UPJF (Union des patrons et professionnels Juifs de France), association France-Israël, AIU (Alliance israélite universelle), Primo-Europe, BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme), Connec’sion, Fraternité judéo-noire (FJN), Confédération des Juifs de France et amis d’Israël (CJFAI), etc. – ont articulé leur communication, parfois exclusivement, via Internet (site, newsletter), souvent en raison de manques de moyens financiers ou/et par souci de modernité. Danger d’Internet : les refontes successives des sites de l’UPJF et du Consistoire ont fait disparaître un nombre considérable d’articles pertinents, d’archives précieuses et riches en argumentaires. Le départ du précédent responsable éditorial de l’UPJF a aussi induit une modification dans le site par la réduction en particulier de la quantité de textes publiés. Dans ce paysage éclaté, face à la révolution des nouvelles technologies, les organisations Juives françaises peinent à concevoir une stratégie de communication adaptée et commune. Ainsi, organisé par le Consistoire israélite de France en partenariat avec le FSJU, le 18 mars 2012, le Congrès des communautés juives de France du 18 mars 2012 a multiplié les tables-rondes passionnantes, mais non filmées et non diffusées sur Internet. Une tâche qu’aurait pu assurer Akadem, campus numérique du FSJU.

Véronique Chemla : Un cas pratique révèle, en concentré, ces difficultés : le FSJU et ses médias. RCJ, radio du FSJU. Le FSJU est l’une des principales organisations de la communauté juive française. Ses domaines d’actions : le social, la culture, l’éducation et la jeunesse. Il offre un exemple emblématique particulièrement intéressant, tant son groupe médiatique est large et varié : radio – RCJ -, presse – L’Arche, Communauté nouvelle destiné à des donateurs de l’AUJF -, Internet : sites institutionnel et de L’Arche, etc. « Dès sa création, RCJ s’est assignée un objectif de rigueur professionnelle. C’est pourquoi elle s’est assurée notamment la collaboration de journalistes issus de milieux divers », indique le site Internet de la radio. Et de poursuivre : « Parce qu’elle est liée à une institution à caractère général et pluraliste, parce qu’elle a l’ambition de s’adresser à un public le plus large, juif et non Juif, RCJ par le langage de tous. Sans ostracisme, sans exclusive, elle se veut un espace de liberté, un moyen de communication, un outil d’identification, un lieu où une voix juive se fait entendre pour la communauté et pour la cité ». Sa programmation associe flashes et bulletins d’informations ainsi que des émissions de divertissement. Parfois dans le cadre de partenariats avec des organisations françaises ou israéliennes Juives. Le directeur d’antenne de RCJ est le journaliste-écrivain Shlomo Malka. Celui-ci a interviewé, le 14 février 2012, Simon Epstein, auteur du livre « 1930, une année dans l’histoire du peuple juif ».

Véronique Chemla : Cet historien a alors déclaré sur l’affaire al-Dura : « La réalité est qu’on ne peut pas savoir qui a tiré car les balles venaient de tous les côtés. Donc on ne peut pas affirmer que ce sont les Israéliens. Pas plus qu’on ne peut affirmer que ce sont les Palestiniens. La faute d’Enderlin a été de faire confiance à son représentant cameraman palestinien [Nda : Talal Abu Rahma] qui bien évidemment, de manière tout à fait naturelle, tout à fait humaine, a dit que c’est les Israéliens. Au début de l’Intifada il ne pouvait pas dire que ce sont peut-être les Palestiniens qui l’ont tué ». Curieusement, Shlomo Malka, dont les réparties généralement fusent, ne s’est pas indigné de cette justification au manquement à une obligation journalistique essentielle. Le 17 mars 2013, cette radio n’a pas diffusé en direct la cérémonie à Toulouse, en hommage aux victimes du djihadiste Merah. Elle a préféré diffusé l’interview de François Bayrou, président du MoDem. Aucun des deux journalistes ne l’ont interviewé sur son refus de participer en 2012 au diner du CRIF qualifié de « réunion communautaire », mais son accord pour assister au diner de l’Union des associations musulmanes (UAM) de Seine-Saint-Denis en 2007, ou sa position en 2012 en faveur de créneaux spécifiques pour les femmes dans les piscines. Ou ses déclarations le 19 mars 2013, après l’attentat antisémite à Toulouse qui selon lui s’enracinait « dans l’état d’une société » malade de ses divisions. François Bayrou avait accusé les responsables politiques qui « montrent du doigt » en fonction « des origines » et font « flamber les passions ». Des questions pertinentes le jour de la cérémonie nationale en hommage aux victimes de Merah, et à quelques jours du diner du CRIF.

