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Publié par Guy Millière le 5 février 2014

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Parmi les livres déjà écrits qu’il me reste à publier, il en est un que j’ai consacré à Los Angeles. J’en offre à ceux qui me lisent un extrait ci dessous.
GM

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Downtown West. Cinq heures du matin. Les premiers rayons du soleil commencent à poindre au loin, derrière les contreforts de la sierra. La silhouette anguleuse des immeubles de verre et d’acier du business district se découpe sur le ciel et lui donne des nuances moirées et presque noires. Les bureaux pour la plupart sont allumés, comme ils le sont toujours. La nuit entière.

Tout est calme.
Personne en vue de quelque côté qu’on regarde.

Tout est propre.

Ceux qui passent là ne s’arrêtent pas et sont pressés de continuer la course qui les conduira vers les sommets ou vers la chute.

On pourrait de prime abord songer qu’on se trouve projeté dans un impassible futur où la technique l’aurait emporté définitivement sur la barbarie et sur ses errements.

Rien de froid pourtant.

Les couleurs ont été choisies pour être en harmonie avec le climat, et ne laissent transparaître le gris que pour mieux faire ressortir le jaune ocre ou le rose pourpre du marbre et du granit utilisés de ci de là.

Les meilleurs architectes du pays se sont efforcés de bâtir des édifices qui sont autant de chefs d’œuvre, et qui sont les emblèmes ostensibles de la puissance de companies qui ont payé des millions de dollars la possibilité de faire graver leur nom sur une simple plaque de cuivre posée dans un hall d’entrée.

Des esplanades immenses ornées de fontaines et de sculptures monumentales communiquent entre elles par de larges escaliers à ciel ouvert aux rambardes de cuivre et d’or.

Des patios vastes et subtils comme des cathédrales abritent des jardins tropicaux ou des cascades limpides près desquelles des bancs de bois sombre s’offrent au repos éphémère du promeneur.

Rien de vieux.

Aucun immeuble ici n’a plus de trente ans. Ce qui était plus ancien a été effacé, sans traces rémanente.

Rien de laid ou d’inesthétique.

On a compris depuis longtemps ici que la beauté du contexte où l’on vit et travaille permet à la respiration de se faire plus souple et aux gestes de se faire plus épanouis. On a compris depuis longtemps que l’harmonie permet d’avoir les idées claires et de se dire que la vie vaut la peine d’être vécue, qu’elle ressemblera à une success story et au bonheur d’être et d’accomplir.

Rien de triste, non…

A l’angle Nord de Downtown West, le Pacific Stock Exchange, parallélipède blanc et lisse, sans fenêtres ni aspérités, souligne ce qui s’avance et se dessine.

La Ville est ville d’océan et de grand large, et elle est la porte de l’Asie. Chaque jour, au Stock Exchange, s’achètent et se vendent des millions d’actions. Chaque jour arrivent des milliers de millions de dollars venus plus loin de l’Ouest, Japon, Chine ou Corée qui vont aller s’investir ici dans l’entertainment industry ou dans les promesses infinies de l’ère biotech …

Juste à côté sur le sommet de la colline, les Bunker Hill Towers, effilées et gris clair, qui sont tout ce qui rappelle que le quartier fut autrefois le Bunker Hill dont parlaient dans leurs romans John Fante, qui vécut là longtemps, ou Raymond Chandler, qui, venu de Chicago, ne fit que passer avant de partir à l’Ouest, plus à l’Ouest encore…

Et ce Bunker Hill là ne se trouve plus que dans des romans, c’est vrai…

The charm is lost. Le charme est rompu, a t-on noté dans un journal au moment où le projet de démolition-reconstruction s’est trouvé mis en œuvre… Quelque chose d’autre est venu remplacer le charme : une forme d’intensité, de projection toujours inachevée vers le futur.

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Un peu plus bas, sur Hope Street, rue de l’espoir la bien nommée, les banques désormais si puissantes. Security Pacific aux murs sterling silver, argent massif.

Le nom de Calder sur un stabile massif et gracieux irradiant les passants du rouge carmin qui le nimbe.

Wells Fargo. The oldest bank in the West. La plus vieille banque de l’Ouest. Granit beige et couleurs chrome sur d’amples murs verticaux. Une dilligence dans le hall démesuré pour rappeler le passé, et quelques pépites d’or dans une vitrine… C’est ainsi que tout a commencé, dit une légende gravée sur le mur…

Rien de vieux.

Le Museum of Contemporary Art pour exposer les oeuvres d’artistes aux yeux de qui Mark Rothko, Jackson Pollock ou Arshile Gorky, les héros de l’abstraction et de l’action painting des nineteen fifties, 1950, sont presque des ancêtres, et une architecture de grès rose rugueux et de métal ocre où les pyramides jaillissant du sol cotoient des rambardes chromées, amples et sensuelles, censées, dit Arata Isozaki, l’architecte nippo-américain qui a conçu le lieu, calquer les courbes avantageuses des hanches de Marilyn Monroe…

