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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 10 décembre 2013

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Suite à l’accord de l’OMC à Bali, Marine Le Pen a déclaré : “Stop aux ornières ultralibérales : la mauvaise potion du libre échange total (…) est un poison et non un remède (…) La réindustrialisation par le patriotisme économique, la monnaie nationale et le protectionnisme intelligent sera l’antidote. »

J’avoue, je suis resté sans voix. Aussi ai-je demandé à Guy Millière son analyse des déclarations de Marine Le Pen pour les lecteurs de Dreuz.

Abordons les sujets dans le détail.

MLP parle d’ultra-libéralisme, et selon ma compréhension, cela ne veut strictement rien dire, en économie. C’est un slogan, un terme polémique destiné à disqualifier le libéralisme. Marine Le Pen fait exactement ce dont elle se plaint lorsqu’elle est qualifiée d’extrémiste de droite pour la diaboliser. D’ailleurs elle ne se contente pas de parler d’ultralibéralisme, mais d’ornière, comme pour désigner un choix dans lequel on s’enfonce et l’on patine sans jamais pouvoir en sortir. Qu’est ce que le libéralisme, le libre échange, et y a t-il un ultra-libéralisme ?

La notion d’ultra-libéralisme n’a aucun sens, sinon dans la bouche des idéologues de gauche et d’extrême-gauche, que Marine Le Pen imite depuis qu’elle a emprunté son programme économique à l’aile chevénementiste du Parti socialiste.

Le libéralisme classique repose essentiellement sur une affirmation de la liberté économique et politique, ce qui implique une explicitation du marché, de la libre entreprise et des droits naturels de l’être humain. Selon les critères du libéralisme classique, aucun pays de l’Union Européenne n’est un pays où se pratique le libéralisme, et tous les pays de l’Union Européenne sont des pays touchés à des degrés divers par le socialisme. Prétendre combattre le libéralisme en France est grotesque : la France est un pays où les idées libérales sont marginales. Prétendre le combattre à l’échelle de l’Union Européenne est grotesque aussi : l’Union Européenne est un édifice constructiviste et technocratique. Prétendre que la planète est organisée sur un mode libéral est grotesque là encore : la mondialisation est un fait. Nous sommes à l’époque d’internet, de la dématérialisation de la valeur et des transactions planétaires. La mondialisation subit des dysfonctionnements plus ou moins graves infligés par l’interventionnisme étatique. Les Etats-Unis ont longtemps été, en termes relatifs, un pays plus proche des idéaux libéraux, bien que l’interventionnisme étatique y soit puissant aussi. Obama fait tout pour les entraîner vers l’ornière où les divers pays d’Europe sont en train de sombrer. Ce qui fonctionne encore et crée de la richesse sur la planète est ce qui est libre, ce qui dysfonctionne est ce qui n’est pas libre. Les entreprises transnationales qui peuvent utiliser les paradis fiscaux, et qui peuvent fonctionner à l’échelle planétaire peuvent être profitables, tout comme les institutions financières transnationales. Plus une entreprise est prisonnière d’un Etat, plus elle risque de courir vers sa perte et vers le licenciement de ses salariés. Plus un individu est prisonnier d’un Etat, plus il risque d’être l’otage de cet Etat et de finir pauvre et dépendant.

Si quelqu’un voulait défendre le point de vue de MLP, à quels pays qui souffrent, ou ont eu à souffrir de “la mauvaise potion du libre échange total” fait-elle allusion ? Des pays ont-ils été “empoisonnés” par ce “libre échange total” ?

