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Publié par Dreuz Info le 5 juillet 2013

Philippe_Karsenty

Après le jugement de la Cour d’appel de Paris qui a condamné Philippe Karsenty pour diffamation, celui-ci a répondu aux questions de Michaëla Benhaim, que nous reproduisons intégralement et avec son aimable permission.

Le 26 juin 2013, la Cour d’appel de Paris a condamné Philippe Karsenty pour diffamation envers Charles Enderlin et France 2. Il devra en outre leur verser 7000€.

Cela fait près de 13 ans que la polémique se poursuit au sujet du reportage emblématique du début de la seconde Intifada, reportage qui semblait montrer la mort d’un enfant en direct à la télévision, «le petit Mohamed», un enfant palestinien.

Depuis plus de 11 ans, Philippe Karsenty affirme que ce reportage n’était qu’une «pure et simple mise en scène». Plus d’une décennie de polémiques et de débats judiciaires au cours de laquelle Philippe Karsenty rencontrait, le plus souvent, une opposition généralisée.

 Depuis le 19 mai 2013, les choses ont évolué puisque le gouvernement israélien a publié un rapport officiel, d’une quarantaine de pages, qui soutient ses accusations.

 Afin d’en savoir plus sur cette affaire complexe et de connaître sa réaction après sa récente condamnation, nous avons interrogé Philippe Karsenty, 47 ans, fondateur de Media-Ratings, une agence de notation des médias, mais aussi maire-adjoint de Neuilly-sur-Seine.

Michaëla Benhaim : Vous venez d’être condamné pour diffamation envers Charles Enderlin et France 2. Vous devrez en outre leur verser 7000€. Quel est votre sentiment après ce verdict ?

Philippe Karsenty : Je suis assez triste d’observer que mes arguments n’ont pas été entendus par la Cour d’appel de Paris. Je regrette aussi qu’elle ait jugé utile de me condamner à verser une forte somme aux plaignants. Cela signifie qu’il y a de sa part une réelle volonté de faire mal, de frapper au portefeuille.

Ce reportage est un faux, une pure et simple mise en scène

M.B :Pouvez-vous nous donner une analyse de l’arrêt qui vous condamne ?

P.K : Non, je ne peux le faire car pour la première fois dans cette longue procédure, je n’ai pu obtenir la décision de justice sur le champ. Je l’ai demandée mais il m’a été clairement signifié que cela ne serait pas possible ; la greffière m’ayant indiqué que je ne la recevrai que dans une à trois semaines.

M.B : Disposez-vous de recours pour poursuivre le combat judiciaire ?

P.K : Oui, bien sûr, je pourrais faire comme France 2 et Charles Enderlin l’ont fait, lorsque j’ai gagné en 2008, et me pourvoir en cassation pour tenter de faire casser cet arrêt de la Cour d’appel sur des arguments techniques.

M.B : Allez-vous le faire ?

P.K : Non, je ne le ferai pas, et ce pour trois raisons. La première est que l’attitude des magistrats français ces derniers temps m’apparait discutable sur certains dossiers. J’observe que pour parvenir à me condamner, les magistrats de la Cour d’appel ont dû reporter leur décision à deux reprises et délibérer pendant plus de cinq mois. Peut-être connaitrons-nous un jour les raisons de ces reports. Peut-être saurons-nous un jour ce qui s’est déroulé à la Cour d’appel de Paris. En attendant, pour ma part, j’ai perdu une partie de ma confiance dans la justice française.

La deuxième raison pour laquelle je n’irai pas en cassation est que la justice ne fut qu’un outil, pas une fin en soi. En effet, c’est moi qui ai choisi de provoquer France 2 pour engager un débat avec eux. Grâce à cela,  nous avons obtenu deux choses importantes :

– France 2 a été contraint de présenter ses «preuves», et on a vu qu’ils n’en avaient pas. On a pu ainsi voir qu’ils n’avaient pas ce qu’ils prétendaient détenir depuis des années : l’agonie de l’enfant.

– Les médias du monde entier se sont intéressés à l’affaire al Dura ; à l’exception notable de la plupart des médias français qui nous font vivre dans une petite Corée du Nord dès que ce sujet est abordé.

La troisième raison pour laquelle je ne continue pas le combat sur le terrain judiciaire est que, lorsque j’ai demandé à des parlementaires français de s’intéresser à l’affaire, ils ont courageusement décliné ma proposition en se retranchant derrière le fait que, cette affaire étant devant la justice française, ils n’auraient pas la possibilité de la traiter. Nous allons donc lever l’obstacle que certains pensaient avoir devant eux en retirant cette affaire des prétoires français où elle traînait depuis près de 9 ans.

Et puis, j’ai envie de citer Michel Onfray lorsqu’il dit : «La justice dit le droit, elle ne dit pas le juste ni le vrai». Cela me semble particulièrement vrai dans le cadre de cette affaire. Il faut savoir arrêter une bataille, utiliser les avantages qu’elle a procurés et mener le combat sur d’autres terrains. C’est ce que je vais faire.

