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Publié par Michel Gurfinkiel le 25 mars 2014

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Pourquoi le chah est tombé, et pourquoi le régime khomeiniste pourrait tomber à son tour.

La « Révolution islamique » iranienne a trente-cinq ans.

Le 16 janvier 1979, après plusieurs mois d’agitation, le chah Mohamed Reza abandonnait le pouvoir à un premier ministre issu de l’opposition libérale, Chahpour Bakhtiar, et quittait le pays. Le 1er février, dans une sorte de chassé croisé, l’ayatollah Ruhollah Khomeini, chef et inspirateur des révolutionnaires, rentrait d’un long exil en Turquie, en Irak et en France, et nommait son propre premier ministre, Mehdi Bazargan. L’épilogue eut lieu quelques jours plus tard le 11 février, quand des unités de l’Armée de l’Air, ralliées à la révolution, écrasèrent leurs anciens camarades de la Garde impériale, fidèles à la monarchie. Khomeini était désormais le seul maître. Il régna pendant un peu plus de dix ans, jusqu’à sa mort en 1989. Le successeur qu’il avait désigné, Ali Khamenei, est toujours au pouvoir à Téhéran aujourd’hui.

L’événement frappa les imaginations en Occident et dans la plupart des pays non-musulmans. Ce qui suscitait le plus de débats, c’était la juxtaposition même de ces deux termes : « révolution » et « islamique ». Jusque là, en effet, les « révolutions » , au sens occidental, avaient généralement été antireligieuses et laïques, ou du moins avaient prôné une « modernisation » des religions en place ; inversement, les intégrismes religieux s’étaient le plus souvent opposés aux idéologies dites « révolutionnaires », des droits de l’homme aux nationalismes, et du libéralisme au marxisme. Le khomeinisme, oxymore magnifique, semblait dépasser ces différences, et concilier les inconciliables. Cela augurait-il d’une nouvelle ère, d’un nouveau « modèle » – alors même que le modèle précédent, le communisme, s’effritait en Chine comme en Union soviétique ? Michel Foucault lui-même se laissa prendre pendant un temps à de telles interrogations.

La révolution iranienne ne suscita pas moins d’intérêt dans le monde musulman. Mais pour des raisons diamétralement opposées. Ce n’était pas la « Révolution islamique » en soi qui surprenait : on y rêvait depuis près de deux siècles, et on tentait sans cesse de la mettre en œuvre. Chez les sunnites, Jamal al-Din al-Afghani avait proposé dès les années 1860 d’assurer le renouveau de l’islam à travers des régimes constitutionnels et représentatifs de type anglais ou français. Le Russo-Tatar Mirza Sultan-Galiev avait lancé en 1917, avec le soutien de Lénine, un mouvement « islamo-bolchévique », et les Frères musulmans arabes, dans les années 1920, un islamo-fascisme. Après 1945, d’autres islams révolutionnaires sunnites s’étaient alignés sur l’URSS stalinienne, le Cuba de Fidel Castro ou la Chine de Mao.

Chez les chiites, les mollahs iraniens avaient pris à la fin du XIXe siècle et au début du XXe la tête de nombreux mouvements libéraux, notamment la révolution de 1906, qui contraignit le chah Muzaffar ed-Din à promulguer une constitution. Dans les années 1960 et 1970, le philosophe Ali Chariati se proposait de « rectifier » le marxisme en le ramenant à Dieu et à l’islam. Tandis que Jalal al-Ahmad, un ancien dirigeant du Toudeh, le parti communiste, présentait l’islam comme « l’aboutissement de la lutte des classes ». 

Mais ces projets ou ces tentatives n’avaient jamais abouti. Dans le meilleur des cas, ils avaient préparé la mise en place de dictatures faisant vaguement référence à l’islam : nassérisme, baathisme, FLN algérien, kadhafisme. Khomeini, lui, avait réussi – et c’est cela qui fascinait. Il avait pris le pouvoir. Il réorganisait l’Etat et la société en fonction et au profit de l’islam – et d’une Nomenklatura dominée par une partie des mollahs.

