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Publié par Michel Garroté le 5 novembre 2013

 

Suez-2

 

Michel Garroté, réd en chef  –-  A l’époque, l’Egypte maintenait l’état de belligérance avec Israël. La première manifestation en fut la fermeture du Canal de Suez à la navigation israélienne. Le 9 août 1949, la commission mixte d’armistice reçut la plainte d’Israël sur le blocage illégal du canal par l’Egypte. Le négociateur de l’ONU, Ralph Bunche, déclara : « La liberté de mouvement pour la navigation officielle est indispensable, et aucun reste du blocus du temps de guerre ne doit être autorisé, parce que c’est contraire aussi bien à la lettre qu’à l’esprit des accords d’armistice ». Le 1er septembre 1951, le Conseil de Sécurité ordonna à l’Egypte d’ouvrir le canal à la navigation israélienne.

L’Egypte refusa de s’y plier. Le ministre des Affaires Etrangères égyptien, Muhammad Salah al-Din, déclara au début de 1954 : « Le peuple égyptien n’a pas honte de dire : nous ne serons pas satisfaits avant qu’Israël ait disparu de la carte du Moyen-Orient ». En 1955, le président égyptien, Gamal Abdel Nasser commença à se fournir en armes auprès du bloc soviétique afin de constituer un arsenal pour la confrontation avec Israël. Sur le court terme cependant, il employa une nouvelle tactique pour mettre en œuvre la guerre de l’Egypte avec Israël.

Il annonça le 31 août 1955 : « L’Egypte a décidé de répandre ses héros, les descendants de Pharaon et les fils de l’Islam, qui vont nettoyer la terre de Palestine. Il n’y aura pas de paix sur la frontière israélienne parce que nous crions vengeance, et la vengeance est la mort d’Israël ».

Ces héros étaient des terroristes arabes, ou fedayin, entraînés et équipés par les renseignements égyptiens pour engager des actions hostiles aux frontières et s’infiltrer en Israël pour y commettre des actes de sabotage et des meurtres. Les fedayin opéraient surtout à partir de bases en Jordanie, de sorte que la Jordanie aurait à subir le plus gros des représailles israéliennes, ce qui ne manqua pas d’arriver. Les attaques terroristes violaient la disposition de l’accord d’armistice qui interdisait d’utiliser des forces paramilitaires pour engager des hostilités.

L’escalade se poursuivit avec le blocus du détroit de Tiran, et la nationalisation par Nasser du canal de Suez en juillet 1956. Le 14 octobre, Nasser dévoila clairement ses intentions : « Je combats maintenant seul contre Israël. Mon devoir est de délivrer le monde arabe de la destruction qu’entraîneraient les intrigues d’Israël, qui a ses racines à l’étranger. Notre haine est très puissante. Il n’y a pas de sens à parler de paix avec Israël. Il n’y a pas même le plus petit espace pour la négociation ». Moins de deux semaines plus tard, le 25 octobre 1956, l’Egypte signa un accord tripartite avec la Syrie et la Jordanie plaçant Nasser au commandement suprême des trois armées.

La poursuite du blocus du canal de Suez et du golfe d’Aqaba à la navigation israélienne, associée à une augmentation des attaques de fedayin, et au bellicisme des récentes déclarations arabes, conduisirent Israël, avec le soutien de la Grande Bretagne et de la France, à attaquer l’Egypte le 29 octobre 1956. L’attaque d’Israël sur l’Egypte fut un succès qui se solda par la prise de contrôle de la bande de Gaza, de la plus grande partie du Sinaï et de Charm el Sheikh par les forces israéliennes. 231 soldats périrent dans les combats.

L’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Abba Eban, expliqua les provocations au Conseil de sécurité le 30 octobre : « Pendant les six années durant lesquelles le conflit a continué en violation de l’accord d’armistice, il y a eu 1’843 cas de pillages et de vols armés, 1339 cas d’affrontements armés avec les forces armées égyptiennes, 435 incursion à partir de territoires contrôlés par l’Egypte, 172 sabotages perpétrés par des unités militaires égyptiennes et des fedayin en Israël. Ces actes d’hostilité de l’Egypte sur le territoire israélien ont entraîné la mort de 101 Israéliens et des blessures pour 364 autres. Pour la seule année 1956, le résultat de ces agressions égyptiennes se chiffre à 28 Israéliens tués, et 127 blessés ».

