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Publié par Dreuz Info le 22 février 2014

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Deux événements récents jettent une lumière inquiétante sur la mentalité actuelle en Europe du Nord – du moins, sur l’un de ses aspects qui se répand de façon alarmante.

Dans les premiers jours de février, le Zoo de Copenhague annonça son intention «d’euthanasier» une girafe mâle de deux ans, en pleine santé, du nom de Marius.

La raison : «Marius était de trop – une girafe de surplus – ses gènes étant déjà suffisamment représentés parmi les girafes actuellement parquées dans les zoos d’Europe.» Partout dans le monde, les amis des animaux manifestèrent leur indignation et plusieurs zoos, dont l’un en Yorkshire, déclarèrent qu’ils seraient ravis de se charger de Marius. Un millionnaire offrit un demi-million d’euros pour Marius, qu’il avait l’intention de recueillir dans sa propriété de Beverly Hills. Toutes ces offres furent repoussées. Le 9 février, Marius fut «tranquillisé» au moyen d’un de ses snacks favoris (un morceau de pain de seigle), abattu au fusil de chasse, autopsié, dépecé et dévoré par des lions, le tout devant un public composé d’adultes et d’enfants.

L’homme responsable de cet acte d’extermination c’est Bengt Holst, le Directeur scientifique du zoo de Copenhague. Indifférent aux protestations, il qualifia le tollé international de «grossièrement exagéré» : «une girafe n’est pas un animal de compagnie ; ce n’est pas un chien ou un chat qui fait partie de la famille.» (Alors pourquoi lui avoir donné un nom ?). Bengt Holst insista sur le fait que «l’euthanasie» de Marius était nécessaire «afin de protéger la santé des girafes en captivité.» Pourquoi ne pas avoir transféré Marius dans un autre zoo ? «Parce-que la similarité génétique probable entre Marius et les autres girafes du zoo aurait pu créer des problèmes de consanguinité.» En ce qui concerne le zoo du Yorkshire, «des frères aînés de Marius s’y trouvent déjà et l’espace réservé au parc serait plus judicieusement utilisé pour une girafe génétiquement supérieure.»

Mais si le problème était la consanguinité, pourquoi ne pas simplement administrer un contraceptif à Marius ? Nooon… cela aurait pu lui causer des problèmes néphrétiques ou autres. Pourquoi alors ne pas le stériliser ? Non, répliqua M. Holst, «si nous le stérilisons, il s’appropriera l’espace qui pourrait être utilisé par d’autres girafes génétiquement supérieures». De plus, le stériliser aurait affecté sa qualité de vie. «Notre objectif principal, annonça Holst, est d’offrir aux animaux un séjour aussi plaisant que possible tout au long de leur vie, quelle qu’en soit la durée. Le parentage et la reproduction sont des facteurs essentiels au bien-être d’une girafe. Nous n’avons pas voulu nous immiscer en ce domaine.» Et le millionnaire de Beverly Hills, pourquoi ne pas laisser Marius vivre chez lui ? A nouveau : nooon.. «Les girafes, répliqua Holst, sont des animaux sociaux et il n’est pas juste de les faire vivre en isolation», et il précisa à un reporter : «Nous leur procurons une vie agréable qui leur permet de conserver au maximum leur comportement naturel.» Quant à la décision de faire de la mort, de l’autopsie, du dépècement et de la consommation de Marius par les lions un spectacle pour jeunes enfants, Holst répondit que c’était une bonne idée parce que «les zoos se doivent de ne pas déguiser la nature en parc d’attraction du type Disney World.»

Holst a bénéficié du soutien public de Leslie Dickie, le Directeur exécutif de l’EAZA (Association européenne des Zoos et des Aquariums) basée à Amsterdam, lequel, soulignant que la plupart des protestations concernant l’abattage de Marius provenaient d’Amérique, les a attribuées à «sa méconnaissance de la culture danoise», tout en déplorant que «les gens qui se sont monté la tête à propos du sort réservé à Marius ont sans doute perdu de vue la situation d’ensemble.» Dickie expliqua que «le Zoo de Copenhague avait refusé de transférer Marius dans une institution de moindre qualité et que l’empêcher de se reproduire aurait violé les normes de qualité établies par son association, selon lesquelles les animaux en captivité doivent autant que possible pouvoir conserver leur comportement naturel.»

