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Publié par Rachel Franco le 30 décembre 2013
Rachel Franco, à droite, au Concours du Mémorial de Caen
Rachel Franco, à droite, au Concours du Mémorial de Caen

Rachel Franco, avocate israélienne, auteur chez Dreuz.info, a remporté le second prix du Concours de plaidoiries de la francophonie 2013 La robe et le verbe, qui se déroulait à Marseille le 30 novembre dernier. En février 2013, elle remportait le prix du public pour sa plaidoirie « Sans nom et sans visage », au Concours de plaidoirie organisé par le Mémorial de Caen.

Voici le texte de sa plaidoirie, suivi de la vidéo.

Non ! Non ! Il n’y a pas de démocratie viable, pas de justice, pas de fraternité, lorsque les citoyens sont maintenus dans l’ignorance. L’ignorance est le terreau permettant aux démagogues, aux dictateurs, aux faux prophètes de manipuler les hommes, d’enchainer les femmes et de les bâillonner.

Non ! Il ne peut y avoir de démocratie réelle, quand, au plus profond de la conscience des uns ou des autres, les valeurs du Bien et du Mal se mélangent, le Juste et l’Injuste se confondent, que cette confusion soit le fruit de l’ignorance, d’une désinformation ou pire, d’un endoctrinement.

Non ! Il n’y aura jamais de démocratie solide et fière de ses acquis tant qu’elle ne se donnera pas les moyens de défendre ses valeurs essentielles contre ceux qui agissent pour la détruire de l’intérieur, en faisant un usage pervers des droits fondamentaux qu’elle garantit pourtant à chaque citoyen.

Ceux-là revendiquent un particularisme identitaire nourri de croyances et mœurs qui contestent la légitimité des droits de l’Homme ; ils refusent toute ouverture aux civilisations étrangères considérées comme dangereuses pour leurs croyances.

Vous l’aurez compris, je n’entends pas ici m’en tenir à un discours complaisant et facile sur la culture — l’indispensable beauté des arts, la force du savoir et autres activités nobles de nos esprits, quoique la culture ne soit pas toujours une barrière contre la barbarie. Je rappelle que le peuple allemand d’avant-guerre était un peuple fin et cultivé, aimant les arts et la philosophie… Cela n’a pas empêché la Shoah et la mort programmée de six millions de Juifs, de Tsiganes et autres.

J’entends me pencher sur l’identité culturelle des peuples, quand elle est orientée aussi par une foi religieuse qui détermine la morale, les valeurs, le comportement de ses membres, qui interdit la réflexion et conteste la loi civile.

Monsieur le Bâtonnier, mes chères Consœurs et Confrères, ce sujet difficile, mais essentiel, est celui des oppositions violentes aux valeurs républicaines, qui pensent de manière particulière les relations entre les femmes et les hommes, ainsi que l’obéissance à la loi.

Ces oppositions résultant de certaines coutumes et croyances religieuses exigent la soumission absolue aux dogmes, refusent la liberté de conscience, cultivent un repli identitaire, formatent le regard, obligent à des comportements sociaux et des choix culturels où la connaissance de l’Étranger est impossible.

Ayons le courage de reconnaitre que parfois la diversité ou encore le multiculturalisme met en présence des visions du monde qui s’affrontent, voire des conceptions de rapports sociaux antinomiques ! Ayons le courage de défendre notre foi en une humanité fraternelle !

Les cultures sont plurielles, et pour reprendre Saint-Exupéry : « Si tu diffères de moi, mon Frère, loin de me léser, tu m’enrichis », mais j’ajouterai modestement : Je ne peux être ton Frère que si tu me reconnais comme tel, moi qui vis sous d’autres cieux.

Faudrait-il, au nom de la diversité, au nom des coutumes, accepter les expéditions punitives contre les infidèles ne respectant pas une tradition religieuse ? Ou encore les excisions sur les petites filles africaines ? Voire une certaine indulgence dans les crimes d’honneur qui revendiquent une tradition culturelle basée sur le respect familial?

Je soutiens que, face aux particularismes exclusifs, l’universalité des droits de l’Homme est un axiome incontournable, une réponse qui offre un chemin de vie et de fraternité à toutes les civilisations et tous les peuples.

Face aux identités culturelles exclusives, la Justice universelle est matrice de l’Altérité.

Il faut défendre un cadre de vie permettant une cohabitation intelligente, respectueuse et savoir aussi se tenir face aux menaces intérieures contre les droits fondamentaux de tous les citoyens.

Je pense en particulier aux droits des femmes tant fragilisés par des forces rétrogrades, violentes, qui refusent d’adhérer aux valeurs laïques et démocratiques.

Il faut s’obstiner à faire respecter les valeurs de vie et d’altérité inscrites dans nos gènes spirituels. C’est un devoir, car nous ne sommes pas responsables seulement de nous.

Je me permets de reprendre une expression d’Emmanuel Levinas, que j’ai tant travaillé avec Benny Lévy à Jérusalem. Cette expression est celle de la responsabilité POUR Autrui, parce qu’elle suppose à la fois la nécessaire conscience de soi, de son identité, de ses droits, de ses valeurs, mais aussi l’indispensable altérité, l’accueil du visage de l’Autre et notre devoir de fraternité à son égard.

Car si notre Terre est habitée par des peuples nombreux, chacun traversé par une tradition qui lui est propre, c’est afin que nous apprenions à vivre ensemble, les uns AVEC les autres, et puisque la justice est l’un des piliers de notre société civile, c’est notre devoir de citoyen de connaitre ces Autres qui parfois nous dérangent, nous font peur ; c’est notre devoir d’homme et de femme de nous mettre en chemin ; il n’y a rien de plus pressant que de devenir des pèlerins de la connaissance et du savoir quand on prétend être responsables pour Autrui.