Véronique Chemla : Sur RCJ, on entend parfois des journalistes parler d’« activistes » au lieu de terroristes, de « colonies » ou de « territoires occupés » au lieu d’« implantations » et de « territoires disputés », vocables conformes au droit international. Ce qui risque d’incliner les auditeurs, Juifs et non-Juifs, à penser que cette terminologie biaisée des médias dominants, les MSM (Main Stream medias), est fondée juridiquement puisqu’elle est reprise par un média Juif institutionnel. Un registre lexical partial adopté aussi notamment par Radio Chalom.

Véronique Chemla : Voici quelques mois, commentant les résultats d’élections consécutives au « printemps arabe », Paule-Henriette Lévy, rédactrice en chef de RCJ, a pourtant distingué l’islamisme de l’« islamisme modéré ». Quelques semaines plus tard, elle réfutait toute pertinence à cette distinction. Le 29 août 2012, elle alléguait lors du bulletin d’information de 8 h, que Rachel Corrie, militante américaine d’ISM, aurait été « blessée par les chenilles du bulldozer » israélien dans la bande de Gaza. Du gore – inspiré peut-être par un titre d’article du Monde -, mais faux. Rachel Corrie a été blessée par un amas de terre poussée par un bulldozer qui ne l’a pas touchée. Ainsi que l’indique le jugement argumenté du tribunal de Haïfa dont de larges extraits sont disponibles en anglais sur Internet.

Véronique Chemla : Le 17 avril 2013, vers 8 h 17, lors du bulletin d’information de RCJ, Paule-Henriette Lévy, rédactrice en chef de cette radio Juive francilienne, a annoncé la réunion politique de Valérie Hoffenberg, candidate pour l’élection législative partielle de mai 2013 dans la 8e circonscription qui inclut l’Etat d’Israël, ce 17 avril 2013 et en présence de Jean-François Copé, président de l’UMP, et de Claude Goasguen, député-maire du XVIe arr. de Paris. Cette journaliste annoncera-t-elle les réunions de tous les candidats à cette élection ? Ce n’est qu’après avoir promu cette réunion politique que Paule-Henriette Lévy a évoqué un sondage sur l’antisémitisme de jeunes Varsoviens. On peut douter de la pertinence de sa hiérarchie des informations.

Véronique Chemla : Lors d’une Matinale, Sandrine Sebbane a interviewé Dominique Cantien sur son autobiographie Avec eux, Dominique Cantien a été la compagne de Philippe Douste-Blazy, alors ministre des Affaires étrangères (2005-2007), et s’est vue proposer un poste par le successeur de ce dernier, Bernard Kouchner. Eh bien, curieusement, Sandrine Sebban n’a posé aucune question sur la diplomatie française ni sur la « politique arabe » de la France. Lors de son talk-show, Sandrine Sebbane interviewe régulièrement Francine Lutenberg, responsable des projets culturels à l’ambassade d’Israël en France. On ne peut que regretter que cette journaliste ne l’interroge pas sur des manifestations artistiques controversées – expositions, spectacles, etc. -, soutenues par le service culturel  de cette ambassade malgré leurs caractères politique et partial.

