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Publié par Gaïa le 16 août 2013

Jacques Vergès, l’avocat français probablement le plus médiatique et controversé de ces dernières décennies, est mort hier à l’âge de 88 ans.

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Né en Thaïlande en 1925 d’une mère vietnamienne enseignante et d’un père médecin, consul de France, Jacques Vergès avait vécu l’essentiel de son enfance sur l’île de la Réunion d’où était originaire son père. Il y grandit, orphelin de sa mère dès l’âge de trois ans, aux côtés de son frère Paul, aujourd’hui figure politique emblématique et incontournable de l’île. Le défenseur de Klaus Barbie, Carlos, Milosevic, Gbagbo…

Jacques Vergès, en 1936, défile dans les rues de Saint-Denis avec le Front populaire. Son engagement communiste restera intact tout au long de sa carrière. Après avoir obtenu son bac à 16 ans, dans le même lycée que celui de son compatriote et congénère Raymond Barre, il quitte la Réunion pour s’engager dans la résistance et les Forces françaises libres. Communiste au plus profond de lui-même et gaulliste jusqu’au bout des ongles.

De militant, il devient avocat dans les années 50 au barreau de Paris. Il défendra bourreaux et victimes pendant un demi-siècle : Georges Ibrahim Abdallah ; Tarek Aziz ; l’ex-capitaine Paul Barril, dans l’affaire des écoutes de l’Élysée ; le jardinier Omar Raddad ; le préfet Bernard Bonnet ; Carlos le révolutionnaire ; Max Frérot d’Action directe, Slobodan Milošević; Moussa Traoré, ancien président malien ; Abdoulaye Wade, futur président sénégalais ; Cheyenne Brando, fille de l’acteur Marlon Brando et plus récemment, aux côtés de Roland Dumas, l’Ivoirien Laurent Gbagbo. La défense de Saddam Hussein, en Irak, lui fut même proposée. Il ne l’assura pas pour des raisons techniques. Agent des services secrets chinois ?

Mais c’est dans la défense de l’ancien chef de la Gestapo lyonnaise, Klaus Barbie, que Vergès l’avocat se révèle absolument. Sa stratégie divise juristes et opinion publique : il provoque, au nom du droit, une « défense de rupture », posant l’accusé dans le rôle d’accusateur, niant la compétence du juge et la légitimité du tribunal. Avec l’opinion pour témoin. Le « Chinois », comme le surnomment ses adversaires, reste un mystère pour beaucoup de Français. Il entretenait autour de lui un épais écran de fumée (émanant de son cigare et de sa personnalité) y compris sur sa disparition entre 1970 et 1978. Huit années durant lesquelles l’on soupçonne Vergès d’être agent des services secrets chinois, lui qui, quelques années plus tôt avait obtenu la nationalité algérienne pour intégrer un cabinet ministériel. « À l’époque, il est mal. Michel Debré veut sa peau, et le Mossad veut le tuer, car il défend des Palestiniens. Il part du jour au lendemain, en Asie, agent des services secrets chinois. Ils l’utilisent au Cambodge et au Viêt Nam » assure le juge Thierry Jean-Pierre dans l’un de ses ouvrages. Rien n’est moins sûr. Tout laisse croire qu’il emporte ses secrets avec lui.
le sentiment du président du Conseil national des barreaux

Pour M e Charrière-Bournazel, M e Vergès était “un très brillant avocat, avec une grande culture […], très courageux et très indépendant”, mais aussi “très narcissique”, un “provocateur” qu’il avait affronté au côté des parties civiles lors du procès de Klaus Barbie que défendait M e Vergès.

“Ce qu’on peut retenir de Jacques Vergès, c’est à la fois le talent, le courage, l’engagement et le sens de la contradiction avec un respect de l’autre. Un avocat, ce n’est pas un mercenaire, c’est un chevalier, et Jacques Vergès était un chevalier”, a-t-il résumé.

http://www.ledauphine.com/faits-divers/2013/08/16/verges-la-mort-de-l-avocat-de-l-indefendable

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