Certes, Khomeini avait été servi par les circonstances. L’Iran avait fait figure de superpuissance émergente dans les années 1970. C’était en partie vrai – et les acquis du chah allaient être l’un des atouts du régime révolutionnaire à partir des années 1980. Mais croissance et crise ne sont pas incompatibles : on peut citer maint précédent à cet égard, de la France de Louis XVI à la Russie de Nicolas II. Dans le cas iranien :

° l’Etat reposait sur un seul homme, le chah Mohamed Reza : en dehors de lui, de ses collaborateurs, de ses protégés, il n’y avait rien – ni administration fiable, ni classe politique organisée et expérimentée ; or cet homme était atteint de plusieurs maladies graves ; en outre, son état psychologique, qui avait toujours été assez instable, se ressentait de la dégradation, depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Jimmy Carter, en janvier 1977, de ses relations avec le suzerain et protecteur américain ;

° la population iranienne avait doublé (+100 %) en trente ans, de moins de 20 millions d’habitants en 1950 à 35 millions en 1977, et s’était urbanisée : près d’un Iranien sur deux était âgé de moins de vingt-cinq ans et les deux tiers des jeunes Iraniens vivaient désormais dans une ville ;

° la croissance économique était forte (de 28 milliards de dollars en 1950 à 200 milliards en 1978, en valeur constante 1990), mais reposait aux trois quarts sur la rente pétrolière, qui avait elle-même crû de 200 % dans la seule décennie 1965-1975 ;

° cette croissance finançait en priorité des projets d’équipement à long terme – infrastructures, éducation, unités industrielles – ou des dépenses liées à la sécurité extérieure ou intérieure, mais aussi des dépenses de prestige mal comprises de la population (comme les fêtes de Persepolis en 1971) : si le revenu nominal par tête avait presque triplé entre 1955 et 1975, le revenu moyen réel et le pouvoir d’achat moyen réel avait progressé beaucoup plus lentement ;

° les investissements à long terme et autres « grands projets » donnaient lieu à une corruption endémique ;

° rejeté par les élites traditionnelles (nobiliaires, religieuses), le chah avait cherché à créer de nouvelles élites issues de la classe moyenne ou de la paysannerie, soit en multipliant des établissements d’enseignement supérieur en Iran même, soit en facilitant les études dans les pays occidentaux : les années 1960 et 1970 étant ce qu’elles étaient, cela revint à exposer une génération entière aux utopies marxisantes et « anti-impérialistes » ;

° en attendant de disposer d’une élite nationale acquise à ses idées et à son régime, le chah avait fait appel à une « élite intérimaire » étrangère (cadres, conseillers, enseignants, formateurs), payée selon des barèmes occidentaux et autorisée, pendant son séjour, à transplanter son mode de vie en Iran : ce qui était présenté et vécu comme une « colonisation » ;

° le chah ne disposait d’aucune légitimité monarchique réelle : fondée en 1925 seulement à la suite d’un coup d’Etat militaire, la dynastie Pahlavi n’avait pu empêcher une double invasion soviétique et britannique en 1941 ; Mohamed Reza, monté sur le trône après l’abdication forcée de son père Reza Ier, avait dû s’exiler en 1953 et n’était rentré à Téhéran qu’après un second coup d’Etat, appuyé par les services secrets anglo-saxons ;

° le chah ne disposait pas non plus d’une légitimité religieuse : l’islam chiite duodécimain (en vigueur en Iran) ne reconnaît de souveraineté réelle qu’à un « Imam Caché »,Abul Qasim Mohamed ibn Hassan al-Mahdi, douzième d’une lignée issue d’Ali, « occulté » en 874 mais toujours vivant ; en son absence, il n’y aurait que des pouvoirs« intérimaires », plus ou moins respectables en fonction de leur dévotion aux mollahs ; et Mohamed Reza ne répondait guère à ces critères.

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Mais les circonstances ne sont rien sans des hommes qui savent en user. Khomeini avait au plus haut point les « vertus » requises, au sens machiavélien du mot : le fanatisme, le goût du pouvoir, l’obstination, la duplicité, la férocité ; mais aussi le sens de la mise en scène, la dextérité doctrinale, un réalisme froid, une bonne perception des rapports de force ; et enfin l’audace. Un profil qui devait sans doute beaucoup à un drame personnel : Khomeini n’avait jamais connu son père. Il n’avait que cinq mois quand ce celui-ci, juge religieux, avait été assassiné par un homme qu’il avait fait condamner. On peut supposer qu’il avait idéalisé ce père, s’était identifié à lui et s’était promis de le venger.

Ayatollah reconnu, professeur à l’université chiite de Qom, auteur de nombreux ouvrages de théologie et de philosophie, Khomeini prend la tête de l’opposition religieuse au chah en 1963, quand ce dernier lance la « Révolution blanche », un programme de modernisation et de laïcisation accélérées du pays. Exilé en Irak, il comprend qu’il lui faut s’allier avec toutes les autres oppositions, libérales, marxistes ou « anti-impérialistes », mais aussi qu’il se trouvera, une fois cette alliance en place, en position de force.

