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Publié par Abbé Alain Arbez le 2 septembre 2013

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Samedi 31 août, Arte a diffusé une émission historique sur Israël, avec un certain nombre de documents et d’interviews illustrant la tragédie des juifs perdant la souveraineté de leur terre avant et après la période chrétienne.

La confusion et les stéréotypes habituels ne sont pas diminués par ce genre de séquence savante

Des historiens israéliens et autres ont apporté leur éclairage, mais la question est de savoir ce que le spectateur moyen peut retirer de ce genre d’émission qui fournit pêle-mêle toutes sortes d’éléments historiques et religieux. La renaissance de l’Etat d’Israël a été évoquée, mais à travers l’insistance d’une interview récente de Palestiniens ayant quitté Séphoris/Safori en 1948… Des réactions entendues ce matin chez des catholiques montrent que la confusion et les stéréotypes habituels ne sont pas diminués par ce genre de séquence savante.

D’où ce rappel des faits essentiels qui ont marqué l’histoire d’Israël et des Juifs :

Le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne l’affirme clairement :

« c’est un fait aussi bien pour la foi juive que pour la foi chrétienne, qu’il y a eu une fois et une fois seulement, dans l’histoire de l’humanité, un pays, un pays bien déterminé, dont Dieu a pris possession pour toujours, comme étant Son héritage (1S, 26/19) Son pays (Jr 2/7) et qu’il a confié au peuple élu par Lui, Israël, comme étant Son propre peuple (Dt 1/36)… »

L’archevêque autrichien poursuit:

« on ne peut guère mettre en doute que la fondation de l’Etat d’Israël soit liée à la promesse biblique de la terre ». (Rappelons pour mémoire que le Saint-Siège a signé sa reconnaissance de l’Etat d’Israël dans un Accord fondamental en 1993).

L’Eglise du Christ est enracinée dans le judaïsme

Cet éclairage théologique et historique élémentaire fait encore trop souvent défaut à de nombreux Chrétiens, peu conscients du fait que l’Eglise du Christ est enracinée dans le judaïsme, et que, comme l’a rappelé maintes et maintes fois le pape Jean Paul II au cours de ses 28 ans de pontificat, le destin du christianisme est intimement lié à celui du judaïsme. Benoît XVI puis François ont repris le même flambeau, montrant ainsi que les remises à jour de Vatican II sont irréversibles.

Quand les Chrétiens peinent à reconnaître la réalité incontournable de l’Etat d’Israël sous sa version moderne comme prolongement historique de la promesse de la terre au peuple élu, ils ne respectent pas l’identité spirituelle et culturelle de leurs frères juifs déjà tant éprouvés au cours des siècles. De plus, ils scient de manière suicidaire la branche sur laquelle ils sont greffés ! Car le christianisme n’est pas un état d’âme humaniste flottant au gré d’idéologies du moment, c’est une religion, profondément ancrée dans l’histoire du judaïsme, et en dehors duquel elle n’a aucun sens.

Israël, un ilot de démocratie depuis toujours menacé par ses voisins

Il faut admettre que les événements du Proche-Orient, tels qu’ils sont continuellement relatés par les médias occidentaux, brouillent toujours davantage la perception, par les Chrétiens, de ce double enjeu de la survie d’Israël, pour les juifs d’abord, pour les chrétiens ensuite. Israël est un ilot de démocratie, depuis toujours menacé par ses voisins.

Pour comprendre quelque chose à la géographie de cette région, il faut regarder l’histoire. Pour s’y retrouver, entre positions israéliennes/juives et revendications palestiniennes/islamiques, il faut repréciser qui est qui, et qui fait quoi.

A suite des circonstances de l’histoire de ces vingt derniers siècles en Terre sainte, voici que deux peuples se réclament d’une même terre. Israël/Palestine.

A quoi cela correspond-il?

Il faut d’abord rappeler en préalable que si l’on parle des Israélites et d’Israël depuis 3500 ans, il n’a en revanche jamais existé d’état palestinien…

Les cartes géographiques actuelles de divers pays arabes et musulmans, (y compris dans les livres scolaires des élèves des Territoires sous autorité palestinienne) mentionnent le nom de PALESTINE pour toute la région qui va de la Méditerranée au Jourdain; et Israël n’y figure pas! …

Cette affirmation récente et englobante de la palestinité résiste-t-elle à une analyse historique ?