Je leur montre des faits. Ils m’opposent leur foi. Leur foi que les Israéliens sont des tueurs d’enfants

M.B : C’est-à-dire ?

P.K : Je pourrais par exemple prendre une page de publicité dans un grand quotidien français et renouveler mes accusations contre France 2 et Charles Enderlin avec plus de force et d’éléments que ceux que je détenais en 2004.

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Oseront-ils me poursuivre ? J’en doute.

Je pourrais aussi lancer une association qui se donnerait pour objectif de faire reconnaitre la vérité par d’autres moyens. Nous serions plus forts si nous étions plus nombreux et surtout, coordonnés. Si certains veulent me rejoindre dans cet objectif, ils peuvent me contacter par Facebook ou par email philippe@karsenty.frJe pourrais aussi continuer le combat en quittant la France. C’est une éventualité que j’étudie sérieusement.

M.B : Comment analysez-vous l’utilisation que France 2 et Charles Enderlin ont faite de la justice ?

P.K : En 2004, ils l’ont instrumentalisée pour faire taire les critiques mais cela s’est retourné contre eux. Ils pensaient que j’abandonnerais très vite le combat et ils n’ont pas imaginé que cela les conduirait à devoir montrer qu’ils n’avaient aucune preuve pour soutenir leur accusation initiale.

Pour ma part, l’objectif poursuivi en attirant France 2 et Charles Enderlin sur le terrain judiciaire, était de les contraindre à montrer tout ce qu’ils détenaient, et aussi en fait ce qu’ils ne détenaient pas :

–   les 27 minutes de rushes qu’ils prétendaient détenir et dont ils n’ont pu produire que 18 minutes encore plus grotesques que ce que l’on ne pouvait l’imaginer.

–  l’agonie de l’enfant qu’ils prétendaient détenir et qu’ils n’ont pu produire. En revanche, ils ont dû produire les images qui suivent la «mort» de l’enfant qui avaient été coupées au montage : on y voit un mouvement parfaitement contrôlé de l’enfant qui lève le coude, tourne la tête en direction du caméraman de France 2 alors qu’il est censé être mort.

Il faut savoir arrêter une bataille, utiliser les avantages qu’elle a procurés et mener le combat sur d’autres terrains

M.B : Maintenant que nous avons abordé l’actualité chaude, pouvez-vous résumer votre position sur l’Affaire al Dura ?

P.K : Le 30 septembre 2000, France 2 a diffusé au journal de 20 heures un reportage tourné par un cameraman arabe de Gaza, Talal Abu Rahma, puis monté et commenté par le correspondant de la chaîne à Jérusalem, Charles Enderlin, un journaliste franco-israélien. Son commentaire indiquait que l’enfant avait été tué intentionnellement et le père gravement blessé par des soldats israéliens. Pourtant, contrairement à ce qui nous est dit en commentaire, l’image montre que ni le père ni l’enfant n’ont été tués ou blessés par les tirs de l’armée israélienne. Ce reportage est un faux, une pure et simple mise en scène. Je peux prouver qu’à la fin du reportage, l’enfant n’est pas mort et que son père n’est pas blessé ; aucun des deux n’ayant été touché. Ainsi, alors qu’ils sont censés avoir reçu 15 balles d’armes de guerre à eux deux, il n’y a aucune trace de sang sur leur corps, leurs vêtements ou sur le mur auquel ils étaient adossés. Et quelques secondes plus tard, alors qu’il est annoncé que l’enfant est mort, il lève le coude pendant 10 secondes, tourne la tête vers la caméra, baisse le coude et garde le pied suspendu au-dessus du sol. Si vous trouvez un seul médecin au monde capable de soutenir que l’enfant était mort à ce moment là, je m’incline.

M.B : Le père et l’enfant seraient donc vivants contrairement à ce que suggère le reportage de France 2 ?

P.K : Quand le caméraman de France 2 éteint sa caméra, oui, ils sont vivants. C’est le point essentiel à prendre en compte car il démontre que ce reportage est un faux de la première à la dernière image. Tout ce qui se passe après ne relève pas de notre démarche. Ceux qui nous demandent de présenter l’enfant vivant maintenant ne connaissent pas le dossier, ou bien sont de mauvaise foi. En effet, je n’ai jamais dit que l’enfant était encore vivant aujourd’hui car je n’ai aucun moyen de le prouver, 13 ans après les faits. Il a pu lui arriver beaucoup de choses depuis. Et même si nous retrouvions Mohamed al Dura 13 ans après les faits, il serait devenu un jeune adulte et on nous dirait que ce n’est pas le même, que c’est un frère ou un cousin. En effet, si des gens sont prêts à accepter les absurdités décrites précédemment (le coude levé une fois « mort » et l’absence totale de sang malgré les circonstances décrites), ils rechigneront toujours à voir la vérité.

Je leur montre des faits. Ils m’opposent leur foi. Leur foi que les Israéliens sont des tueurs d’enfants.

Ces constatations sont corroborées par des dizaines de travaux de recherches effectués par des gens compétents, des expertises balistiques, médico-légales, biométriques et même graphologiques.

