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Publié par Gilles William Goldnadel le 20 mars 2014

Goldnadel

A l’heure d’un regain de tensions à la frontière israélo-syrienne ainsi qu’à Gaza, Gilles-William Goldnadel nous donne son point de vue sur la future négociation de paix israélo-palestinienne. Pour lui la paix ne doit pas être obtenue à n’importe quel prix mais conditionnée à des exigences strictes.

Le client que je viens rencontrer une nouvelle fois à Petah Tikvah est un homme d’affaires très connu en Israël. Il a passé son enfance en Afrique du Sud et a fait ses universités en Angleterre. Comme à son habitude, il engage pendant le déjeuner la conversation sur les polémiques israélo-israéliennes du moment, connaissant mes positions réservées à l’égard de l’expression du nationalisme palestinien. Comme à mon habitude, je le laisse parler, n’ayant ni l’envie, ni surtout l’énergie de rompre des lances inutilement avec quelqu’un que j’estime.

Il est inquiet des progrès du boycott. Il est allé à Davos. Il a signé, en compagnie d’autres magnats progressistes du pays, une pétition publiée dans Haaretz, le journal de la gauche israélienne, dans laquelle il demande instamment à Netanyahou de faire plus d’efforts qu’il n’en fait actuellement dans les négociations engagées avec les palestiniens sous égide américaine. Je me contente de lui faire remarquer ironiquement que son bel esprit critique, à l’instar de la médiacratie occidentale, est tout entier tourné vers son propre camp. Il me dévisage, gentiment interloqué.

Son chauffeur, Uri, me ramène à Tel-Aviv avant le dîner de Pourim. Uri est un sabra aux yeux vifs d’une cinquantaine d’années qui parle assez bien le français et a des allures de vieux sage fatigué.

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Il a servi dans une unité d’élite de l’armée. Il est triste et préoccupé. Il y a quelques jours le sud d’Israël a été paralysé par une pluie de roquettes venues de Gaza et lancées par le Jihad islamique. Quelques jours auparavant, Israël a intercepté un navire transportant une cargaison de missiles iraniens à destination du Jihad. De telles armes auraient pu atteindre le centre névralgique du pays et Tel-Aviv. Uri déverse doucement sur moi toute son aigreur. Je dois injustement incarner dans son subconscient irrité Aman, Assuérus, son libéral de patron, Obama et le Conseil de sécurité réunis. Pourquoi la Communauté Européenne, en branle-bas de combat permanent dès qu’Israël agrandit un appartement dans les territoires, n’a-t-elle pipé ni sur le bateau iranien, ni sur l’agression palestinienne? Que lady Ashton s’occupe de tous ou alors de rien! Le pays vient de célébrer tristement le troisième anniversaire de la tuerie d’Itamar. Le 11 mars 2011, deux terroristes se sont introduits dans la maison de la famille Fogel. Ils ont assassiné le père Ehoud, la mère Ruth, et ont égorgé leurs trois enfants, dont le dernier, un bébé de trois mois dans son berceau. Uri me confirme hélas que les massacreurs sont considérés comme des héros par un grand nombre des leurs. Abou Abas, leur président «modéré» a accueilli triomphalement à la Moukatta des terroristes récemment libérés. Il refuse catégoriquement, dans le cadre des négociations, de reconnaître Israël comme l’État du peuple juif, conformément pourtant à la déclaration de partage onusienne de 1947.

Au nom de quel principe politique dès lors, reconnaitre la légitimité des Arabes de Palestine à recevoir des terres en propre, en cas d’absence de réciprocité? Comment, si les Arabes demeurent dans l’ambiguïté, les empêcher un jour, s’ils devenaient, comme c’est possible, majoritaires en Galilée, les empêcher de revendiquer le territoire, à la manière des albanais du Kosovo ou des russes de Crimée? Comment, arriver à un accord avec un tel partenaire, en sachant de surcroît, que le Hamas islamiste est toujours à Gaza ?

Et pourtant, Uri reconnaît volontiers les droits nationaux du peuple Arabe de Palestine. La majorité des implantations -à l’exception du glacis stratégique peu peuplé de la vallée du Jourdain- il y renoncerait. Il n’a pas la religion des territoires et ne brandit pas la Bible comme un titre irréfragable de propriété. Comme 80 % de ses concitoyens, il serait prêt à des sacrifices territoriaux déchirants, y compris sur une partie de Jérusalem. Mais contre une paix définitive, une vraie paix. Pas une mi-temps avant un nouveau match plus périlleux encore.

Nous sommes arrivés. Il finit par me dire que les journalistes français ne devraient pas se contenter de lire Haaretz. Pour ne pas l’échauffer davantage avant le repas de fête, je n’ai pas ajouté que la garantie que l’Amérique se dit prête à apporter en caution en cas d’accord, pourrait être de la même couleur effaçable que la fameuse «ligne rouge» tracée par Obama, dans le cas ou Assad utiliserait les armes chimiques contre sa population civile…

Je marche dans les rues de Tel-Aviv en fête, hédoniste et insouciante. Je croise des vieillards déguisés en marins, et de toutes jeunes filles habillées en putains.

Mon client n’a pas tort. Si les négociations échouent, les Arabes de Palestine vont engager à l’ONU comme devant les instances internationales acquises idéologiquement à leur cause des procédures en vue d’isoler encore davantage Israël. L’Amérique d’Obama n’utilisera pas son véto. L’économie du pays, insolemment florissante, pourrait en pâtir. Une nouvelle intifada pourrait survenir.

Mais Uri a raison : Que se passerait-t-il en cas d’accord boiteux ? Dans quelle situation économique se trouvera Israël, si, les territoires stratégiques cédés, des irrédentistes envoient sur l’aérodrome international de Lod les mêmes messages qu’ils adressent de Gaza, évacué hier par Sharon ?

Ce monde médiatique, électronique est un village. Les mêmes prétendues élites, brillantes et désinvoltes. À Paris, à New York comme à Tel-Aviv. Post-démocratiques, post-nationales, post sionistes.

Dans les conseils d’administration comme sur les plateaux de cinéma et de télévision. Avec cette même préférence pour la subjectivité de l’Autre, qu’ils prennent fièrement pour de l’objectivité.

Les mêmes chauffeurs désespérés et colériques aussi. Une fois de plus, Marx a vu faux. Les prolétaires ont un pays. Ils n’ont même que cela. A Petah Tikvah comme à Mantes-la jolie.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro.

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