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Publié par Michel Garroté le 6 février 2014

Dieudonné-4

Michel Garroté, réd en chef  —  Aujourd’hui, jeudi 6 février 2014, causeur.fr publie un entretien avec Dieudonné, entretien dans lequel celui-ci déclare qu’il n’a absolument aucun remords. C’est bien la preuve qu’il est une ordure. Je le démontre  —  preuves à l’appui  —  ci-dessous, avec, entre autre, une excellente analyse du quotidien britannique The Independent.

Et puis  —  petit rappel juste en passant  —  je suis assez d’accord avec le chroniqueur Juan Pedro Quiñonero, correspondant à Paris de l’excellent quotidien ABC, lorsqu’il estime que Dieudonné est un puissant révélateur des crises qui frappent la France : 1- crise du multiculturalisme dans sa version française, multiculturalisme qui ne fait qu’augmenter les affrontements ethniques, religieux et culturels ; 2- crise des radicalismes d’extrême-gauche et d’extrême-droite qui attisent une guerre civile froide, froide pour l’instant ; 3- et crise du fonctionnement de l’appareil de l’État, mauvais gestionnaire de la manne fiscale.

Devant les salles où Dieudonné présente ses spectacles de la pire espèce, les pires depuis Pétain, cohabitent des groupes très divers : jeunes musulmans de la périphérie urbaine qui vocifèrent des insultes contre le peuple juif israélien en particulier et contre le peuple juif en général ; jeunes d’extrême droite ultras et violents, buvant leur cannette de bière, leur cervoise tiède, en faisant le geste de la quenelle néonazie ; jeunes antisystème traînant leurs chiens et leurs chaînes, se shootant avec ce qu’ils tiennent dans leurs mains ; jeunes et moins jeunes, paumés, dégénérés, anti-culturels et antitout, qui s’identifient avec la critique extrémiste d’un humoriste qui vilipende avec ses gestes obscènes les Juifs et les Chrétiens.

La négation dieudonnesque de la shoah et la dérision dieudonnesque sur la shoah ne sont pas de l’humour ou des formes de liberté d’expression, mais des délits judéophobes qui violent l’éthique la plus élémentaire. « L’humour noir » de Dieudonné, « noir » au sens figuré, mènera à la guerre civile. Cela dit, c’est surtout une question de conscience. Il y a eu et il y a encore des génocides. Il y a eu le génocide arménien. Il y a le génocide du Darfour. Sur une échelle plus grande et sur une période plus longue, il y a eu les 100 millions de victimes du communisme dans le monde entre 1917 et 1992. Cependant, il demeure ce que j’appelle l’exception de la shoah : six millions de Juifs exterminés de 1939 à 1945, soit en six ans ; sachant que la France a contribué à la shoah et que de ce fait, elle a une dette envers les Juifs.

En conscience, je ne peux pas tolérer la négation de cette exception qu’est la shoah. Parce que, justement, c’est une question de conscience et non pas une question de liberté d’expression. Pourquoi, en conscience, dis-je qu’il y a l’exception de la shoah ? C’est très simple. il y a une particularité unique qui est propre à la shoah. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que dans des pays de culture judéo-chrétienne le peuple juif a fait l’objet de déportations et d’exterminations minutieuses, planifiées jusque dans les moindres détails logistiques et administratifs. Des Allemands et des collaborateurs ont organisé cette monstruosité en terre judéo-chrétienne avec la même discipline et la même sérénité que s’il s’agissait des bêtes contaminées, de bovins atteints de la maladie de la vache folle ou de poules atteintes de la grippe aviaire.

Pour ce qui me concerne, je note, qu’à l’antisémitisme d’hier, se substitue, aujourd’hui, une forme d’israélophobie, de judéophobie et « d’antisionisme » qui ne sont finalement guère différents de l’antisémitisme. Pour avoir été moi-même « antisioniste » dans ma jeunesse avant de devenir pro-israélien, je puis attester qu’hier comme aujourd’hui, l’antisionisme est une idéologie haineuse vouée à l’anéantissement du peuple juif israélien. Je n’aborderai pas cela en détail ici, l’ayant déjà fait à maintes reprises. Ceux qui versent des larmes sur le sort des Juifs en pyjama rayé d’hier sont – parfois – les mêmes qui ne peuvent tout simplement pas supporter de voir un Juif en uniforme vert-tsahal oser défendre son petit bout de terre (20’00 km2).