La Bible :

Le nom d’Israël gravé sur la stèle du pharaon Meneptah, successeur de Ramsès II, nous ramène à 1200 avant notre ère.

Cet indice archéologique est important pour comprendre la suite, car cela signifie qu’un ensemble de populations vivant en terre de Canaan, devenue Eretz Israël pour s’affranchir de la tutelle égyptienne, a émergé comme réalité politique sous la forme d’une confédération de tribus sémitiques.

Un peuple hébreu autochtone, itinérant, déjà près de dix-huit siècles avant notre ère, avec Abraham, était donc présent dans le pays de Canaan. La dynamique d’une alliance entre Dieu, son peuple et sa terre avait donné la paix pour seule ambition à cet Israël en gestation, autour d’une éthique authentiquement pionnière par rapport aux civilisations environnantes, mais aussi grâce à un culte original, en lutte permanente contre les fausses divinités.

Ainsi, lorsque nous ouvrons la Bible, premier ou nouveau Testament, nous voyons qu’il y est question du pays des Juifs, de la Judée, d’Eretz Israël, et de pays voisins infiniment plus puissants et constamment envahisseurs. Mais l’appellation « Palestine » n’apparaît nulle part !

Les Philistins

Les Philistins sont des navigateurs venus des îles de la mer Egée

Le terme moderne « Palestinien » vient de « Philistin »; c’est sous ce nom que la Bible évoque des populations étrangères localisées dans une bande de terre côtière étroite, recouvrant à peu près l’actuelle Gaza. Les Philistins de l’antiquité sont des navigateurs venus des îles de la mer Egée ; c’est-à-dire des Grecs. Leur langue est une langue indo-européenne, pas une langue sémitique. Les Palestiniens d’aujourd’hui qui revendiquent depuis 1967 la palestinité peuvent difficilement être les descendants de ces anciens Philistins, mais sont plutôt issus de populations arabes et turques ne remontant de loin pas jusqu’à cette époque antique.

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Yehuda :

La première mention de Palestine, ou Philistie, contrée peuplée de Philistins, remonte à Hérodote, quelque cinq siècles avant notre ère, mais cela ne vise en aucun cas l’ensemble du territoire des Juifs : celui-ci reste appelé pour la partie nord : Israël, et pour la partie sud : Yehuda, Judée, Juda, c’est-à-dire pays des Juifs, dans les édits et sur les pièces de monnaie frappées par les gouverneurs perses au 4ème siècle avant JC.

Judea Capta :

Absurdité anachronique de ces catéchismes qui parlent de « Jésus sur les chemins de Palestine »

Il y a deux mille ans, à l’époque de Jésus de Nazareth et de ses disciples, tous Juifs, personne ne parle de « Palestiniens ». On ne connaît que les Philistins, peuple guerrier ennemi d’Israël, venu de la mer, pas du désert.

(D’où l’absurdité anachronique de ces catéchismes qui nous parlent de « Jésus sur les chemins de Palestine »… Cela concorde avec le mythe d’un Jésus palestinien, en harmonie avec le Coran, qui considère Jésus comme un prophète musulman ! Or Jésus est né juif d’une mère juive à Bethléem de Judée, il est mort juif à Jérusalem, et pour les Chrétiens il est Fils de Dieu.)

L’inscription est « Judea capta », la Judée conquise ; ce n’est pas « Palestina capta »

En 70 de notre ère, Titus, fils de l’empereur Vespasien, détruit le Temple de Jérusalem et réprime brutalement le peuple juif. A cette époque, on trouve des pièces romaines représentant une femme juive en deuil, sous un palmier, symbole de la Judée : l’inscription est « Judea capta », la Judée conquise ; ce n’est pas « Palestina capta »…

Palestina :

C’est après la deuxième révolte juive contre Rome, en 135, que l’empereur Hadrien débaptise la Judée pour l’appeler Palestina, (du nom de la bande côtière philistine), tout comme il change, également, le nom de Jérusalem, qu’il a fait raser, en Aelia Capitolina ; Si Rome interdit provisoirement aux Juifs l’accès à leur capitale millénaire Jérusalem, dans le reste de la Judée/Palestine la majorité de la population reste néanmoins juive, malgré la présence de quelques colons grecs et romains, et elle peut continuer à vivre et à pratiquer ses coutumes sur sa terre ancestrale Eretz Israël.

