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Publié par Salem Ben Ammar le 27 novembre 2013

Poor

Pendant 19 siècles, ni la Perse, Ni Byzance, Ni Rome, ni l’Empire Ottoman ne pouvaient rivaliser avec la Chine et lui faire de l’ombre.

Pourtant, les chantres de la civilisation arabo-musulmane prétendent que l’occident lui est redevable de tout, et surtout de sa Renaissance, alors qu’elle n’a pas été capable de féconder l’ombre d’une civilisation sur ses terres d’Arabie, et son expansion ne s’est faite que sur la destruction de la vie humaine et des cultures des peuples.

On mythifie toujours ce qui n’existe pas.

A les entendre dans leurs délires, l’islam serait à l’origine de toutes les découvertes et innovations scientifiques, techniques, médicales, etc. Il serait aussi le catalyseur de la démocratie, alors que le mot lui-même n’existait pas dans la langue arabe et aurait fait son apparition seulement au début du XXe siècle.

L’islam n’a été qu’un courroie de transmission, et uniquement grâce aux savants perses et mauresques – jugés comme hérétiques – et aux traductions des prêtres syriaques du savoir philosophique grec, ignorant au passage Rome, Byzance et l’Egypte.

Il aurait, dit-il, servi de catalyseur à la Renaissance, au siècle des Lumières et à la révolution industrielle enclenchée en Angleterre.

Ils porteraient ainsi le sceau de la civilisation arabo-musulmane. Disons-le : l’islam est peu connu pour son génie créatif et industriel, lui qui a lamentablement raté toutes les grandes révolutions des sciences et techniques, et n’a aucune chance de jamais apparaître dans la haute technologie.

Ils disent même sans rougir que sans l’islam, l’Occident n’aurait jamais découvert la civilisation grecque et la pensée hellénique, dont la civilisation arabo-musulmane serait la continuatrice, voire la digne héritière. Disons-le encore : une civilisation dont l’idéal politique la rapproche du monde de la jungle, de moeurs attentatoires à la dignité humaine, qui voue une haine dogmatique à la femme, qui nie la vie humaine et les libertés ne peut être qu’une caricature, une insulte à la civilisation grecque.

Personne ne saurait nier son apport, dû à quelques hommes, qui furent persécutés et réprimés, dont les œuvres furent brûlées et détruites par l’islam, et que seul l’Occident a sorti de l’oubli.

Mais nul ne peut ignorer ce qu’elle doit à la Grèce grâce la proximité culturelle, intellectuelle, humaine et religieuse entre la Grèce hellénique et la Syrie que les arabes de la Péninsule arabique s’acharnent aujourd’hui à rayer de la surface de la terre, comme naguère leurs aïeux déferlant sauvagement sur l’Egypte, la Perse et l’Ifriqiya, laissant derrière eux ruine et désolation.

N’est-ce pas curieux ? Les arabo-musulmans n’ont pas été capables d’assimiler le savoir grec, mais ils l’auraient transmis à l’Occident chrétien ?

D’ailleurs, de quel héritage grec s’agit-il ?

Celui de la philosophie, jugée contraire à la pensée islamique ? Son enseignement est toujours interdit dans la majorité des pays musulmans, comment l’auraient-ils transmis ? Leur goût prononcé pour les livres comme ceux de la grande bibliothèque d’Alexandrie ? Plutôt que de faire une œuvre salutaire conformément à leur propagande de transmission de leurs lumières à l’humanité, ils ont préféré les réduire en un amas de cendres !

A entendre les laudateurs béats de l’arabo-islamisme, ce cauchemar des peuples d’hier comme d’aujourd’hui, le monde serait toujours dans les ténèbres, sans l’islam. Disons-le aussi : il est bizarre qu’eux y soient toujours, dans les ténèbres, depuis le IXe siècle et la main mise de l’Ecole Acharite sur la théologie musulmane et la défaite des Muatazilites, les adeptes du libre-arbitre et du rationalisme.

Disons-le également : la civilisation musulmane des populations arabisées est le fruit d’influences extérieures, à partir du VIIIe siècle, sous le règne des Abbassides, dont la plus connue est la source grecque, considérée comme la deuxième source de la pensée musulmane, fruit des travaux de traduction, d’enrichissement et de vulgarisation menés par les traducteurs syriens arabisants appartenant à l’Eglise Syriaque, subventionnés par des mécènes éclairés ainsi que les Califes Abbassides.

Ainsi le célèbre Haroun al Rachid édifia la bibliothèque de khizanat al hikma, destinée à accueillir les savoirs helléniques.

Sans les Syriaques, notamment ceux de l’école de théologie d’Edesse de Bassorah, connue sous le nom de l’école des Perses, jamais la civilisation naissante n’aurait pu accéder à la science médicale, à la théologique d’inspiration aristotélicienne, et à la pensée philosophique, dont les principales figures de proue furent Avicenne et Averroès, et dont les théories sur le rationalisme de la pensée furent farouchement combattues, condamnées pour hérésie, par l’orthodoxie musulmane, qui dénie à l’homme toute faculté de raisonner et de penser par lui-même – seul Allah ayant le pouvoir de le faire.

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Disons-le toujours : est-ce un hasard si le déclin de la civilisation musulmane arabisante coïncide avec la disparition d’Averroès (1126-1198), grand commentateur d’Aristote, et qui voulait concilier la philosophie spéculative, celle de la raison, et la loi divine ?

Cet épisode de controverse théologique entre les partisans de l’orthodoxie musulmane pure et dure et ceux qui voulaient appréhender la théologie musulmane avec les outils de la rationalité philosophique et moderniste, n’est pas sans intéret pour ceux qui veulent comprendre l’incapacité de l’islam à se projeter dans l’avenir, et son immobilisme intellectuel.