Nous sommes dans un monde où aucun pays n’est un pays de libre échange total. Le monde a connu une phase de libre échange avant la Première guerre mondiale : celle-ci a brisé cette phase. L’entre deux guerres a vu se multiplier les dysfonctionnements en Europe. Les Etats Unis ont été libre échangistes, puis se sont fermés à l’Europe en raison des dysfonctionnements susdits. Après 1929, le protectionnisme a fait son retour partout, jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale. Depuis, les Etats Unis ont essayé de faire avancer le libre échange dans les pays de ce qu’on appelait le « monde libre ». Quand bien même ils ont gardé des clauses protectionnistes, les Etats-Unis ont été, dans l’ensemble et depuis 1945, le pays le plus libre échangiste parmi les grandes puissances occidentales. Lorsque, à la fin des années 1970, leur puissance économique a semblé commencer à s’essouffler, ils ont porté au pouvoir Ronald Reagan, qui, par une politique basée avant tout sur le libre échange, la déréglementation et la baisse des impôts a donné un nouveau souffle à l’économie américaine, ce qui a permis le passage de celle-ci à un fonctionnement largement post-industriel. Les années Reagan ont été la plus longue période de croissance de l’histoire des Etats Unis. Cette croissance s’est brisée sous Bush père. Elle est repartie sous Clinton, grâce à un élargissement du libre échange permis par la chute de l’empire soviétique et par l’essor de la Chine. Après une nouvelle cassure, brève, due à l’éclatement d’une bulle spéculative concernant les sociétés basées sur internet, la croissance américaine est repartie pendant les années George W. Bush, jusqu’à la crise des subprime, fin 2008. Sous Obama, les Etats Unis ne sont pas redevenus explicitement protectionnistes : des réglementations multiples n’en ont pas moins freiné gravement l’économie et fermé pour partie les marchés américains. Les Etats Unis n’en restent pas moins un pays ouvert, sauf pour quelques secteurs, situés surtout dans l’agriculture. Les pays de l’Union Européenne ont ouvert leurs frontières les uns aux autres et se sont ouverts aussi au libre échange, sauf, là encore pour quelques secteurs, dont l’agriculture. Les problèmes graves que connaissent divers pays d’Europe ne viennent pas du libre échange, mais du fait que l’euro a été mis en place alors que l’Europe n’était pas une zone monétaire optimale, et connaissait des disparités profondes en termes de réglementations, de législations, de fonctionnement économique et que n’y existaient pas les mobilités qui existent au sein d’un même pays. Les problèmes que connaissent divers pays d’Europe viennent aussi et surtout de ce que les pays d’Europe ont des Etats redistributeurs et des systèmes d’Etat providence qui sont des facteurs d’incitation négative à l’investissement, à la création, à la recherche et au développement, à la formation de capital humain, et des facteurs d’incitation positive à la quête de la rente, sous forme d’allocations sociales diverses. La France est un pays où l’Etat dépense et distribue beaucoup trop, taxe et réglemente infiniment trop, ce qui tue les entreprises et l’esprit d’entreprise, et fait monter le chômage et la pauvreté. Les entreprises qui fonctionnent encore sont celles qui sont dans la mondialisation. Les autres sont asphyxiées.

Lorsque Marine Le Pen parle de “réindustrialisation” et de “patriotisme économique”, je comprends qu’elle voudrait que la France ouvre des usines et produise des biens de consommation qui reviendraient beaucoup plus cher, et qu’elle souhaite que les Français fassent preuve de patriotisme en acceptant de payer beaucoup plus cher ces produits fabriqués en France. Y a t-il un imbécile pour croire ça ? Si les Français voulaient être patriotes en achetant français et plus cher, cela se saurait et ils le feraient au quotidien. Thomson, Continental Edison, Simca, Bull existeraient toujours, Alcatel et Archos seraient au zénith des ventes à la place de Samsung et Apple.