Les Byzantins :

La foi en Jésus Messie, qui a commencé à se développer dans les milieux juifs et chez les sympathisants du judaïsme, s’hellénise ; alors que le premier christianisme est 100% juif, une structuration de la pensée chrétienne s’opère peu à peu avec les outils intellectuels de la philosophie grecque. En 90, à Yavné, les rabbins excommunient les « minîm », les dissidents, dont font partie les « disciples de la voie » (christianoï). Puis, à la suite des premiers conciles d’évêques en majorité originaires de la région, des exclusions sont ensuite prononcées contre les Juifs, sur la base d’élaborations théologiques douteuses, avec cette idée que l’Eglise s’est substituée à Israël, (« Verus Israel ») et que toute la religion juive serait rendue caduque par le christianisme.

Pourtant, il apparaît que, durant plusieurs siècles, la plupart des Chrétiens de la base populaire restent en excellents termes avec les Juifs et participent même fréquemment aux célébrations dans les synagogues ; et c’est sans doute à cause de ces trop bonnes relations que, par crainte d’une influence concurrente du judaïsme, certains hiérarques et notables orientaux vont instaurer artificiellement une distance fatale en élaborant la notion de peuple « déicide », ce qui induira tant de tragédies par la suite…

La « conversion » de l’empereur Constantin à la foi nouvelle en 324 donne force de loi à ces redoutables attitudes de rejet, et un statut des Juifs, y compris en Terre Sainte, est établi. Mais cela n’affecte pas outre mesure la population judéenne et samaritaine, qui, majoritaire dans le pays, garde intacte la jouissance de ses terres durant cette période byzantine ; les Chrétiens ne dépossèdent pas les Juifs de leurs biens et ne répriment pas leur expression culturelle : c’est dans ce contexte que le Talmud est mis par écrit. St Jérôme vient de Rome en Terre Sainte pour travailler auprès des rabbins à sa traduction de la Bible (la Vulgate), avec le souci de respecter ainsi le plus possible la « veritas haebraïca », malgré l’hostilité de St Augustin à son égard…

De nombreuses synagogues sont construites, particulièrement en Galilée, et l’approfondissement de la Mishna se poursuit, tandis que parallèlement les Pères de l’Eglise rédigent leurs réflexions théologiques et que prend forme ce qui constituera le droit canon ecclésiastique. Mais l’Eglise de Palestine, ayant interdit aux Juifs de vivre à Jérusalem, a intentionnellement laissé transformer le site sacré du mont du Temple en dépôt d’ordures et décharge publique. Les Juifs ne sont autorisés à entrer à Jérusalem qu’une fois par an pour pleurer sur la destruction par les Romains de leur lieu sacré.

L’arrivée de l’Islam :

Les adeptes d’une nouvelle religion conquérante, l’islam, sortent de leur territoire, l’Arabie

La situation va complètement changer lorsque, après cette période marquée par une relative coexistence avec les Chrétiens byzantins, les adeptes d’une nouvelle religion conquérante, l’islam, sortent de leur territoire, l’Arabie, aux 7ème et 8ème siècles. Et en très peu de temps, « tels une invasion de sauterelles », pour reprendre l’expression du chroniqueur Ibn Khaldoun, les Musulmans vont s’installer en Terre Sainte, en Egypte, en Syrie, au sud de l’Italie, en Afrique du Nord, en Espagne, en Arménie, en Anatolie, en Perse, en Inde, au prix de massacres massifs et de bouleversements considérables. Leur occupation de l’Espagne et de l’Arménie provoquera d’ailleurs en Occident au 11ème siècle une réaction qui déclenchera le processus initialement dénommé expédition et plus tard croisade.

A leur arrivée à Jérusalem en 638, les Arabes s’emparent des espaces sacrés et y installent deux mosquées (devenues récemment très célèbres) sur l’emplacement même du Temple de Salomon reconstruit par Hérode.

Diverses œuvres d’art appelées souvent à tort « art islamique » vont être conçues et réalisées par des architectes et des artisans chrétiens ou juifs, recrutés par les conquérants. (C’est le début de l’appropriation par les Musulmans du riche héritage byzantin et copte au Proche-Orient.)