Véronique Chemla : Le 19 mars 2013, Sandrine Sebbane annonce qu’elle va parler des « Juifs de France et des musulmans de France » avec Latifa Ibn Ziaten, mère d’Imad Ibn Ziaten, une des victimes de l’islamiste Mohamed Merah en 2012. Pourquoi ne pas parler des Juifs français ? En effet, la quasi-totalité des « Juifs de France » ont la nationalité française, et elle seule. Sandrine Sebbane explique qu’il faut appeler Mohamed Merah de ‘terroriste », et non de « tueur au scooter ». Mais pourquoi ne pas qualifier ce terroriste d' »islamiste » ou de djihadiste ? Cette journaliste demeure silencieuse quand Latifa Ibn Ziaten nie tout lien entre l’islam et les attentats du moudjahidin Merah.

Véronique Chemla : Quant à Elisabeth Steiner, cette avocate a récemment interviewé Jacques Giami, président de l’association « Pro-Arte », « qui a pour but d’entretenir la mémoire de la Shoah et de diffuser la culture juive ». Elle s’est alors étonnée, ou a feint de s’étonner, qu’un Juif non ashkénaze se soit intéressé à la Shoah. Rappelons l’occupation nazie en Tunisie (1942-1943) et la déportation de Juifs de Tunisie vers les camps nazis d’extermination.

Véronique Chemla : Le 21 septembre 2012, lors du journal de 12 h 30, RCJ a évoqué l’inauguration du Mémorial de la Shoah près de l’ancien camp de transit et d’internement de Juifs à Drancy. Son envoyée sur place était Rachel Rimmer, responsable de la Communication de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah (FMS) qui a financé ce Mémorial. Rachel Rimmer a alors annoncé la présence à ses côtés de Philippe Allouche, directeur de la FMS qui a été interviewé par le journaliste responsable de l’édition de la mi-journée de RCJ sans que soit posée la moindre question sur des éléments faisant débat : absence de « prise en charge » par l’Etat, devenir du Centre dans une ère où le devoir de mémoire est perçu de manière moins aigu, etc. Rachel Rimmer prépare aussi Mémoires Vives, émission dominicale de la FMS sur RCJ. L’auditeur aurait été intéressé de connaitre les fonctions variées exercées par Rachel Rimmer et comment elle a alors concilié, simultanément, le journalisme et la communication.

Véronique Chemla : Sans aucun commentaire ni aucune photo, RCJ diffuse les discours de Nicole Guedj, présidente de la Fondation France-Israël, et Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères lors du diner de cette Fondation dans une salle, composée essentiellement de convives Français Juifs, de l’ambassadeur d’Israël Yossi Gal et de hauts diplomates, du Quai d’Orsay, le 29 novembre 2012. Des discours précédés de la projection d’un film d’archives sur le vote de l’Assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947 concernant le plan de partage de la Palestine mandataire. La nuit où la France vote pour le statut d’Etat observateur non membre à la Palestine à l’ONU, Nicole Guedj fait applaudir le président François Hollande et Laurent Fabius tente de justifier ce vote scandaleux.

L’Arche, de mensuel à trimestriel

Véronique Chemla : « Les premiers pionniers » de RCJ « furent un petit « noyau » de journalistes de la revue « l’Arche » – dont une bonne partie reste encore en place aujourd’hui – qui ont parié pour ce nouveau média ». Ainsi, Anne-Marie Baron assure la critique cinématographique dans les deux médias. Le 24 février 2011, par une lettre-circulaire électronique, Jacques Bénichou, directeur général du FSJU, a annoncé aux 73 collaborateurs – journalistes, universitaires, dessinateurs, etc. – de L’Arche « une pause dans leur collaboration » et les a exclus de la réflexion sur l’avenir du journal. Un envoi collectif que Pierre Besnainou qualifiera de « maladresse ». Le 9 mars 2012, sur RCJ, alors que le philosophe Alain Finkielkraut, lecteur et ancien collaborateur de L’Arche, soulignait que L’Arche n’était pas ni un jouet ni une danseuse et que, si « un journal a des lecteurs », un « site Internet a des navigateurs », ce même président du FSJU a reconnu :  » Nous avons mal préparé la suite. Cela n’aurait pas dû se passer comme cela ». Et Pierre Besnainou s’est prévalu d’une « décision du Bureau exécutif du FSJU après une réflexion de 18 mois » et a qualifié l’envoi par Internet de ce courrier d' »inacceptable dans la forme ».