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Bien.

Ce qu’il faut souligner ici, c’est que Holst et Dickie ne sont pas des marginaux

Les actions de Holst ont été dictées par une idéologie largement répandue, spécialement dans le Nord de l’Europe, et qui ne concerne pas seulement les animaux dans les zoos. En bref, nous avons affaire ici à des gens persuadés qu’ils sont nobles et bons. Ils acceptent la notion du cycle de vie. Ils acceptent la notion de la qualité de la vie. Mais ils n’acceptent pas la notion de l’individualité de la vie. En fait, ils considèrent que la vie de l’individu fait obstacle aux choses auxquelles ils accordent une valeur prépondérante – comme les programmes de sélection, l’écosystème, etc… Ceux qui respectent l’individualité de la vie, ils les considèrent comme des émotifs infantiles qui n’ont pas encore compris que toute vie individuelle n’étant qu’une partie infime du grand dessein, de la situation d’ensemble, elle doit être exterminée dès qu’elle devient gênante ou encombrante. Je ne crois pas être dans l’erreur en suggérant qu’il existe une certaine continuité entre cette façon de penser et celle qui a rendu possibles les horreurs de la solution finale. C’est une façon barbare de voir les choses, néanmoins considérée comme humaine et évoluée par l’élite culturelle de l’Europe du Nord. C’est «scientifique». C’est insensible. C’est imperméable à la sentimentalité américaine du type Walt Disney.

Il a fait abattre Marius parce qu’il ne voulait pas que sa vie soit autre qu’idéal

Bien entendu, Holst ne se priverait pas de protester en soulignant qu’il n’est nullement indifférent à l’individualité de la vie. Simplement, il a fait abattre Marius parce qu’il ne voulait pas que sa vie soit autre qu’idéale. Il valait mieux qu’il meure plutôt que de risquer des problèmes néphrétiques ou autres. Il valait mieux qu’il meure plutôt que d’endurer «un standard de vie inférieur». Il valait mieux qu’il meure plutôt que de renoncer à se reproduire. Il valait mieux qu’il meure plutôt que d’être privé de la compagnie d’autres girafes. C’est la mentalité PETA (Association en faveur du traitement étique des animaux) : dans l’esprit de ces gens, les raisons ne manquent pas lorsqu’il s’agit d’anéantir la vie. Pour certains d’entre nous, cette mentalité s’apparente à l’amour de la mort. Holst ne veut pas intervenir en ce qui concerne le mode de vie de la girafe, mais ça ne le gêne pas du tout d’intervenir en ce qui concerne son existence même. En fait, en n’hésitant pas à abattre Marius malgré l’opposition internationale, il s’est érigé en une sorte de combattant luttant pour son idéologie mortifère (et il n’est évidemment pas le seul, puisqu’un autre zoo danois avait apparemment prévu tout récemment d’abattre un autre bébé girafe, également nommé Marius.) Quoi qu’il en soit, la condamnation de son acte par des représentants de zoos canadiens et américains (entre autres par Jack Hanna du Zoo Columbus, qui aurait volontiers payé Marius de ses propres deniers) souligne le gouffre qui sépare la façon de penser en Europe et en Amérique du Nord en ce qui concerne les animaux en captivité.

