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Publié par Guy Millière le 1 mars 2014

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Au moment où j’écris ces lignes, des troupes russes sont en train d’intervenir en Crimée.

La veille, les services de l’administration Obama, avec la lucidité qui les caractérise, disaient que la Russie n’interviendrait pas. Obama lui-même vient de se déclarer « préoccupé », et d’ajouter que ce qui se passait était « déstabilisant » et aurait des « conséquences » : des paroles fortes, incontestablement. Poutine doit trembler de la tête aux pieds.

Je le dis ici : l’intervention russe est logique. Poutine ne pouvait en aucun cas permettre que la Crimée, et la base navale russe de Sebastopol se détachent de la Russie.

Je l’ajoute aussitôt : cela ne signifie pas qu’une intervention militaire de plus grande ampleur de la Russie en Ukraine aura lieu, car une telle intervention ne sera pas nécessaire pour que l’Ukraine reste dans le giron et la zone d’influence russes.

Poutine sait que l’Ukraine est un pays financièrement et économiquement exsangue, qui aurait besoin pour se stabiliser d’une assistance financière massive que ni l’Union Européenne, ni les Etats Unis, ni le Fonds Monétaire International ne sont à même de donner, et il sait que même si le FMI débloquait une aide massive, celle-ci serait trop peu et serait vraisemblablement accompagnée de conditions strictes qu’aucun gouvernement ukrainien ne serait à même de respecter, et qu’aucun gouvernement ukrainien ne pourrait (pure hypothèse) tenter d’imposer sans risque d’émeutes aussi intenses que celles qui viennent de strier Kiev.

Poutine sait aussi que l’Ukraine a un besoin vital des fournitures d’énergie venues de la Russie, et qu’il dispose par ce biais d’un moyen de pression déterminant : l’Ukraine ne peut en quelques semaines changer de fournisseur, et tout dirigeant ukrainien, quelle que soit son obédience, sait que si l’Ukraine joue un rôle crucial dans les exportations d’énergie russes, la Russie peut à chaque instant fermer le robinet ou augmenter les prix pratiqués pour les ventes d’énergie à l’Ukraine.

Poutine sait aussi qu’il n’existe pas en Ukraine de dirigeants qui soient vraiment plus impeccables que les autres

Viktor Yanukovytch est un homme qui a poussé la corruption en Ukraine a des degrés que ses prédécesseurs n’avaient pas atteints, mais ils étaient eux-mêmes corrompus à des degrés assez intenses (Yulia Tymoshenko, ainsi, n’était pas seulement en prison pour motifs politiques) et il semble que la corruption en Ukraine paie électoralement : Viktor Yushchenko était sans doute le moins corrompu, et il a fini sa carrière politique avec un score électoral ridicule (5 %, alors qu’il était Président sortant). Poutine sait, en outre, que les « Européistes » qui ont soutenu l’insurrection de Maidan Nezalezhnosti ne sont pas tous des gens impeccables et incluent une proportion nette de fascistes et d’antisémites (le gouvernement provisoire tout juste mis en place inclut trois membres du parti Svoboda, Всеукраїнське об’єднання «Свобода», appelé auparavant Parti Social-National d’Ukraine, Соціал-національна партія України). Il sait, enfin, que l’Ukraine est un pays clivé, entre un Sud-Est orthodoxe et russophone, majoritaire, qui a voté massivement pour Yanukovytch en 2010, et un Nord-Ouest ukrainophone et catholique, minoritaire, qui a voté massivement contre Yanukovytch en 2010. Et il sait que le clivage n’entraînera vraisemblablement pas une cassure du pays, car le Nord-Ouest, sans l’énergie russe et sans ce qui reste des industries du Sud-Est (et sans une aide massive occidentale qui ne viendra pas), serait plus sinistré qu’il ne l’est déjà.

Il suffit à Poutine d’attendre que le désordre s’installe, que les difficultés s’accentuent, que les désillusions viennent, que les pressions montent sur les dirigeants qui s’installent à Kiev. La suite découlera.