Cette culture-là nous ouvre les uns aux autres ; elle est lumière pour nos consciences.

Ce chemin-là nous fait grandir ; il est une bénédiction pour l’Humanité.

Cette responsabilité suppose bien évidemment le devoir de transmission des valeurs de vie, de respect mutuel, de paix civile et donc l’éducation aux valeurs républicaines.

Mais ce souci de l’Autre et notre amour de l’Humanité nous ordonnent aussi de défendre fermement la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, inscrites aux frontons des mairies de France et de Navarre. Car l’angélisme est suicidaire pour la démocratie.

C’est un défi ! Car si la tolérance et le respect mutuel sont absents du cœur des citoyens — de tous les citoyens — quels que soient leurs horizons politiques, religieux ou culturels, alors le danger de la barbarie renait des cendres des victimes de ces idéologies de mort, qui se nourrissent de la division, du racisme et de la haine.

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La tolérance et le respect mutuel offrent aux hommes l’intelligence et le courage de s’élever au-dessus des dogmes et de tourner leurs visages les uns vers les autres. Il faut du courage pour se regarder et se respecter, surtout quand notre regard sur l’autre est modelé par des aprioris d’exclusion.

Monsieur le Bâtonnier, amis de la Justice, une fois posée la nécessité d’un chemin vers l’Autre, du respect et de la tolérance dans nos cœurs, mais aussi la défense des valeurs essentielles qui nous habitent, vient l’indispensable travail sur nos personnes.

« Connais-toi toi-même et tu connaitras Dieu et les hommes ! » La fameuse inscription au seuil du Temple de Delphes nous invite au voyage intérieur, prélude de la connaissance des lois de l’univers et des hommes …et donc de leurs cultures.

Peut-on sérieusement légiférer, dire où commence et où finit le droit, prévenir, punir, accompagner, sanctionner, éduquer, peut-on s’ériger en hommes de justice, si on ne connait pas les rouages qui font agir l’Homme, si on ne se connait pas soi-même, si notre savoir des cultures diverses est seulement académique, mais ne pénètre pas l’intelligence de nos cœurs, si on n’est pas capable d’interroger notre propre mode de réflexion, afin de s’ouvrir à l’inconnu qui nous habite ?

Car l’inconnu nous habite ; le mystère de l’être nous interpelle, l’étrangeté des traditions nous interroge et chaque culture offre mille-et-un symboles comme autant de sentiers lumineux pour éclairer les yeux de nos âmes.

Un jour, l’Homme se réveille de sa torpeur ; il lève les yeux au ciel et regarde enfin le monde qui l’entoure, d’un regard profond et intelligent et il s’interroge ; il veut comprendre le comment, mais aussi le pourquoi, le quoi et le qui, et ce questionnement est le premier pas pour qu’il devienne un citoyen responsable de soi et des autres.

Oui, il s’agit bien de responsabilité pour Autrui, lorsqu’il se demande : pourquoi la paix entre les peuples semble-t-elle un rêve impossible ? Pourquoi les hommes de bonne volonté ne réussissent-ils pas à éradiquer définitivement la haine qui germe sur le terreau de l’ignorance ? Pourquoi l’idéologie de la mort est-elle autour de nous, pourquoi la barbarie existe-t-elle et pourquoi des femmes et des hommes acceptent-ils de se laisser emprisonner par des croyances qui effacent en eux toute image du divin ?

Le questionnement est la première porte qui nous ouvre au monde de la responsabilité pour Autrui. C’est aussi le premier pas sur le chemin de la Connaissance.

Les pèlerins en quête de vérité savent au moins une chose : la sagesse se partage en respectant la liberté de chacun d’y adhérer ou non. Ils arpentent les sentiers de leurs intériorités en s’interrogeant sur le mystère de la vie et de la mort à venir, sur les racines de la haine qui abiment les âmes, et les moyens à inventer d’une paix tant rêvée, sur les mondes spirituels et matériels et la manière de les marier, puisque ciel et terre sont à l’intérieur de nous.

C’est le chemin des hommes qui vivent le désir de la connaissance au plus près du cœur et aspirent à une fraternité harmonieuse, sur une Terre pacifiée.

Chers amis, dans notre monde judiciaire, nous pouvons entendre la responsabilité pour Autrui comme l’expression concrète du droit universel : au-delà des cultures plurielles, au-delà des savoirs différentiels et dogmes religieux qui séparent ou opposent, la dignité de l’Homme, de tous les hommes, est la pierre d’angle de notre Humanité, et sans elle, l’édifice de la Justice s’effondre. Cette dignité appartient à chacune, à chacun et on ne doit jamais accepter qu’elle soit mise entre parenthèses, jamais.

« Suis-je le gardien de mon frère ? » demandait Caïn.

Oui, nous sommes frères de la même Humanité, gardiens et responsables les uns des autres, car l’échec de la fraternité signe la mort de toute humanité !

Oui, la fraternité exige conviction et fermeté pour défendre les valeurs du droit universel, car il ne saurait y avoir de paix civile sans un encadrement législatif pour tous les citoyens !

Oui, les droits universels sont la clé de la cohésion sociale, de la concorde et une magnifique réponse pour unir tous les peuples, quelles que soient leurs identités culturelles.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Rachel Franco, Israël – Barreau de Tel-Aviv, pour Dreuz.info.

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