Ces raids étaient d’autant plus lourds pour Israël que le pays avait choisi de se doter d’armée permanente relativement petite, qui s’augmentait de réservistes en cas de guerre. Cela signifiait qu’Israël ne disposait que de forces restreintes pour combattre en urgence, que les menaces provoquant la mobilisation des réserves pouvaient virtuellement paralyser le pays et qu’une attaque ennemie devait être contenue pendant le temps nécessaire pour procéder à la mobilisation générale. Les Français et les Britanniques voulaient absolument remettre Nasser à sa place et reconquérir leur avantage stratégique. Les Français s’étaient de plus en plus rapprochés du gouvernement israélien, politiquement, diplomatiquement et militairement.

Au cours des deux décennies précédentes, la France était devenue le principal fournisseur d’armes d’Israël. L’attitude britannique avait à peine changé depuis l’époque du mandat. Une amertume résiduelle après la longue bataille de près de trois décennies contre les Juifs et une alliance avec la Jordanie, rendait impossible une modification de l’orientation politique des Britanniques. Les Français avaient cependant considéré qu’ils pouvaient utiliser la peur légitime d’Israël face à une agression égyptienne et la poursuite du blocus du Canal de Suez comme un motif à leur propre frappe contre Nasser. Les Britanniques ne pouvaient laisser passer la chance de s’y associer. Les trois Nations (France, Royaume-Uni, Israël) tombèrent ensuite d’accord sur un plan selon lequel Israël expédierait des parachutistes près du Canal et enverrait son armée à travers le désert du Sinaï.

Les Britanniques et les Français appelleraient alors les deux parties à se retirer de la zone du Canal, s’attendant avec certitude à un refus des Egyptiens. A ce stade-là, les troupes françaises et anglaises seraient déployées pour protéger le Canal. Du point de vue israélien, le blocus continu du Canal de Suez et du Golfe d’Aqaba, l’accroissement des attaques de fedayin et le bellicisme des récentes déclarations arabes rendaient la situation intolérable. Plutôt que de continuer une guerre d’usure avec les terroristes et d’attendre que Nasser et ses alliés disposent de forces suffisantes pour conduire une nouvelle guerre, Ben Gourion décida de lancer une frappe préventive. Le soutien des Français et des Britanniques, pensait-il, le protégerait de l’opposition américaine.

Le 5 novembre 1956, des parachutistes sautent sur Port-Saïd, à l’endroit où le Canal de Suez débouche sur la mer Méditerranée.

Le président Eisenhower n’apprécia pas qu’Israël, la France et le Royaume-Uni aient secrètement planifié une campagne pour évincer l’Egypte du Canal de Suez. Qu’Israël n’informe pas les USA de ses intentions et ignore les demandes américaines de ne pas déclencher la guerre, provoqua des tensions entre les deux pays. Les USA se joignirent ensuite à l’Union Soviétique (ironie de l’histoire, juste après l’invasion de la Hongrie par celle-ci) pour obliger Israël à se retirer. Ils n’hésitèrent pas à menacer Israël d’arrêter toute assistance en provenance des USA, de sanctions de l’ONU, et même d’en être expulsé. La pression des USA obtint le retrait israélien sans concessions de la part des Egyptiens. Les germes de la guerre de 1967 étaient semés.

L’une des raisons pour lesquelles Israël se plia à la volonté d’Eisenhower fut l’assurance qu’il donna au Premier ministre israélien David Ben Gourion. Avant d’évacuer Charm El Sheikh, point stratégique gardant le détroit de Tiran, Israël obtint la promesse que les USA y maintiendraient la liberté de navigation. De plus, Washington parraina une résolution de l’ONU créant la Force d’Urgence des Nations Unies pour superviser les territoires libérés par les forces israéliennes.

Reproduction autorisée avec mention :

Michel Garroté réd en chef www.dreuz.info

Et source :

Mythes et réalités des conflits du Proche-Orient, Mitchell G. Bard, Ed Raphaël :

http://www.amazon.fr/Mythes-r%C3%A9alit%C3%A9s-conflits-du-Proche-Orient/dp/2877810712

   

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