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Publié par Guy Millière le 30 octobre 2013

FRANC

L’article que j’ai consacré au Front National a conduit à un flot de commentaire tel que je n’ai pu répondre à chacun. Je procèderai donc à une réponse globale.

J’ai expliqué ce qui me séparait du Front National. Je n’ai pas dit que le Front National était un parti antisémite : j’ai dit qu’il restait des antisémites au Front National, ce qui est très différent : il y a encore davantage d’antisémites au Front National que dans d’autres partis parce que le Front National vient de l’extrême droite et inclut des catholiques intégristes. C’est, cela dit, un parti qui a évolué et continue à évoluer, et qu’on ne peut plus classer aujourd’hui à l’extrême droite sans commettre un abus de langage et sans viser à côté de la cible.

Je n’ai, d’une même façon, jamais dit que le peuple français était antisémite : ce genre d’affirmation globalisante serait absurde. J’ai dit qu’il y avait de l’antisémitisme en France, et qu’il y avait eu des périodes où cet antisémitisme avait été particulièrement virulent.

Je n’ai cessé d’écrire que l’antisémitisme en France aujourd’hui est surtout un antisémitisme islamique et que l’antisionisme présent à l’extrême gauche n’était qu’un masque derrière lequel avançait l’antisémitisme islamique et ses compagnons de route.

Des gens très douteux à la gauche de la gauche

J’ai dit qu’il y avait des gens douteux au Front National en visant les antisémites et les racistes qui y sont encore, mais je n’ignore bien sûr pas qu’il existe des gens très douteux sur tout l’échiquier politique français, et tout particulièrement à la gauche de la gauche où les léninistes, les ex maoïstes, les admirateurs des frères Castro ou du défunt Hugo Chavez abondent, sans parler des admirateurs de Mahmoud Abbas.

J’ai expliqué en quoi les politiques ineptes menées par le gouvernement socialiste aujourd’hui ou par l’UMP et Nicolas Sarkozy hier avaient fait le lit du Front National et conduit où nous en sommes. J’ai dit que, sans voter comme eux, je comprenais les électeurs du Front National. Dans le contexte français actuel, je ne peux voter pour personne. Je pourrais voter pour un candidat libéral et conservateur au sens américain du terme. Ce candidat n’existe pas, et il n’existera pas, je pense.

La situation politique, économique, sociale, culturelle dans laquelle se trouve la France aujourd’hui est le fruit de certains traits de son histoire, traits qui remontent au temps de la Révolution française. Elle est aussi le fruit des effets de la construction européenne et, surtout, le fruit d’une emprise intellectuelle sur le pays qui a largement broyé l’aptitude à comprendre le monde tel qu’il fonctionne aujourd’hui, l’économie et la géopolitique du vingt-et-unième siècle. Des pans entiers de la pensée ont été éliminés ou marginalisés : nous sommes face aux conséquences.

Le programme du Front National, que j’ai lu, en détail, comporte des éléments très positifs, dignes d’un parti conservateur : la nécessité d’accroître le nombre de prisons, par exemple, le retour à une plus grande sévérité des peines pour les criminels, un recours à la tolérance zéro non pas pour les automobilistes comme aujourd’hui (idée sarkozyste inepte), mais pour les auteurs de crimes et délits, l’affirmation d’un retour à un enseignement chronologique de l’histoire et à un enseignement des valeurs propres à la civilisation occidentale, une volonté de limiter les flux migratoires et de lutter plus fermement contre l’immigration illégale.

Il n’en est pas moins marqué aussi, lorsqu’il traite d’économie en particulier, par des orientations bien plus discutables et potentiellement délétères.

La mondialisation est un fait, et non pas une option politique

Décrire la mondialisation comme cela est fait et la confondre avec une doctrine « mondialiste » équivaut à ignorer que la mondialisation est un fait, et non pas une option politique : nous sommes à l’âge d’internet, de la dématérialisation de la valeur, de la monnaie et des transactions financières, des entreprises transnationales, et il n’y a pas de retour en arrière possible.