Or donc, aujourd’hui, jeudi 6 février 2014, causeur.fr publie un entretien avec Dieudonné, entretien dans lequel celui-ci déclare qu’il n’a absolument aucun remords. L’on trouvera ci-dessous des extraits de cette interview. De son côté, dans The Independent, John Lichfield publie une analyse détaillée sur les dérapages de Dieudonné. L’on trouvera, également ci-dessous, l’analyse de John Lichfield parue dans The Independent. Enfin, Raphaël Draï, sur Actu J, ce jeudi 6 février, analyse le retour de l’antisémitisme en France. L’on trouvera, également ci-dessous, des extraits de l’analyse de Raphaël Draï.

Causeur

Causeur. Le Conseil d’État a ordonné, en référé, l’interdiction de votre spectacle « Le Mur » car, selon lui, il constitue une menace de « trouble à l’ordre public ». Comprenez-vous cette décision ?

Dieudonné. Manuel Valls a dit qu’il ne croyait pas aux « remords de Dieudonné ». Mais soyons clairs : je n’ai  absolument aucun remord, puisque les juges n’ont pas encore tranché sur le fond. Je vous rappelle que, peu avant cette décision, le tribunal administratif de Nantes m’avait donné raison. Je compte jouer le jeu de la Justice et épuiser tous les recours possibles. « Le Mur » est quand même le premier spectacle comique à être interdit : cela crée un grave précédent dans l’histoire de ce pays ! La Cour européenne des droits de l’homme aura son mot à dire, d’autant  que cette instance a déjà condamné la France plusieurs fois. Cependant, j’ai pris acte de la décision du Conseil d’État, et j’ai décidé de jouer un autre spectacle, « Asu Zoa ».

Causeur. En attendant que la question soit tranchée au fond, le jugement en référé vous somme de retirer les DVD de la vente. Vous y soumettrez-vous ?

Dieudonné. Pour le moment, je ne fais que des préventes de DVD et j’attends le jugement définitif pour décider des livraisons.

Causeur. Avez-vous joué « Le Mur » en Suisse ? Comptez-vous le faire dans d’autres pays où l’ordonnance du Conseil ne s’applique pas ?

Dieudonné. Non, j’y ai joué mon nouveau spectacle, « Asu Zoa ». Mais j’en prépare un autre pour juin, qui reviendra sur tout ce qui m’est arrivé ces dernières semaines. Mon  « affaire » a  mis le doigt sur des problématiques essentielles : les limites de la liberté d’expression et la question de la dignité. Un vrai débat s’est ouvert. C’est une aventure intéressante pour l’humoriste, pour l’homme et pour le citoyen.

Causeur. Vous parlez de « dignité ». Vous n’avez jamais pensé que vous étiez allé trop loin ? Vous ne vous êtes jamais dit : « Là, Dieudo, tu as un peu déconné » ?

Dieudonné. Certes, il m’arrive de faire des saillies plus piquantes que d’autres. En plein scandale Dieudonné, des Femen pissaient dans une église. Je fais ce métier du rire depuis plus de vingt-cinq ans. Heurter, choquer, c’est notre métier. On peut en parler. Si certaines choses ne font pas rire tout le monde, doit-on les interdire pour autant ? Ça ne va pas être facile parce que chacun a sa morale, donc ses interdits.

Causeur. Certainement, mais la loi est la même pour tous ?

Dieudonné. En tout cas, ce n’est pas la même tout le temps ! Alors que j’ai joué ce spectacle des centaines de fois depuis juin, la polémique a commencé après le discours de Manuel Valls à l’université d’été du Parti socialiste. Pourquoi s’est-il focalisé sur ma petite personne ? Y trouvait-il un intérêt politique, à quelques mois des élections ? Je vous rappelle que, contrairement à Valls, je suis inéligible et je ne fais pas de politique !

Causeur. D’abord, vous en avez fait et nous y reviendrons. Ensuite, si vous êtes inéligible, c’est parce que vous avez été condamné, non ? Donc, ne faites pas le naïf : vous savez bien que votre petite phrase contre Patrick Cohen a saisi d’effroi des millions de Français, dont nous. Et vous savez pourquoi ?

Dieudonné. Ce que je sais, c’est que le scandale est parti d’images volées et diffusées hors contexte par BFMTV et « Complément d’enquête ». Lorsque je dis sur scène, à propos de Patrick Cohen : « Quand je l’entends parler, je me dis : effectivement, les chambre à gaz… dommage… », je ne fais que répondre à ses insultes puisqu’il m’a traité de « cerveau malade » !