M.B : Pourquoi aurait-on organisé ce que vous décrivez comme une véritable mise en scène ?

P.K : Ce n’est pas à moi qu’il faut le demander mais au caméraman de France 2 et à la chaîne qui couvre ce mensonge depuis 13 ans…

M.B : Est-ce que tout le monde à France 2 soutient la version de la chaîne ?

P.K : Il y a beaucoup de journalistes en France qui ne veulent même pas regarder les images. C’est Enderlin donc c’est vrai. En revanche, il y a aussi des esprits libres qui ne peuvent agir ouvertement car ils risqueraient de perdre leur emploi. Ces personnes courageuses m’aident depuis de nombreuses années en me communiquant des documents accablants pour France 2. C’est ainsi que j’ai obtenu le document du caméraman de France 2 qui, dans un fax envoyé à la chaîne dès 2002, rétractait ses accusations initiales de crime intentionnel. Cette information capitale n’a par exemple jamais été révélée au public par France 2. C’est aussi comme cela que j’ai obtenu les fameux rushes de France 2, les images à partir desquelles ce reportage emblématique de 50 secondes a été monté.

 On ne peut affirmer vouloir lutter contre l’antisémitisme en France si on ne l’attaque pas à la racine, la propagande de haine

M.B : Pouvez-vous nous en dire plus sur ces fameux rushes de France 2 ?

P.K : Trois jours après les événements, le caméraman de France 2 a effectué une déclaration sous serment au Centre Palestinien des Droits de l’Homme à Gaza, dans laquelle il certifiait avoir filmé « 27 minutes de l’incident ». Pendant des années, France 2 a affirmé détenir ces 27 minutes d’images qui prouvaient l’authenticité de leur reportage. Une semaine après la diffusion, le directeur de l’information de France 2 déclarait en direct à la télévision que, pour respecter leur charte éthique et la sensibilité des téléspectateurs, ils avaient renoncé à montrer les images des balles atteignant le père et l’enfant. Puis, pendant de nombreuses années, Charles Enderlin et ses collègues de France 2 affirmaient détenir la scène de l’agonie de l’enfant.

Ces informations mises bout à bout, répétées par tant de monde, pouvaient légitimement intimider tous ceux qui auraient eu l’idée de remettre en cause la version des faits de France 2. Mais, en octobre 2004, trois journalistes français ont eu accès à ces images et ils ont révélé qu’elles ne contenaient aucune scène d’agonie, qu’on ne voyait pas l’enfant mort à la fin des rushes et aussi, que ces images comportaient de nombreuses scène jouées. C’est lorsque ces informations m’ont été révélées par l’un des trois journalistes que j’ai compris que nous avions définitivement raison, c’était bien une mise en scène. Puis, en novembre 2007, lorsque France 2 a été contraint de montrer ses images à la Cour d’appel de Paris, on a pu observer que ces 27 minutes n’étaient plus que 18 minutes – 9 minutes d’images avaient disparu – mais surtout, que l’enfant était bel et bien vivant à la fin des images de France 2, qu’il levait même le coude de façon très contrôlée et tournait sa tête en direction du caméraman après avoir été déclaré mort par Charles Enderlin.
Le visionnage de ces rushes fut un véritable point de retournement : nous avions la preuve absolue du fait que France 2 ne détenait aucune preuve pour soutenir ses accusations et que la chaîne, et ses collaborateurs, mentaient depuis plus de 7 ans sur le contenu de ces images. Pour leur part, en 2008, les magistrats français de la Cour d’appel n’étaient pas très heureux d’observer qu’un tiers du matériel demandé avait disparu.

M.B : Charles Enderlin est-il complice de la manipulation ou s’est-il fait manipuler par son cameraman ?

P.K : Je ne peux pas prouver s’il est complice ou non de la manipulation. Reste que le reportage est faux. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans la tête de Charles Enderlin. Dès le départ, le journaliste de France 2 disposait des dix secondes où l’enfant lève le coude et tourne la tête en direction de la caméra. Il avait aussi les images où l’on voit, deux secondes plus tard, que le cameraman arrête de filmer puis reprend. À ce moment-là, on ne voit plus personne derrière le baril, ni le père ni l’enfant, et aucune trace de sang… alors que, selon France 2, le père et l’enfant auraient reçu pas moins de quinze balles d’armes de guerre qui leur auraient transpercé les corps !

M.B : Pour conclure, avez-vous un message à faire passer ?

P.K : Oui, je souhaiterais citer le dernier paragraphe d’un article que Richard Prasquier a publié chez Causeur récemment :

« Compte tenu de son impact mondial et persistant, le dossier Al-Dura doit être rouvert et traité de façon transparente. Si France 2 ne s’y résignait pas, ce serait alors à l’échelon politique, à l’Etat français, de prendre ses responsabilités : on ne peut affirmer vouloir lutter contre l’antisémitisme en France et contre l’islam radical dans le monde si on ne l’attaque pas à la racine, la propagande de haine nourrie par des images meurtrières, probablement mensongères ».

Source : IsraelActu

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