Envisager de se retrancher de la mondialisation derrière des barrières protectionnistes est une réponse suicidaire aux défis présents : tout pays qui se retrancherait serait contourné par les flux du commerce mondial qui continueraient intacts, et subirait des conséquences lourdes débouchant sur une perte de compétitivité à une baisse générale du niveau de vie.

Consternant que des gens puissent envisager un retour au protectionnisme

Cela fera bientôt deux cent cinquante ans que des économistes ont expliqué les dangers du protectionnisme et ce qu’apportent le libre échange et la liberté d’entreprendre. Il faudrait bien plus que ces quelques lignes pour reprendre leurs démonstrations, mais il me semble consternant que des gens puissent envisager un retour au protectionnisme aujourd’hui. Il me semble particulièrement consternant qu’on puisse laisser entendre que le protectionnisme sauverait des emplois : le monde développé est à l’ère post-industrielle, donc à l’heure où on fait fabriquer ailleurs ce qu’il coûte moins cher de faire fabriquer ailleurs et où la valeur ajoutée qui crée des emplois dans le monde développé vient du capital humain et intellectuel, et des services apportés aux vecteurs de capital humain et intellectuel. Les idées protectionnistes sont une façon d’entériner et d’accroître les retards immenses pris par toute l’Europe en termes de passage à l’ère post-industrielle (le drame n’est pas qu’un ouvrier français soit en concurrence avec un ouvrier polonais ou chinois, mais que cet ouvrier n’ait pas reçu une formation lui ayant permis de se reconvertir vers un secteur n’impliquant pas la fabrication d’objets matériels).

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Incriminer l’Europe en la qualifiant de « libérale » est faire un contre sens grave : l’Europe est technocratique, absolutiste, réglementariste, elle construit une forme de supra-Etat qui confisque la démocratie et toute possibilité pour les peuples européens de disposer d’eux-mêmes. Rien de tout cela n’est libéral. Une vision libérale de l’Europe a existé et existe encore : c’est celle qu’avait défini Margaret Thatcher en son temps, et celle qu’a pu définir Vaclav Klaus, qui fut Président de la république Tchèque.

Incriminer l’euro et la façon dont il a été mis en place est légitime, et envisager de quitter l’euro peut se trouver justifié, mais pas pour revenir à une souveraineté nationale ourlée de frontières marquées par le protectionnisme : pour en revenir à une concurrence monétaire, fiscale, réglementaire permettant de regagner le dynamisme perdu. La souveraineté que propose le Front National enfermerait la France dans son propre univers réglementariste, étatiste, rigide, ce qui ferait sombrer le pays plus vite encore.

Le Programme du Font National ne cesse de s’en prendre au libéralisme, et en le lisant, on voit qu’il s’en prend en fait à la liberté d’entreprendre, au libre marché, à tout ce que la concurrence et l’initiative individuelle peuvent incarner pour placer un Etat stratège et un ensemble de projets planistes au centre de tout, et pour redonner une place plus importante aux « services publics » à la française. On voit aussi qu’il ne prétend en rien remédier aux maux résultant de l’Etat providence et de l’hypertrophie de la fonction publique, au contraire.

Toutes les innovations majeures des dernières décennies sont venues d’une manière ou d’une autre de la liberté d’entreprendre, du libre marché, de la concurrence, de l’initiative et de la créativité individuelles. Tout le dynamisme économique et toute la croissance aussi.

L’idée d’Etat stratège est quasiment aussi archaïque que l’Union Soviétique. Elle ne fonctionne pas même en Chine où, pourtant, le parti qui gouverne s’appelle encore Parti Communiste. Le planisme est lui-même aussi archaïque que l’Union Soviétique. Il a eu ses heures de gloire en France au temps du Plan Calcul, qui devait faire naître l’informatique à la française, avec les résultats qu’on constate. Les services publics à la française sont des bureaucraties fonctionnant selon la logique des bureaucraties : les bureaucraties sont faites pour faire des pertes, comme les entreprises sont faites pour faire des profits. Et les privatisations existent là où elles sont pratiquées, pour faire cesser l’hémorragie des pertes et pour que les « usagers » soient traités  comme des consommateurs. Qu’est-ce qui fait d’après vous qu’on est, en général, mieux accueilli dans un magasin que, disons, à la Sécurité Sociale ?