Juste au Sud, le nouvel opéra de la Ville. Il porte le nom de Disney Concert Hall puisqu’il a été bâti grâce à un don de cinquante millions de dollars effectué par Lilian Disney, veuve de Walt. Copeaux massifs et aériens d’aluminium luisant qui sembleraient tombés d’un atelier céleste, feuilles de métal incurvées, ployées autour d’un centre qui existe sans exister puisque les copeaux l’effacent et l’emportent. Frank Gehry l’a imaginé : comme il a imaginé tant d’autres endroits disséminés dans la Ville et sur la planète entière. Le futur, et au même instant cette sensation ineffable d’éternité. It could only be built here. Il ne pouvait qu’être construit ici, a écrit un journaliste dans le L.A. Times. Et c’est vrai : il ne pouvait qu’être construit ici. En plein soleil, les copeaux paraissent tels des miroirs incandescents, immaculés, sans aspérités ni morsures. Another kind of opera, écrivit un autre journaliste. Un autre type d’opéra. Rien de hautain ou de hiératique. L’ouverture. Celui qui rentre à l’intérieur ne fait qu’entrer dans une absence immatérielle : l’esprit de la musique, cette harmonie qui ne se touche pas et qui emporte l’âme…

Plus loin au Sud, un peu plus bas, au bout d’une pente douce que descendent des escaliers ourlés de rocailles ruisselantes posées là par la main des hommes, Pershing Square… Palmiers venus d’Egypte et bassins moirés où une eau couleur de nuit sans lune s’écoule doucement, un campanile géométrique orange, jaune et outre-mer tout juste achevé au début des nineties…

Sur la place, et sans que le contraste tranché ne brise l’harmonie, la façade noble, hispanique et plus classique du Biltmore Hotel. Le plus ancien palace de la Ville. Les années 1920-21. Luxe et calme. Silence et vastitude.
Escaliers de pierre aux rampes de bronze et d’acajou plus vastes que ceux d’un château en Europe. Plafonds à coffrage peints par des artistes italiens et ornés de feuilles d’or. Fontaines infiniment ruisselantes telles des oasis enfin trouvées et qui étaient effectivement des oasis au moment où l’hôtel a été bâti et où en ces contrées presque tropicales, la climatisation n’existait pas et restait à inventer.

Rendezvous Court. La cour des rendez-vous du Biltmore. Un pianiste indifférent et compassé joue du Chopin en arrière-fond.

You can sit and have a drink. Vous pouvez vous asseoir et boire quelque chose, me dit un maître d’hôtel au nœud papillon noir impeccable. Des jeunes gens se retrouvent et se parlent en regardant vers les lointains que dessinent les veines sur le marbre vert jade et beige des parois.

C’est ici, disent-ils peut-être….

C’est ici au Biltmore, en haut des marches, à quelques pas dans le grand couloir, et à une table de bois précieux du Grand Avenue Bar que quelques tycoons, producteurs milliardaires découvrant soudain la puissance et la grandeur qui pouvaient être ceux de l’art cinématographique, ont décidé de créer l’Academy of Motion Picture Arts qui, depuis, décerne les Oscars.

Les tentures sont changées tous les ans, mais elles sont les mêmes, velours prune, liseré de fil d’argent brodé à la main dans l’épaisseur moite et confortable du tissu.

Les verres à martini sont les mêmes aussi…

Rien de vieux, non…

Le bartender qui prend ma commande s’appelle James.

« Tous les bartenders qui ont officié ici s’appelaient James », me dit-il. « J’ai vingt-huit ans, et je continue la tradition ».

Je ne veux pas savoir si ce qu’il me dit est exact ou non. Quand la légende parle à l’imaginaire, on peut garder la légende.

Quelques minutes plus tard, il m’apporte le verre en forme de coupe aux obliques rectilignes, orné de la nécessaire olive verte dénoyautée que transperce un mince bâtonnet de bois. Je me saisis du bâtonnet pour croquer l’olive. Puis je porte le verre à mes lèvres.

Le martini est parfait, comme peut l’être un martini américain dans une grande maison, sec, âpre, et pourtant capiteux. Je ferme les yeux.

Ronald Reagan, une dizaine d’années avant sa mort, m’a raconté comment il est arrivé du Midwest pour la première fois à L.A., et comment il s’est retrouvé ici parce qu’il ne connaissait qu’un seul nom d’hôtel, le Biltmore.
C’était avant la Seconde Guerre Mondiale, il venait de faire trois mille kilomètres de route en quatre jours à bord d’une vieille Buick. Il portait sur les lieux le regard émerveillé que je puis porter sur eux aujourd’hui.

Une artiste qui faisait partie de ses amies d’adolescence dans le Midwest chantait au Grand Avenue qui, le soir, faisait cabaret. Elle l’avait rejoint à la fin du spectacle qu’elle donnait. Elle lui avait offert un repas. Il s’était endormi sur sa chaise.

Le lendemain, il faisait quelques essais dans le studio d’une des majors.

Il commençait à devenir californien et à suivre le parcours qui allait faire de lui un acteur, puis, bien au delà du cinéma, le quarantième Président des Etats-Unis…

Los Angeles, à l’époque, n’avait pas même deux cent ans. Cela commençait tout juste à être une grande ville. Bunker Hill, un peu plus haut, était encore Bunker Hill.

Aujourd’hui, sept décennies plus tard, personne ne chante plus au Grand Avenue, mais James a mis, en musique de fond, un air de jazz d’il y a longtemps.

Bix Beideberke, me dit-il.

Je ferme les yeux. C’était ainsi. Il y a longtemps, oui.

L’amie de Ronald Reagan s’appelait Joy Hodges. Elle était accompagnée par le big band de Jimmy Grier. Elle chantait le swing. Elle était blonde et s’habillait de noir.

James a gardé la photographie de Joy. Derrière les bouteilles de vieux bourbon, de gin et de Southern Comfort.

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