L’idée de réindustrialisation est inepte, et devrait être laissée à Mélenchon et Montebourg. Ce qui crée de la richesse et de la valeur dans les pays développés est ce qui repose sur le capital humain et le capital intellectuel. Ce qui manque à la France, ce sont des entreprises dans des secteurs tels que les biotechnologies, l’intelligence artificielle, les nanotechnologies, la micro-informatique, l’économie virtuelle. Ces entreprises ne verront vraisemblablement pas le jour parce que le thème dominant reste la réindustrialisation. On apprend aux Français à avoir peur de la mondialisation parce que le pays est inadapté à la mondialisation. Or, je le répète, celle-ci est un fait. Ce qui tire encore la création de richesse aux Etats Unis, ce sont des entreprises comme Monsanto, Genentech, Apple, Oracle, Intel, Microsoft, Google. Aucune de ces entreprises n’est une entreprise industrielle. La mondialisation a fait monter le niveau de vie des Français en leur permettant de bénéficier de produits de meilleure qualité à un prix moindre. Penser que par « patriotisme », les gens vont accepter de payer plus cher est stupide. Sans gains de productivité et création d’entreprises, à pouvoir d’achat égal, les dépenses supplémentaires qui se porteraient sur un produit se traduiraient par des dépenses moindres pour d’autres produits, ce qui n’améliorerait rien. Si tous les produits coûtent plus cher parce qu’on érige des barrières protectionnistes sur tout, et qu’on décide de fabriquer en France ce qui coûte moins cher à fabriquer ailleurs, on aboutit à une paupérisation généralisée. On peut ainsi recréer le plein emploi, en partageant la pénurie qu’on aura créé. Seuls les gains de productivité, l’innovation, la possibilité de montrer qu’on est plus performant dans le cadre de la concurrence est à même de créer de la croissance. Samsung et Apple sont d’excellent exemples d’entreprises innovantes et dynamiques.

Je quitte le terrain économique : à qui s’adresse des déclarations aussi démagogues, aux communistes qu’elle veut séduire, ou est-ce une spécificité française de ne rien comprendre à l’économie ?

Je pense que oui, cela devient une spécificité française de ne rien comprendre à l’économie. Il existe des économistes de qualité en France. Ayant présidé un think tank libéral, l’Institut Turgot, je les connais tous, et je sais qu’aucun parti politique ne les écoute ou ne fait appel à eux. Le seul homme politique que j’aie connu qui comprenait quelque chose à l’économie était Alain Madelin. Il y avait, à côté de lui, quelques autres, mais très peu. J’ai toujours beaucoup d’estime pour Alain Madelin : il était l’homme qu’il aurait fallu, mais il n’avait aucune chance de pouvoir accomplir quoi que ce soit. L’enseignement de l’économie à l’université est une catastrophe au sein de laquelle surnagent de rares pôles de qualité qui ressemblent à des oasis dans le désert. Les commentateurs économiques dans les grands médias, à quatre vingt dix pour cent sont des charlatans. Quand j’écoute les commentateurs parlant d’économie en langue anglaise, je comprends ce dont ils parlent, quand j’écoute les commentateurs parant d’économie en langue française, j’ai l’impression, souvent, qu’ils parlent de sujets qui n’ont aucun rapport avec la réalité. Je pourrais citer des exceptions, en particulier sur BFM Télévision, mais ces exceptions se comptent sur les doigts d’une seule main. Les discours de nombre d’hommes politiques sur l’économie sont ridicules, et s’ils avaient en face d’eux des journalistes anglais, canadiens ou américains, leur discours résisterait une minute, peut-être deux, pas davantage. C’est consternant. Et le résultat est que la population perçoit que le pays va très mal, mais ne trouve de réponse nulle part.

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La France est très en retard en matière de haute technologie. J’imagine donc que MLP, qui voudrait réindustrialiser la France, a plus en tête de fabriquer des radiateurs à huile et des cocotes minutes que des produits de haute technologie, à moins qu’elle voit la France devenir le tourne-vis des Etats Unis, de la Suisse ou du Japon en concurrence avec la Chine ? De quelles industries viables, capables de revitaliser l’économie, parle MLP ?