Véronique Chemla : Le 8 mars 2011, Libération écrivait : « Avec 2’000 à 2’500 abonnés et 200 à 300 numéros vendus, selon les chiffres de Besnainou, ce magazine perd de l’argent ». Président du FSJU, Pierre Besnainou a argué de problèmes financiers graves affectant L’Arche. « L’audience de L’Arche est de plus en plus faible. Nous n’avons pas arrêté de pousser la communication. Dernièrement, nous avons envoyé 300’000 mails, et nous avons eu très peu de retour », a-t-il déclaré. Et de préciser qu’il s’agissait de transformer « L’Arche papier en Arche.fr ». Un site qui republierait les archives de L’Arche. Quant à la version imprimée, elle deviendrait trimestrielle. Cette double mutation a suscité l’opposition de la quasi-totalité des collaborateurs du magazine dénonçant le 15 mars 2011, dans Libération,« un sabordage politique », « un aveuglement », et l’oubli d’« un des fondements du judaïsme, sa part symbolique, la dimension particulière de l’écrit et du Livre » ». Le 22 septembre 2011, Témoignage chrétien affirmait que L’Arche disposait de « 2’900 abonnés pour 500 à 600 exemplaires vendus en kiosque » début 2011. Curieusement, les statistiques diffèrent les unes des autres, alors qu’elles émanent du même FSJU.

Véronique Chemla : Il semble que des dirigeants du FSJU, généralement sans expertise journalistique – entrepreneur, Pierre Besnainou avait confié à des journalistes la direction de la rédaction de Tribune juive qu’il avait acquise pendant quelques années ; Gil Taieb est « docteur en chirurgie dentaire » ; Patrick Chasquès, directeur de la communication, Marc Abensour, ancien directeur administratif et financier chez Natixis, etc. – et de L’Arche n’ont pas su au fil des années mieux positionner ce magazine ni prendre pendant des années le bon virage Internet. N’en ont pas appliqué les règles : fréquence rapide des publications, mises en page éclatées, synergie entre web, blog et réseaux sociaux, etc. Ont lancé des campagnes d’abonnement sans dynamiser parallèlement le site Internet de L’Arche et sans jouer des synergies entre les versions imprimée et numérique de L’Arche. N’ont pas associé à leurs réflexions et actions les collaborateurs de L’Arche, ce qui les a vraisemblablement privés d’avis éclairés de journalistes compétents et expérimentés dans la presse écrite et les médias électroniques.

Véronique Chemla : Au printemps 2012, le site Internet de L’Arche présente des articles du romancier Yann Moix sur le terrorisme et de l’universitaire Eric Marty sur les assassinats d’enfants Juifs par Mohamed Merah, et, dans la rubrique Culture Life Style, des textes datant de septembre 2011, le Tweet le plus récent de L’Arche remonte à 141 jours ! Dans son n° 1213 (7 juin 2012), Actualité juive indique Les ambition de L’Arche nouvelle formule. « C’est Internet que le magazine veut conquérir », résume cet hebdomadaire. Curieusement, pour présenter ces ambitions, ce n’est pas le rédacteur en chef, Shlomo Malka, mais Marc Abensour, chargé des finances du journal, directeur général adjoint du FSJU et « un de ceux qui ont décidé de la nouvelle périodicité du journal » – trimestrielle – qui s’exprime. « La diffusion sur Internet est prometteuse, explique-t-il. Nous visons 20’000 visiteurs pour les débuts, puis autour de 50’000 visiteurs mensuels dans les trois ans à venir ». Des visiteurs qui devraient pouvoir consulter les anciens numéros de L’Arche, en ligne et gratuitement. « Peut-être pas tous », précise M. Abensour. Il est vrai qu’avec plus de six cents numéros, le passage au numérique sera un travail titanesque. Et qui aura un prix. Le site n’hébergera sans doute pas de fil d’information ni de dépêches. Il proposera en revanche des articles politiques, des chroniques culturelles et des blogs ». Aucune information n’est donnée sur le coût actuel et futur de L’Arche, sur la raison du changement de rédacteur en chef, etc.