Exterminer un animal n’est pas un problème, diminuer sa qualité de vie est une offense

Les déclarations de Holst m’ont rappelé notre ancienne vétérinaire norvégienne. Ma compagne commit l’erreur de lui demander un jour s’il serait possible de dégriffer nos chats d’intérieur. Horrifiée par une telle question, la vétérinaire se lança dans une furieuse harangue sur la cruauté qu’il y aurait à faire subir un tel traitement aux chats – ce serait une gifle à Dame Nature qui aurait diminué considérablement leur qualité de vie. Par contre, deux ans plus tard, lorsque l’un de nos chats eut besoin qu’on lui arrache une dent gâtée, la même vétérinaire nous demanda négligemment si nous ne préférions pas le faire piquer afin d’économiser la dépense. Ces gens-là ne voient aucune contradiction dans une telle attitude : exterminer un animal, ce n’est pas un problème ; diminuer sa qualité de vie, par contre, c’est une offense impardonnable. Un peu plus tard, lorsque le même chat fut atteint d’une maladie menaçant sa vie, un autre vétérinaire nous déclara qu’il se devait d’être l’avocat de l’animal, puisque celui-ci ne pouvait se faire entendre, et nous informa que l’animal avait choisi d’être mis à mort. Non, notre chat ne souffrait pas. Mais pour le vétérinaire, son heure était venue et la mort était la seule solution envisageable. Rejeter cette alternative, lutter pour conserver sa vie et faire quoi que ce soit autre que provoquer et hâter sa fin serait inconvenant, présomptueux, égoïste, sentimental ; ce serait une entreprise donquichottesque, ce serait refuser de s’incliner devant la fatalité de la mort, ce serait placer nos désirs humains avant les exigences de la nature.

Ce type de philosophie m’est incompréhensible. Comment admettre que cet empressement à jeter l’éponge, à abandonner la vie, puisse représenter «la voix de l’animal ?» La plupart des gens atteints de maladies mortelles ne souhaitent-ils pas de vivre le plus longtemps possible – même au prix de certaines souffrances ? Comment un vétérinaire peut-il être certain que les chats sont différents ? Un médecin n’est-il pas censé être toujours du côté de la vie ? Eh bien non, plus maintenant. Maintenant, de plus en plus, spécialement dans des pays comme le Danemark et la Norvège, le médecin n’est plus un soldat de l’armée de la vie, mais un serviteur du cycle de vie dont la mission consiste à faire entrer la mort lorsqu’il le juge bon, à la débarrasser de son manteau et de son chapeau, à travailler à ses côtés et à obéir à ses ordres.

Ce qui nous amène à une autre histoire récente en provenance d’Europe du Nord.

Il y a trois juridictions au monde qui autorisent l’euthanasie (par opposition au suicide assisté par un médecin) et comme par hasard il s’agit de trois pays du Bénélux : la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. (Une quatrième juridiction viendra peut-être bientôt grossir leurs rangs : l’Assemblée du Québec se prononcera avant la fin de ce mois sur un projet d’euthanasie sur le modèle de ceux du Bénélux.) Au Luxembourg, l’euthanasie ne concerne que les adultes de plus de 18 ans ; aux Pays-Bas, elle peut être perpétrée sur des enfants à partir de 12 ans. La semaine dernière, le Sénat belge a voté en masse en faveur de l’euthanasie des enfants à la manière des Pays-Bas. «Il s’agit d’enfants qui sont vraiment à la fin de leur vie. Ce n’est pas comme s’ils avaient encore des mois ou des années à vivre. Leur vie est terminée de toute façon» a déclaré un pédiatre bruxellois favorable au projet. Eh oui, leur vie s’éteindra de toute façon, donc pourquoi lutter ? D’autres éminents pédiatres belges se sont opposés à cette mesure, ainsi que l’Archevêque de Bruxelles qui a mis en garde contre «le danger à long terme que constitue cette mesure, tant pour la société que pour le sens que nous donnons à la vie, à la mort et à la liberté humaine». C’est le moins qu’on puisse dire ! Il est clair que ces partisans de l’euthanasie partagent l’attitude de Bengt Holst devant la vie et la mort.

