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Publié par Guy Millière le 4 mars 2014

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Poutine est intervenu en Crimée parce qu’il pouvait le faire et parce que c’était son intérêt. Point.

La réponse à la question qui sert de titre à cet article est très simple, et la donner permettrait d’éviter tous les commentaires qu’on entend aujourd’hui (on pourrait aussi lire l’article que j’ai consacré au sujet il y a deux jours) : Poutine est intervenu en Crimée parce qu’il pouvait le faire et parce que c’était son intérêt. Point.

Rien ni personne ne pouvait s’y opposer. Et Poutine le savait.

L’Union Européenne ? Elle n’est rien ni personne. Des bureaucrates à Bruxelles. Une représentante des affaires étrangères plutôt antisémite et qui a donc ce qu’il faut dans sa tête pour s’entendre avec les antisémites de Svoboda aussi bien qu’elle s’entend avec les antisémites de l’Autorité palestinienne, mais qui n’a aucun pouvoir concret sinon taper du poing sur un bureau, et pas trop fort, surtout.

La France ? Les vestiges de l’armée française sont enlisés dans des combats sans fin en Afrique subsaharienne contre des islamistes armés grâce au pillage des arsenaux du colonel Kadhafi, renversé sous la responsabilité de qui vous savez.

L’Allemagne ? Elle fait des affaires avec la Russie et lui achète de l’énergie à bon prix. Elle ne veut même pas entendre parler d’une exclusion temporaire de la Russie du G8.

Le Royaume Uni sans le reste de l’Europe ? Les pays d’Europe centrale ? Vous plaisantez je pense.

L’Otan ? Que reste-t-il de l’Otan depuis le début de la présidence Obama ? Pas grand chose. Et ce pas grand chose est devenu à l’évidence moins que pas grand chose : un décor devant lequel parle un ancien premier ministre du Danemark.

Les Etats-Unis ? L’ « anti-impérialiste » Obama voulait diminuer l’influence des Etats Unis jusqu’à les réduire à l’insignifiance géostratégique. C’est fait. Avant d’être réélu, Obama avait promis à Poutine, par l’intermédiaire de Medvedev, davantage de flexibilité. Il n’avait pas précisé que sa flexibilité serait celle d’un tapis-brosse en solde permettant de transformer le drapeau américain en essuie pieds, mais Poutine avait compris.

Ce que nombre d’observateurs occidentaux n’ont toujours pas compris, eux, est que les dirigeants autoritaires et cyniques, praticiens de la realpolitik, raisonnent strictement en termes de rapports de force et de rapports d’intérêt, strictement en termes de rapports de force et d’intérêts, et, confrontés à de la faiblesse, savent quelles conclusions tirer.

Ce que nombre d’observateurs occidentaux ne semblent pas comprendre est que l’Europe, en tentant d’attirer vers elle l’Ukraine sans en avoir les moyens géopolitiques, militaires et financiers, enclenchait une machine infernale dans laquelle Poutine ne pouvait que venir jouer le rôle qu’il joue maintenant : couper la Russie de l’accès aux mers chaudes et à la Méditerranée et de l’une de ses principales bases militaires, la couper des ports qui lui permettent de faire fonctionner ses circuits d’exportation maritimes ? Qui pouvait imaginer que Poutine accepterait ? Pour jouer à ce jeu avec le feu, il faut être plus intelligent que les dirigeants européens actuels, et ne pas voir en Obama autre chose que ce qu’il est.

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Ce que nombre d’observateurs occidentaux ne comprennent visiblement pas est que ce qui se dessine présentement n’est pas simplement le futur de l’Ukraine, ce pays qui n’en est pas vraiment un, martyrisé sous Staline, bourreau de Juifs sous Hitler, bricolé sous Khrouchtchev qui a rajouté la Crimée sans songer que l’Ukraine pourrait un jour se détacher de la Russie, ravagé par sept décennies de communisme soviétique et doté d’un PIB par tête équivalent à celui de l’Egypte et d’une liberté économique semblable à celle de Haïti, non, ce qui se dessine est bien davantage. Une véritable débâcle.

Lorsqu’il apparaîtra de manière plus flagrante encore que ce n’est le cas aujourd’hui (où c’est déjà flagrant) que le monde occidental est impuissant, asthénique, juste bon à émettre quelques jappements de roquet castré, et, de surcroît, irresponsable, les dirigeants iraniens prendront note (dois-je dire qu’ils ont déjà pris note?), les dirigeants chinois prendront note (dois-je dire qu’ils ont déjà pris note eux aussi?), les dirigeants des alliés du monde occidental prendront note (ils ont déjà pris note, en fait).

L’Ukraine va rester dans le giron russe, je l’ai dit : nul ne peut savoir combien de temps ou quelle forme cela prendra, s’il y aura davantage de violences ou non, mais c’est ce qui se passera, je l’ai déjà écrit, je persiste et je signe.

Les pays d’Europe centrale autrefois soumis au joug soviétique sauront qui a les cartes en main, qu’il n’y a pas d’abonné au numéro qu’ils pourraient demander à Bruxelles, Paris, Londres ou Berlin, et que la ligne qui mène à Washington est en dérangement.

L’Iran saura que le Grand Satan n’est plus même un tigre de papier mâché, version miniature, la Chine le saura aussi.

L’Egypte et, sans doute, l’Arabie Saoudite se tourneront vers Moscou (pendant les Jeux de Sotchi, des rencontres intéressantes et intéressées ont eu lieu en coulisses) et se détourneront du pantin du Bureau ovale. D’autres pays pourraient suivre.

Les dirigeants israéliens devraient savoir quelles décisions prendre en ce contexte : il est inutile de vexer Obama et Kerry, qui pourraient être tentés de s’exciter contre Israël en ce contexte (ils commencent déjà), mais il serait plus inutile encore de penser que le moindre « plan de paix » venu de Washington vaut même le millième du prix de l’ordinateur qui a servi à l’élaborer. Poutine est un homme autoritaire et cynique, certes, mais déterminé et sérieux, Obama et Kerry valent juste la peine qu’on fasse semblant de les écouter et qu’on attende le moment où ils sortiront de l’histoire et où il sera temps d’évaluer les dégâts qu’ils laisseront derrière eux.

Ces dégâts s’accroissent de jour en jour. C’était prévisible. Seuls les imbéciles n’ont pas prévu. Qui sont les imbéciles ? Je ne donnerai aucun nom.

Je pense que Netanyahou n’est pas un imbécile et fera ce qu’il doit dans les jours qui viennent.

Avoir vu Bernard Henri Levy parler à Kiev à proximité de membres du parti « socialiste-national » Svoboda m’a amusé tristement. N’est-ce pas le même homme, obamalatre s’il en est, qui parlait à Benghazi sur un téléphone satellite, à l’ombre pas très lointaine du drapeau noir d’al Qaida ? Bernard Henri Levy n’est pas un imbécile, non. Quelle lucidité ! Quel philosophe !

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