Juifs et Chrétiens opprimés :

Si pendant des siècles, les Juifs subissent sur leur territoire ancestral les contrecoups d’un antijudaïsme chrétien, (avec la présence des Byzantins du 5ème au 7ème siècles, puis des Latins, du 11ème au 12ème siècles) ils souffrent surtout des conséquences de l’islamisation du pays, avec l’arrivée des occupants musulmans, arabes puis ottomans. Il faut toutefois relever l’attitude complice et hostile du patriarche chrétien de Jérusalem, Sophronius, en 638, qui, en s’appuyant sur les idées exécrables de Jean Chrysostome, demande au calife de maintenir l’exclusion des Juifs de Jérusalem. Pourtant, celui-ci accepte qu’un quota de 70 familles s’y établisse.

Dhimmi :

Un régime d’infériorité

Avec cette conquête par l’islam au 7ème siècle, la situation se dégrade, aussi bien pour les Juifs que pour les Chrétiens, finalement soumis au même régime d’infériorité (les dhimmi) : leurs terres sont confisquées par le calife qui en devient le seul détenteur, au profit de la population musulmane (système du « fay »). Pendant la période de conquête, les campagnes sont gagnées par l’insécurité en raison des razzias bédouines, des déportations en esclavage des Juifs et des Chrétiens, et de ce fait, la désertification s’accélère. C’est dans cette conjoncture que les Musulmans imposent aux non-Musulmans un vêtement discriminatoire, visibilisant leur statut inférieur, lointain ancêtre de l’étoile jaune et des décrets du 4ème concile du Latran (ségrégationniste envers les Juifs et les Musulmans en Europe, 13ème siècle).… Les chrétiens doivent être vêtus de bleu et les juifs, de jaune.

En 1009, le sultan égyptien Al Hakim conquiert Jérusalem ; bien qu’issu d’une mère chrétienne, il s’acharne rageusement sur le tombeau du Christ, qu’il réduit en poussière. Mais Al Hakim ordonne aussi que les synagogues et les églises soient détruites, et il déclenche des persécutions contre les Juifs et les Chrétiens ; les Occidentaux doivent payer des rançons considérables pour protéger leurs droits et reconstruire le Saint-Sépulcre. Dans les décennies suivantes, parmi les pèlerins qui venaient depuis des générations se recueillir sur les lieux saints, certains sont agressés, mutilés (nez et oreilles coupés), emmenés en esclavage, islamisés de force.

Des ligues de « légitime défense » vont se constituer : les croisades sont lancées

Devant ces états de fait intolérables, des ligues de « légitime défense » vont se constituer en Occident, pour tenter de donner une réponse collective à la situation d’ensemble qui s’aggrave de l’Espagne à l’Arménie. Les croisades sont lancées dans un but non pas expansionniste, comme on l’a souvent affirmé, mais essentiellement pour reprendre aux Musulmans les terres chrétiennes qu’ils s’étaient appropriées par l’épée. Des troupes armées, constituées de pauvres gens, parfois organisées de bric et de broc mais déterminées par une cause juste, prendront dans le même élan la route de la Terre Sainte. Souvent épuisées par les attaques de brigands tout au long de leur périple, et affrontées à des barrages de cavaliers musulmans bien équipés, les croisades se donneront pour objectif (plus spirituel que militaire, en tout cas au début) de libérer le Tombeau du Christ, profané par les guerriers de Mohamed. (Il n’empêche que des aventuriers et des fanatiques, infiltrés dans ces troupes populaires de Chrétiens en marche vers la Terre Sainte, ont commis des exactions gravissimes en tuant des Juifs par pur antisémitisme, par exemple lors de leur départ d’Allemagne, et en massacrant par milliers Juifs et Musulmans lors de leur entrée hystérique à Jérusalem.)

Chute civilisationnelle et oubli total :

Judée et Jérusalem n’ont pas d’importance pour l’islam et vont tomber dans l’oubli

Mais pendant de longues périodes, la Judée et Jérusalem vont tomber dans l’oubli ; elles n’auront pas d’importance particulière pour l’islam, comme c’est, en revanche, le cas depuis quelques décennies. (Rappelons d’ailleurs, à ce propos, que Jérusalem n’est pas mentionnée une seule fois dans le Coran !)