A cette fin, il adapte une théorie chiite classique, « le gouvernement de l’Expert religieux », selon laquelle, en l’absence du Douzième Imam, n’importe quel régime politique est compatible avec l’islam, à condition de se soumettre, dans ses processus législatifs ou ses décisions gouvernementales, aux avis ou remontrance d’un Faqih : un canoniste ou casuiste reconnu. Son innovation consiste à appliquer ce schéma à la démocratie la plus avancée : république, pluralisme politique, émancipation des femmes, protection sociale. Et aussi à atténuer les différences entre chiisme et sunnisme. Khomeini reprend en effet, en vue de désigner le Faqih, les conditions que les théologiens sunnites appliquent au choix d’un calife. Dès lors, la lutte contre la « tyrannie » du chah ne serait plus que la première étape d’une révolution musulmane mondiale et d’un jihad commun contre toutes les puissances infidèles, notamment les Etats-Unis et Israël.

D’abord exposée de manière orale en 1969, lors d’un séminaire tenu à Najaf, la ville sainte du chiisme duodécimain, cette théorie fait l’objet de deux rédactions arabes successives, légèrement différentes, le Traité de l’Expertise religieuse (Durus al-Fiqiya) et le Gouvernement de l’Expert religieux (Wilayat al-Faqih). Puis d’une version persane,Gouvernement islamique (Hukumat e-islami). Les libéraux ou les marxistes croient pouvoir se féliciter du « ralliement » d’un important ayatollah : un chef religieux apporte des troupes (la « rue » islamique), un personnel d’encadrement (les mollahs) et des points d’appui géographiques ou topographiques (les villes saintes, comme Qom, les mosquées). Ils ne discernent pas, derrière cet appui, une ruse, analogue à celle d’un Lénine qui donne en 1917 « tout le pouvoir aux Soviets », mais le réserve en fait à un« prolétariat » réduit, lui-même, aux seuls bolchéviks ; ou d’un Staline qui promulgue en 1936 une constitution parfaitement démocratique mais « encadrée » par un parti unique. Pendant les premiers mois de son régime, Khomeini entretient d’ailleurs la confusion, pendant que ses partisans, les Gardiens de la Révolution, font régner la terreur. C’est seulement en décembre 1979, quand la constitution de la République islamique est soumise à référendum, que la réalité apparaît : loin d’être un simple conseiller, le Faqih, nommé à vie et désormais qualifié de Guide spirituel, contrôle l’armée, les services secrets et les candidatures aux postes électifs.

En tant qu’élan utopique, la Révolution islamique est morte dès ce moment. En tant que régime, elle a survécu par la terreur, encore et toujours ; par la corruption, la confiscation d’une partie de l’économie nationale au profit de ses dirigeants et de ses fidèles ; en s’appuyant de plus en plus sur un nationalisme iranien qu’elle avait d’abord traité par le mépris. Le fait de se dérouler dans un pays déjà engagé dans l’émergence, le taking off, a beaucoup joué. Ainsi que divers appuis extérieurs. Pendant la guerre froide, on disait souvent qu’ « Est moins Ouest égalait zéro » : c’est à dire que les pays communistes ne pouvaient survivre sans des technologies occidentales, ou des transactions commerciales avec l’Occident. De l’Iran islamique, on pourrait dire : « Khomeinisme moins chah, moins sunnisme, moins Ouest et moins Est égale zéro ».

Ainsi, le régime a su ménager et utiliser, depuis trente-cinq ans, une importante diaspora : plus de deux millions d’âmes, dont un million et demi en Amérique du Nord et un demi-million en Europe. D’un haut niveau socioéducatif et professionnel, ce milieu a constamment fourni son aide au régime, pour des motifs divers (patriotisme persan, liens familiaux, intérêts financiers, chantage, persuasion de pouvoir faire évoluer le régime en lui étant indispensable). C’est dans la diaspora que le régime recrute les experts scientifiques ou technologiques qui ont permis de maintenir ou de développer les infrastructures crées par le chah, ou d’en acquérir de nouvelles (notamment dans les domaines de la haute technologique.

La République islamique a mis en place des alliances de plus en plus étroites avec les chiites arabes : Hezbollah libanais, Alaouites syriens, duodécimains d’Irak, mouvements révolutionnaires chiites au Bahrein et dans les autres pays du Golfe. Mais aussi entretenir, notamment en mettant à profit la « synthèse » entre chiisme révolutionnaire et sunnisme révolutionnaire esquissée par Khomeini, des relations complexes mais étroites avec divers pays ou organisations sunnites : la Turquie d’Erdogan, l’Egypte pendant l’intermède Morsi, le Hamas palestinien.

Le régime a bénéficié de soutiens intermittents mais fréquents – politiques, stratégiques, économiques – de la part des pays occidentaux : ses principaux ennemis officiels, les Etats-Unis et Israël, pendant la plus grande partie de la guerre avec l’Irak, dans les années 1980 ; de nombreux pays européens par la suite ; l’Amérique d’Obama en 2009 (quand Washington s’est refusé à soutenir une insurrection populaire contre le régime) puis à partir de 2012. Dans bien des cas, des milieux autrefois liés au régime du chah se sont reconvertis – corruption, illusion – dans le soutien à la République islamique.

