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Publié par Michel Garroté le 31 janvier 2014

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Michel Garroté, réd en chef  —  Yann Galut, député socialiste de La Gauche Forte, publie un « Guide anti-FN ». Il s’en explique sur Le Point.fr. De son côté, le politologue Marc Crapez explique pourquoi ce guide n’est pas efficace sur Atlantico. Nous publions ci-dessous les deux entretiens (voir les deux sources en bas de page).

Lepoint.fr

Le Point.fr : Pourquoi sortir un guide anti-FN ? Pourquoi maintenant ?

Yann Galut, député socialiste de La Gauche Forte : Les gens n’ont pas assez conscience de la dangerosité du programme économique du Front national. Le guide est là pour armer les candidats, les militants et les sympathisants qui seront confrontés à des électeurs tentés par le FN lors de porte-à-porte et au quotidien. Nous l’avons sorti dans l’optique des municipales et des européennes. Grâce à lui, ils pourront prendre conscience des conséquences désastreuses de ce programme.

Lesquelles, selon vous ?

Il faut expliquer que la sortie de l’euro augmenterait le prix de l’essence de 20% à 40%. Que cette monnaie unique nous a protégés pendant la crise. Qu’il n’existe pas de produit made in France sans matières premières produites à l’étranger. Que faire du protectionnisme à l’égard de la Chine, c’est mettre en péril nos exportations viticoles dans ce pays. Que la sortie concertée de l’Europe est impossible. Qu’il n’y a aucun projet sur la fiscalité. Marine Le Pen dit qu’il faut baisser les charges, mais on ne sait pas comment, ni de combien. Ce projet économique, c’est le flou le plus total. Si elle accède au pouvoir, elle ne pourra pas appliquer son programme. D’ailleurs, elle n’y croit pas elle-même.

Pourquoi adopter un programme inapplicable ?

Le contexte économique est favorable pour jouer sur les peurs. Marine le Pen souhaite fractionner la droite et la recomposer autour d’elle. Ce programme économique est d’ailleurs la seule digue qui sépare le FN et la « ligne Buisson » qui a été adoptée à l’UMP. Jean-Marie Le Pen était le principal supporteur de Ronald Reagan. Marine Le Pen est la fille de Georges Marchais pour le protectionnisme et de Margaret Thatcher pour l’hostilité envers l’Europe. Sur le plan économique, elle vit vraiment dans le passé. Elle ne parle pas de mondialisation, mais de mondialisme. Elle évoque la puissance de l’argent et le totalitarisme mondialisé. Même le Parti communiste ne tient plus ce genre de discours.

Encore un livre anti-Front national. N’est-ce pas une manière de conforter la rhétorique victimaire du parti et de lui donner plus d’écho ?

Nous nous sommes posé la question avant de commencer le projet. Mais Marine le Pen n’est plus dans la victimisation. Les scores du FN flirtent avec les 25%. Il faut donc faire quelque chose. À 10%, il est possible de contester leur légitimité. Mais ce n’est plus possible aujourd’hui. Il y a désormais un vote d’adhésion au FN et plus seulement un vote contestataire. En 2017, elle peut être très haut. Et notre stratégie a changé. Le combat contre le FN a toujours eu lieu sur le terrain des valeurs. Il y a eu la création de SOS racisme, il y a aussi eu la marche pour l’égalité. Mais si nous voulons leur reprendre l’électorat populaire, il faut faire un travail d’affrontement idéologique et pédagogique. La bataille se situe sur le plan économique. On ne peut plus se contenter de dire que le FN, c’est mal.

La gauche n’a-t-elle pas trop tardé à adopter cette stratégie ?

Nous avons un problème de positionnement pour répondre au FN. Si on franchit l’étape de discuter de leur programme, on leur accorde du crédit. Si on refuse, on fait leur jeu. Mais le débat prévu lundi entre Marine Le Pen et Pierre Moscovici montre qu’en plus du combat sur les valeurs, nous voulons aussi nous confronter sur le plan des idées. Nous avons tardé, mais il faut y aller maintenant. Aujourd’hui, notre adversaire principal, c’est le FN. Selon un sondage de BFM TV, les Français considèrent que le principal adversaire de François Hollande, c’est Marine Le Pen.