Le poids des Etats providence et les incitations perverses qu’ils portent (désincitation au travail et incitation à la passivité assistée) sont précisément ce qui a conduit les pays d’Europe vers l’agonie présente, vers des taux d’endettement cataclysmiques, et vers des taux de croissance nuls.

La fonction publique française est par tête d’habitant la plus importante d’Europe, tout comme les prélèvements obligatoires français sont les plus élevés d’Europe.

Le programme économique du Front National peut séduire d’anciens militants communistes, et ce n’est sans doute pas un hasard si le Front national est devenu le premier parti ouvrier de France. On y parle (je ne l’ai pas dit), de réindustrialisation, comme Arnaud Montebourg, ce qui, dans une ère post industrielle est aussi inadapté que le discours des vendeurs de lampe à huile pouvait l’être au temps où l’ampoule électrique venait d’être inventée.

Le programme du Front National pris globalement peut séduire ceux qui constatent que le discours du Front national sur les sujets que j’ai cités plus haut lorsque j’ai parlé de ses aspects positifs tient des propos plus pertinents que les autres partis politiques présents en France : à la condition que ceux qu’il séduit ignorent tout de la pensée économique, ou n’aient pas lu le programme économique du Front National.

Le Front National, en l’état actuel des choses, n’incarne pas une réponse aux difficultés graves que connait le pays.

Aucun parti n’incarne une réponse aux difficultés graves que connait le pays, et je suis le premier à le déplorer. Quelques propositions de l’UMP vont dans la bonne direction, mais à doses tellement homéopathiques qu’elles en deviennent insignifiantes, et elles sont, de toute façon, accompagnées d’un magma de propositions dignes de celles issues du Parti Socialiste, ou du Front National.

Un avenir ne pourrait se dessiner que si une réflexion prenait forme qui non seulement analyse le monde tel qu’il est aujourd’hui sans les oeillères du prêt-à-penser français, mais embrasse les réflexions géopolitiques et économiques qui circulent aujourd’hui sur la planète et qui s’arrêtent le plus souvent aux frontières de la France.

J’ai tenté pendant des années de faire avancer ces réflexions. Je dois constater que les oeillères du prêt-à-penser français sont là, plus que jamais. Ce qui me rend extrêmement pessimiste pour l’avenir de ce pays.

Et puisqu’on m’a demandé quelquefois ce qui permettrait de dessiner l’avenir, je dirais que cela passerait par un abaissement drastique des prélèvements obligatoires refaisant passer ceux-ci en dessous de la barre des cinquante pour cent, avant de les faire passer en dessous de la barre des quarante pour cent. Cela passerait par des changements très profonds dans les circuits de redistribution sociale, jusqu’à ce que celle-ci en vienne à se tarir. Cela passerait par une déréglementation tout aussi profonde, permettant de jeter à la corbeille entre autres, le code du travail, pour n’en garder que deux ou trois pages. Cela passerait par la liberté du commerce, et par la possibilité d’ouvrir tout commerce sept jours sur sept et vingt quatre heures sur vingt quatre si cela représente un intérêt économique pour le commerçant. Cela passerait, oui, par une tolérance zéro pour les crimes et délits. L’immigration suscitée par la rente se tarirait d’elle-même, car il n’y aurait plus de rente. Tout criminel étranger serait reconduit vers la sortie. L’essentiel des « services publics » seraient privatisés, l’essentiel des médias aussi, ce qui mettrait fin au règne de la nomenklatura qui les tient aujourd’hui et y réintroduirait du pluralisme et de la concurrence. Les universités devraient elles-mêmes être privatisées, ce qui leur redonnerait le rôle de transmission des connaissances qui a cessé très largement d’être le leur : en économie, par exemple, on y apprendrait les apports de George Gilder, Israel Kirzner, James Buchanan, Gary Becker, Eugene Fama, Paul Romer, ce qui serait un bon début. La fin globale des subventions serait un impératif.

Cet avenir est impensable en France, direz-vous ? Précisément : c’est le problème. L’immense problème.

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