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Publié par Abbé Alain Arbez le 19 août 2013

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Bernard de Fontaine naît en 1090 dans une famille noble de Bourgogne. A l’âge de neuf ans, il est confié par sa famille à l’école de Châtillon sur Seine, où il excelle dans les études, en particulier en littérature latine (Sénèque, Tacite, Cicéron, etc). Il acquiert également un niveau avancé dans la Bible et les Pères de l’Eglise. Puis après une phase intermédiaire de vie mondaine, il s’oriente à dix-sept ans vers une existence mystique. Il entre en 1112 à l’abbaye de Citeaux, dont l’abbé est Etienne Harding, un intellectuel et un spirituel de qualité. Ce monastère a été fondé vingt ans auparavant face à la « réussite » problématique de l’abbaye de Cluny, afin d’offrir un mode de vie alternatif et simplifié, basé sur la règle de St Benoît. Cet élan cistercien réformateur connaîtra un retentissement fulgurant.

Dès 1115, Bernard est chargé de fonder une nouvelle abbaye, à Clairvaux. Il est ordonné prêtre par le célèbre philosophe Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons-sur-Marne. Bernard en devient le père abbé, c’est-à-dire l’animateur responsable de la nouvelle communauté monastique.

Sous son impulsion, 700 jeunes gens deviennent moines et rejoignent l’abbaye, 160 monastères sont créés en lien avec Clairvaux. Ce rayonnement a un impact fructueux dans toute l’Eglise.

Presque un siècle avant la naissance de Bernard, en 1009, le sultan fatimide Al Hakim avait réduit à néant le Tombeau du Christ à Jérusalem. Il faisait mutiler les pèlerins (nez et oreilles) et détruisait les églises et les synagogues de la région.

C’est dans ce contexte de réaction à l’invasion islamique de la Palestine et de toute la région – sans parler de l’Espagne et de la Sicile – qu’en 1095 le pape Urbain appelle à l’expédition en Terre Sainte (1ère croisade), assisté par Pierre l’Ermite. Mais l’antijudaïsme étant très répandu dans la chrétienté, les cohortes de pèlerins et d’hommes armés s’acharnent en cours de route sur les juifs. Il y a certes des moines populaires exaltés, mais aussi des esprits cultivés, tels Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, et Godefroy de Bouillon qui incitent eux-mêmes directement au meurtre des juifs.

Bernard est alors appelé en renfort par l’évêque Henri, de Cologne, pour adresser urgemment un message au départ de la deuxième croisade, qui connaît également des massacres, puisqu’en Rhénanie se déroulent de terribles pogroms, faisant 10 000 victimes parmi les juifs. Les évêques locaux atterrés cherchent à protéger les juifs, mais ils sont débordés par les mouvements de foules excitées, sous l’influence en particulier d’un moine fanatique, du nom de Rodolphe. Le pape en personne condamne fermement ces crimes à la suite des évêques, rien n’y fait. C’est alors que Bernard se lève pour faire face à ce désastre et dénoncer les méfaits du moine allemand qu’il considère comme diabolique. Il lance sa parole forte pour stopper la folie meurtrière et dit aux foules : « Il est bon que vous marchiez contre les Ismaélites (les musulmans), mais celui qui touchera à un juif, c’est comme s’il touchait à Jésus lui-même ! » « Ils ont déjà assez subi les conséquences d’une captivité cruelle sous des rois chrétiens ! » ajoute-t-il.

Malgré ses problèmes de santé, Bernard se rend en Rhénanie et s’adresse directement à tous les partants regroupés pour l’expédition en Terre Sainte. Nous avons un écho direct de cet engagement personnel de Bernard dans le Sefer Zekhira de Jeshua Ben Meïr, contemporain des événements et qui écrit ceci en témoignage :

« Dans leur détresse du fait des massacres, ils crièrent vers D.ieu. Le Seigneur entendit les gémissements de son peuple et il suscita contre Belial un sage nommé Bernard de Clairvaux. Il les apaisa et leur dit : marchez sur Sion, défendez le sépulcre du Christ, mais ne touchez pas aux juifs, ne leur parlez qu’avec bienveillance, car ils sont la chair et les os du Messie, si vous les molestez, vous blesserez le Seigneur dans la prunelle de son œil ! Ainsi parlait cet homme sage, sa voix était respectée car il était aimé de tous. Il n’avait cependant reçu ni rançon ni argent de la part des juifs. C’était son cœur qui le portait à les aimer et lui suggérait les bonnes paroles pour Israël. D.ieu nous a consolés en suscitant ce juste sans lequel nul d’entre nous n’aurait conservé sa vie. »

