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Publié par Guy Millière le 26 juin 2013

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Les récents soulèvements au Brésil ont été peu commentés en Europe, sinon pour dire qu’ils venaient d’un « mécontentement social », ce qui est vague et a peu de signification. Il est ajouté que dès lors que Dilma Roussef, Présidente du pays, a promis d’écouter la colère qui gronde, le calme pourrait revenir bientôt.

Le calme, s’il revient, ce doit être dit, ne durera vraisemblablement pas.

Le Brésil, qu’on n’a cessé de se présenter comme l’un des « pays du futur », est, de fait, un pays d’Amérique latine, ce qui implique un certain nombre de traits politiques et culturels qui ne se surmontent pas si aisément.

L’Amérique latine est une région du monde marquée par des liens de corruption intenses entre les milieux fortunés et le pouvoir politique, par des bureaucraties hypertrophiques, et par des attentes fortes des populations vis-à-vis des détenteurs du pouvoir politique, que ces attentes s’expriment sur un mode fasciste ou sur un mode socialiste. C’est aussi une région du monde où les écarts de richesse entre les très riches et les très pauvres sont immenses.

Il en résulte, logiquement, des détournements de fonds aux montants astronomiques, des lenteurs paralysantes pour toute démarche et toute tentative d’entreprendre, des promesses de redistribution incessantes et une redistribution jamais à la hauteur des attentes suscitées, des frustrations multiples, et, de surcroit, un climat de violence et d’insécurité extrême.

De manière régulière, la population proteste contre les détournements de fonds, mais elle porte en même temps au pouvoir des dirigeants qui pratiquent ces détournements, car ce sont aussi ceux qui promettent le plus.

De manière tout aussi régulière, la population peste contre la bureaucratie tout en rêvant d’en faire partie, exprime sa déception quant à la redistribution qui ne vient pas assez vite tout en voulant la redistribution, et explose en des accès de colère contre le gouvernement, espérant que le prochain démagogue sera meilleur que le précédent.

C’est ce qui se passe au Brésil aujourd’hui. Lula da Silva, puis Dilma Roussef ont promis que les fonds ne seraient plus détournés, mais ils n’ont fait que créer leurs propres clientèles financières. Ils ont promis plus d’efficacité, mais recruté plus de fonctionnaires.

Ils ont beaucoup promis en matière de redistribution. Ils ont redistribué, mais pas à hauteur de ce qu’ils avaient promis.

Le Brésil a connu ces dernières années une forte croissance, due, largement, aux ressources énergétiques du pays. Le nombre de gens riches ou très riches s’est accru : parmi les gens bien placés, cela va de soi.

Des projets d’investissements publics dans des secteurs tels que les transports ont été énoncés, mais n’ont pas vu le jour.

Des allocations multiples ont été créées et versées, à commencer par la Bolsa Familia (qui est une forme de revenu minimal du type RSA en France), mais leur montant a été érodé par l’inflation et n’a pas été revalorisé.

Le prix des ressources énergétiques ayant baissé ou stagné sur les marchés mondiaux, la croissance, en 2012 et jusqu’à présent en 2013, a beaucoup fléchi, tombant alentour de un pour cent en rythme annuel, ce qui n’a rien arrangé.

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En supplément, violence et insécurité se sont exacerbées. On parle sur ce plan beaucoup du Mexique, mais le Brésil est un pays où les actes de violence urbaine, les meurtres, les vols sont, dans les régions fortement urbanisées, plus nombreux qu’au Mexique, et atteignent des niveaux que les instituts d’études de la question appellent « épidémiques ».

Ce qui a récemment mis le feu aux poudres a été une augmentation du prix des transports publics. Mais cette augmentation n’était qu’un élément dans un ensemble plus large.

Si le Parti des Travailleurs au pouvoir continue son clientélisme, si la fonction publique ne se fait pas plus efficace, si les investissements publics promis ne sont pas effectués, si les allocations ne sont pas revalorisées, le feu continuera : le clientélisme du Parti des Travailleurs, faut-il le dire, ne va pas disparaître, la fonction publique ne va pas devenir plus efficace, les investissements publics ne seront pas effectués, et si une revalorisation des allocations s’opère, celle-ci n’aura qu’un effet très transitoire.

Le Brésil est en meilleure posture que d’autres pays de la région, tels que le Mexique, ou le Venezuela, qui est en train de s’effondrer et de se disloquer dans la confusion et la pénurie (ce qui explique sans doute qu’on n’en parle pas en Europe, car il ne faut pas faire de peine aux admirateurs de feu Hugo Chavez), mais il n’a pas du tout la flexibilité libérale qui existe au Chili et ne semble pas prêt de se doter de celle-ci. Le Brésil reste un pays sous-développé (son PIB le place au sixième rang des économies de la planète, son PIB par tête d’habitants, le fait dégringoler au 76e rang selon les statistiques de la Banque mondiale). L’Index of Economic Freedom de la Heritage Foundation le classe au 99e rang mondial.

Dilma Roussef, comme Lula da Silva avant elle, n’est pas fasciste, mais elle est très socialiste. Le Parti des Travailleurs est, par essence, un parti socialiste conforme en tous points aux traits politiques et culturels latino-américains.

Dilma Roussef vient de promettre l’injection de cinquante milliards de reals (18,5 milliards d’euros) dans l’économie, sans dire où elle les prendrait, et un « référendum », dont nul ne sait sur quoi il portera. Réaction tout à fait conforme aux traits susdits.

Quasiment personne au Brésil n’explique pourquoi ces traits sont délétères. Et même si l’explication venait, cela suffirait-il à entraîner un changement de fond ? J’en doute. Quelques penseurs ont expliqué ce qui devait l’être, tels Carlos Rangel (Del buen salvaje al buen revolucionario), Mario Vargas Llosa, ou Plinio Apuleyo Mendoza, Carlos Alberto Montaner et Alvaro Vargas Llosa (Manual del perfecto idiota latino-americano). Mais quel a été leur écho ?

Dans moins d’un an, le Brésil doit organiser la coupe du monde de football. Cela a coûté et va coûter encore très cher. L’argent consacré au football dans un contexte où l’argent manque déjà apparaît presque comme une provocation à nombre de Brésiliens, malgré leur amour immodéré du ballon rond. La coupe du monde de football ne peut à elle seule faire repartir la croissance, et tout changer.

L’ivresse de la fête parviendra-t-elle à faire oublier le reste ? Si c’est le cas, il faudra, de toute façon, ne pas oublier qu’après l’ivresse vient le moment de la gueule de bois.

Je ne m’intéresse pas au football. Pas une seule seconde. Mais si c’était le cas, je prendrais toutes les précautions (vraiment toutes mes précautions) avant d’aller assister à des compétitions au Brésil.

Je m’intéresse à l’économie, et je pense que ceux qui présentent le Brésil comme l’un des « pays du futur », comme ceux qui minimisent les récents soulèvements devraient sérieusement revoir leurs fiches, et surtout comprendre une fois pour toutes que plus on s’éloigne de la logique de la liberté économique et de la possibilité de comprendre ce qui la broie, plus on risque la douleur et le chaos.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour www.Dreuz.info

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