Véronique Chemla : Au cours de l’été 2012, RCJ diffuse des annonces publicitaires présentant quelques titres du sommaire du numéro estival de ce « magazine du judaïsme français » et invitant les auditeurs à l’acheter dans leurs « kiosques habituels ». Or, on peine à trouver ce magazine dans ces kiosques, car il est surtout vendu par abonnements. Le 6 octobre 2012, ce trimestriel indiquait être diffusé essentiellement dans près de 70 kiosques et librairies parisiennes.

Véronique Chemla : Le site Internet de L’Arche présente quelques articles du numéro d’août 2012, ainsi qu’un lexique de Twitter. Joke : l’auteur de ce lexique ignore le mot hashtag. Parmi les signataires d’articles, des journalistes de RCJ, tels Jonathan Siksou et Paule-Henriette Lévy. Pour la rubrique Expositions : Rachel Rimmer, responsable de la Communication de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah (FMS), et Ariane Charton, « spécialisée dans l’étude de l’époque romantique« .

Véronique Chemla : L’Arche consacre son numéro d’octobre 2012 à un dossier sur Pierre Mendès France comprenant une interview du Président François Hollande sur cet homme politique et l’antisémitisme. Ni le Président ni les journalistes Salomon Malka et Dominique Laury n’ont qualifié l’attentat antisémite de Toulouse de djihadiste ou d’islamiste, ni abordé la diplomatie française, notamment à l’égard de l’Etat d’Israël.

Véronique Chemla : Le 4 décembre 2012, un petit tour dans ce site Internet montre un Tweet vieux de 31 jours, soit du 2 novembre 2012, indiquant : « Nous vous remercions pour vos messages sur le site et cette page Facebook. Malheureusement nous ne pouvons pas encore publier les feedback, mais nous en tenons bien entendu compte  » – un message présent aussi, et c’est le seul, sur la page Facebook de L’Arche magazine. L’article  IFeelSmart, l’iPhone grand écran remonte au 30 septembre 2012. Toujours en page d’accueil, l’annonce d’un article de la « rédaction » sur l’exposition du peintre Yoël Benharrouche qui s’est achevée le 4 novembre 2012. Quel thème abordé dans ce site web est susceptible de séduire les jeunes Internautes ?

Véronique Chemla : Dans son n°1253 du 1er mai 2013, Actualité juive publie l’interview de Robert Ejnès, directeur général du FSJU depuis l’automne 2012, par Yaël Scemama. Curieusement, ni la journaliste ni ce dirigeant communautaire n’évoquent L’Arche ou les raisons du départ rapide de Jacques Bénichou de la direction générale du FSJU. Des sujets tabous ? Le FSJU ne communique pas les résultats des deux « nouvelles » formules de la désormais trimestrielle L’Arche lancées à l’automne 2011, puis à l’automne 2012. Pour la promotion de cette seconde formule, le FSJU a recouru à plusieurs reprises à la mailing list d’un site Juif sur Internet.