C’est Damas qui joue à cette époque le rôle de chef-lieu de l’administration musulmane de la région.

Il faut signaler aussi que durant les douze siècles qui ont suivi l’islamisation du pays, la population globale en Terre Sainte a terriblement chuté : des trois à quatre millions de personnes vivant là du temps du Christ, on tombe au 19ème siècle à seulement trois cent mille âmes, soit le 1/10ème environ, surtout en raison des attaques permanentes de pillards, conformément à la tradition bédouine des razzias. Des recensements périodiques établis par des diplomates ou des voyageurs existent pour confirmer cette tendance démographique dans les différentes périodes historiques.

Des contingents musulmans de Bosnie et du Caucase pour le repeuplement

On sait qu’au 16ème siècle, des familles maures chassées d’Espagne sont venues s’installer en Palestine. Mais la désertification humaine du Pays de la Bible amène le sultan à accueillir à la fin du 19ème siècle des contingents musulmans provenant de Bosnie et du Caucase, pour servir de repeuplement d’appoint et de main d’œuvre au service des riches propriétaires syriens ou libanais, détenteurs de parcelles de terres ou de désert…

Quant aux « Arabes chrétiens » aujourd’hui présents dans ces territoires sous autorité palestinienne ou en Israël, certains d’entre eux se considèrent comme les descendants des apôtres et des premiers disciples de Jésus Christ, (en fait, tout ce qu’il y a de plus juifs !). Ils sont très souvent originaires du Liban et de Syrie, de Jordanie ou d’Egypte, et appartiennent aux communautés grecques-catholiques ou grecques-orthodoxes. La plupart de ces familles, établies là peut-être depuis un siècle et demi, se présentent volontiers comme implantées dans la région depuis l’antiquité la plus reculée. Il se peut que certaines d’entre elles soient des descendants d’Araméens chrétiens venus d’au-delà du Jourdain…

Partition de la Palestine mandataire :

L’ère des guerres coloniales va faire prendre un virage décisif à ces colonies ottomanes arabisées. Car les Anglais et les Français se disputent la domination du Proche-Orient. Après avoir infligé une défaite militaire aux Turcs en 1917, les Anglais sont présents en Terre Sainte jusqu’en 1948.

77% de la Palestine vont à Abdallah, fils du sherif de La Mecque

En 1921, chargés par la Société des Nations d’un mandat sur la Palestine, ils effectuent un curieux découpage de cet ancien territoire ottoman vaincu : c’est ainsi que les trois quarts du territoire de Palestine, la Transjordanie, à l’est du Jourdain (77%, exactement !) vont à Abdallah, fils du sherif de La Mecque, promu émir par les Anglais ; et c’est seulement le petit quart restant de la Palestine, (23%) entre Mer morte et Méditerranée, qui est prévu comme territoire à partager de nouveau entre les Arabes de Palestine et le futur foyer national juif !

Les Palestiniens dont il est question sont des Juifs

Par la suite, les Britanniques, et avec eux les Occidentaux, font tout pour freiner au maximum le retour des Juifs sur « Eretz Israël » ! Toutefois, lorsqu’un journal intitulé « Palestine » paraît à cette époque, les Palestiniens dont il est question sont des Juifs qui continuent d’affluer en Terre Sainte… (A noter en passant que ce désir de retour, appelé alyah, a toujours existé au cours des siècles chez les Juifs, exilés de force de leur pays.)

Sous l’impulsion des militants sionistes, et malgré de violentes oppositions arabes relayées en Occident, l’état d’Israël revoit le jour en 1948, avec l’aval des Nations unies. Mais les Arabes s’estiment dépossédés de leurs terres traditionnelles et refusent catégoriquement la partition territoriale proposée par les Nations Unies en novembre 1947. Les armées arabes voisines attaquent ensemble le jeune Etat moderne d’Israël ressurgi de sa déshérence, avec pour objectif non pas de s’installer à ses côtés, mais purement et simplement d’annuler sa création, appelée par eux « nakba », catastrophe.