Ce n’est pas héroïque de lutter pour conserver la vie – c’est indécent et égoïste

Il y a deux ans, le journal norvégien Aftenposten publia un article sur Arne Sveen, âgé de 62 ans, atteint d’un cancer, et qui refusait tout traitement parce qu’il pensait qu’il était abusif de «dépenser des sommes énormes pour prolonger de quelques mois la vie de personnes mortellement malades.» Aftenposten ne manqua pas d’applaudir à cette décision : d’après l’article, Sven était un citoyen modèle que chaque Norvégien ferait bien d’émuler. Le journal cita un médecin qui s’était de toute évidence libérée de toute éthique médicale traditionnelle. «Qu’est-ce en vérité que la mort, dit-elle, la fin naturelle de la vie, ou bien un mal à combattre ?» Sa préférence allait clairement à la première alternative. «Est-ce bien la peine de dépenser tant d’énergie, d’efforts et d’argent pour des traitements qui n’apporteront jamais la guérison et ne feront que repousser brièvement l’échéance» ajouta-t-elle. L’article nous fit savoir qu’en Norvège, les tribunaux de la mort – car c’est effectivement ce qu’ils sont – approuvent généralement des traitements de l’ordre de 65.000 à 115.000 dollars sous réserve qu’ils puissent assurer au malade une «bonne» année supplémentaire. Bien entendu, les responsables des services de santé préfèreraient que chacun pense comme Arne Sveen : profitez d’une vie saine et active aussi longtemps que possible, mais une fois que vous risquez de devenir un fardeau pour la communauté, préparez-vous à débarrasser le plancher. Le message est clair : ce n’est pas héroïque de lutter pour conserver la vie – c’est indécent et égoïste. La Norvège a d’autres choses plus importantes à faire avec l’argent de vos impôts que de prolonger votre vie (comme par exemple enrichir les dictateurs africains et les groupes musulmans liés au terrorisme).

Tout ceci me fait penser à la lettre que nous avons reçue récemment concernant la grand-mère de ma compagne, que nous n’avons connue ni l’un ni l’autre ; elle est morte en 1966 et fut inhumée au cimetière d’un petit village dans l’extrême nord de la Norvège. Elle émanait du Conseil de Paroisse local de l’Eglise de Norvège qui gère ce cimetière, et annonçait en termes brefs et officiels – en fait, automatisés (comme ceux utilisés dans toute correspondance d’affaires en Europe du Nord) – qu’à défaut de verser 500 kroners (un peu moins de 100 dollars) à la banque du Conseil de Paroisse avant le 15 février, sa pierre tombale serait mise au rebut et les plantations afférentes arrachées. La lettre omettait délicatement de préciser qu’on se débarrasserait également des restes humains afin de pouvoir utiliser la tombe pour de plus récents de cujus. C’est la coutume dans la plupart des pays européens, au cas où vous l’ignoreriez, et bien qu’il ne s’agisse pas d’une innovation mais d’une coutume qui remonte au Moyen Age, cela donne un aperçu de l’attitude envers la vie et la mort qui règne dans cette région réputée ultra-civilisée.

Non, je n’ignore pas le problème posé par le manque de place, mais s’il est un lieu au monde où le manque de place ne se fait pas sentir, c’est bien dans l’extrême Nord de la Norvège. Et là n’est pas la question. La question, il me semble, c’est ce que révèlent le massacre de la girafe Marius au Danemark, l’empressement de la Belgique à instituer l’euthanasie infantile et l’enthousiasme de la Norvège pour les cancéreux qui refusent de grever le système : une préoccupation quasi fétichiste pour la qualité de vie et le cycle de vie qui coexiste paradoxalement avec un tel manque de respect pour le caractère unique et précieux de la vie qu’il donne froid dans le dos (sans parler du caractère sacré des restes humains). Quelle que soit votre façon de considérer cette mentalité inquiétante, ses effets se font sentir de plus en plus, principalement en Europe du Nord, quoique l’Amérique ne soit pas à l’abri de ses ravages – ni d’ailleurs des autres maux qui affligent actuellement l’Europe.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Atikva pour Dreuz.info.

http://www.frontpagemag.com/2014/bruce-bawer/life-and-death-in-northern-europe/

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