Véronique Chemla : Quelques constats. L’Arche a vu défiler trois rédacteurs en chef en un an, dont deux pour sa nouvelle formule – Laurent-David Samama, âgé de 24 ans et membre du comité de la rédaction de La règle du jeu, puis Shlomo Malka. Ce qui fait un peu beaucoup.  Les « personnalités de l’envergure du sociologue Michel Wieviorka ou de la philosophe Blandine Kriegel » annoncées en 2011 dans Témoignage chrétien par Patrick Chasquès, alors directeur de la publication de L’Arche, ont-elles rejoint L’Arche ? Non. Après la deuxième formule de L’Arche (octobre 2012), force est de constater que ses responsables ne parviennent pas à jouer de la synergie entre le magazine imprimé, le site Internet et les réseaux sociaux. Mais il ne faut pas désespérer : une troisième formule sera peut-être lancée par le FSJU. En outre, L’Arche n’a plus recouru à ses quelques 70 collaborateurs. Ce qui pénalise en particulier les journalistes et les dessinateurs. Blessés par la lettre-type électronique du FSJU, des collaborateurs se sont interrogés avec angoisse en particulier sur leurs modes de rémunération et leurs droits. Rappelons qu’au programme du candidat Gil Taïeb aux élections législatives de juin 2012 figure la « défense des acquis et octroi de nouveaux droits sociaux ».

Véronique Chemla : Le souci du FSJU de gestion optimale de son budget est compréhensible et juste. Mais on ne déshabille pas David pour habiller Simon, ni Rachel pour habiller Sarah. Pourquoi le FSJU n’a-t-il pas proposé aux journalistes de L’Arche des emplois par exemple dans RCJ ou Akadem ? Ne serait-il pas envisageable par exemple de scinder en deux ou en trois Objectif santé de Karen Taïeb ou Hors antenne de Paule-Henriette Lévy afin de libérer des créneaux horaires pour d’autres émissions ? Ce qui ne pourrait qu’être bénéfique à RCJ et serait conforme à son histoire. Verra-t-on un jour un radiothon pour des collaborateurs de L’Arche, à l’instar de celui annuel « organisé à l’occasion de la campagne nationale pour la Tsédaka » (justice, en hébreu ; campagne annuelle de collecte de fonds dirigée par le FSJU) ? Quel est le coût financier de RCJ ou de Communauté nouvelle, magazine mensuel soutenu par le FSJU et longtemps dirigé par Patrick Chasquès ? Quels sont les résultats financiers, et en termes d’abonnements, de cette énième relance de L’Arche ?

Véronique Chemla : De plus, combien a coûté au FSJU le rassemblement place du Trocadéro du 22 juin 2010, à l’initiative de plusieurs organisations communautaires et visant à afficher le soutien à l’Etat d’Israël peu après la « Flottille pour la paix » et à exhorter à la libération de l’otage franco-israélien Guilad Shalit ? Co-organisée par Gil Taïeb, cette manifestation n’a attiré qu’environ 3’200 personnes selon la police, au plus 5’000 individus, et non les 15’000 allégués alors par les organisateurs. Force est de conclure sur l’urgence pour la communauté Juive française institutionnalisée d’entamer une réflexion profonde sur sa communication afin d’établir un plan d’actions, du court au long terme, adaptées aux défis actuels et futurs, et de ne pas accroitre le fossé la séparant d’un grand nombre de Français Juifs. Des actions qui devront nécessairement, mais pas uniquement, s’appuyer sur des médias Juifs crédibles, professionnellement, à l’audience élargie et solides financièrement. Ce qui suppose des bons journalistes. C’est à ce prix que cette communauté peut espérer gagner la bataille décisive de la communication dans une France en déclins, conclut Véronique Chemla (fin des extraits adaptés ; voir source en bas de page).

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© Michel Garroté www.dreuz.info

Source (s) éventuellement mentionnée (s) ou reprise (s) :

http://www.veroniquechemla.info/2012/05/un-paysage-mediatique-francais-juif.html

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