The Independent

Dans The Independent, John Lichfield écrit : Dieudonné M’bala M’bala entre en scène sous les rugissements du public, bras levés, plus en politicien qu’en comédien. Laquelle de ces deux casquettes porte-t-il, au juste ? Aucune personnalité politique française ne déchaîne un tel enthousiasme. Aucun comédien ne soulève chez ses fans un mélange aussi grisant et aussi troublant de rire goguenard et de colère joyeuse. Des hurlements de fureur jubilatoire saluent chaque référence de l’humoriste à un politicien français ou à la supposée “persécution” dont l’accable l’establishment. Dès qu’il parle d’un Juif ou d’une organisation juive, les cris et les huées redoublent. Dieudonné M’bala M’bala – l’homme qui a inventé le très polémique salut de la “quenelle” repris par le footballeur Nicolas Anelka [joueur au West Bromwich Albion] – a débuté avec un peu de retard sa tournée 2014 dans les villes de l’Hexagone. Son nouveau spectacle [Asu Zoa] remplace celui qui a été interdit le 9 janvier par les autorités françaises [Le Mur] pour incitation à la haine raciale contre les Juifs.

La nouvelle version est pratiquement identique à l’ancienne, à ceci près que les sorties antisémites provocantes ont été supprimées et remplacées par de longs silences que le public applaudit avec une indignation passionnée. Noir, baraqué, barbu, dégarni et parfois drôle, Dieudonné impose sa présence sur scène. « Qu’est-ce que vous foutez-là ? », lance-t-il à la foule. « Tous les médias, les politiques, les penseurs vous ont dit de ne pas venir. Même moi, j’ai failli pas venir. Il paraît que vous seriez des fous, antisémites, assassins ». Le spectacle se tient [le 26 janvier] à la patinoire Mériadeck de Bordeaux – ce qui, pour un homme qui évolue depuis près de dix ans sur un terrain politique et moral pour le moins glissant, ne manque pas de sel. Avec environ 5’000 spectateurs – des hommes, pour la plupart –, la salle est pratiquement comble. Il y a surtout des Blancs de la classe ouvrière. On aperçoit une poignée de personnes âgées et quelques étudiants, mais la moyenne d’âge se situe plutôt entre 30 et 40 ans. C’est un public différent du public parisien de Dieudonné, dominé par des bobos d’extrême gauche, acquis aux thèses conspirationnistes.

Signal. Moitié breton, moitié camerounais, Dieudonné est né en banlieue parisienne il y a 47 ans. Il s’est fait connaître comme comique antiraciste impertinent dans le duo qu’il formait avec l’humoriste juif Elie Semoun (l’un des noms sifflés au spectacle de Bordeaux). Il a tenu des petits rôles dans plusieurs films, comme Astérix et Cléopâtre. A la scène comme à la ville, il faisait alors campagne contre le racisme et se définissait comme un Noir qui refusait de « danser le zouk avec une banane dans le cul ». A partir de 2004 environ, pour des raisons qu’il n’a jamais expliquées, il s’est métamorphosé en une version française de Louis Farrakhan, le très controversé dirigeant de l’organisation noire américaine [religieuse et nationaliste] Nation of Islam. Sur scène, il s’amuse parfois à imiter l’accent black, qui plaît beaucoup à son public bordelais. Le reste du temps, il s’exprime avec un débit rapide dans le français argotique et populaire du café du Commerce, que son public bordelais adore.

Lorsqu’il en arrive à un passage de l’ancien scénario frappé d’interdiction, Dieudonné marque une pause et esquisse un grand sourire ou, plus drôle, fixe d’un œil méfiant la « caméra cachée » qu’“ils” ont planquée dans son pupitre. [La préfecture de la Gironde a effectivement enregistré le spectacle]. Grâce à YouTube, ses fans connaissent par cœur la réplique qu’il est censé prononcer – ou pas – à cet instant. Ainsi, au lieu de dire « Je n’ai pas à choisir entre les Juifs et les nazis. Je suis neutre », il se tait, affectant un petit air innocent et entendu. C’est le signal : la salle applaudit à tout rompre et s’esclaffe. A d’autres moments, il opte pour une version édulcorée de l’une de ses « blagues » antisémites. Dans Le Mur, il s’en prenait à son éternel détracteur, Patrick Cohen, l’animateur juif de la matinale de France Inter : « Tu vois, si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de faire sa valise. Quand je l’entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage ».