Je n’en ai aucune idée. Et je crains qu’elle n’en ait elle-même aucune idée. Mais elle n’est pas la seule. Arnaud Montebourg s’agite, mais on ne voit pas où est le redressement productif dont il parle. Ses principaux succès sont d’avoir fait fuir monsieur Mittal et d’avoir brandi un mixer sur une photo où il était en costume de marin. Je ne sais si c’est le type de succès que veut emporter Marine Le Pen. Elle est en concurrence, sur ce créneau, non seulement avec Arnaud Montebourg, mais avec Jean-Luc Mélenchon. Comme son discours est le plus protectionniste des trois, elle attire davantage de votes de gens qui furent ouvriers et sont déclassés. Ces gens attendent qu’on les protège, et qu’on leur permette de retrouver des emplois industriels. C’est très triste. La seule possibilité de recréer des emplois industriels en France, c’est effectivement de fermer les frontières en tout ou partie, de refaire fabriquer en France ce qui se fabrique pour moins cher ailleurs, et de glisser vers l’échange en un seul pays, comme sous Staline, on parlait de socialisme en un seul pays. La paupérisation généralisée dans le plein emploi, cela a existé en Union Soviétique. Cela a existé en Chine aussi. Depuis, la Chine est devenue capitaliste. La Russie, elle, reste une économie largement sous développée, tirée par la vente de matières premières. Quant à vendre des produits fabriqués en France à l’étranger ! Il faudrait pour cela que la France rentre en concurrence non seulement avec la Chine, mais, même avec les pays d’Europe centrale. Si on baisse les salaires de moitié tout en augmentant les heures de travail jusqu’à soixante dix ou quatre vingt heures par semaines, c’est envisageable. Les seules alternatives sont la stagnation économique et le chômage de masse, donc la situation présente, ou la déréglementation, la baisse des charges et des impôts, l’ouverture à l’innovation, mais personne ne propose cela, et personne ne le proposera, sinon à doses bien trop faibles pour que cela ait une chance de succès.

MLP parle de réindustrialisation par le patriotisme économique dans un environnement protectionniste. C’est à dire que pour “inciter” les Français à acheter français, les produits concurrents subiraient des taxes ou des contraintes d’importation qui les rendraient moins attractifs. MLP n’a pas appris du catastrophique échec des magnétoscopes bloqués à Poitiers pour laisser les fabricants français écouler leurs produits, ce qui s’est soldé par une faillite des fabricants français et un prix d’achat pour le consommateur 50% plus cher qu’en Grande Bretagne ? Le patriotisme économique par la contrainte, c’est une attaque directe contre le pouvoir d’achat des Français, c’est le retour à l’inflation !

Ce n’est pas nécessairement le retour à l’inflation, car l’inflation vient toujours d’un accroissement de la masse monétaire. Si on reste dans l’euro, il n’y aura pas d’inflation. Si on sort de l’euro, l’inflation redevient possible, et elle ira de pair avec une dévaluation considérable de la monnaie, qui fera monter tous les paix, monter tous les salaires, baisser le pouvoir d’achat, rendra impossible le calcul économique et conduira à la banqueroute. Si on sort de l’euro sans inflation, il y aura dévaluation de la monnaie, ce qui permettra d’exporter un peu plus, mais fera qu’effectivement tous les produits importés couteront beaucoup plus cher. Ce qui se traduirait par une baisse de pouvoir d’achat, et l’impossibilité pour les consommateurs d’acheter certains produits. Vous vouliez un ipad ? Dommage, il coûtera trente ou quarante pour cent plus cher, voire beaucoup plus. Vous proposera-t-on un modèle français à la place ? Sur quels brevets sera-t-il basé. Sera-t-il aussi efficace que les ordinateurs français issus du célèbre plan calcul ? Je prends là un seul exemple, je pourrais en prendre mille. L’exemple des magnétoscopes est excellent. La France a voulu les arrêter à Poitiers, là où Charles Martel a arrêté les envahisseurs sarrasins ! Ah, mais !

MLP considère-t-elle que la France vit en vase clos et qu’elle peut se permettre de mettre des barrières à l’importation sans que les pays clients de la France en fassent autant et lui laissent sur les bras les produits que la France fabrique encore ? N’y a-t-il pas là encore une vision dépassée, hyper-nombriliste d’un monde dans lequel la puissante France pourrait dicter ses règles et mettre les partenaires internationaux au pas ? Quels pays MLP peut-elle prendre en exemple d’un “protectionnisme intelligent » qui fonctionne au bénéfice de ses citoyens (à part la Corée du Nord bien entendu) ?