Mais le soutien le plus important et le plus constant, c’est celui qu’il a reçu de la coalition anti-occidentale qui a pris forme, peu à peu, dans les années 1990 et 2000 : ultimes régimes communistes (Corée du Nord, Cuba), régimes autoritaires post-communistes (Russie, Chine), pays émergents « nationaux-populistes » (Venezuela, Brésil, Afrique du Sud). La Russie, la Chine et la Corée du Nord lui ont fourni l’essentiel de son potentiel nucléaire, ainsi que de son armement conventionnel et balistique. La Russie et la Chine sont systématiquement intervenues en sa faveur au Conseil de sécurité des Nations Unies.

En trente-cinq ans, la République islamique a sans doute revêtu plusieurs formes successives : théocratie pure sous Khomeini (qui, en se faisant appeler « imam », allait en fait jusqu’à suggérer qu’il pouvait être, sinon l’Imam Caché lui-même, du moins un personnage semi-divin de même nature) ; régime national-conservateur au début de l’ère Khamenei, sous le président Ali Akbar Hashemi Rafsanjani (1989-1997) ; régime « d’ouverture » sous Mohamed Khatami (1997-2005) ; ultra-islamisme sous Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), « libéralisation » avec Hassan Rouhani (depuis 2013). Ce ne sont là que des variations relativement limitées, dictées par les circonstances, par rapport à l’essentiel : la dictature du « Guide spirituel » et le projet militaro-révolutionnaire mondial.

On a fait grand cas, en Occident et dans les forums internationaux, de l’élection à la présidence de la République, l’année dernière, du « modéré » Hassan Rouhani. C’est oublier que ce dernier, comme tous ses prédécesseurs, a été choisi par le Guide. Entre 2005 et 2013, Khamenei avait eu besoin d’un extrémiste, Ahmadinejad, pour mener le programme nucléaire iranien à un point de non-retour en dépit de pressions et de sanctions internationales ; désormais il a besoin d’un « modéré » qui, en feignant de ralentir le programme nucléaire, pourrait obtenir l’atténuation puis la fin des sanctions, et la reconnaissance du rôle régional de Téhéran. Dès février 2013, soit quatre mois avant l’élection de Rouhani, Khamenei avait annoncé qu’il était prêt à négocier avec les Etats-Unis sur tous les sujets. Et le 21 mars 2013, trois mois avant l’élection, dans un discours à Mashad, il avait surenchéri : « En ce qui nous concerne, nous n’avons aucune objection à la mise en place des supervisions et réglementations internationales en matière nucléaire ». 

Combien de temps le régime pourra-t-il tenir ? Khamenei a soixante-quinze ans : un problème de succession se posera fatalement d’ici peu. Les martingales diverses sur lesquelles se sont reposés les Guides et leur Nomenklatura peuvent s’effondrer du jour au lendemain : d’où probablement l’obsession nucléaire, car la double possession de bombes et de missiles balistiques rendrait le régime aussi inexpugnable au Moyen-Orient que la Corée du Nord dans l’Orient Extrême. Mais surtout l’Iran des années 2010 connaît une crise au moins aussi grave que celle des années 1970 :

° depuis l’insurrection de 2009 (le « printemps iranien », précurseur direct des « printemps » arabe et turc des années 2011-2013), il est clair que le régime n’a plus aucune légitimité, ni politique, ni même religieuse ;

° la population, à nouveau, a plus que doublé en trente-cinq ans, passant de près de 40 millions d’âmes à 80 millions ;

° l’économie est plus proche du modèle russe (stagnation masquée par la hausse de certaines exportations) que du modèle chinois (développement accéléré) : en dollars réels, c’est à dire en pouvoir d’achat international, le PNB se situe à 400 milliards (le chiffre de 1000 milliards, complaisamment mis en avant, ne correspond qu’à la parité de pouvoir d’achat) ; il a donc à peine doublé depuis 1978 ; et de surcroît son niveau actuel résulte de la forte augmentation (+100 %) du prix du pétrole (80 % de ses exportations) à partir du milieu des années 2000 ;

° l’interpénétration de la société civile iranienne et de la diaspora, pour positives qu’en soient les conséquences pour le régime sur de nombreux plans, entraine un intérêt de plus en plus fort pour l’Occident et sa civilisation, et donc un rejet fondamental du projet khomeinien.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Michel Gurfinkiel

L’article original a été publié sur le blog de Michel Gurfinkiel.

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