Dans la version revue et corrigée, il ne fait qu’évoquer Patrick Cohen (dont le nom est copieusement hué), puis enchaîne : « Le vent va peut-être tourner. On verra. J’ai l’impression que le vent est en train de tourner » (Rires hystériques). Le public bordelais de Dieudonné, qui a payé 43 euros la place, ressemble à un échantillon des gens que l’on pourrait voir dans des rassemblements de l’extrême droite ou de l’extrême gauche de province. En interrogeant quelques spectateurs au hasard, on constate pourtant qu’il s’agit d’un tout autre genre d’individus : ils sont certes tout aussi en colère et se sentent tout aussi marginalisés, mais ils sont apolitiques. Ils en veulent tellement au « système » qu’aucun mouvement politique, pas même les plus populistes, ne peut les récupérer. Dieudonné, lui, les récupère. Ils se reconnaissent davantage – du moins pour l’instant – dans son humour noir et destructif que dans la politique institutionnalisée.

Aucun n’avouera ouvertement s’intéresser de près ou de loin aux Juifs. Tout cela n’est à leur sens qu’une grande blague antisystème. « J’adore Dieudonné, explique Cyril, ouvrier viticole de 31 ans. Il n’est pas comme ces autres comiques chiants, qui ressassent tous le même genre de trucs. Lui, il parle de la vie comme elle est. Il y a un côté pédagogique chez lui. Je ne suis pas antisémite, et Dieudonné non plus. Tout le monde en prend pour son grade. Mais, dans ce pays, il y a une communauté dont personne n’a le droit de se moquer… En voulant l’interdire, ils lui donnent raison. Ils ne font que contribuer à son succès ». Dans son one-man-show, le polémiste ne s’en prend pas uniquement aux Juifs. Son numéro repose sur la provocation : pousser jusqu’aux limites de l’admissible, et dépasser les bornes. Il y a souvent un fond de violence dans ses propos. Il se positionne du côté du Français moyen – blanc ou noir – et contre les élites, avec leur hypocrisie et leurs idées progressistes, comme le mariage gay.

Rires gras. Dans un sketch, un couple de Français homosexuels va acheter un enfant en Afrique. Dieudonné, jouant le rôle d’un fonctionnaire africain corrompu, lance : « Ici, on n’est pas homophobes. Non, pas du tout, on est homovores ! Les homos, on les mange ! » (Gros rires gras dans la salle). Dieudonné fait-il la satire des comportements des Africains ou bien de ceux des Blancs à l’égard des Africains ? Il exécute un délicat numéro d’équilibrisme. On peut rire de son Africain homophobe et corrompu ou être d’accord avec lui. Mais dès qu’il s’agit des Juifs, il franchit la ligne rouge. J’ai compté pas moins de vingt-trois références aux Juifs dans un spectacle de quatre-vingts minutes prétendument « expurgé ».

Et elles n’ont strictement rien de drôle. Même avec ses lacunes et ses silences, la vision du monde de Dieudonné reste la même : les Juifs mènent le monde ; ils sont responsables des souffrances des Noirs et des Blancs pauvres. Pourquoi ? Parce qu’ils se sont arrogé un monopole global de la compassion en manipulant la Shoah. Avant la « réécriture » forcée, ses « blagues » sur les Juifs et les camps de concentration nazis étaient souvent dégoulinantes de vulgarité. Le public de Bordeaux, préparé par les vidéos de Dieudonné et ses apparitions sur YouTube, applaudit des références apparemment anodines à des ananas. Avec le geste de la quenelle – qui peut être un détournement du salut hitlérien ou pas –, ce fruit est devenu l’emblème de Dieudonné.

Obscène. Il y a deux ans, le comédien a adapté à sa manière une vieille chanson de variété, Chaud cacao, qu’il a rebaptisée Chaud ananas – ou Shoah nanas. Les paroles, salmigondis incohérent d’allusions à la Shoah et à la sexualité et d’obscénités, ont valu à leur auteur l’une de ses sept condamnations pour incitation à la haine raciale. La quenelle fonctionne sur le même principe. Avant le show de Bordeaux, une « caméra quenelle » circulant dans la file d’attente a sélectionné des spectateurs. C’était à qui ferait le geste plus obscène ou le plus suggestif – un bras tendu vers le sol, la main opposée touchant l’épaule ou le haut du bras. En quoi ce geste est-il obscène ? La quenelle est, dans son acception commune, un rouleau de poisson allongé. En argot, c’est un pénis ou un doigt d’honneur. Le geste de Dieudonné signifie, symboliquement, que vous avez envie de glisser une « quenelle » aussi profond que possible dans l’arrière-train de votre ennemi.