N’est-ce pas dans votre intérêt électoral de créer des tensions sur des sujets sociétaux pour faire monter le FN et diviser la droite ?

Nous ne sommes pas dans ce calcul. Le FN n’a pas besoin de nous pour monter. Il se débrouille bien tout seul. Est-ce que nous devrions nous taire sur ces sujets parce qu’ils profitent à Marine Le Pen ? Nous portons ces combats depuis 30 ou 40 ans. Cela fait partie de notre ADN. Mais c’est vrai qu’on fait quand même attention. Après le mariage pour tous, on a demandé au groupe socialiste à l’Assemblée nationale de mettre un frein au droit de vote des immigrés pour ne pas que ces thématiques soient récupérées par les extrémistes.

Les mouvements de contestation qui fleurissent en France ont-ils des articulations communes avec le Front national ?

Les mouvements qui contestent la légitimité du président comme « Jour de colère » ou les manifestations des Bonnets rouges sont des cousins germains du Front national. Ils demandent la démission de François Hollande. Marine le Pen demande la dissolution de l’Assemblée nationale. Elle se place dans le cadre de la loi, mais cela participe de la même logique. Jean-Marie Le Pen et Marion Maréchal ont rendu visite à Béatrice Bourges (porte-parole du Printemps français qui avait entamé une grève de la faim pour réclamer la démission du président). Cela marque une proximité indéniable entre eux.

Et Dieudonné, roule-t-il pour le FN, comme l’a suggéré Malek Boutih ?

Dieudonné participe à la logique de triangulation. Ils se répartissent les rôles avec le Front national. Il permet l’alliance objective sur certains sujets entre l’extrême droite et l’extrémisme musulman. Ce n’est pas pour rien que Dieudonné et Soral s’allient avec Farida Belghoul, une ancienne de la marche des Beurs qui est à l’origine des rumeurs sur l’apprentissage de la théorie du genre à l’école.

Atlantico

Atlantico : Dans le Pas-de-Calais, les militants ont fait part de leur désarroi quand ils devaient convaincre des électeurs tentés par le Front national. Soucieux de les aider, la fédération socialiste du département a conçu un guide anti-FN à leur intention. Ce type d’argumentaire peut-il être efficace pour convaincre les potentiels électeurs du FN ?

Marc Crapez, politologue : A la veille du scrutin de Brignolles, le PS distribuait un pin’s « Je dis que le FN est un parti d’extrême-droite ». De quoi séduire des lycéens de bonne famille. L’initiative de la fédération du Pas-de-Calais, quant à elle, est plus sérieuse. C’est une bonne idée d’essayer de faire du sur-mesure pour contrer les arguments du FN local. Mais je ne crois pas que ce soit efficace, car la nature du FN échappe aux militants du PS.

Il y a un siècle, le politologue André Siegfried décrivait le fonctionnement des socialistes révolutionnaires de son époque, en expliquant qu’ils « sont écoutés, moins pour leur programme doctrinal que parce qu’ils sont les seuls à protester violemment contre le régime social actuel… moins comme parti socialiste proprement dit que comme parti extrême de protestation contre l’iniquité sociale ». Aujourd’hui, une large part de l’assise populaire du FN résulte de sa perception comme parti extrême de protestation contre l’iniquité sociale, censé réaliser une partie des promesses sociales non tenues par la gauche. Ce paradoxe découle de l’existence d’une sorte de discrimination positive, négativement ressentie.

Les arguments avancés par le PS vous paraissent-ils pertinents ? En quoi ?

Il est paradoxal que ce guide veuille « cogner… pour démonter les équations simplistes du FN ». Les arguments pertinents se diluent dans une contre-propagande manichéenne, trop caricaturale. Parler du « bilan désastreux » des maires FN des années 90 est inexact, le bilan est mitigé. On constate une usure des arguments-massue employés contre le FN. Dire que son programme économique est « absurde » n’est pas vrai. C’est un projet cohérent, même s’il serait hautement risqué et aléatoire.

