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Publié par Gilles William Goldnadel le 26 février 2014

FRANCE-TRANSPORT-AIRPORT-NANTES-DEMO

Encore que ce soit un exercice rarement populaire, il n’est pas interdit de questionner le regard médiatique posé sur les récentes manifestations et émeutes qui ont fait une grande partie de l’actualité. Le regard de l’auteur sera d’autant plus critique qu’il n’a jamais dissimulé ses réserves sur une vision idéologique d’autant plus insidieuse qu’elle est largement inconsciente. Pour l’énoncer lapidairement, on constate un a priori bienveillant porté sur les foules encolérées par ce que l’on appelle les mass media. Pour le dire autrement, la rue a bonne presse.

Ainsi, lors du fameux printemps arabe, il était de mauvais goût de recommander la prudence au même moment où des journalistes empathiques décrivaient extatiquement la place Tahrir emplie de blogueurs laïcs épris de modernité. La dilection xénophile pour l’altérité de la «rue arabe», une fascination révérencieuse pour une colère sanctifiée, l’ivresse communicative de la foule courageuse et survoltée tenaient en respect stylos et caméras. Et tant pis si de Le Bon à Arendt en passant par Freud, psychologues et philosophes ont prévenu du danger d’une démagogie irrationnelle qui peut mener jusqu’au totalitarisme.

De la même manière que les observateurs sur place n’ont pas voulu observer les viols de femmes commis quotidiennement sur le site de la révolution cairote, beaucoup n’ont voulu voir sur la place Maïdan que des manifestants pacifiques désirant faire entrer une Ukraine unanime dans une communauté européenne attrayante. À cette vision idyllique plusieurs explications. La première, mécanique: l’intérêt professionnel objectif de diffuser une information simple et manichéenne mettant en scène, de manière romantique, des révolutionnaires insurgés contre un despote. Il faut reconnaître ici que la scénographie était grandement facilitée par la présence effective dans le casting d’un Ianoukovitch violent, cynique et corrompu, vassal d’un tsar néo-soviétique. Mais le devoir premier d’un informateur n’était-il pas, au risque de gâcher le spectacle, d’introduire une complexité consubstantielle à la question ukrainienne? Si oui, il aurait fallu commencer par dire que Kiev, berceau de la Russie, n’était pas toute l’Ukraine et que place Maïdan, contrairement à une pétition fantasmatique publiée dans LeMonde et menée par Étienne Balibar, il n’y avait pas que des gavroches assoiffés de démocratie, mais également des ultranationalistes armés (Svoboda, Praviy Sektor) comme l’Ukraine en a parfois la noire magie pour conjurer le malheur rouge. Dans le cadre de cet effort vers plus de complexité, un être journalistique moins léger serait bien inspiré de ne pas béatifier trop hâtivement une dame Timochenko n’ayant rien à envier à celui qui l’avait jetée au cachot en matière de cynisme et de prévarication.

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«En France, toutes les contestations spectaculaires sont les bienvenues, des Indignés jusqu’aux Femen, sans que vienne simplement se poser la question de leur représentativité»

En France, le climat médiatique imprégnant les effervescences urbaines est encore plus pollué par l’idéologie. D’abord, sous l’empire d’une confortable posture post-démocratique pratiquant, non sans arrogance, la dérision envers un personnel politique pourtant issu des urnes. Dès lors, toutes les contestations spectaculaires sont les bienvenues, des Indignés jusqu’aux Femen, sans que vienne simplement se poser la question de leur représentativité. Ensuite, en raison de préjugés politiques tenaces.

C’est ainsi que l’on voudra bien comparer les amalgames médiatiques que les organisateurs et participants de la Manif pour tous ont dû endurer avec l’extrême prudence qui caractérise le traitement de la manifestation prétendument écologique de Nantes.

D’un côté, des manifestants, sans doute trop propres sur eux, trop polis pour être honnêtes, car d’un légalisme scrupuleux, caricaturés, diabolisés (encore par Le Nouvel Obscette semaine), appréhendés en nombre, ne serait-ce que pour le port d’un tee-shirt, quand ce n’est pas embastillés.

De l’autre, une manifestation violente ayant tourné au saccage d’une ville par des nervis déterminés à tout détruire. Dans ce cadre, gouvernement et médias vont s’efforcer à ne pas amalgamer certains manifestants avec d’autres. Sage précaution encore peut-être qu’excessive: les Black Bloc d’ultragauche (notez que le préfixe d’«ultra» est employé pour ne pas éclabousser l’«extrême» gauche) avaient déjà sévi à Notre-Dame-des-Landes. Ils occupent impunément les lieux. Ils avaient déjà lynché un gardien du site. Comme le dit très bien le préfet de Loire-Atlantique (JDD): «Les organisateurs ont été débordés par les radicaux, mais ce sont des gens sur lesquels ils s’appuient depuis le début du mouvement». N’était-ce pas Mme Duflot qui soutenait cette manifestation «deux fois plutôt qu’une»?

Une triste ironie veut que ce soit ces mêmes radicaux que la presse gratifie d’«antifascistes» lorsqu’ils font le coup de poing contre l’extrême droite et le FN, comme à Rennes il y a quelques jours.

Dans le même désespérant registre, ce sont sans doute aussi des «antifascistes antiracistes» qui ont exclu samedi d’une manifestation toulousaine «contre l’homophobie et l’antisémitisme» (organisée avec la présence du NPA et de la Ligue des droits de l’homme) un député UMP et la représentante locale du Crif aux cris de «fascistes, sionistes».

La presse hexagonale, dans un louable effort de lutte contre le strabisme politique, serait bien inspirée de réviser d’urgence sa terminologie un brin simpliste.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro.

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