Ses fans bordelais, tout comme Nicolas Anelka, répètent à l’envi que la véritable cible de Dieudonné est « l’establishment » et non les Juifs. La quenelle n’a rien d’antisémite, assurent-ils, même si elle peut « accidentellement » ressembler à un salut nazi inversé. « Au début, ils ont commencé à l’attaquer pour un petit sketch qu’il avait fait sur les colons israéliens de Cisjordanie, commente Stéphane, 57 ans, ouvrier dans le bâtiment. Alors, il en a rajouté une couche et s’est mis à se moquer de la Shoah. Ce n’est pas de l’antisémitisme. C’est de la liberté d’expression ». Selon les détracteurs du comédien, le phénomène Dieudonné M’bala M’bala – et le personnage est effectivement un phénomène – fonctionne exactement en sens inverse. Dans la « Dieudosphère » (comme le disent ses fans), « l’establishment » et les « Juifs » ont fini par se confondre. Les gens qui étaient à l’origine vaguement antisystème sont incités à devenir farouchement antisémites.

En observant la foule massée dans la patinoire de Bordeaux, on a du mal à croire que tous ces gens sont sincèrement antisémites. La plupart n’ont sans doute jamais rencontré un seul Juif. Pourtant, en janvier 2014, entendre 5’000 personnes brailler de colère à chaque fois qu’ils entendent prononcer le nom d’un Juif est profondément troublant. A la fin du spectacle, Dieudonné fait monter trois petites filles sur scène, les invitant à effectuer avec lui leur plus belle et plus obscène quenelle. Puis il engage l’assistance à reprendre en chœur son dernier couplet contre François Hollande, composé sur la sublime mélodie de l’hymne de la Résistance, Le Chant des partisans : « François la sens-tu qui se glisse dans ton cul, ma quenelle ? ». Dieudonné est-il un comédien ou un homme politique ? C’est avant tout un homme d’affaires. A la sortie, les spectateurs s’arrachent les tee-shirts à l’effigie de « Dieudo » faisant une quenelle, à 40 euros pièce.

Raphaël Draï sur Actu J

De son côté, Raphaël Draï, sur Actu J, ce jeudi 6 février 2014 écrit : Les Juifs de France [sont] ouvertement confrontés à l’antisémitisme sous tous ses oripeaux : antisémitisme de droite, de gauche, avec ses faux-nez politiques, notamment celui de l’antisionisme, avec ses stéréotypes plus compacts que le ciment armé. Aujourd’hui, en France, l’antisémitisme montre à nouveau son groin, émergeant des bauges de la crise économique, des dislocations  de l’intellect, du panurgisme technologique et de tous les fanatismes qui se présentent comme leur irrationnelle alternative. Les premiers livres dénonçant « le nouvel antisémitisme » remontent à l’année 2000. Depuis quatorze années, les signaux d’alerte sont tirés à tous les étages. Durant cette sombre période dont nul n’aurait osé songer qu’elle se reproduirait après la seconde Guerre mondiale, la communauté juive de France aura manqué de bien des choses, sauf d’avertissements. En 1947 paraissait un livre prémonitoire de François – Jean Armorin : « Des Juifs quittent l’Europe ».

Aujourd’hui, des Juifs quittent la France ou songent à la quitter lorsqu’ils en ont la possibilité personnelle et matérielle. Contrairement à une idée répandue, leur mobile principal n’est pas la peur mais le respect de soi et des siens. L’on ne veut plus vivre les temps où l’on découvrait l’incroyable au fur et à mesure qu’il se révélait horriblement. Mais que deviennent les autres, ceux et celles qui doivent endurer ce climat nécrosé alors qu’ils ont déjà connu, eux ou leurs parents, la déportation ou le « rapatriement » ? Ce n’est pas parce qu’une certaine Histoire semble se répéter qu’il faut se laisser prendre dans ses engrenages. Les leaders officiels de la Communauté juive le savent. Y réagissent-ils autrement qu’en ordre dispersé et dans des discours sans lendemain ? Comment organiser en pleines responsabilités et lucidité un débat de dimension nationale et de portée historique pour ne plus se tromper de route? Le temps est venu de se dépasser.

Reproduction autorisée avec mention :

Michel Garroté réd en chef www.dreuz.info

Sources :

http://www.causeur.fr/dieudonne-je-n-ai-absolument-aucun-remords,26116

http://www.independent.co.uk/news/people/dieudonn-mbala-mbala-an-act-of-cruelty-9089178.html

http://www.courrierinternational.com/article/2014/02/06/dieudonne-derape-en-silence

http://raphaeldrai.wordpress.com/2014/02/05/a-la-croisee-des-chemins-actu-j-6-fevrier/

   

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