Accuser les électeurs FN d’avoir fait passer François Hollande, comme le répète l’UMP, n’est pas non plus satisfaisant. Il y a une part de sectarisme à traiter certains de ses concitoyens d’irresponsables, voire de mauvais Français. Sans parler des imprécations moralisatrices méprisantes qui prêtent systématiquement au FN des motifs bas et vils par tout un vocabulaire connoté : « Il prospère, est en embuscade, se frotte les mains, etc. ». Cela finit par taper sur le système de pas mal de gens. Beaucoup jugent qu’ils sont assez grands pour jauger par eux-mêmes des faiblesses, travers et défauts du FN, et que les autres partis devraient d’abord balayer devant leur porte.

Les discours des partis traditionnels pour mettre en garde contre les dangers supposés du vote FN semble de plus en plus inopérants. Comment l’expliquez-vous ?

Tous les discours ne sont pas inopérants. L’inhibition sociale par culpabilisation fonctionne largement. Même s’il apparaît manifeste que Marine Le Pen n’est pas immonde. Ne plane plus le spectre du fascisme, mais celui du chaos continue de faire peur. Sauf auprès des générations montantes et des milieux populaires, qui se jugent aux premières loges des difficultés de tous ordres. Dans une émission télévisée consacrée aux milieux modestes, diffusée sur France 3 en octobre, une aide à domicile d’origine marocaine raconte, avec l’accent nord-africain, qu’elle vote Marine Le Pen parce que : « Il n’est pas contre les personnes comme moi qui travaillent, les gens qui respectent. Il est contre les gens qui vivent de l’assistanat tout le temps ».

Et lorsqu’on lui demande si elle n’a pas peur d’une dérive : « Même s’il me renvoie chez moi au Maroc ce n’est pas grave, la priorité c’est aux Français ». Des internautes tiennent des propos similaires, très agacés par le comportement de leurs semblables, Français d’origine immigrée qui, contrairement à eux, n’aiment pas la France. Il y a une dizaine d’années, une étude de l’Ifop établissait que les étrangers non européens sont aussi nombreux que les Français à se sentir proches du FN.

Quel type de discours pourrait convaincre des électeurs tentés par le FN de renoncer à voter pour le Front national ?

Il faudrait un discours de vérité. Pourquoi une partie des Français a sincèrement peur du FN. Pourquoi une autre partie ne voit pas d’autre issue que le FN. Ensuite, l’UMP et le PS devraient reconnaître leurs carences, établir un constat, chercher des remèdes, prendre des engagements, suivis d’actes une fois au pouvoir, et de résultats. Renoncer à la démagogie et à ses désillusions. Renoncer à fausser le jeu démocratique en faisant enfin une place au FN. Ce que j’ai appelé les raisons du vote FN sont intelligibles. Se met en place un écosystème qui l’entretient avec divers ingrédients. Citons-en deux : une propagande menaçante et un sentiment d’iniquité. Sentiment d’injustice car 67% des sondés et 86% des ouvriers considèrent qu’on en fait plus pour les immigrés que pour les Français.

Pour reprendre la formule d’une internaute, les « Français moyens qui galèrent dans l’honnêteté et les valeurs morales de la culture française », en ont assez. Ce favoritisme inavoué est assorti d’une propagande menaçante, à laquelle on vient encore d’assister avec le rapport sur l’intégration. L’obsession de surveiller et punir, par un délit de « harcèlement racial », n’est pas une élucubration tombée du ciel. Ses prémisses figuraient déjà dans un rapport de février dernier et le Premier ministre voulait des travaux « en conformité avec les préconisations » de ce premier rapport, qui réclamait notamment l’interdiction provisoire de « la création de toute nouvelle institution culturelle ailleurs que dans les quartiers de la politique de la ville, sauf pour les formes d’expression culturelles elles-mêmes issues de ces quartiers ». Sans commentaire.

Reproduction autorisée avec mention :

Michel Garroté réd en chef www.dreuz.info

Et mention sources :

http://www.lepoint.fr/politique/yann-galut-on-ne-peut-plus-se-contenter-de-dire-que-le-fn-c-est-mal-31-01-2014-1786290_20.php

http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-argumentaire-anti-fn-mis-au-point-ps-henin-beaumont-ne-risque-pas-beaucoup-convaincre-electeurs-marc-crapez-933359.html

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