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Publié par Gilles William Goldnadel le 11 mars 2014

Goldnadel
La semaine calamiteuse qui vient de s’écouler m’aura en effet donné quelque bile, à mesurer souvent l’opinion que se fait une certaine presse de son droit à s’affranchir du droit. De sa capacité aussi à faire la morale tout en la piétinant.

Certains journalistes, en principe soucieux du droit des gens à la dignité, se lancent dans une chasse à l’homme, une traque, un questionnement insistant et impudique qu’ils n’oseraient pas pratiquer à l’égard de l’auteur du pire crime de sang. Que l’homme-gibier ait osé y voir, sur le champ, un procédé «totalitaire» aura donné «envie de rire», ce dimanche matin à la préposée de la radio d’État chargée des questions médiatiques. J’envie cette disposition à l’humour.

Le même matin, et dans le même cadre radiophonique, les journalistes commentaient sans les critiquer ces écoutes et cette perquisition intervenue à grand bruit et dans des conditions controversées chez l’avocat de l’ancien président de la république. Les mesures étaient ordonnées par un juge membre du Syndicat de la Magistrature. Cette précision, purement factuelle, est évidemment aussi inutile qu’innocente.

Était invité à l’émission, un magistrat syndicaliste qui crut devoir préciser sans être contredit que certes les perquisitions sont pénibles, mais qu’elles arrivent quotidiennement chez tous les justiciables.

Ne prétendant pas ici encore à l’objectivité absolue -le perquisitionné étant un confrère doublé d’un ami- et ne pouvant aspirer à la crédibilité qui en découle, je m’abstiendrai donc de dire l’horreur juridique et les références historiques que m’inspirent des mesures dévoyées qui se vautrent sur les droits au secret de l’avocat et de son client.

En revanche, entendre un magistrat évoquer tranquillement les écoutes d’un an de conversations de l’opposant le plus potentiellement dangereux du pouvoir actuel avec son avocat, ainsi qu’une perquisition chez ce dernier, devant un parterre de journalistes placides me donne migraines et acouphènes. Me reviennent sans répit à l’oreille les cris stridents et indignés de «fadettes!», «secret sacré des sources!», «méthode totalitaire!» dès lors qu’un magistrat sonne à la porte d’une rédaction dans des conditions légales parfois moins discutables.

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Puisque j’en suis, sur ce thème de la vie privée et de ses violations, à vitupérer la manière oblique dont la presse le traite, sévère pour les autres, indulgente pour elle-même, quelques observations d’ordre idéologique complémentaires:

Curieux paradoxe, en effet que celui de voir aujourd’hui l’État, lorsqu’il agit avec un excès critiquable, mais avec parfois de louables intentions de protection du droit à la sécurité des individus, traité avec une sévérité symétriquement équivalente à l’indulgence voire à l’empathie dont bénéficient les individus qui ont violé les secrets de cet état.

Pour la démonstration par l’exemple, mon lecteur voudra bien se reporter aux commentaires médiatiques acides sur la NSA, la vidéosurveillance, les croisements de fichiers informatiques (à l’exception de celui du fisc jamais critiqué) et la manière dont ont été évoqués les courageux «lanceurs d’alerte» Assange, Snowden ou Manning, pourfendeurs du secret diplomatique ou militaire.

Pour ceux qui douteraient encore du caractère idéologique de cette morale médiatique sélective, j’évoquerais une sélection dans la sélection.

Le seul «lanceur d’alerte» à ne pas avoir bénéficié de cette indulgence à géométrie variable est en effet le journaliste Clément Weill-Raynal (1) qui a révélé les secrets compromettants du Mur des cons du Syndicat de la Magistrature. Dans son cas particulier, les mêmes qui ordinairement considèrent comme un acte d’héroïsme professionnel le procédé de la caméra cachée pour confondre les méchants, n’avaient pas de mots assez durs pour stigmatiser des «photos volées» dans un local pourtant dénué de caractère privé.… Il est vrai que le syndicat majoritaire des journalistes s’était dit solidaire des magistrats partisans.

Réflexion faite, lorsque je suggérais que des journalistes avaient un réflexe systématiquement corporatiste, j’étais fort injuste: il leur arrive même d’être impitoyables envers certains des leurs.

(1) je suis l’avocat de Clément Raynal.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro.

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