Jusqu’en 1967, les Arabes et les Musulmans de ces régions ne s’appellent pas encore « Palestiniens ». Ils tiennent à être reconnus comme une part de la Nation arabe, et de la oumma musulmane, ils se font alors appeler « Arabes de Palestine ». C’est la logique du panarabisme, dans lequel de nombreux chrétiens arabes sont mobilisés au service d’une cause qui va se diversifier en courants islamiques multiples, dont beaucoup vont de plus en plus utiliser la violence, sur la base de légitimations révolutionnaires d’inspiration marxiste et/ou coranique.

En 1967, c’est la défaite de la Jordanie et la reconquête par l’Etat hébreu de Jérusalem-est ainsi que de la Judée-Samarie historique ; c’est alors qu’apparaît une dénomination inédite : la « Cisjordanie », toujours présentée dans les médias occidentaux comme « territoire occupé ». Alors que la présence jordanienne n’était pas perçue comme « occupante » par les Arabes de Jérusalem et de Judée-Samarie, le passage à l’administration israélienne est ressenti par ceux-ci comme une humiliation. Et pourtant, l’accès libre aux lieux saints sera garanti par Israël, ce qui n’était pas le cas avec les Jordaniens.

Le cauchemar commence pour les régions chrétiennes libanaises

Dans les années 70, la Ligue arabe impose au Liban l’accueil de nouveaux réfugiés palestiniens ; le cauchemar commence pour les régions chrétiennes libanaises qui vont être ravagées par les agressions de commandos terroristes cherchant à déstabiliser le pays. Ces exactions, menées par les rescapés de « septembre noir » (de Jordanie), feront des milliers de victimes parmi les Chrétiens et iront jusqu’au meurtre du président maronite du Liban Bechir Gemayel, en 1983.

C’est ce chaos qui entraîna, de la part des milices chrétiennes d’autodéfense libanaises, des interventions désespérées et des débordements incontrôlés comme le triste épisode de Sabra et Chatila, (coordonné par le Syrien Elias Hobeïka) pour lequel le général israélien Ariel Sharon, stationné avec les troupes israéliennes dans les environs, est souvent mis en cause.

Jamais dans les siècles précédents, les mosquées de Jérusalem, Al Qods, et Al Aqsa n’avaient eu pareille importance symbolique !

Bien qu’aucun état palestinien n’ait existé auparavant, ce concept s’est peu à peu imposé à des opinions publiques occidentales sensibilisées et mobilisées par les courants progressistes, tant dans les milieux politiques que dans les cercles ecclésiaux tiers-mondistes de l’après Concile. Durant des décennies, la revendication palestinienne va évoluer de plus en plus vers une problématique religieuse musulmane, avec l’exigence d’Al-Aqsa, comme lieu saint de l’islam… (Jamais dans les siècles précédents, les mosquées de Jérusalem, Al Qods, et Al Aqsa n’avaient eu pareille importance symbolique !)

A ce propos, rappelons que l’emplacement de l’ancien Temple, avec le mur du Kottel, actuel lieu de mémoire sacrée et de prière juive, est le seul et unique lieu saint du judaïsme, tandis que l’espace supérieur, avec ses deux mosquées et revendiqué par les Musulmans, n’est que le troisième lieu saint de l’islam, après La Mecque et Médine.

Clés de compréhension :

Pour comprendre ce qui se passe en Israël/Territoires sous autorité palestinienne, il faut donc des clés de compréhension non seulement historiques, mais également géopolitiques et géoculturelles : il est également nécessaire de relier la politique locale du Moyen-Orient à la progression d’un islamisme militant qui gagne chaque jour du terrain dans le reste du monde. Voir l’Egypte, l’Iraq, l’Indonésie, les Philippines, le Nigéria, le Soudan, le Pakistan et autres régions propices aux agressions islamiques contre les Chrétiens, avec des femmes et des enfants quotidiennement égorgés au nom d’un islam plus pur, forgé dans le fanatisme religieux.

Coexistence Israël/Palestine : respect mutuel.

Quoi qu’il en soit, les conséquences de l’histoire sur plusieurs siècles font qu’aujourd’hui des populations arabo-musulmanes à forte démographie sont maintenant présentes sur cette terre de Palestine ; avec la partition initiale de l’ancienne Palestine mandataire, en 1921, on sait que la population de la Jordanie est aux 3/4 « palestinienne ».