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Ceux qui auront pensé que l’Ukraine s’arrimerait à l’Union Européenne rangeront leurs illusions dans leur poche : l’Union Européenne avait à offrir quelques accords commerciaux, mais en termes de rapports de force ne représentait rien. Les Ukrainiens du Nord-Ouest devraient comprendre assez vite ce que nombre d’Européens d’Europe occidentale savent : que l’Union Européenne est un mirage dangereux à même d’entraîner ceux qui s’y laissent prendre dans une impasse.

Ceux qui n’auraient toujours pas compris que l’affaiblissement effroyable infligé aux Etats Unis par Obama a des conséquences partout sur la planète ne comprendront, je le crains, pas davantage, et ne sauront pas, sauf s’ils lisent cet article, que Poutine a une botte posée sur la gorge d’Obama et est en mesure d’obtenir d’Obama une pleutre soumission : le retrait accéléré des troupes américaines d’Afghanistan aux fins que le pays repasse aux mains des talibans implique un passage des troupes et du matériel américains par une base que Poutine a accordé à Obama en territoire russe, à Ulyanovsk (la ville natale de Lénine !).

Ceux qui verraient en Poutine un homme exemplaire persisteront dans leur inquiétant aveuglement. Vladimir Poutine n’est pas et n’a jamais été un adepte de la démocratie libérale. C’est un homme issu du KGB, et qui considère que l’effondrement de l’empire soviétique a été la plus grande catastrophe du vingtième siècle. C’est un homme qui n’a cessé de rêver à la restauration de la puissance russe perdue, et à celle de l’empire. Perdre l’Ukraine aurait été pour lui une catastrophe, mais je pense que s’il a sous-estimé l’imbécillité de Yanukovytch, qui, en passant de discours apaisants à la répression la plus sanglante, a fait monter la colère contre lui, et s’il a sous-estimé aussi la colère et la détermination des opposants à Yanukovytch, il n’a jamais pensé qu’il perdrait l’Ukraine, car il connait bien mieux l’Ukraine que tous les dirigeants occidentaux réunis, et surtout, il sait qui réside à la Maison Blanche. Dire que Poutine méprise Obama est énoncer l’évidence.

La révolution en Ukraine n’aura pas lieu. La révolution en Russie n’aura pas lieu non plus

S’il y avait eu un Président digne de ce nom à la Maison Blanche, cela aurait pu être différent, mais hélas…

L’Ukraine restera un pays grêlé de dysfonctionnements et de frustrations, marqué encore et toujours par sept décennies de communisme et par vingt années sous le joug d’oligarques issus du communisme restés liés à Moscou.

La Russie restera elle-même un pays grêlé de dysfonctionnement, ravagée elle-même par sept décennies de communisme, par la prédation désordonnée qui a marqué les années Eltsine, et par l’autoritarisme de Poutine.

Pourrait-il y avoir une alternative à l’autoritarisme de Poutine qui ne soit la prédation désordonnée qui a marqué les années Eltsine ? J’aimerais le penser quand je lis Garry Kasparov. J’hésite à le penser quand je regarde l’histoire russe, et quand je regarde le présent : Poutine tente de faire tenir ensemble un pays immense qui pourrait éclater aisément. Il n’a pas fait émerger une classe moyenne, mais il n’y a jamais eu de classe moyenne en Russie. Il fait vivre son pays sur les matières premières, l’intimidation et, parfois, la prédation.

Ce qui restera vraisemblablement de l’épisode ukrainien sera une attitude plus intransigeante de Poutine vis-à-vis de l’Europe et des Etats-Unis. La Russie est économiquement faible comparée à l’Europe et aux Etats-Unis, mais elle a ce qu’il faut pour faire peur et pour, parfois, se montrer brutale, et Poutine fera ce qu’il faut pour faire peur et se montrer brutal.

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