Un autre juif de Bonn, Ephraïm, présente également Bernard comme le « sauveur des juifs » face au déchaînement de haine qui les a atteints. Et il va même jusqu’à affirmer : « cet homme connaît et comprend la religion chrétienne ! » paroles étonnantes de la part d’un juif, qui met ainsi en valeur le fait que pour Bernard la défense des juifs n’est pas une question de protection des pauvres, mais une dimension essentielle de la foi biblique. On retrouve un peu cette sensibilité chez Maïmonide qui estime que l’on peut enseigner la Thora aux chrétiens afin qu’ils saisissent l’enracinement de leur foi, mais pas aux musulmans… » Eux ne s’ouvriront jamais au D.ieu de la Bible, leur seul langage est celui du glaive exterminateur… » (selon Joshua Prawer, histoire du Royaume latin de Jérusalem).

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On voit donc que si Bernard de Clairvaux condamne tout antisémitisme, c’est parce qu’il appuie sa conviction sur la Révélation judéo-chrétienne. Il connaît très bien la Bible et pour lui le peuple juif est garant de la pertinence de l’Ecriture. Harding, le père abbé qui l’a formé lors de son entrée au monastère est lui-même allé en Rhénanie consulter des rabbins pour préciser le sens originel de certains textes bibliques. La compassion et l’engagement de Bernard pour les fils d’Israël qui souffrent sont reliés à sa spiritualité qui fait le lien entre Jésus, Verbe incarné, et les juifs de son temps en qui il reconnaît la même chair, souffrante, mais appelée à la résurrection.

On remarque aussi des parallèles entre son commentaire du Cantique des Cantiques, et des commentaires juifs du Shir HaShirim.

Ce sont donc des fondements théologiques et pas simplement humanitaires qui expliquent l’engagement – trop rare il est vrai – de Bernard à l’égard des juifs. Bernard a médité les chapitres 9 et 11 de l’épître aux Romains. Ce que Dieu a donné à Israël, il ne le reniera jamais. Le fait que tout Israël ne reconnaisse pas Jésus comme messie ne condamne pas son avenir avec Dieu. « Le salut vient des juifs » (Jn 4.22) et l’accomplissement final ne se réalisera pas en les excluant. Leur présence dans l’histoire en attendant la Parousie est indispensable, c’est le témoignage vivant de l’alliance.

Dans sa lettre 363 rédigée au moment des pogroms, Bernard écrit : « Je vous enjoins à ne pas accorder de crédit à tout ce qui se raconte. Nous avons appris votre enthousiasme pour Dieu, et nous nous en réjouissons. Mais la modération de la connaissance ne doit pas vous faire défaut : ne maltraitez pas les juifs ! Il ne faut ni les tuer ni les expulser. Questionnez donc ceux qui connaissent l’Ecriture sainte.. Quand la totalité des nations sera entrée, tout Israël sera alors sauvé, dit l’Apôtre (Rm 11.25). »

Dans une lettre au pape Eugène III, Bernard écrit encore : « Tu ne dois rien négliger pour amener à la foi les incroyants. Sans oublier les hérétiques et les schismatiques. Mais en ce qui concerne les juifs, tu dois tenir compte du fait que tu as tout ton temps. L’échéance a été fixée que personne n’a le droit de précipiter. La priorité est à la totalité des païens ».

En d’autres termes, Bernard estime que compte tenu des dons irrévocables dont ils bénéficient de la part de Dieu, et des bénédictions de l’alliance, les juifs n’ont pas à être comme les païens l’objet d’une mission de conversion. Cette rencontre finale est réservée à Dieu lorsqu’il le voudra.

Dans sa spiritualité, Bernard est tributaire de son époque et les termes qu’il emploie dans certaines circonstances ne sont pas toujours exempts de tout antijudaïsme ordinaire propre aux mentalités qui se sont forgées au cours des siècles dans la chrétienté. Mais son intelligence biblique du peuple d’Israël en lien avec l’Eglise fait de lui un témoin prophétique de l’indispensable reconstruction de relations fraternelles entre chrétiens et juifs.

Il approfondit tout au long de sa vie le sens de sa vocation de moine et considère en fin de compte qu’au terme d’un cheminement humble et vrai, on doit être capable d’aimer Dieu pour lui-même et selon ses volontés, et non pas en fonction de soi et de ses propres aspirations et façons de penser.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pour www.Dreuz.info

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