Suite aux diverses propositions de paix qui toutes ont jusqu’ici échoué, comment ces populations sauront-elles entrer dans un processus d’acceptation démocratique d’une coexistence pacifique avec l’état d’Israël, dont la légitimité s’enracine très profondément dans cette région depuis les temps bibliques fondateurs ? (soit près de trois mille huit cents ans).

Tant que ces populations seront mobilisées par des courants religieux niant par principe la légitimité antérieure d’Israël au nom de celle plus récente de la « Terre d’Islam », elles seront logiquement conduites à vouloir s’approprier, par l’intifada ou les attentats, la totalité des terres, « de la Méditerranée au Jourdain », (position du Hamas, et de pratiquement tous les groupes militants). Ce sera l’impasse, car dès lors, la stabilité de la région restera sans cesse hypothéquée par des antagonismes inter-musulmans, une agressivité grandissante envers les chrétiens et des rapports de force foncièrement hostiles aux habitants d’appartenance juive.

Il est clair qu’Eretz Israël a une place centrale dans la Bible qui est commune aux Juifs et aux Chrétiens, et Jérusalem y est citée six cent fois. « Que ma langue reste attachée à mon palais si je t’oublie, Jérusalem »! dit le psalmiste.

Les Chrétiens sont donc eux aussi directement concernés par le sort réservé à leurs frères aînés juifs, ainsi que par l’avenir de cette région unique au monde, appelée terra sancta.

Eglise Universelle et Eglise locale

Malheureusement, on ne peut que déplorer l’image de discorde que donnent d’abord d’eux mêmes les Chrétiens désunis de Terre Sainte. Par ailleurs, la position d’allégeance unilatérale de l’Eglise locale (toutes confessions comprises) au nationalisme palestinien et à ses excès, instaure un blocage. La distorsion criante entre la position politique partisane de l’Eglise palestinienne et l’orientation plus œcuménique de l’Eglise universelle s’aggrave et verrouille les perspectives d’avenir équilibrées qui auraient pu être sagement élaborées, tant avec les pouvoirs israélien que la représentation palestinienne.

On doit constater qu’on retrouve là la ligne traditionnellement antijudaïque et peut-être même marcionite de cette Eglise palestinienne, à la différence des autres chrétientés d’Orient, comme en Egypte, ou au Liban par exemple. Ces positions de l’Eglise catholique locale regroupant essentiellement des Arabes chrétiens (mais à peine 2% de la population à Jérusalem !) poseront problème.

Cette « Eglise palestinienne » fait de la surenchère sur l’attitude du Saint-Siège, qui, lui, ne s’est jamais prononcé sur les répartitions de souveraineté à définir pour les lieux saints, la Ville et les Territoires, laissant ce soin aux négociateurs officiels représentatifs des deux parties, sous l’éventuelle supervision des Nations Unies pour autant que celle-ci soit impartiale.

De quoi ces autorités chrétiennes locales sont-elles le porte-parole, lorsqu’en guise de caution elles s’affirment directement de la lignée des apôtres juifs de Jésus, tout en adoptant finalement les positions du Fatah, ou même en légitimant le Hamas, deux organisations fer de lance d’un islam radical ? Pourquoi des protestants évangéliques américains ne seraient-ils pas aussi représentatifs et aussi pertinents lorsqu’ils se déclarent, au nom de leur foi biblique, solidaires de la souveraineté israélienne, fondée sur des principes transparents ?

Le mont du Temple est un lieu saint vital pour les Juifs ; il est aussi par ses vestiges le témoin de la foi de Jésus, lui-même, avec ses apôtres, fervent pratiquant du Temple de Jérusalem. Un Jésus déjudaïsé comme l’aiment les amateurs d’apocryphes ne serait plus qu’un triste gourou New Age.

Si le judaïsme est constitutif du christianisme, l’islam est étranger à sa foi

Dans l’encyclique « Redemptoris missio », Jean Paul II recommandait aux catholiques de prendre la mesure de l’environnement inter-religieux qui caractérise de plus en plus notre époque. Mais cela veut dire, comme le souligne Henri Tinq, que le dialogue avec le judaïsme et avec l’islam doit être différencié : si le judaïsme est constitutif du christianisme, l’islam est étranger à sa foi.

Une conscience claire des différences ne pourra que favoriser toutes les initiatives constructives vers une paix laborieusement édifiée dans la vérité.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre. Genève (Suisse) pour www.Dreuz.info

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