C’est un modèle de type mercantiliste, donc un modèle qui date de la pensée pré-économique. C’est un modèle de « guerre économique ». Mais quand on attaque, dans une guerre économique, on doit s’attendre à des ripostes, effectivement. Si la France devenait protectionniste, elle devrait s’attendre à ce que d’autres pays prennent à leur tour des décisions protectionnistes à l’encontre de la France. Or, la France ne dispose effectivement pas d’un poids économique suffisant pour intimider qui que ce soit. Il y aurait des mesures de rétorsion, et la France garderait ses produits sur les bras. La France compte quelques grands entreprises planétaires, dans le secteur des services, en particulier. C’est de ces entreprises qu’il faudrait s’inspirer plutôt que songer à une guerre économique que la France n’a pas les moyens de mener. La part de la France dans les exportations mondiales n’a cessé de baisse au cours de la dernière décennie. C’est en étant innovant et performant qu’on peut remédier à cet état de fait, pas en revenant à des mesures mercantilistes. Qui la France seule pourrait-elle affronter ? L’Allemagne ? Les Etats-Unis ? La Chine ? Allons donc !

La Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie ont très cher payé leur intégration dans la monnaie unique. Pourtant aucun n’a envisagé d’en sortir. MLP voudrait revenir au franc. Quels sont, dans le contexte de la France, les avantages et les inconvénients à moyen et long terme d’une sortie de l’euro ?

L’euro, comme je l’ai dit, a été mis en place alors que la zone euro n’était pas une zone monétaire optimale. Des dysfonctionnements majeurs en ont résulté. Les pays de la zone euro n’ont plus les variables d’ajustement dont ils disposaient avant la mise en place de l’euro, et ne peuvent plus recourir à la dévaluation de la monnaie, à la modification des taux d’intérêt, à l’inflation. La Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie s’efforcent de parvenir à un ajustement qui, faute de pouvoir jouer sur la monnaie, joue sur la baisse des salaires, la baisse des dépenses publiques, le chômage. Leur redressement reste difficile et incertain. L’autre voie serait, pour ces pays la sortie de l’euro. Sortir de l’euro entraînerait une dévaluation immédiate de la monnaie : pour la France, elle serait d’environ trente pour cent, peut-être un peu plus. Résulterait une augmentation immédiate de la dette du pays, et cette augmentation serait équivalente à la dévaluation, donc la France connaitrait une augmentation de sa dette de trente pour cent au moins. Elle se retrouverait à devoir emprunter de l’argent sur les marchés financiers à des taux beaucoup moins favorables, car elle représenterait un risque plus important pour les prêteurs, et sa note par les agences de notation serait abaissée. Tous les produits importés coûteraient beaucoup plus cher d’un seul coup. Le pouvoir d’achat baisserait fortement. Le seul avantage serait que cela abaisserait le prix des produits que la France exporte. Au vu de la situation actuelle, ce serait, à mes yeux, suicidaire. Le socialisme présentement nous conduit vers un déclin de plus en plus net. Choisir entre le socialisme actuel et les solutions économiques du Front National, c’est un peu comme devoir choisir entre la grippe et le choléra. Je m’abstiens. Je préférerais le retour à la bonne santé, mais malheureusement, personne ne le propose. Il passerait, dois-je le répéter, par une baisse profonde des dépenses publiques, par une déréglementation, par une baisse des impôts et des charges, mais aussi par une transformation du système scolaire et universitaire faisant qu’on explique enfin l’économie aux futurs salariés. Je ne rêve pas, je pense que cela ne se fera pas. Entre le déclin en pente plus ou moins douce et un geste suicidaire, les Français commettront peut être un geste suicidaire. Je m’exclus rien. C’est parfois en touchant le fond avec violence qu’on remonte vers la surface. Nous sommes dans un moment où tout est possible et où rien n’est exclu. Il existe un désarroi, voire un désespoir latent, pas de réponses, donc, tout est possible, oui. Et rien n’est exclu.

Merci Guy Millière

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