Paradoxalement, l’homme qui a irrigué réellement l’Occident de son savoir, façonné par l’hellénisme aristotélicien, n’était pas exempt de tout reproche quant à ses idées, qui étaient loin d’être empreintes d’un esprit aussi ouvert et universaliste, comme on se plait à le décrire. En tant que juriste, il était un farouche partisan de la censure et du djihad, la guerre sainte contre les chrétiens qu’il prêchait à la grande mosquée de Cordoue. Malgré son engagement idéologique qui n’avait pas de quoi heurter les dogmes de l’islam, et bien qu’il n’avait jamais nié la suprématie du Coran sur la raison, cela ne lui avait pas évité l’interdiction de ses doctrines, la destruction de ses livres, sa condamnation en 1195, et son bannissement par le Calife Al-Mansur à Lucène, lieu d’exil des juifs – pour lui une humiliation incommensurable.

Il n’était certainement pas assez orthodoxe aux yeux des représentants de l’orthodoxie sunnite, sinon il aurait fini crucifié. Il n’en demeure pas moins que son apport pluridisciplinaire est aussi immense que varié : rhétorique, science médicale, mathématiques, astronomie, philosophie, physique, et le monde animal.

Ceux là mêmes qui vantent les mérites de l’apogée de la civilisation musulmane arabisante, et qui font de sa renaissance un véritable dogme religieux, sont les mêmes qui avaient diabolisé et appelé à la mort Avicenne (980-1037), Averroès, al Fârâbî (872-950), Sohravardi (1155-1191) et tant d’autres qui s’étaient, malgré l’obscurantisme dogmatique et la face sombre de certains d’entre eux, illustrés dans leur rôle de contributeur au savoir occidental médiéval. Disons-le ici : ils présentaient tous la particularité de ne pas être natifs d’Arabie.

Les plus brillants parmi eux étaient des perses shiites. Ce qu’on appelle – abusivement – civilisation arabo-musulmane, n’est que le fait de la langue arabe. Cette « civilisation » est redevable à l’héritage civilisationnel grec. Si la Perse n’était pas islamisée, la civilisation arabo-musulmane aurait elle existé, alors que les arabes avaient détruit une partie de ses monuments et jetés dans l’eau ses livres ?

De quelle civilisation se revendiquent les dignes héritiers de ceux qui ont réduit en cendres toute la partie méridionale de l’Ifriqiya au XIe siècle, ont incendié en 642 la plus grande bibliothèque de l’antiquité, fondée au IIe siècle avant J.C. et qui portait l’empreinte d’Aristote ? De quelle brillant passé, après avoir vandalisé et mis à feu et à sang la ville d’Alexandrie pour la purifier du paganisme ?

Une civilisation ça : 700 000 livres rares sont partis en fumée à cause d’Amr ibn al As, sur ordre du 2e Calife de l’islam, Omar ibn al Khattab, beau-père et compagnon du prophète.

Et comme le relate judicieusement ibn Khaldoun (1332-1406) dans Les Prolégomènes*, 3e édition pp.89, 90 et 125 :

« Que sont devenues les sciences des Perses dont les écrits, à l’époque de la conquête, furent anéantis par ordre d’Omar ? Où sont les sciences des Chaldéens, des Assyriens, des habitants de Babylone ? […] Où sont les sciences qui, plus anciennement, ont régné chez les Coptes ? Il est une seule nation, celle des Grecs, dont nous possédons exclusivement les productions scientifiques, et cela grâce aux soins que prit El-Mamoun de faire traduire ces ouvrages.

Les musulmans, lors de la conquête de la Perse, trouvèrent dans ce pays une quantité innombrable de livres et de recueils scientifiques et [leur général] Saad ibn Abi Oueccas demanda par écrit au khalife Omar ibn al-Khattab s’il lui serait permis de les distribuer aux vrais croyants avec le reste du butin.

Omar lui répondit en ces termes : « Jette-les à l’eau ; s’ils renferment ce qui peut guider vers la vérité, nous tenons de Dieu ce qui nous y guide encore mieux ; s’ils renferment des tromperies, nous en serons débarrassés, grâce à Dieu ! »

En conséquence de cet ordre, on jeta les livres à l’eau et dans le feu, et dès lors les sciences des Perses disparurent. »

Une civilisation qui ne reconnait que le Coran comme source de savoir et de connaissance universelle pour tous les hommes, et qui exhorte ses fidèles à détruire la mémoire des peuples conquis, au nom de la suprématie de son enseignement sur tous les autres, est-elle véritablement une civilisation ? Disons-le : ses attributs majeurs sont l’inertie, le refus du progrès, la barbarie et la sauvagerie (et maintenant le terrorisme global).

Une civilisation où prédomine le religieux aux dépens du civil a-t-elle les caractéristiques d’une civilisation ? Comment peut-elle se prévaloir de l’héritage grec tout en niant aux hommes le droit de s’y référer ?

Difficile, en ce contexte, de croire que l’islam, qui veut figer les hommes dans le marbre de l’ignorance, le rejet dogmatique du changement, réponde à la définition de Victor Riqueti de Mirabeau, père de Mirabeau : « la religion est le premier ressort de la civilisation ».

Une civilisation qui ne pose pas les principes d’évolution humaine, qui prône comme seul changement le rejet du changement, le retour aux sources, qui jette l’opprobre sur les apports extérieurs, n’est pas une civilisation.

Civilisation des ténèbres.

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